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mardi 7 octobre 2014

Réponds si tu m'entends, Marian Keyes

Un besoin de lecture facile et rapide au milieu de la Rentrée, et c'est tout de suite  ce petit livre rose à peine rendu par la lectrice devant moi à la bibliothèque qui m'a accrochée et donné envie de le choisir séance tenante. Je ne connaissais pas encore Marian Keynes si ce n'est par sa bonne réputation chez les familières de chick lit. Je n'ai pas regretté mon choix. 

Le prologue évoque une photo reçue par courrier postal, qui aurait tout changé dans la vie de l'héroïne narratrice et c'est  effectivement lorsqu'elle voit ce visage qu'elle croit reconnaître, à sa grande stupéfaction, que la vie d'Anna Walsh bascule et  commence la seconde partie du roman. 
Qui est donc Anna Walsh
Voici ce qu'il suffit de savoir pour commencer  selon l'éditeur:
Le " Meilleur Boulot du Monde " à New York pour une marque de cosmétiques ultra-branchées, une garde robe de rêve, une meilleure amie très fashion, une famille irlandaise gentiment foldingue et Aidan, un parfait petit mari, à la fois adorable et sexy : de l’avis de tous, Anna Walsh est une sacrée veinarde. Jusqu’à ce terrible accident qui la ramène tout droit à Dublin, sur le canapé de se parents, entre plâtre, cicatrices, médicaments, séries télé et zizanie familiale. Mais Anna est bien décidée à retrouver sa trépidante vie-new-yorkaise et son homme au plus vite. Aidan qui, depuis l’accident, n’a plus donné signe de vie... Anna est prête à tout pour le retrouver, quitte à mettre la Grosse Pomme sens dessus dessous!
Il y a une nette rupture dans le récit qui se fait plus douloureux au bout d'un moment.  J'ai aimé la première partie, en Irlande, quand toute la famille d'Anne l'entoure, après son accident à New York:  sa mère déjantée, ses sœurs, si différentes, son père, plus taciturne,  et ses amis qu'elle retrouve. Ensuite l'errance de spirites en charlatans pour retrouver son jeune époux m'a semblé  plus lourde et un peu trop longue mais heureusement l'histoire reprend très vite de l'intérêt  lorsque Anna  redevient rédactrice de mode, spécialisée en cosmétique donc très recherchée pour les cadeaux qu'elle ne cesse de distribuer.  C'est de nouveau plus léger que dans la période sombre du deuil.
Cette petit lecture facile m'a fait passer un bon dimanche! 
Sa valise à roulettes Louis Vuitton bien-aimée trônait près de la porte avec tout le nécessaire à l'intérieur: une trousse de toilette Lulu Guinness, deux bougies parfumées Jo Malone, un ipod, plusieurs nuisettes Marimekko, un appareil photo, un masque à la lavande pour les yeux,du vernis à ongles Ipo des fois que sa manicure/pédicure s'écaillerait "pendant que je pousse", un kit de blanchiment des dents pour passer le temps, trois tenues de bébé Versace et sa dernière échographie. 
Rien de plus vite démodée que la mode cependant! La Preuve!  

Marian keyes, Réponds si tu m'entends, Pocket, 526 pages  (2006/2008)
Anybody out There? 
Traduit de l'anglais (Irlande) par Laure Manceau

lundi 22 septembre 2014

Quand tout est déjà arrivé, Julian Barnes

Julian Barnes «Quand tout déjà est arrivé» , «Levels of  Life»,  livre choisi pour avoir déjà aimé «Le perroquet de Flaubert» et après l’achat en Poche de «Une fille,  qui danse». 

Je ne connaissais pas le sujet du livre  et  comme Cuné,  ayant survolé la présentation de l’éditeur et n’en ayant retenu que des histoires  d’envols en  ballons  ou en montgolfières et de célébrités telles que Nadar et Sarah Bernhardt, je ne m’attendais pas  à éprouver  un si grand coup de cœur en le terminant.
Ma lecture est allée crescendo.
 Au début il ne s’agissait encore  que d’un intérêt souriant et  quelque peu narquois, quoique parfois attendri et admiratif dans les deux premières parties,  évoquant l’éternel désir  que  l’homme  a manifesté pour  ce que Barnes appelle  «Le péché d’élévation» ou l’ambition de monter toujours plus haut, que ce soit dans les airs ou dans le savoir, l’art, les sciences,  l’amour,  au risque de retomber toujours plus bas,  à moins de se contenter de rester «A hauteur d’homme» et de sombrer parmi la cohorte des amants oubliés de la divine Sarah, comme le fut Fred  Burnaby, un intime du Prince de Galles, grand voyageur  en contrées lointaines et exotiques.
Nous vivons à ras de terre, à hauteur d’homme, et pourtant – et par conséquent- nous aspirons à nous élever. Créatures terrestres, nous pouvons parfois nous élever jusqu’aux dieux. Certains s’élèvent au moyen de l’art; d’autres, de la religion; la plupart,  de l’amour. Mais lorsqu’on s’envole, on peut aussi s’écraser. Il y a peu d’atterrissage en douceur. On peut rebondir sur le sol assez violemment pour se casser une jambe, entraîné vers quelque voie ferrée étrangère. Chaque histoire d’amour est une histoire de chagrin potentielle. Sinon sur le moment, alors plus tard. Sinon pour l’un, alors pour l’autre. Parfois pour les deux.

Alors pourquoi aspirons-nous constamment à l’amour ?
Parce que l’amour est le point de rencontre entre la vérité et la magie. Vérité, comme en photographie; magie, comme en aéronautique.
 Mais si la lecture des deux premières parties m’a  très agréablement surprise, la dernière, «La perte de profondeur» m’a autrement touchée et émue. Cette fois le récit aborde un tout autre registre avec la biographie de l’auteur, l’amour conjugal, le deuil brutal et trop  vite arrivé, la tentation du suicide, l’amertume et la colère  pour les réactions  des intimes, le sens de la vie et tous les grands sujets autour de la perte de l’être aimé. Mes références sur ce thème sont les immenses livres de Joan Didion et de Joyce Carol Oates dont je ne peux me séparer mais les dernières pages de Julian Barnes vont les rejoindre désormais.  Son analyse à lui aussi est inoubliable par sa justesse et sa grande sensibilité.
Dans la jeunesse, le monde se divise sommairement entre ceux qui ont fait l’amour, et les autres. Plus tard, entre ceux qui ont connu l’amour, et les autres. Plus tard encore (…) , il se divise entre ceux qui ont connu le chagrin, et les autres. Ces divisions sont absolues; ce sont des tropiques que nous franchissons.  

Il y a la question du chagrin opposé au deuil. On peut essayer de les différencier en disant que le deuil est un processus; mais ils se chevauchent inévitablement; (…) Le chagrin est vertical – et vertigineux- tandis que le deuil est horizontal; Le chagrin tord les tripes, coupe le souffle, freine l’irrigation sanguine du cerveau; le deuil vous emporte dans une nouvelle direction.
"Trois récits limpides. Sur l'élévation par l'art avec Nadar, par l'amour avec Sarah Bernhardt, et sur la chute, avec le deuil impossible de l'être aimé."(éditeur)

Un livre à conserver près de moi et à relire un jour! 

Aimé par Cuné, Clara, ...

Julian Barnes -  Quand tout est déjà arrivé
Traduit de l’anglais par Jean-Pierre Aoustin
Titre original : Levels of Life
(Mercure de France, 2014, 128 pages)

Julian Barnes vit à Londres. Auteur de quatorze romans ou recueils de nouvelles, de six essais ou récits, traduits en plus de trente langues, il a reçu en 2011 le David Cohen Prize pour l'ensemble de son oeuvre. Toujours en 2011, son roman Une fille, qui danse (Mercure de France) a été couronné par le prestigieux Man Booker Prize.

dimanche 7 septembre 2014

Une veuve de papier, John Irving,

«Une nuit, alors qu’elle avait quatre ans et dormait sur la couchette inférieure de son lit gigogne, Ruth Cole fut réveillée par le bruit d’un couple en train de faire l’amour, bruit qui provenait de la chambre de ses parents et qui lui parut tout à fait insolite. Elle relevait d’une grippe intestinale; à entendre sa mère faire l’amour, elle crut tout d’abord qu’elle était en train de vomir.»
                                         Ainsi commence ce récit qui finit 650 pages plus tard  dans mon édition de poche. Il est divisé en trois grandes parties,lues tour à tour comme si chacune était  un livre à part.

La première, intitulée «Été 1958»,   raconte l’événement majeur de la vie de Ruth Cole, l’héroïne, qui, à 4 ans, avait déjà perdu ses deux frères plus âgés dans un accident de voiture dont sa mère, Marion, ne réussit jamais à  se remettre et qui l’abandonna cet été-là, la laissant seule avec son père Ted, un écrivain d’ouvrages pour enfants, coureur de jupons,  bien décidé à se séparer de sa femme au point de la pousser dans les bras du jeune Eddie, un étudiant de seize ans qui en tomba fou amoureux d’où la scène d’ouverture du livre.  Marion, cet été-là est  surtout intéressée par les photos de ses frères, très nombreuses, agrandies et placées sur tous les murs de la maison. Elle connaît par cœur l’histoire de chacune tant on lui en a parlé constamment  depuis l’accident. Au départ de sa mère, seuls restent les crochets sur les murs vides et c’est ce qui la troublent le plus.

La seconde partie, «Automne 1990», prouve combien toutes ces disparitions ont eu de l’importance dans la vie de Ruth, devenue écrivain en grande partie pour  retrouver le souvenir de ses frères et à force de repenser aux crochets et aux photos correspondantes. Elle a 36 ans et refuse l’idée de se marier et d’avoir des enfants.  Eddie aussi est devenu écrivain. Il a 48 ans quand  ils se retrouvent à l’occasion d’une lecture publique. Il est toujours amoureux de Marion  qui se serait aussi mise à écrire !
 Ruth, elle, a une vie agitée, entre une  amie, Hannah,  agaçante et dévergondée , un amoureux, Allan et des amants de passage mais c’est  à Amsterdam, en suivant une prostituée  pour les besoins de son futur roman qu’elle vit  une nouvel épisode des plus traumatisants.

La dernière partie, «Automne 1995» , commence comme une enquête policière et la fin m’a surprise, comme toute bonne fin de récit qui se respecte! A lire et à relire! 
                                                                          
John Irving est mon auteur fétiche depuis ma lecture du
 Monde selon Garp, lu et relu avant le blog
Coups de cœur assurés ensuite avec 
Une prière pour Owen,  
L'hôtel Newhampshire
Dernière nuit à Twisted River
et maintenant, plus que jamais avec celui-ci. Heureusement j'ai encore bien d'autres lectures d'Irving qui m'attendent dont un gros pavé à nouveau , déjà dans ma Pal: "A moi seul, bien des personnages"
LC avec Valérie

Une veuve de papier, John Irving
(Points, Poche,  Seuil, 1999, 650 pages)
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Josée Kamoun
A Widow For One Year, 1998)

Ce sera ma participation au challenge de Brize, Le Pavé de l'été 2014

samedi 30 août 2014

Trente-six chandelles, Marie-Sabine Roger, Rentrée littéraire 2014

Un roman commençant par un chapitre intitulé «Morty meurt»  parce que le héros se prénomme Mortimer, voilà qui me fait sourire mais quand j’apprends que son nom est "Decime" pour «Décimé» parce que  son destin familial lui prédit la mort à 36 ans,  le jour même de son anniversaire, comme c’est arrivé à tous ses père, grand-père, arrière-arrière-grand-père  avant lui, voilà qui m’intrigue et me donne envie de connaître une histoire aussi étrange et  je ne suis pas déçue: je suis allée de surprises en étonnements et j’ai  refermé le livre dans un tel état de bonne humeur  que je le recommande à tous ceux qui se sentent déjà déprimés par la rentrée qui s’annonce.

 C’est comme un bonbon plein de vitamines ce récit!
 J’ai éprouvé les mêmes réactions qu’en voyant le film d’Étienne Chatiliez: «La vie est un long fleuve tranquille». Mêmes situations cocasses de départ, mêmes personnages  décalés et attendrissants, mêmes bons sentiments malgré des vies tristes qui auraient pu sembler misérables sans la volonté de la romancière  de tout sublimer par la fantaisie, l’humour et un style léger et rapide qui empêche le sentimentalisme et les larmes que certains passages pourraient provoquer.  

Mortimer, donc,  en grand habit de deuil, allongé sur son lit, dans un appartement impeccable dont il a résilié le bail,  attend sa mort annoncée  de longue date, à laquelle il est sûr de ne pouvoir échapper. C’était compter sans l’intervention de Paquita,  son ange gardien, sa grande amie protectrice, devenue crêpière et qui, avec Nassardine, son amour de mari, forme sa vraie  famille de cœur.
Ce n’est que le début de tout un défilé de personnages fantasques et touchants  dont Jasmine, la touche-à-tout de génie qui pleure à volonté pour sauver des inconnus de leur déprime en leur redonnant de l’importance à leurs propres yeux.

On ne s’ennuie pas en lisant cette histoire à la fois loufoque  et tendre, triste et souriante, profonde et légère.
Un joli livre!  Une grande romancière! 

Dasola, Clara et Leiloona, entre autres, l'ont aimé aussi 


Trente-six chandelles, Marie-Sabine Roger,
Rentrée littéraire 2014 (2/6)
(Le Rouergue, août 2014, 277 pages)

Rentrée littéraire 2014 (2/6)

Premier portrait de Paquita:
"Encore au pieu, gros paresseux?! a jeté Paquita en traversant le studio d'un pas vif, telle une antilope dodue qui trottinerait vers le point d'eau sur des talons de douze centimètres. 
Elle a jeté au vol sa fourrure synthétique sur le coin de mon lit, puis est allée derrière le bar qui sépare le coin-cuisine du coin-séjour-chambre-bureau. Paquita est partout chez elle, encore plus lorsqu'elle est chez moi. Elle fait pratie de ces gens à géométrie variable qui occupent aussitôt tout l'espace d'une pièce, quelle qu'en soit la superficie."

dimanche 13 avril 2014

Une promesse, Sorj Chalandon, Prix Medicis

«Une promesse» raconte une histoire simple, pleine de beaux sentiments, d’existences humbles, de vie quotidienne et routinière dans un petit village de Mayenne, entre un bistrot et  la maison du bibliothécaire et de sa femme, un couple si amoureux que leur mort le même jour paraît toute naturelle à leurs amis qui ne se posent pas de questions à ce sujet mais qui se relaient toutes les semaines  pour entretenir leur maison, chacun son jour. Justement ils sont sept à faire ce pèlerinage.

Cependant,  Etienne et Fauvette,  les vieux amoureux,  semblent vivre encore chez eux. Ils entendent les bruits de leurs visiteurs et notent dans un cahier la venue de chacun. 
C’est Léo, nommé le Bosco,  le coordinateur, celui qui tient le café du village où tous passent  régulièrement. C’est surtout  le frère d’Etienne, l’ami  si bienveillant et si aimé de tous. 
Seulement au bout de dix mois, la motivation n’est plus la même. Chacun pense avoir désormais suffisamment accompli son devoir et les visites  commencent à peser.  Mais le Bosco veille…
Quelle décision prendra-t-il ?

C’est un beau roman sur le deuil,  la passion amoureuse, l’amour fraternel, l’amitié et la survie.  Que reste t-il, après, de l’âme de ceux qu’on a  tant aimés ?

A noter que les deux frères sont bretons, fils d’un marin pêcheur mort en mer, une nuit, près  de la côte,  lors d’un naufrage  par grosse tempête. La mère  a tout quitté à cette occasion pour éloigner ses deux enfants de la mer maudite mais eux se souviennent toujours  des croyances anciennes de leurs ancêtres quant aux âmes des morts à veiller  et à  respecter. Tout doit être fait  pour retarder la fin du deuil.

Un des leitmotive (leitmotifs?) est d’ailleurs le dernier livre lu et laissé sur la table par  le défunt. Un livre de Musset (Lettres à Lamartine et poésies nouvelles – 1836/1852)  où il est écrit:

Et marchant à la mort, il meurt à chaque pas.
Il meurt dans ses amis, dans son fils, dans son père.
Il meurt dans ce qu’il pleure et dans ce qu’il espère
Et sans parler des corps qu’il faut ensevelir
Qu’est-ce donc oublier, si ce n’est pas mourir.

J’ai bien aimé.

Présenté aussi par Enna qui, avec sa rencontre de Sorj Chalandon au Salon du livre de Paris, m'a donné envie de connaître l'auteur.  

Une promesse, Sorj Chalandon, Prix Medicis 2006, 
(Grasset, second roman de l'auteur, 274 p.)

dimanche 17 novembre 2013

Joan Didion - "Le bleu de la nuit", juste un passage

En cours de lecture du beau livre de Joan Didion: Le bleu de la nuit,  je suis frappée du nombre de renseignements et de précisions que l'auteur  apporte dans son témoignage pour évoquer sa fille Quintana récemment  défunte. Un seul exemple  (pages 98/99)
Connie Wald, vêtue de l’un des nombreux tailleurs Chanel déployés cet après-midi-là,  en l’occurrence un  tailleur en tweed bleu et crème à lisérés en soie rose cyclamen. C’est Connie qui avait offert à Quintana l’une des deux longues robes blanches qu’elle porta à l’église et ensuite. A quatre-vingt-dix ans passés, jusqu’au moment où elle déclara une neuropathie, Connie nageait encore tous les jours. La maladie la força à réduire son régime quotidien de longueurs de piscine et à ne plus faire seule le tour de Beverley Hills au volant d’une vieille Rolls-Royce, mais pour le reste  elle continua à mener  exactement la même vie qu’avant. Elle portait toujours les robes Claire McCardell qu’on lui avait offerte quand elle était mannequin pour McCardell dans les années 1940. Elle recevait toujours à dîner  deux ou trois fois par semaine, faisait elle-même la cuisine, mélangeait les jeunes et les anciens de telle sorte que tous les convives étaient ravis, allumait d’immenses feux de cheminée dans sa bibliothèque et parsemait les tables d’amandes salées  et d’énormes vases  regorgeant de nasturtiums et des roses qu’elle continuait de cultiver elle-même. Connie avait été la femme du producteur  Jerry Wald, qui avait servi, dit-on, de modèle à Budd Shulberg pour le personnage de Sammy Glick  dans « Qu’est-ce qui fait courir Sammy?» et qui était mort quelques années avant notre rencontre.

J'arrête souvent ma lecture pour voir de qui elle parle exactement. Ce n'est pas déplaisant mais me rappelle que son public est celui de son pays et encore celui des personnes aisées, intellectuelles,  à la mode. Peut-on parler de People dans ce cas? 
Connie Wald, Diana Wald, l’épouse du producteur Jerry Wald,  était connue pour rassembler des célébrités  à son domicile de Beverly Hills, pour des dîners élégants mais sans prétention.  Clark Gable. Joan Crawford. Errol Flynn. Gary Cooper. Audrey Hepburn.Jimmy et Gloria Stewart. Harrison Ford. Angelica Huston.Joan Didion, Dominick Dunne. Diane Keaton. Woody Allen. Gregory Peck. Gore Vidal. Mae West. Maurice Chevalier entre autres ont été ses hôtes. Elle est morte en 2012, à 96 ans


C'est dans cet endroit qu'elle recevait ses invités. 



mardi 15 octobre 2013

Un endroit où se cacher, Joyce Carol Oates

C’est une jolie lecture que celle que je viens de terminer qui m’a fait découvrir un nouvel aspect  du talent de  conteuse de Joyce Carol Oates dont je n’avais lu jusqu’ici que les livres pour adultes. Celui-ci - à lire à partir de treize ans- s’adresse plus particulièrement aux adolescentes,  comme une mise en garde sur tous les pièges dans lesquels elles pourraient tomber, durant leurs années de collège et de lycée. Gare aux mauvaises fréquentations, aux amitiés douteuses, aux excès de toutes sortes, aux révoltes faciles et appel à la prudence,  à la réflexion, à la confiance en soi, bref, rien que du bon sens et pas mal  de sagesse mais par petites touches, l’air de rien, sans pesanteur. Tout tient au récit, rien qu'au récit et assez peu aux dialogues, heureusement. 

Jenna, 15 ans, sort d’une longue réanimation à l’hôpital, après un terrible accident de voiture dans lequel sa mère est morte. Elle se croit  coupable et refuse de vivre dans la nouvelle famille de son père qui les a abandonnées, sa mère et elle, quelques années auparavant. Une tante maternelle l’a recueillie dans sa famille mais Jenna regrette les drogues qu’on lui donnait pour diminuer ses souffrances et se rapproche au lycée d’un groupe de drogués  qui entretiennent ses élans de révolte et son enfermement dans la solitude et le mutisme. Elle descendra bien bas. D’un côté, il y a son amie Trina , la dangereuse,  et de l’autre, l’amour de celle-ci, Crow, l’énigmatique, le beau et mystérieux mauvais garçon. 
Une histoire finalement  des plus classiques mais au goût du jour avec les dangers d’aujourd’hui : tournantes, boissons, drogues variées et violences mais qui sont éternels finalement. Seuls changent les moyens  et  l’apparence pour atteindre le but: atteindre ce bleu  merveilleux où s’apaisent toutes les douleurs. Pour cela deux seules voies sont possibles: l'absorption de produits variés et coûteux ou le travail sur soi au prix de bien des efforts. 
C'est touchant et jamais ennuyeux.
Dans le bleu, je volais, les ailes déployées. Dans le bleu, je flottais, légère comme une plume. Dans le bleu, je me moquais de l'expression de papa.
Tu vois, papa, maintenant je n'ai pas besoin de toi. C'est avant l'accident  que maman avaions besoin de toi, plus maintenant. 
 Plus question de faire les mêmes erreurs idiotes. De me retrouver de nouveau aux urgences, avec un tuyau plongé dans la gorge, comme un boa constrictor, pour aspirer le contenu de mon estomac - jamais au grand jamais; (p. 208/209)
C'est pas le ciné ou la télé, c'est juste cette vie rasoir, où rien n'arrive jamais. (p. 209)
 Lu aussi par Hélène,  Cathulu, Sandrine et +

Un endroit où se cacher, Joyce  Carol Oates
Titre original : After the Wreck, I Picked Myself Up, Spread My Wings, and Flew Away
Traduit de l'anglais (américain) par Dorothée Zumstein 

mercredi 24 juillet 2013

Le beau voyage, Springer, Zidrou, ma BD du mercredi

Un beau voyage apparemment que celui de Lea, une jeune animatrice de télé, moderne et heureuse  qui revient sur son passé à la mort de son père, un médecin totalement dévoué à sa clientèle, de jour comme de nuit, mais qui la néglige, elle, sa fille, par manque de temps.
Des secrets de famille et des regrets  d'enfance resurgissent à l'occasion de ce deuil: sa mère est partie avec un autre sans jamais l'avoir câlinée et  avec cette habitude de l'appeler Léo.  Ses dessins d'enfant  pour son père sont restés ignorés  et surtout un terrible secret  empêche  le couple d'être heureux. 
Léa le découvrira à l'occasion de ce deuil et ses parents lui apparaîtront alors tout autres. Elle aura la surprise de sa vie en découvrant la nature du trésor caché de son père et en écoutant son dernier message:  sa vie s'éclaircira.
Comme Léa, chacun de nous voyage avec, dans ses bagages, son souvenir préféré, son numéro 1. On le gonfle de temps en temps, à la manière d'une bouée, pour s'aider à rester à la surface de la vie. Chacun a également, dans ses poches, un souvenir lourd comme une poignée de cailloux, un souvenir qui l'entraîne au fond de la piscine. Qui a dit que la vie était un "Beau Voyage" ?
Le titre vient d'une chanson de Bobby Lapointe, le chanteur préféré du père auquel celui-ci  avait fini par ressembler. "Nous avons fait un beau voyage..."

( billet interrompu par une  coupure d'électricité pendant l'orage, interruption d'internet et,  bien sûr,  disparition du texte non encore enregistré car j'étais en cours d'écriture quand la panne est survenue.  je publie d'abord et terminerai mon billet ensuite. )

Reprise!
Jamais je n'ai eu autant de mal qu'aujourd'hui  à écrire un billet sur une BD -  pour diverses raisons qui ne tiennent pas toutes à ma seule lecture   d'ailleurs mais aux vacances trop affairées, au climat trop étouffant et orageux, à une certaine nonchalance aussi qui me fait volontiers délaisser mon activité favorite. Cependant, en dehors de toutes ces excuses, je n'arrive pas non plus à atteindre le niveau de satisfaction de la plus grande partie des blogueurs qui ont lu et aimé ce one-shot.: ils sont très nombreux.  Je me suis sentie à l'extérieur de cette histoire avec  en même temps le sentiment de l'avoir déjà lue ou entendue  raconter plusieurs fois mais par petits bouts, ici et là. Le dessin ne m'a pas accrochée du tout sans être vraiment capable d'expliquer pourquoi, ce que je trouve désolant. Quant à la fin  si optimiste, elle m'a semblé trop  brusquement décalée du reste  amplifiant encore le sentiment de déception  constamment sous-jacent à ma lecture. Sans doute en attendais-je trop! 

Nombreux sont les blogs qui en ont parlé: Choco,  (un peu mitigée)  Yvan, ( coup de cœur), Yaneck, (très enthousiaste) Noukette, (également),  Un amour de BD,   (admiratif)  Val,  (coup de cœur aussi)

Le beau voyage , Springer, Zidrou, (Dargaud, 2013,54 pages)

Top 50 Yaneck: 15,5/20
Logo BD noir
Logo BD rouge



Anne, Alex, Asphodèle,  Blogaelle, Brize,

  Choco,  Cristie,  Cuné,  Delphine,  Didi,  ÉlodieEstellecalim Hilde, Hélène,  Sophie,  

Hérisson, Iluze,  Irrégulière,  

Itzamna, Jérôme,   Kikine,   La-ronde-des-post-it,

Lirepourleplaisir, Lou, Lounima,   Lystig,  Mango, Manu,  Margotte,  Marguerite, Marie, 

 Marion,  Marion Pluss,  Marilyne,
  
Mathilde, Mélo, Miss Alfie,

Miss Bouquinaix, Moka,  Mo',    Natiora,  Noukette,   OliV,    Pascale, Paulinelit,

  Sandrine,  Sandrounette,  Sara,  Sophie,   Soukee,  Stephie Syl, Theoma, 

Un amour de BD Valérie,  Vero,  Yaneck   Yoshi73,  Yvan,

samedi 6 juillet 2013

Pulsations, Julian Barnes

J’ai beau tourner et retourner ce volume  en tous sens: rien, nulle part, n’indique qu’il s’agisse de nouvelles, (14 en tout) - et je le déplore. Je pensais choisir un roman. 
Peut-être est-ce pour cette raison que j’ai eu bien du mal au début à m’attacher à ces récits disparates:  j’attendais toujours le lien pour rattacher entre eux les différents épisodes concernant les histoires de ces  couples de bonne compagnie, de la classe moyenne anglaise, dont quelques-uns se retrouvent d’une nouvelle à l’autre. J’attendais d’entrer dans l’histoire en somme mais quand j’ai enfin compris qu’il n’y en avait pas vraiment, j’ai commencé à apprécier ma lecture sans cette nécessité de m’identifier ou du moins de sympathiser avec un ou plusieurs personnages comme dans un roman.
J’ai finalement aimé ces récits pleins de  tendresse  mélancolique et d‘humour feutré sur la vie et l’amour et tout ce qui les détruit. 

Les derniers surtout m’ont plu dont celui qui donne le titre du volume et qui relate la fin des ses parents:  l’un souffrait de la perte de l’odorat et l’autre de sclérose latérale amyotrophique. Ils s’adoraient et jusqu’au bout l'un a aidé l'autre à mourir - passage sublime - (p. 326, 327)

Dans l'avant-dernier, "Carcassonne", il est question de coup de foudre et du  bon goût ou du mauvais goût qui fait qu'on peut tomber amoureux fou au premier coup d'œil. Le début de la réflexion s'appuie en particulier sur les  amours de Garibaldi  avec  Anita,  sa femme chérie et quelques autres.  

Mal commencée, ma lecture s'est terminée en apothéose, fait suffisamment rare pour être noté! 
  
JULIAN BARNES, né en 1946 à Leicester, vit à Londres. Il est l'auteur du «Perroquet de Flaubert», prix Médicis étranger 1986, «Love, etc.», prix Femina étranger 1992, et «Une histoire du monde en dix chapitres et demi», réédité au Mercure de France - Traducteur également d'Alphonse Daudet.

Pulsations, (Pulse), Julian Barnes (Folio, 2011, 330 p.) _  Traduit de l'anglais par Jean-Pierre Aoustin 

mardi 2 juillet 2013

Profanes, Jeanne Benameur

C’est le premier roman de l’auteur que je lis et c’est une vraie découverte: ce livre est superbe, à tous points de vue. Il m’a fait du bien, à sa manière  toute  profane et  pleinement humaniste. Un récit où le héros est un ex chirurgien ayant renoncé à tout après l’opération de sa vie qu’il  lui a été impossible de réaliser : celle de sa fille Claire, accidentée. Malgré les supplications de sa femme,  il a préféré laisser sa place à son ami, chirurgien lui aussi, qui n’a pas réussi à la sauver. Dès lors sa vie s’est brisée : sa femme est retournée chez elle, au Canada  et il s’est enfermé dans sa grande maison vide, seul avec son malheur.
Une décision prise  pour ses quatre-vingt-dix ans va changer sa vie. Comme lorsqu’il était chirurgien, il réunit autour de lui, après casting, une équipe de quatre personnes qui s’occuperont de lui, tour à tour, jour et nuit, mais  à chacune  son moment et son territoire.
 Il faut que ces quatre-là, si différents soient-ils, se tiennent. Pour mon temps à venir. Je m’embarque pour la partie de ma vie l plus précieuse, celle où chaque instant compte, vraiment. Et j’ai décidé de ne rien lâcher, rien.Les quatre, là, derrière la porte, je les ai choisis avec soin,  tant que ma conscience est aiguë. Pas question qu’on me colle n’importe qui pour s’occuper de ma carcasse quand il sera trop tard pour choisir. J’ai encore toutes mes facultés intellectuelles et physiques, même si le corps fatigue trop vite, regimbe et pousse trop la douleur dans les articulations, je n’ai pas besoin d’eux aujourd’hui, mais j’ai toujours su anticiper.
C’est l’arrêt du désir qui fait le nid à tout ce qui crève. Plus d’élan, plus de vie. Et moi je veux vivre. Pas en attendant. Pleinement.  ( p.10)
La suite est belle, émouvante, saisissante. Bien des choses vont arriver qui m'ont forcée à vouloir en lire toujours plus. Difficile de lâcher cette lecture!  La révélation finale ne m'a pas déçue. Un livre que je classe dans ceux que j'aimerais relire. 

Nombreux avis sur Babelio, tous positifs. 
Profanes, Jeanne Benameur, (Actes Sud, mars 2013, 274 p.)

dimanche 12 juin 2011

Le Fils, Michel Rostain, récit, Goncourt du Premier Roman 2011

«Papa fait des découvertes. Par exemple ne pas passer une journée sans pleurer pendant cinq minutes, ou trois fois dix minutes, ou une heure entière. C’est nouveau.» 
Ainsi commence ce récit relatant le lendemain, la semaine, l’année, enfin les cinq années qui ont suivi ce dimanche  25 octobre 2003, à 16 h 17 quand Lion, le fils de l’auteur, est mort en salle de réanimation, à l’hôpital de Quimper, d’une méningite foudroyante. 
Il se termine à la mi-avril 2010, lors de l’éruption du  volcan islandais  au nom imprononçable: Eyjafjallajökull qui projette des fumées à dix kilomètres d’altitude,  les cendres  du fils mêlées à celles du volcan qui font le tour du monde. C'est là que dans une sorte de pèlerinage, les parents du jeune homme ont déposé ce qui leur restait de leur enfant.
«Ce qu’on voit en fait dans le ciel de ce printemps? Ce ne sont que mes cendres qui disparaissent un peu plus. Le reste, c’est de l’ordre du roman. Ce n’est pas rien.» 
Entre ces deux moments, le fils décédé retrace la douleur du  père et ses efforts pour vivre  le deuil.  Il évoque les mille histoires que  ce dernier se raconte pour survivre et transformer l’absurdité de l’événement en contes mythiques et familiaux. La réalité sordide de la mort, il l'apaise ainsi au fil du temps par des fictions fantastiques et merveilleuses, seules dignes d’apaiser sa souffrance et c’est ainsi que s'écrit ce livre et qu'il se termine,  le 31 mai 2010.

Un beau livre, émouvant bien sûr  mais sans trop puisque c'est le fils disparu qui parle et un mort, c'est bien connu,  n'éprouve plus rien et se contente d'énumérer les faits bruts  qui, eux, peuvent s'avérer tour à tour dignes et drôles, juste ce qu'il faut. 
Une lecture dure et belle à la fois. 
Je  plains le père et admire l'écrivain. 
C'est lui qui a obtenu le Goncourt du premier Roman 2011 bien que  ne faisant pas partie de la sélection préalablement annoncée par l’académie à  voir ICI
Le fils,  Michel Rostain, récit, (Oh éditions, 2011,174p).
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vendredi 11 mars 2011

L'année de la pensée magique, Joan Didion

La vie change vite.
La vie change dans l'instant.
On s'apprête à dîner et la vie telle qu'on la connaît s'arrête.
Tels étaient les premiers mots que j’avais écrits après l’événement. 
Pendant longtemps je n’ai rien écrit d’autres.

L’événement dont parle ici l’auteur est la mort subite de son mari, l’écrivain George Gregory Dunne, après quarante ans de mariage, vers neuf heures du soir, le 30  décembre 2003,  à New York, à la table du dîner qu’ils étaient en train de prendre. Crise cardiaque. Mort immédiate et  foudroyante.
Ils venaient de rentrer de l’hôpital où Quintana, leur fille unique, avait passé les cinq dernières nuits, inconsciente,  dans une unité de soins intensifs  d’un hôpital new-yorkais.  Elle venait de se marier quelques mois auparavant-
C’est  neuf mois après que Joan Didion, romancière culte américaine,   peu traduite en France,   écrit très vite ce roman encensé par toute la critique aux Etats-Unis et déjà considéré comme un classique couronné par le National Book Award dans la catégorie « Non fiction ».
 L’année de la pensée magique est le récit de ces mois  de deuil quand elle vivait dans cette sorte de folie lucide  consistant à croire et à agir comme si son mari allait revenir, avec le sentiment de pouvoir contrôler les événements par la seule force de la pensée.
C’est ainsi qu’elle ne peut se résoudre à  se séparer des chaussures de son mari pour qu’il puisse les retrouver au cas où il reviendrait!
Ecrivains célèbres tous les deux dans leur pays, ils ont travaillé ensemble quarante ans, côte à côte, 24 heures sur 24. Ils ont tout partagé, travail,  vie de couple, vie de famille mais la vie, d’une simple touche,  a fait voler en éclats la séquence du temps, alors  maintenant elle écrit pour montrer simultanément tous les instantanés de mémoire qui lui viennent, pour trouver le sens.


 Longtemps sa formule pour conjurer le sort avait consisté à  dire :
Tu ne crains rien.
Je suis là.
J’avais cru que nous avions ce pouvoir...

Maintenant je sais que si nous voulons vivre nous-mêmes, vient un moment où nous devons nous défaire de nos morts, les laisser partir, les laisser morts. 
Savoir tout cela ne rend pas plus facile de les laisser partir au fil de l’eau.



Quelque temps après avoir terminé d’écrire ce livre et avant même sa parution, Joan Didion verra sa fille mourir à 39 ans mais elle ne retouchera pas ce qui vient d’être écrit.

J’ai aimé ce livre pour son honnêteté et sa rigueur. C’est une femme qui souffre mais qui ne pleure pas. Elle veut comprendre ce qui se passe en elle. La sécheresse du style atténue l’émotion. Les faits dominent avec une  précision toute  scientifique. Il s’agit de comprendre l’incompréhensible, de tenir à distance cette pensée magique qui déforme le réel, de se regarder vivre le grand bouleversement de la mort dans la vie.

Il fallait s’adapter à ces changements !

Un grand, très grand livre,  qui m'a vivement intéressée!


Quelques citations que je veux pouvoir relire :
 Le chagrin du deuil, en fin de compte est un état qu’aucun de nous ne connaît avant de l «’avoir atteint. Nous envisageons, (nous savons) qu’un de nos proches pourrait mourir, mais nous ne voyons pas au-delà de quelques jours ou semaines qui suivent immédiatement cette mort imaginée.


le mariage, c'est la mémoire ; le mariage, c'est le temps. Le mariage, ce n'est pas seulement le temps ; c'est aussi, paradoxalement, le déni du temps. Pendant quarante ans, je me suis vue à travers le regard de John. Je n'ai pas vieilli. Cette année, pour la première fois depuis mes vingt-neuf ans, je me suis vue à travers le regard des autres ; pour la première fois, j'ai compris que j'avais de moi-même l'image d'une personne beaucoup plus jeune. Nous sommes d'imparfaits mortels, ainsi faits que lorsque nous pleurons nos pertes, c'est aussi, pour le meilleur et pour le pire, nous-mêmes que nous pleurons. Tels que nous étions. Tels que nous ne sommes plus. Tels qu'un jour nous ne serons plus du tout.

L'année de la pensée magique,  Joan Didion, Grasset, Poche, 2007, 278 p.Traduit de l’anglais (Ètats-Unis) par Pierre Demarty. Titre original : The Year of Magical Thinking
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