mardi 10 novembre 2009

Eté d' Edith Wharton


Que peut-il se passer, un bel été ensoleillé,  au début du siècle dernier, dans un tout petit village, à rue unique,  entre une jolie bibliothécaire de 17 ans qui s’ennuie sur le seuil de sa porte et un bel architecte de passage, jeune et bien habillé, courant après son chapeau de paille dont la course se termine au beau milieu d’un étang? 

Comme par hasard, il vient justement chercher un livre à la bibliothèque et s’étonne de son délabrement et de la poussière qui s’accumule sur les livres ! Elle lui en veut de ses remarques et comme elle manque terriblement de distraction,  elle ne peut s’empêcher d’y penser sans cesse ! D’ailleurs tout le monde épie tout le monde dans cet endroit où tout finit par se savoir, même et surtout les secrets les plus intimes ! Drame éternel des villages solitaires !
Lui, c’est Lucius Harney, venant de la ville, cultivé, riche, dynamique, sensible, séduisant, raffiné,  et tout et tout ! Elle, c’est Charity Royall, fraîche, jolie, énergique, vive et raisonnable mais complexée par sa naissance mystérieuse et vaguement menaçante et par son inculture et sa méconnaissance des usages du monde.
Voilà pour le duo !
 Cependant, pour être complet,  il manque au tableau Mr Royall, le père adoptif de cette jeune orpheline. Veuf depuis peu, autrefois avocat d’une certaine renommée, réfugié dans ce village après des déboires dont nous ne saurons rien, il est de loin l’homme le plus cultivé et respecté de l’endroit  malgré sa tendance à l’ivresse certains soirs d’ennui ! Charity le craint et lui impose la présence d’une servante pour le tenir à l’écart !
La suite ? Il y est naturellement question de rendez-vous amicaux, de séduction, de découvertes amoureuses, d’escapades fiévreuses dans une nature enivrante, de fêtes,  de feux d’artifices, de passion amoureuse, de demande en mariage inattendue, de jalousie, de déceptions, de honte,  de fuite, qui vers New York, qui dans la Montagne désolée et accablante de misère et de désespoir…
La fin ? Totalement inattendue pour moi ! Je n’ai rien vu venir ou si peu !
Ce résumé semble celui d’un de ces fameux « Harlequin » coquins de cet été, mais loin de là, c’est Edith Wharton qui écrit et c’est tout simplement sublime, je ne crains pas de le dire !
J’ai adoré ce livre et m’en réjouis encore !
L'ont aimé également: Florinette, Tamara,  Lilly,  Lou, Stéphanieet peut-être d'autres encore!
Eté d’Edith Wharton, (10/18, 1990,  254 pages)  Traduit de l’américain par *non indiqué*

lundi 9 novembre 2009

Clara Militch par Ivan Tourguéniev,


 « Au printemps de l’année 1878 vivait à Moscou, dans une petite maison en bois de la rue Chabolovka, un jeune homme d’environ vingt-cinq ans nommé Jacques Aratov.  Il demeurait avec sa tante, Platonide Ivanovna, une vieille fille de cinquante ans bien sonnés, qui était la sœur de son père."
 Il était beau sans le savoir mais il était aussi maladif, impressionnable et nerveux. Timide et farouche, il vivait seul avec sa tante qui s’occupait de tout et qui l’adorait, n’échangeant cependant pas ensemble plus de dix mots par jour. A la mort de son père qui le voulait chimiste et entomologiste comme lui, il abandonna l’Université pour ne plus se consacrer qu’à la photographie.  Il n’avait jamais connu ni fréquenté de femmes et n’avait qu’un unique camarade, Kupfer, un Allemand qui était son contraire, grand gaillard, bon vivant et fort amateur de compagnie féminine. Celui-ci lui fait  connaître une jeune et talentueuse actrice et chanteuse d’airs lyriques, Clara MilitchAratlov est troublé par elle qui ne cesse de le regarder pendant qu’elle chante au théâtre. Elle lui donne un mystérieux rendez-vous dans une rue de Moscou, mais il ne la comprend pas et ils se séparent sur un malentendu. Cependant, lorsqu’elle repart en tournée, il l’oublie vite jusqu’au jour où il apprend par hasard qu’elle s’est suicidée, en  absorbant du poison sur la  scène où elle se produisait. Très ému, il va chez elle et rencontre sa sœur qui lui donne le journal de Clara Militch prouvant son amour pour lui et que ce suicide n’est dû qu’à son indifférence!
A partir de cette révélation, des rêves vont venir perturber ses nuits jusqu’à le rendre malade. Malgré les tendres soins de sa tante, il dépérit et croit voir Clara Militch au pied de son lit, chaque nuit ! Il sent sa présence et ses baisers, il est heureux ! Fiévreux, il s’alite et ne se relève plus ! Il meurt rapidement, un sourire béat aux lèvres.
C’est « une incroyable et bouleversante histoire d’amour par-delà la mort » explique l’éditeur !
Je pense que la traduction, aussi bien faite soit-elle, doit faire perdre beaucoup de son charme et de son attrait à cette histoire des plus romantiques mais une telle nervosité liée à tant de  naïveté et de fragilité chez un jeune homme cultivé me laisse de marbre. Il me semble presque un extra terrestre. J’ai aimé lire cette  nouvelle plus par curiosité que par sympathie avec les personnages !

Clara Militch par Ivan Tourguéniev (folio, 2 euros), traduit du russe par Françoise Flamant,
Titre original : Après la mort. 3e livre lu dans le cadre du challenge de Cynthia, (Folio 2 euros)

dimanche 8 novembre 2009

Qu'il vive de René Char, dimanche poétique,

Qu'il vive !


Dans mon pays, les tendres preuves du printemps et les oiseaux mal habillés sont préférés aux buts lointains.

La vérité attend l'aurore à côté d'une bougie. Le verre de fenêtre est négligé. Qu'importe à l'attentif.


 Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému.


 Il n'y a pas d'ombres malignes sur les barques chavirées.


 Bonjour à peine est inconnu dans mon pays.


On n'emprunte que ce qui peut se rendre augmenté

.
 Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles sur les arbres de mon pays. Les branches sont libres de ne pas avoir de fruits.

On ne croit pas à la bonne foi du vainqueur.


Dans mon pays, on remercie.



René Char Qu'il vive (1968) (Extrait des Matinaux)


Les amateurs de poèmes du dimanche sont ici, chez Celsmoon,

vendredi 6 novembre 2009

Pourquoi un Goncourt?


Tout le monde le sait maintenant ! Le prix Goncourt 2009 a finalement été attribué à une femme Marie Ndiaye pour son livre « Trois femmes puissantes ». Tous les journaux, radios, télés, blogs littéraires en ont parlé!  La messe est dite, les acheteurs de Noël vont se précipiter sur les piles les plus hautes, les  euros vont tomber chez les commerçants qui s’en réjouiront, les lectrices vont essayer de comprendre pourquoi c’est ce livre-là le meilleur de l’année ! Les râleurs râleront, les naïfs ronronneront, les sages réfléchiront et tout le monde sera content
Puis le cirque recommencera, que dis-je le cirque,  le cycle repartira, pour une nouvelle année d’attente, d’espoirs déçus ou non,  de buzz de toutes sortes, et ce sera à nouveau  un petit événement dans les grands, ce sera la vie qui va  et qui sourit… même si on devine que tout n’est pas rose, que c’est un peu du pipo, un peu truqué, copineries et tout et tout, pas toujours joli, joli,… que ce n’est pas dans l’absolu toujours le vrai meilleur qui l’emporte… que le mérite cède devant l’esbroufe et la futilité, bref qu’il n’ y a pas de justice dans ce monde-là non plus ! Et allons-y pour les clichés !
Il n’empêche ! J’aime cette agitation ! Elle m’amuse ! Chaque année j’espère le vrai chef d’œuvre, celui qui sera reconnu immédiatement,  même et surtout à l’étranger, de Shanghaï à Valparaiso ! Le livre dont le monde entier parlera, et non plus seulement l’habituelle petite chapelle nationale!

Allez, avec deux mois d’avance, je formule mon vœu le plus cher pour l’an prochain ! Que sorte enfin de France le nouvel Hugo, le nouveau Balzac, le nouveau Proust, ou mieux encore la nouvelle femme écrivain traduite partout, portée au pinacle partout, celle dont le nom enflera  et atteindra de tels sommets qu’on lui érigera des statues, qu’on lui brossera le portrait diffusé ensuite à des milliards d’exemplaires sur le net, qu’elle siègera enfin au panthéon littéraire aux côtés des plus grands génies : Montaigne, Dante, Cervantès, Shakespeare, Gœthe et…complétez vous-même selon vos désirs !
Je fais un rêve et ça fait du bien ! Haut les cœurs ! Appel aux jeunes filles ! Osez ! Ayez de l’ambition ! Tout vous est possible ! Fixez-vous le sommet, la gloire ! Devenez notre grand génie littéraire, enfin ! Ne craignez rien ! N’ayez peur de rien - et surtout pas des ricaneurs qui pullulent dans ces milieux ! Foncez ! Ayez de l’imagination ! Ne prenez exemple que sur les très grands : voyez Dickens, Zola, Tolkien et même J.K.Rowling ! Le succès est une bonne chose ! Ne vous enfermez surtout pas dans un petit cercle, une petite coterie ! Ne visez pas l’Académie française, celle qui anesthésie ! Visez plus haut ! Visez le but le plus fou ! Rêvez et faîtes-nous rêver !
Voilà ce que j’aurais aimé entendre à la sortie du lycée ! Mais enfermée d’office dans une prépa, que voulez-vous devenir sinon une donneuse de leçons !
Bon j’étais partie pour présenter le livre de Roger Kempf primé par le Fémina 2004 :  "L’indiscrétion des frères Goncourt"  et j’ai curieusement dévié ! Tant pis ! Ce sera pour une autre fois !

jeudi 5 novembre 2009

Les heures souterraines par Delphine de Vigan


Les heures souterraines sont celles que Mathilde, l'héroïne, passe dans le métro et le RER. Elle est veuve, mère de trois enfants et se sent harcelée à son travail. Alors, désespérée, un jour, elle va voir une voyante qui lui prédit du changement dans sa vie, le 20 mai.

« C’est aujourd’hui.
Aujourd’hui, quelque chose pourrait se passer. Quelque chose d’important. Un événement qui inverserait le cours de sa vie, un point de disjonction, une césure, inscrite depuis plusieurs semaines à l’encre noire dans son agenda. Un événement majuscule, attendu comme un sauvetage en haute mer.
Aujourd’hui, le 20 mai, parce qu’elle est arrivée au bout, au bout de ce qu’elle peut supporter, au bout de ce qu’il est humainement possible de supporter. C’est écrit dans l’ordre du monde. »

Le roman se déroule sur toute cette journée-là et on attend le moment clé qui illuminera enfin, ne fût-ce qu’un instant,  cette vie si triste et désolante ! Aussi quand apparaît au second chapitre un autre personnage, tout aussi malheureux,  on se dit que, peut-être, ces deux-là, en se rencontrant, se sauveront mutuellement de leurs dépressions. Tout est fait pour nous le laisser supposer.

 Thibault est un jeune médecin travaillant aux Urgences médicales de Paris. Il passe son temps dans sa voiture pour se rendre d’un coin à un autre de la capitale. Il est très seul et travaille comme un fou pour ne pas sentir sa solitude ! Sa détresse à lui, c’est d’aimer une jeune personne qu’il laisse totalement indifférente. Il décide, cette journée-là, de l’oublier.
 Avouez que tout est fait pour nous laisser supposer que leurs destins vont se croiser et s’illuminer enfin !
Se croiser, oui, ils le feront, mais sans se voir !  Ainsi, à  la station Charonne, une femme attire la foule autour d’elle pour une crise de tétanie. Thibault, le médecin, intervient et Mathilde est là aussi. Serait-ce l’instant décisif ?
Voici ce que vit la jeune femme à ce moment précis :
«  Mathilde a envie de hurler. Elle se voit à la place de cette femme, les images se superposent, pendant un court instant elles sont une seule et même personne, avalée par les néons, recroquevillée près d’un distributeur de friandises. Et puis Mathilde regarde autour d’elle. Et elle pense que tous ces gens, sans exception, un jour ou l’autre, seront assis là, ou bien ailleurs, et ne pourront plus bouger. Un jour d’effondrement. »
Rien ne s’est donc passé ! Chacun poursuit sa petite vie triste, toujours plus fatigante, toujours plus lourde au fil des heures et moi en tant que lectrice, je sens cette détresse s’insinuer en moi ! Il faut que je me secoue ! C’est du plaisir que je cherche avant tout dans mes lectures ! Pleurer, je veux bien, je suis bon public, j’aime les émotions fortes, la peur, le rire, la nostalgie, tout sauf ce sentiment d’impuissance et de voyeurisme, de déprime que je ressens avec ce livre. J’en suis à la page 80. Il est temps d’arrêter selon ma bonne RÉSOLUTION
Désormais, si, à la page 75 ou un peu plus, je n'aime toujours pas le roman en cours, j'abandonne ma lecture! (75 pages correspondent environ au quart des livres que je lis généralement !)




Résumé : J’ai adoré « No et moi » (prix des libraires 2008) qui m’a enthousiasmée !
Je n’ai pas du tout aimé « Les heures souterraines », livre qui m’a déprimée au point d’avoir dû l’abandonner !


22 autres blogs ont aussi présenté ce livre! Je ne les ai pas tous lus, faute de temps, bien sûr, mais il sont tous chez BOB et d'autre part,  Amanda précise les réactions de plusieurs et je constate qu'ont été déçus comme moi: Clarabel, Celsmoon, Laurent,
Ce livre est sur la liste du Prix des Lycéens. qui est mon prix préféré! 
Conclusion: Ne vous laissez pas trop influencer, lisez-le pour vous faire votre idée! 
Les heures souterraines de Delphine de Vigan (JC Lattès, août 2009, 300 pages 

mercredi 4 novembre 2009

Mexicali City Blues par Gabriel Trujillo Munoz


 Aéroport international de Mexicali,  aire de stationnement à demi vide, quatre heures et demie du matin, le détective Morgado se réveille dans sa voiture, après un mauvais rêve où il s’est vu en super héros tombant en vrille dans  le désert mexicain de la Basse-Californie.
 En réalité il attend l’arrivée dans la nuit d’un Cessna mystérieux et il prend le temps de repenser aux événements qui l’ont conduit dans cet endroit désert, en pleine nuit !
Quelque temps auparavant, Cecilia, son amour de jeunesse, est venue le supplier d’enquêter sur la disparition de son mari. C'est un Américain devenu pilote d’hélicoptère, en mission  dans le désert mexicain pour le compte d’une association écologique mais qui a mystérieusement disparu depuis un mois avec ses deux passagers.
Quand Morgado se rend dans les bureaux de cette association, il se rend vite compte, et très brutalement, que tout est faux, qu’il ne rencontre que des acteurs-pantins et que la police elle-même semble jouer un double jeu. Comme il est tenace et  malgré les nombreux obstacles, il veut savoir à tout prix la vérité et c’est ainsi qu’au dernier chapitre du récit, il se retrouve à attendre ce petit avion.
Le dénouement arrive dès lors très vite, avec son lot de bonnes et de mauvaises surprises ! La boucle est bouclée et le lecteur est satisfait !

Ce livre a beaucoup d'atouts pour lui: bonne intrigue, rythme haletant, problèmes très actuels d'une frontière sensible entre deux grands pays minés par la drogue et l'immigration, bref, une jolie lecture, bien enlevée! Mais j'ai un gros défaut en tant que lectrice: je n'aime que les gros romans, ceux où on prend le temps de s'identifier à un personnage au point d'avoir l'impression de vivre sa vie! Ce qui exclut les nouvelles et les romans très courts!

L’auteur : « Né en 1958 à Mexicali, en Basse-Californie , Gabriel Trujillo Munoz est à la fois poète, romancier, essayiste, journaliste et critique littéraire. Aujourd’hui, il est professeur et enseigne à l’Université autonome de Basse-Californie, à Mexicali. Il dénonce dans son œuvre les effets désastreux du voisinage immédiat des Etats-Unis sur sa région, un coin infesté de narcos, de policiers pourris, de femmes assez fatales, de cadavres et d’hommes d’honneur, anarchisants et défenseurs sans illusion des droits de l’homme. Une sorte de portrait de la frontière nord sur fond de désert. »
Ce livre est le troisième écrit par l’auteur pour inaugurer la collection ¾ polar dont l’ambition  est d’explorer à l’intérieur du roman le contexte sociologique et historique du pays où se déroule l’action.
Mes remerciements aux éditions Les Allusifs et à Babelio.


Mexicali City Blues par Gabriel Trujillo Munoz  (Les Allusifs, collection ¾ polar,  85 pages, mai 2009, traduit de l’espagnol (Mexique) par Gabriel Iaculli)

mardi 3 novembre 2009

Tag en rose

Cette fois, c'est Aifelle qui m'a taguée pour le tag en rose. J'ai choisi des portraits que j'aime, ceux de jeunes personnes en vêtements de cette couleur;

1 La jeune fille assise de Edmond Aman

2 La jeune fille en rose de Waterhouse

3 La robe rose de Bazille

4 La jeune femme à l'ombrelle de gervex

5 Une belle de Gainsborough

6 Une autre du même (Mary Countess Howe)

7 Et enfin le Gilles de Watteau
.Maintenant je tague
en rose: Keisha
en jaune: Theoma
en bleu: Dasola
en vert: Lilly
en rouge:papillon
en violet:Edelwe
en orange: Levraoueg
Voici les règles : Il faut taguer en couleur !!!. Chaque participant doit rester dans la couleur qui lui a été attribuée. Mettre un lien sur votre blog vers celui de votre gentil(l)e tagueu(r)se. Chercher, trouver, photographier 7 choses que vous possédez chez vous, (pas forcément), sur votre blog ou vos photos de vacances et qui ont cette couleur Publier ces photos (montage ou pas) sur votre blog perso Choisir à votre tour 7 pôôôvres victimes et les taguer.

lundi 2 novembre 2009

La vérité sur Marie de Jean-Philippe Toussaint


Sera-t-il le prix Goncourt de  cette année 2009 ? Nous le saurons dans quelques heures ! En tout cas, ce livre de Jean-Philippe Toussaint fait partie des quatre de la dernière sélection et serait l’un des deux favoris selon ce qu’écrit Pierre Assouline dans son blog : « La République des livres »
Une nuit de canicule, à Paris, le narrateur et Marie, son amour séparé, font l’amour en même temps mais à un kilomètre de distance, à vol d’oiseau, lorsque l’amant de Marie décède d’une crise cardiaque ! Affolée, elle appelle les urgentistes et son ex par la même occasion. Il arrive d’urgence pour la soutenir et la consoler. Arrivera-t-il à lui parler d’amour?  Dans cet appartement en face de la Banque de France qui a été le leur mais où il ne vit plus, ils se frôlent, se livrent des bribes de vérité, se disputent un peu aussi  et finissent par s’étreindre. « Cela n’avait duré qu’un instant, et Marie s’était dérobée avec grâce, elle s’était défaite de mon étreinte, elle me regardait avec douceur dans la pénombre. …comme si elle prenait simplement conscience qu’il était impossible  de s’aimer maintenant. 
Je ne m’en étais pas rendu compte immédiatement, pas tout de suite, ni dans les minutes qui suivirent, mais plus tard, brusquement, à l’improviste, dans une sorte de panique et de vertige…il me vint à l’esprit que c’était la deuxième fois, cette nuit, que j’introduisais mon doigt dans le corps d’une femme. »
 Fin de la première partie de ce roman qui en comporte trois comme les trois étapes de l’histoire toutes marquées par des temps forts, la mort de l’amant une nuit de canicule et d’orage, le transport par avion, de Paris à Tokyo, du cheval de course de Marie dont le propriétaire n’est autre que son amant décédé chez elle, enfin l’incendie de leur colline sur l’île d’Elbe, une autre nuit torride, où l’amour se refera avec, sur la peau et les cheveux, une forte odeur de feu !
L’intrigue en soi n’est pas grand-chose dans ce roman, ce qui compte, ce qui en fait la beauté, c’est l’écriture, le style très rigoureux, méticuleux  et inspiré à la fois!

Saurons-nous jamais la vérité sur Marie? Marie, la fantasque, la sensuelle, la sensitive ? L’auteur la poursuit depuis ses deux derniers livres  « Faire l’amour » (2002) et "Fuir" (Prix Médicis 2005) dont celui-ci ne serait que le prolongement.
J’ai bien aimé ce livre qui n'est autre qu'un beau roman d’amour ! Un amour moderne fait surtout d’absences, de silences, de fuites, de retours et d’étreintes au bord de gouffres et de catastrophes naturelles avec le sexe comme défi au vide et à la mort mais sans cesse à  la poursuite effrénée de l’amour idéal, l’amour absolu, l’amour fou ! La vérité sur Marie, je ne la connais toujours pas mais j'aime ce qui en est dit dans ce beau récit!

La vérité sur Marie de Jean-Philippe Toussaint  (Les éditions de Minuit, 205 pages, sept. 2009)

dimanche 1 novembre 2009

Je mourrai d'un cancer de la colonne vertébrale de Boris Vian,

Je mourrai d’un cancer de la colonne vertébrale
Ce sera par un soir horrible
Clair chaud parfumé sensuel


Je mourrai d’un pourrissement
De certaines cellules peu connues
Je mourrai d’une jambe arrachée
Par un rat géant jailli d’un trou géant


Je mourrai d’un éclat de voix
Crevant mes oreilles
Je mourrai de blessures sourdes
Infligées à deux heures du matin
Par des tueurs indécis et chauves


Je mourrai sans m’apercevoir
Que je meurs Je mourrai
Enseveli sous les ruines sèches
De mille mètres de coton écroulé


Je mourrai nu ou vêtu de toile rouge
Ou cousu dans un sac avec des lames de rasoir
Je mourrai peut-être sans m’en faire
Du vernis à ongles aux doigts de pied
Et des larmes plein les mains


Je mourrai de voir torturer des enfants
Et des hommes étonnés et blêmes
Je mourrai rongé vivant
Par des vers je mourrai les
Mains attachés sous une cascade


Je mourrai un peu beaucoup
Sans passion mais avec intérêt
Et quand tout sera fini,
Je mourrai
Je mourrai d’un cancer de la colonne vertébrale de Boris Vian

 Faute d'avoir pu lire un roman de Boris Vian ce mois-ci, en même temps que les blogueuses du Blogoclub, j'ai choisi ce poème pour ce dimanche de Toussaint!
Les amateurs de poèmes du dimanche sont ici, chez Celsmoon,

samedi 31 octobre 2009

Jane Eyre de Charlotte Brontë, lecture commune




Cette lecture commune de Jane Eyre  me semble redoutable ! Tout n’a-t-il pas déjà été écrit au sujet de ce livre ?  Comment éviter une certaine forme de rabâchage sinon en essayant d’oublier toutes mes lectures de préfaces, de  blogs ou d autres résumés sur ce si célèbre roman ? Une étude des plus subjectives donc, ou plutôt une relecture à des années-lumière de la première : de l’adolescence à la maturité !

 La première fois, j’ai été éblouie, aujourd’hui, je suis admirative !


Je préférais la Catherine romantique des « Hauts de Hurlevent », j’apprécie davantage désormais la raisonnable Jane Eyre ! Elle ferait une meilleure amie ! La sagesse opiniâtre et efficace de l’une contre la folie révoltée et vaine de l’autre ! Les années ont passé pour moi et ça se ressent !
Que m’a apporté cette relecture d’un des grands classiques anglais ?


D’abord, l’intrigue ! Je me souvenais essentiellement de l’aventure amoureuse à  Thornfield, entre Jane, la gouvernante et  Edward Fairfax.Rochester, le maître. Je n’avais rien oublié du mariage désastreux de celui-ci, de son caractère bourru mais bon, des cris inhumains et de l’étrange atmosphère pleine de secrets qui terrifiaient par moments l’héroïne devenue narratrice quinze ans après les faits. La fin de l’histoire non plus, si dynamiquement dramatique et pleine d’espoir, je ne l’avais pas oubliée ! Bien au contraire !

En revanche, je ne me souvenais plus de la situation douloureuse vécue par Jane dans son enfance, orpheline et enfant moralement torturée et abandonnée par sa tante par alliance, la véritable mégère qu’était Mrs Reed dont les trois enfants faisaient de la petite fille de 10 ans leur souffre-douleur dans la fameuse chambre rouge- bibliothèque derrière les lourds rideaux de laquelle Jane se réfugiaient pour lire, scène magnifique d’ouverture du roman :
« Les plis épais de la draperie écarlate bornaient ma vue à droite ; à gauche les carreaux me protégeaient, sans me séparer de la triste journée de novembre. De temps à autre, en tournant les pages de mon livre, j’étudiais l’aspect de cette après-midi hivernale. Au loin, c’était un espace où le brouillard se confondait avec les nuages ; plus près, une pelouse trempée et des arbustes battus par la tempête, tandis qu’une pluie incessante s’échevelait devant l’impétuosité du vent. »

Oubliée aussi la longue errance de trois jours à travers une campagne inconnue, avant de devenir institutrice à Morton et de se découvrir enfin une vraie famille, celle de ses cousins Rivers, qui l’ont recueillie alors qu’elle se trouvait dans la pauvreté la plus absolue et avec lesquels elle partagera son héritage miraculeux !

Jane Eyre ensuite, le personnage qui donne le titre au roman ! D’elle, je me souvenais de tout !

 Cette femme minuscule, que son  maître soulève comme un fétu de paille tant elle est légère mais aussi maigrichonne et pas très belle, mais si courageuse, fière, perspicace, aimante et bonne aussi , comment aurais-je pu l’oublier ?
Quant au style, aux descriptions, aux portraits, à la construction même du récit, aux résonances sociales,  d’autres en parleront mieux que moi ! Voilà quinze jours environ que je suis avec Jane Eyre et maintenant je vais la laisser avec nostalgie et reconnaissance à la fois! C’est définitivement une de mes plus belles lectures!

Particpent aussi à cette lecture commune: emilie, Marie, Cécile, Abeille,  Cynthia, 
Jane Eyre de Charlotte Brontë ( GF Flammation, traduit de l’anglais par Marion Gilbert et Madeleine Duvivier)

vendredi 30 octobre 2009

Résultats du jeu: le dernier mot

x
Merci à toutes les participantes !  L'une d’entre vous a trouvé les 12 bonnes réponses que voici :

        • 1 Voltaire  
        • 2 Léautaud
        • 3 Sand
        • 4 Hugo
        • 5 Brontë
        • 6 Balzac
        • 7 Montaigne
        • 8 James Joyce
        • 9 Marie-Antoinette
        • 10 Henry James
        • 11 Racine  
        • 12 Marx                          



Et la gagnante est : Stephie ! Bravo !
Le plus difficile semble avoir été de retrouver James Joyce et Henry James, Charlotte Brontë (qui s’adressait à son mari ) et Racine !

Jeu-Concours, challenge Librio 2 euros, Le dernier mot par Anne-France Hubau et Roger Lenglet


 Sans Cynthia et son challenge de livres à 2 euros, c’est probable, je n’aurais pas choisi ce petit livre qui est essentiellement un recueil de citations.  Les auteurs y ont rassemblé les derniers mots, les dernières expressions, les dernières phrases prononcées sur leur lit de mort par des personnages célèbres
Je relève ici les derniers mots que j’ai trouvés les plus impressionnants et je vous propose de retrouver qui a prononcé quoi. Toutes les phrases sauf une proviennent d’écrivains célèbres !

Voici cette liste :
A)    Victor Hugo,  B) Charlotte Brontë,  C)  Karl Marx,  D) Balzac,  E) George Sand,  F) Racine,  G)  Marie-Antoinette,  H)  Voltaire,  I) James Joyce,  J)  Montaigne,  K) Paul Léautaud  L) Henry James

Et voici les phrases

  1. « Je m’arrêterais de mourir s’il me venait un bon mot ou une bonne idée… »
  2. « Maintenant, foutez-moi la paix ! »
  3. « Adieu ! Adieu, je vais mourir. Adieu, Lina. Adieu, Maurice.  Adieu, Lolo… »
  4. « Adieu, Jeanne… »
  5. « Oh, je ne vais pas mourir ? Il ne nous séparera pas, nous avons été si heureux. »
  6. Huit jours avec de la fièvre… J’aurais eu le temps d’écrire un livre…Blanchon, appelez Blanchon ! Lui seul me sauvera… »
  7. « Ce n’est pas la mort que je crains mais de mourir. »
  8. « Est-ce que quelqu’un comprend ? »
  9. « Pardon, Monsieur, je ne l’ai pas fait exprès ! »
  10. « La voilà enfin, la chose distinguée ! »
  11. «Silence…silence…silence… »
  12. " Allez, sortez !... Les dernières paroles sont pour les imbéciles qui n’en ont pas dit assez."
  Qui aura  trouvé les 12  bonnes  associations et s'approchera le plus du nombre de participants à ce jeu gagnera  des  livres récents et si personne ne trouve les 12, gagnera celui ou celle qui aura trouvé le plus grand nombre de réponses!  (Mon e-mail est dans mon profil, en haut , à droite. Ne seront prises en compte que les propositions données par mail. Réponses dans la soirée! Bonne chance!)


Le dernier mot par Anne-France Hubau et Roger Lenglet (Librio, 86 pages)
De Néron à Desproges, près de 500 façons de tirer sa révérence