samedi 28 janvier 2012

La vie très privée de Mr Sim de Jonathan Coe

Tout commence par un article de journal où on apprend qu’un VRP a été retrouvé nu dans sa voiture bloquée par la neige  sur une route au nord de l’Ecosse. A ses côtés on a trouvé deux bouteilles de whisky vides, deux cartons renfermant 400 brosses à dents et un grand sac-poubelle rempli de cartes postales d’Asie. Il s’agit de Mr Maxwell Sim, 48 ans,  domicilié à Watford, en Angleterre, spécialiste de produits d’hygiène bucco-dentaire écologiques pour une société mise en liquidation le jour même. 

C’est de  la vie intime de ce Max Sim, un type des plus banals,  dont il est question tout au long de ce roman que j’ai trouvé éblouissant et jubilatoire, un grand moment de lecture.
Le héros n’est qu’un pauvre homme en pleine crise identitaire, frôlant la dépression et souffrant de solitude après l’éloignement de tous les siens. Sa femme l’a quitté avec sa fille, sa mère est décédée très jeune,  son père est la froideur même et son meilleur ami lui en veut pour avoir fait du mal à  son fils. Lui-même, bien sûr,  ne s’aime pas et il est en passe de perdre aussi son travail.
Caricature du loser?  Sûrement! Il cumule tous les clichés: il échoue dans tout ce qu’il fait et son départ d’Australie où il devait se réconcilier avec son père en est l’exemple type. Malgré de belles rencontres dues au hasard généreux ce jour-là, les belles promesses s’envolent aussitôt avec la mort subite de son voisin à qui il racontait sa vie, avec le vol de son portable où était enregistré le numéro de la belle et généreuse, Poppy, la nièce de Clive. Très important Clive! Très!  
Bon ce n’est que la goutte d’eau du début de l’action mais il y a tant d’épisodes romanesques à la fois fantasques et réalistes  dans ce roman… qu'il faudrait  copier le paragraphe final qui résume l’essentiel de l'intrigue, de l’avis même de l’écrivain,  celui  qui prenait l’avion pour la Russie, au tout début… Et des personnages tous plus ou moins drôles, ayant un lien avec le passé ou l'avenir de Mr Sim, ce n’est pas ce qui manque ici. Ils foisonnent. L’auteur a pris plaisir à les créer et à jouer avec eux. A l'origine comme à la fin , ce beau couple de la chinoise brune et de sa petite fille blonde qui semblent si heureuses en jouant aux cartes, au restaurant de la plage, le deuxième samedi de chaque mois.  
Mais l'auteur  se voit aussi  en tueur en série: ne  fait-il pas  mourir  ses personnages quand il  le veut?     
Cependant, il ne faut pas se tromper,  c’est le lecteur qui est au cœur de ce brillant récit satirique, dans un monde occidental très déstabilisé  par les nouvelles technologies et les bouleversements sociaux des années  2010.  Le romancier, de son propre aveu, est le marionnettiste qui  manipule et tire les ficelles. . Il rappelle cette évidence que c’est lui le maître, l’artiste qui crée ses propres acteurs et les fait disparaître  à volonté, d’un simple claquement de doigts. Il ne faut surtout pas rater la fin, pirouette inattendue mais logique  qui me satisfait pleinement puisqu'elle justifie  le triomphe de l'art en somme. Imagination débridée, drôleries, surprises, humour, tout m'a enchanté et surtout l'optimisme qui finalement se dégage  d'une histoire qui semblait devoir mal se terminer.
  

La vie très privée de Mr Sim de Jonathan Coe
(roman gallimard, traduit de l’anglais par Josée Kamoun, 2011,
(The Terrible Privacy of Maxwell Sim, 2010, 452 p.)
(Roman pour le challenge d'Anne: Angleterre)

Au cas où je n'aurais pas été assez claire,  j'ajoute le résumé  de l'éditeur.

"Max Sim, le protagoniste principal, est un antihéros par excellence, voué à l'échec dès sa naissance (qui ne fut pas désirée), poursuivi par l'échec à l'âge adulte (sa femme le quitte, sa fille ne le regarde guère, sinon pour rire sous cape), s'acceptant d'ailleurs en tant qu'échec et y trouvant même une certaine paix : l'absence de lutte, enfin.

Savoir s'accepter devient l'un de ses mots d'ordre A force de solitude, il finit par converser avec son GPS au long de ses pérégrinations de commis-voyageur représentant en brosses à dents dernier cri. Il tombe amoureux de cette voix désincarnée, lui imaginant même une personnalité, et les dialogues engagés avec elle partagent le lecteur entre le rire et la compassion. Le drame essentiel réside pourtant dans la relation avec son père, dont il découvre en lisant son journal qu'il était homosexuel et l'a conçu, lui, Max, par accident pourrait-on dire.

Mais il va tout de même essayer de se réconcilier avec ce père et même, de lui faire retrouver son ami de coeur, l'extraordinaire Roger S. Un échec là encore, mais l'échec est l'un des ressorts du comique. Jonathan Coe renoue ici avec la veine comique tout en gardant la même complexité, la même précision, la même habileté que dans ses livres précédents. Tout à la fois drôle, bien construit et situé à la pointe du contemporain, le roman procède par mélange de genres, suite d'échos, de souvenirs récurrents, de parallèles, de rappels, pour tenter de cerner la grand interrogation: jusqu'à quel point la vie peut être considérée comme une fiction?"

vendredi 27 janvier 2012

Trottoir de l'Elysé'-Palace de Paul-Jean Toulet,

Trottoir de l’Élysé’-Palace
    Dans la nuit en velours
Où nos cœurs nous semblaient si lourds
    Et notre chair si lasse ;

Dôme d’étoiles, noble toit,
    Sur nos âmes brisées,
Taxautos des Champs-Élysées,
    Soyez témoins; et toi,

Sous-sol dont les vapeurs vineuses
    Encensaient nos adieux —
Tandis que lui perlaient aux yeux
    Ses larmes vénéneuses.

Paul-Jean Toulet, Contrerimes
(Pau  1867,  Guéthary  1920,  poète français, célèbre par ses Contrerimes, une forme poétique qu'il avait créée. Il fut un des nègres littéraires de Willy, colocataire de Curnonsky, "Le prince des gastronomes",  Francis Carco et Tristan Derème, jeunes poètes s'inspire de lui pour créer leur groupe des "Poètes fantaissites". Frédéric Beigbeder place deux oeuvres de Paul-Jean Toulet (Mon amie Nane et Les Contrerimes) dans le "top-100" de ses livres préférés que constitue Premier bilan après l'Apocalypse.)
Tableau d'Edouard Cortès (1882-1969) Un conseil: cliquer sur la photo pour l'agrandir: ça rend tellement mieux! 

jeudi 26 janvier 2012

Micmac, roman et poésie, Coe et Cros, Romance

Un peu de poésie tôt le matin, ça fait du bien en attendant de terminer un livre magnifique: 
La vie très privée de Mr Sim,le dernier roman de Jonathan Coe (Gallimard),
un vrai roman selon mon cœur. Je me régale et je vais lentement enfin j'essaie mais je dois me freiner tant j'ai envie d'en savoir plus et en même temps je voudrais que ça dure longtemps, ce moment de lecture-bonheur. Je ne sais rien encore de ce livre. Je n'ai pas voulu lire la 4 de couv',  pas voulu faire de recherches sur G**gle. Rien! J'ai seulement aimé jusqu'ici "Testament à l'anglaise".
Mais il a suffi qu'une amie m'écrive: "lis-le, c'est mon livre préféré du moment.", j'ai obéi  et j'ai bien fait:  elle a raison. Ce livre est un enchantement. 
Qui l'a déjà lu?  


Matin moqueur,
Au dehors tout est rose.
Mais dans mon coeur
Règne l'ennui morose.
Car j'ai parfois
A son bras, à cette heure,
Couru ce bois.
Seule à présent j'y pleure.
Romance, Charles Cros, Portrait de Violette HeymannOdilon Redon,1910. 72×92 cm

mercredi 25 janvier 2012

Magasin général, T7, Charleston, de Loisel et Tripp, ma BD du mercredi.

C'est une  série que j'ai  lue d'une traite, beaucoup aimée et commentée ICI,  en février dernier, or j'ai eu la surprise après les premières pages de me rendre compte que je ne savais plus de qui et de quoi il était question. J'étais perdue. Ce n'est pas un tome où on  entre facilement sans savoir ce qui est arrivé précédemment aussi je reprends ici mes résumés.

L’histoire est celle  d’une jeune veuve, Marie, racontée en voix off par son défunt mari, ce qui justifie les nombreux aperçus du village vu d’en haut. Tous deux tenaient le magasin général, le seul commerce du village, l’unique  lien avec le monde extérieur de  ce trou perdu où les hommes valides, tous  bûcherons, sont absents une bonne partie de l’année.
Marie, l’héroïne, pleure son mari disparu. Elle se sent perdue, se croit incapable de continuer à tenir le magasin, mais poussée par les villageois totalement dépendants de cette petite entreprise, elle découvre qu’elle sait conduire et qu’ainsi elle  peut se rendre indispensable à tous.  Le village se remet à vivre et on prend le temps de faire connaissance avec  ses habitants jusqu’au retour des hommes, l’évènement-clé de l’année. (T1)
Dans le  T2, le village appartient de nouveau aux femmes. Marie  a bon cœur,  elle aime rendre service et tous profitent d’elle jusqu’au jour où elle doit  héberger  Serge, un «Français de France», tombé en panne dans ce coin isolé. La neige l’y retiendra longtemps  et  malgré la méfiance envers lui, l’étranger, il se rend indispensable car il a vécu mille expériences,  celle des tranchées, des grands restaurants parisiens et surtout il est vétérinaire. Avec Marie, il offre des dîners succulents à tous les habitants, il intervient lors d’accouchements difficiles, bref il se rend non seulement utile mais il initie le village à une vie plus légère, à des plaisirs plus raffinés si bien qu’à part trois mégères, tous finissent par l’aimer et Marie la première, bien sûr.
A leur retour cette fois, les hommes trouvent leur village bien changé et leurs femmes  trop indépendantes . Ils en veulent au nouveau venu et ce sera la guerre entre les sexes jusqu’à la réconciliation finale. (T3)
Le tome 4 est celui des confessions. Marie souffre mais elle commence enfin à penser un peu plus à elle. 
Le tome 5 sera celui du scandale,  de la séparation/exclusion de Marie qui  part  tout oublier  à Montréal
Le tome 6 insiste sur  le grand vide que son absence a laissé  entraînant les remises en question de chacun et le retour d'une Marie plus aguerrie.  

Dans ce tome 7, il ne se passe pas grand chose en réalité, pratiquement rien mais j'ai bien aimé cette lecture cependant malgré le manque d'intrigue  car on y retrouve l'atmosphère du village canadien du début, gai et commère, chaleureux et rustre. Les habitants  y sont heureux et insouciants. Le véritable changement vient de ce qu'a apporté Marie de Montréal. De beaux tissus, du rouge à lèvres, des idées nouvelles et tout le monde se remet au travail et s'active en conséquence. On coud, on répare, on imagine de nouvelles chaussures, de nouveaux habits. Un air de renouveau plane sur  tout le monde. On s'amuse, on rit, on s'aime et voilà  qu' arrivent de nouveaux airs de musique et une nouvelle danse: le charleston. On se met à la mode. On fait la fête. La série pourrait s'arrêter là puisque le bonheur, la paix, les rires sont revenus. Une sorte de happy end en somme,  mais non, c'est de nouveau: "A bientôt".  La suite au prochain numéro!
 Faut-il préciser que les dessins et la mise en page  sont toujours parfaits?  
Oliv', lui, a été un peu déçu ICI

Magasin général, T7, Charleston, de Loisel et Tripp  (Casterman, 2011,84 p)


Dernière nouvelle: Theoma met un point final aujourd'hui à son challenge BD Women  ICI Elle répertorie  sur son blog les 203 billets publiés dont 149 titres différents.
Félicitations aux trois blogueuses qui se sont distinguées par leur nombre de billets: Joëlle, 
Mo', VéroniqueD. Merci et bravo à Theoma pour ce challenge très réussi! 


Demain jeudi 26 janvier, ouverture du festival d'Angoulême 2012. Je viens d'écouter Art Spiegelman, le président, en direct chez Frédéric Taddéi, sur la 3 et c'était très intéressant. Il est revenu sur le racisme de son père envers les Noirs et a déclaré qu'en écrivant Maus il n'avait pas pour but de lutter contre toutes les dérives racistes ou totalitaires mais  que simplement il voulait raconter l'Histoire  telle qu'elle avait  été vécue par son père mais  en 1972, il avait eu du mal à se renseigner pour contrôler  si ce que disait son père était vrai. Il n'y avait pas encore beaucoup de manifestations contre la Shoah alors que maintenant c'était devenu presque kitsch. Il a terminé en disant combien il était loin de se douter que son livre aurait un tel succès. 

Les participants: 

Je participe aussi au Top BD de Yaneck (18,5/20) ainsi qu'au Roaarrr Challenge de Mo'. 

mardi 24 janvier 2012

Le Tag de l'Abécédaire

Voici les tags  qui refleurissent. Cette fois c’est Asphodèle qui me l’a aimablement (ou férocement ?) lancé. Il viendrait de chez Liliba et c’est un abécédaire où il faut indiquer ce qui nous a marqués en 2011.  Ce à quoi Asphodèle, la vilaine,  s’est empressée d’ajouter le début   de 2012. Il me faudra donc taguer à mon tour douze pauvrettes pour plancher sur ces lettres majuscules. 

A, comme Amor, Armor, Alors  il faut  bien commencer, sans trop réfléchir, ce qui bloquerait l’inspiration pour peu que celle-ci soit au rendez-vous !
B, comme Bébé parce que,quand même, c’et le cœur de mes journées et justement elle aura 1 an demain.
C, comme  Chocolat,  c'est définitivement plus fort que moi. 
D, comme Désir,  car plus il y en a, plus la vie est là.
E,  comme Envie  parce que  sans, c’est l’enfer.
F, comme Faire, Foncer, Fabriquer
G, comme Glamour parce que sinon…
H, comme «Hâtons-nous!». La vie est si courte!
I, comme Inès naturellement.
J, comme Jeunesse toujours.
K, comme Koala. J’aime ces petites bêtes-là!
L, comme Livre. Quoi d’autre? 
M, comme Mélodie, la vie sourit.
N, comme  Non et Non, parce que  c’est nécessaire. 
O, comme Ô, c’est beau!  J’aime admirer.
P, comme Papa si peu là! 
Q, comme la litanie: Qui? Que? Quoi? 
R, comme Rêveuse. Mon luxe absolu. Mon bonheur!  
S, comme «Quels Sont Ces Serpents qui Sifflent sur vos têtes?» Serpent, j’ai peur! 
T, comme, «Tais-toi et mange!». Timidité
U, comme Urgence. Trop souvent. Attendre !
V,  comme Verlaine, mon poète préféré, depuis toujours. 
W, comme Week end. Le soleil luit. On rentre à la maison. 
X, comme l’Inconnu jamais révélé. 
Y, comme Yves, Yvette, Yann,  Yannick, les prénoms de l’enfance. 
Z, comme Ze sais pas quoi

lundi 23 janvier 2012

Correspondances de Frédéric Berthet, 1973-2003,

Ce livre de correspondances d’un jeune auteur mort  le soir du réveillon de Noël 2003, à 49 ans, a été  voulu par ses amis qui sont aussi des écrivains, des artistes, des philosophes célèbres,  qui lui ont écrit, qui l’ont encouragé à écrire, qui voyaient en lui un être très doué, ancien Normalien, plein d’humour, ne vivant que pour la littérature et très prometteur, vu ses dons littéraires. Pourtant il a peu produit : un roman: Daimler s’en va, quelques nouvelles. Les noms qui reviennent  le plus souvent dans ces Correspondances sont ceux de Jean Echenoz, Patrick Besson, Éric Neuhoff, Pierre Bayard, Michel Déon, Philippe Sollers, du moins parmi ceux que je connais.
A qui ce livre est-il destiné? A ses amis bien sûr et à ses proches  et à  qui d’autres?  Je me suis souvent senti de trop en parcourant ce livre. 
J’aime les biographies, les journaux intimes, les correspondances, les mémoires, tous les textes qui font revivre une personne, célèbre ou pas d'ailleurs,  pourvu qu’à un moment je puisse avoir l’impression de le connaître, de le sentir revivre. J’ai cru que ce serait pareil cette fois-ci mais le miracle n’a pas eu lieu.   Les lettres de ses correspondants m'ont semblé envahissantes par rapport au petit nombre des siennes. Trop de passages ne me concernaient pas si bien que je  me suis peu à peu dispersée dans ma lecture  terminée en pointillés.
C'était un rendez-vous manqué.
On en dit beaucoup de bien en revanche  dans le Magazine littéraire, le Figaro, Le Soir, et d'autres journaux et revues. 
Correspondances, 1973-2003, de Frédéric Berthet (La Table Ronde, 2011, 444p)  

dimanche 22 janvier 2012

Un artiste dans le Nord de Tomas Tranströmer

Moi, Edvard Grieg,  je me déplaçais comme un homme libre parmi les hommes.
Je plaisantais assidûment, lisais les gazettes, voyageais et m’en allais.
Je dirigeais l’orchestre.
L’auditoire avec ses lampes vibrant au triomphe comme le ferry au moment d’accoster.

Je suis remonté jusqu’ici pour ferrailler avec le silence.
Mon ouvroir est étroit.
Le piano à queue y est aussi serré que l’hirondelle sous la tuile du toit.

Les belles falaises droites se taisent le plus souvent.
Nul passage
Sinon une trappe qui parfois est ouverte
et une curieuse lumière filtrant tout droit des trolls.

Simplifier !

Et les coups de masse de la montagne sont
sont
sont
sont entrés dans notre chambre une nuit au printemps
grimés en coups de cœur.

Un an avant ma mort, j’enverrai quatre psaumes à la recherche de Dieu.
Mais cela commence ici.
Un chant sur ce qui nous est proche.

Ce qui nous est proche.

Champ de bataille intérieur
où nous les Os des Morts
nous battons pour parvenir à vivre.

Un Artiste dans le Nord de Tomas Tranströmer (Prix Nobel de Poésie 2011)
(Traduit du suédois et préfacé par Jacques Outin)
Accords et traces, 1966.
Baltiques, œuvres complètes 1954-2004 
Poésie /Gallimard, 2011,  378p. (Photo Paris-Match)

samedi 21 janvier 2012

Totally Killer de Greg Olear


Drôle, tonique, bouillonnant d’idées et de références littéraires, un rien satirique et moqueur, avec  du sexe, du pouvoir et de la richesse en guise de miroir aux alouettes pour  les pauvres  jeunes diplômés  au chômage qui sont  les héros de l’histoire, ce livre m’a beaucoup plu. 
Premier roman de l' auteur américain, Greg Olear,  né en 1972 dans le New Jersey, il sera bientôt suivi d’un  second, Fathermucker,  qui, je l’espère, sera aussi agréable et tonique que celui-ci.
De très nombreux blogs en ont déjà parlé, la plupart de manière très enthousiaste, je vais donc faire court. 
En deux mots, c’est l’histoire de Taylor Schmidt, jeune beauté arrivée tout droit de son Missouri natal pour chercher du travail à New York, l’été caniculaire de 1991 et morte à vingt-trois ans, à l’automne de cette même année.  C’est annoncé dès le prologue. Le narrateur est son colocataire, Todd Lander, vite subjugué par cette fille dont l’ambition est immense et la sexualité sans tabou et qui attire tous les hommes  Il passe bientôt son temps à lire en cachette les journaux intimes de la jeune femme qui l’obsède mais ce n’est que dix-huit ans après, en 2009, qu’il raconte les événements de cette saison-là. Entre temps il s’en est passé des choses étonnantes et  inouïes, pour les personnages mais aussi  pour le monde entier!... 

«Je n’ai jamais aimé Taylor Schmidt. Malgré tout ce que vous avez pu entendre dire.
Cela dit…je peux comprendre une telle confusion. Il faut dire qu’elle me faisait sacrément bander. Même encore aujourd’hui,  et ça fait dix-huit ans qu’elle est morte. 
Son histoire n’est pas une histoire insignifiante, ses implications ont une portée considérable, et il est essentiel de la replacer dans son contexte historique.  Il faut en convenir, les années 1990 n’inspirent pas particulièrement la nostalgie. Mais un jour viendra où la signification de la première année de cette décennie apocalyptique apparaîtra plus évidente. La tonalité et l’importance de cette annus mirabilis ne sauraient être sous-estimées. Au cours de ces douze mois brefs, tout est devenu parfaitement clair: culturellement, politiquement, socialement – tout le toutim….C’était l’argent qui était à l’origine de notre mécontentement. Comprenez bien, de mémoire d’homme, nous étions la génération la plus pauvre, avec peu d’espoir de voir notre situation financière s’améliorer. 
Bref, l’été 1991 était le pire moment de toute une génération pour se trouver dans la position de Taylor Schmidt.
Et c’est là que notre histoire commence.»  (Début du livre) 

«Ce que je veux… tout ce que je veux, c’est ne pas oublier. Mais ce n’est pas une bataille gagnée d’avance. Avec le temps,l’image se brouille, le parfum se dissipe,le souvenir s’efface. Le souvenir de Taylor,objet de mon désir, de ma pitié, de mon obsession et , par-dessus tout, de mon amour.»(Fin du roman)


Totally Killer de Greg Olear, roman traduit de l’américain par François Happe 
( Gallmeister, 2011,300 pages)  Challenge de Cynthia

vendredi 20 janvier 2012

Les 10 meilleures ventes de romans en France en 2011

Le classement des meilleures ventes de romans en France en 2011 vient de sortir, d’après une enquête du cabinet GFK.
Contrairement aux Prix littéraires, on constate ici une majorité de femmes dans la liste des dix premiers livres les mieux vendus: 6 femmes et 4 hommes.
De ces  dix auteurs, un seul m’est inconnu: Françoise Bourdin. Des autres, j’ai lu un ou plusieurs titres déjà  et ma préférence va à ceux de Delphine de Vigan  qui m’ont le plus touchée jusqu’ici.

Guillaume Musso, 1.567.500 exemplaires
Marc Levy, 1.509.000 exemplaires
Katherine Pancol, 1.213.000 exemplaires
David Foenkinos, 967.000 exemplaires
Fred Vargas, 790.500 exemplaires
Tatiana de Rosnay, 674.000 exemplaires
Delphine de Vigan, 519.500 exemplaires
Françoise Bourdin, 470.000 exemplaires
Amélie Nothomb, 429.500 exemplaires
Maxime Chattam, 421.500 exemplaires


Les cinq meilleures ventes de romans dans le monde dans l'absolu. Plus de 100 millions d'exemplaires. (Wikipédia)
Charles Dickens
Antoine de Saint-Exupéry
JRR Tolkien
Cao Xueqin
Agatha Christie




jeudi 19 janvier 2012

Casanova a dit

"Le mépris ne manque jamais de se trouver à la suite du triste sentiment de la pitié." Casanova  (Histoire de ma vie, Vol 2, chap. V-VI, p.146-176)  

Pourquoi cette conviction chez Casanova sinon par expérience? Il aimait une femme qui, bien qu’amoureuse, se refusait à lui. Dépité,  il rencontre  une courtisane avec laquelle il termine sa nuit. Il en attrape une maladie qui lui demande deux mois de soins. Honnête, il révèle son état à l’élue de son cœur qui, après avoir éprouvé de la pitié pour lui  le temps de sa maladie, ne ressent plus ensuite que du mépris à son égard. Fin de la belle histoire d’amour.

mercredi 18 janvier 2012

Il était une fois en France, T5, Le petit juge de Melun par Fabien Nury et Sylvain Vallée, ma BD du mercredi



Voici l'avant-dernier tome d'une série déjà presque mythique. 

(Rappel de l'intrigue) Joseph Joanovici, l’enfant juif échappé des pogroms d’avant-guerre  avec Eva, sa future femme, est devenu  le  ferrailleur  des Allemands dans la France occupée. Désormais  très riche  mais prudent, il retourne sa veste en aidant les résistants au bon moment  si bien qu’il n’est pas inquiété par la suite et peut poursuivre ses  louches activités.

Dans ce tome 5, l’éclairage est mis sur un personnage plus falot, le juge Le Gentil. L’action  commence  à Melun en Seine et Marne,  en septembre 1946, quand un dossier lui est confié par la mère  de  Robert Scaffa, un jeune de 19 ans  assassiné pour traîtrise  par les complices de JoanoviciTout le monde jusqu’ici laisse tomber cette affaire qui, contre toute attente, intéresse bientôt tellement  ce petit juge obscur qu’il va s’y  consacrer au point de tout risquer pour dénoncer les coupables et les faire condamner.  Mais comme toujours dans cette série,  rien n’est simple et il ne faut pas se fier aux apparences. Le cœur de l’homme est toujours plus  complexe  qu’il n'y paraît.
Impossible d’en dire davantage.

C’est une histoire finalement des plus simples bien que réservant quelques belles  surprises  aux lecteurs. C’est le tome que je préfère pour le moment.  Vivement le dernier ! 
Contrairement aux précédents, cet album-ci, je l’ai lu sans m’arrêter. Il est d’une perfection telle que c’était un vrai plaisir. Très classique dans sa présentation, le choix des couleurs  et le déroulement de l’intrigue, en le relisant, je m’aperçois de l’habileté et de la maîtrise que réclame justement cette impression de facilité. En réalité c’est du grand art. J’en aime les dessins , les cadrages très variés,  les  nombreux gros plans, l’intensité des regards et des émotions dans les portraits, les scènes d’actions souvent  silencieuses, la sobriété si efficace des dialogues. Une réussite et un vrai plaisir de lecture.

Mon billet précédent sur le tome 3 est ICI
Il était une fois en France, T5, Le petit juge de Melun par Fabien Nury et Sylvain Vallée, ma BD du mercredi (Glénat, Octobre 2011, 60 pages) 
Angoulême 2011. Prix de la série. Meilleur album. Série culte.

Les participants: 
Alex, Arsenul,   Benjamin,  Choco, Chrys, Delphine,  Didi, Dolly,  Emmyne, 

Estellecalim, Hilde, Hélène, Hérisson08,  Irrégulière, Jérôme, Kikine,  


 Margotte, Marguerite, Mathilde, (en pause), Moka, Mo', Noukette,  Oliv',

Pascale,   Sandrounette, Sara, Soukee,  Theoma, Valérie,  Vero, Wens,Yaneck, 

Yoshi73Yvan, Mr Zombi,   32 octobre,

Je participe aussi au Top BD de Yaneck (19,5/20) ainsi qu'au

mardi 17 janvier 2012

Le livre d’Hanna de Geraldine Brooks

J’aimerais n’avoir à présenter que des coups de cœur comme ce livre-ci.
Hanna est une jeune australienne, restauratrice de manuscrits anciens. En 1996, elle est en mission à Sarajevo où on  lui  a confié la célèbre Haggadah, un manuscrit hébreu très ancien et très précieux,  aux enluminures de toute beauté, créé dans l’Espagne médiévale et  qu’un musulman bosniaque, directeur de musée, vient de sauver des bombardements de la ville.
Peu à peu Hanna se passionne pour son travail et n’a de cesse de retrouver l’histoire de l’ ouvrage sacré. Grâce à de minuscules indices qu’elles recueillent et fait analyser, elle parvient, étape après étape, à remonter  les siècles jusqu’à l’époque de sa création, à Séville, en 1480. Elle fait revivre ainsi  des  moments historiques tragiques où le livre a failli disparaître. Tous sont liés à des lieux célèbres et à des personnages de communautés très variées et de toutes sortes de conditions sociales. Tous ont des personnalités fortes, odieuses ou émouvantes mais le destin de la Haggadah est entre leurs mains à un moment critique de leur vie et c’est ce qui nous est raconté en alternance avec la vie d’Hanna, la chercheuse dont le destin familial n’est d’ailleurs pas le moins banal, prise entre sa mère, une brillante chirurgienne du cerveau avec laquelle elle ne peut s’entendre  et un père qu’elle n’a pas connu et dont elle ne saura la véritable identité que très tard, révélation qui transforme sa vie.

C’est romanesque à souhait et je me suis suffisamment bien identifiée à l’héroïne dès le départ pour aimer la retrouver  après les plongées dans le passé  qui m’ont également envoûtée tant l’imagination de la romancière fait des merveilles en s’appuyant sur des recherches et des détails historiques, d’une grande précision
C’est ainsi que je me suis sentie menacée  tour à tour par les  nazis  en 1940,  la censure vénitienne et ses autodafés en 1609, la cruelle inquisition, à Taragonne, en 1492, au moment de l’expulsion des juifs espagnols  pour revenir en Australie et à Sarajevo avec les problèmes de ce début de siècle. 
C’est une sorte d’odyssée autour d’une œuvre d’art qui est avant tout un objet sacré et c’est  très habilement mené. J'ai été embarquée dans cette histoire de la première à la dernière page avec un énorme plaisir et un grand intérêt pour les évocations historiques d’un grand réalisme. 
C’est un de ces grands romans plein de souffle et de vues généreuses, comme je les aime. On y parle de tout avec beaucoup de  rythme et une grande ampleur de vue. La lectrice en moi aime quand l’auteur sait lui tenir fermement la bride pour le mener où il veut, même très loin, au gré de sa fantaisie à lui, l’artiste.
C'est aussi un livre plein d'humanité, une leçon de tolérance et d'humilité  par une romancière dont c'est le 3ème roman.  
Geraldine Brooks. "Née en Australie, elle vit aujourd'hui aux États-Unis, sur l'île de Vineyard (Massachusetts).  Correspondante de guerre pendant quatorze ans, elle a couvert des combats en Bosnie, en Somalie et au Moyen-Orient. Une incarcération dans les geôles nigériennes la pousse à abandonner le journalisme. Son premier roman paraît en 2003. Elle reçoit le Prix Pulitzer avec le suivant « March », en 2006." Le Livre d'Hanna  figure toujours sur les listes des meilleures ventes aux États-Unis depuis sa parution en 2008."

Dédicace du roman: "Pour les bibliothécaires" «Là où on brûle les livres, on finit par brûler les hommes.» Heinrich Heine
Le livre d’Hanna de Geraldine Brooks. Traduit de l’américain par Anne Rabinovitch  (Éditions de Noyelles, 2008, 416 p) Titre original: People of the book
(Haggadah de Sarajevo) :Elle est l'un des plus précieux manuscrit écrit en hébreu. Cette Haggadah a suivi les Juifs dans leur exil et durant des générations elle fut perdue de vue. Elle a réapparu à la fin du xxe siècle, lorsqu'un enfant juif de Sarajevo, dont le père venait de mourir, l'a apportée à son école pour la vendre afin de nourrir sa famille. Conservée au musée de la ville, elle a fait l'objet de soins particuliers de la part des autorités bosniaques durant le siège de Sarajevo. De même, elle fut protégée par un bosniaque musulman, Dervis Korkut, pendant la seconde guerre mondiale..(Wikipedia)

lundi 16 janvier 2012

Échapper aux tueurs de Matthieu de Boisséson

On dirait le titre d’un polar mais non, c’est un de ces petits livres courts, qui se multiplient en ce moment, fait de fragments de vie, d’éclats de pensée  à immortaliser à toute allure,  de réflexions  intimes comme  des miettes de testament, des souvenirs de voyages express, style aller-retour en super classe  au bout du monde, des  chutes de poèmes à peine chuchotés,  des bouts de soi nonchalamment jetés  à la cantonade, bref un de ces recueils très chics qu’un grand juriste international comme l’auteur peut  s’offrir. 
Un livre d’amateurs pour un public d’initiés ou de dilettantes cultivés.
Et pourquoi pas? En lecture, je n’ai aucun a priori.  Que dit donc ce livre?
Tout d’abord qui sont les tueurs?  C’est l’ennemi mortel qui rôde dans un monde affadi ou pétrifié par la technique.  Il faut leur échapper par «un bond hors du rang des meurtriers » Comment?  Par la légèreté, les jeunes étrangères, la rêverie, la montagne, le dépaysement, l’amitié.
Les chapitres tournent tous autour de cette idée mais restent indépendants.
 Ce n’est ni un roman, ni un essai, ni un journal intime mais une pincée de tout ça: une suite de textes très courts, parfois une demi page sur de brefs extraits de  vie, vécus à la va vite, avec les brèves rencontres, la forme moderne c’est-à-dire rapide du voyage  favorisant l’expérience de la fragmentation  du moi qui s’avance masqué.
Un saupoudrage de citations aussi comme celle de Mme de Staël: "Voyager est, quoi qu'on puisse dire, un des plus tristes plaisirs de la vie." 
Ce livre est un patchwork qui part dans tous les sens et sous toutes les formes autour du thème central, lancé à la face d'un riche Chinois au cours d'une négociation très serrée:
"Vous avez soixante-cinq ans. Profitez donc de votre richesse  au lieu de vous pourrir la vie  en voulant gagner encore plus." (!) 
Quelques extraits :
« Hymne à François Lesage, brodeur
La mer donne l’image de broderies naturelles, et le surfeur accroupi, qui se lève pour planter l’aiguille de sa planche dans la trame de la vague, est un brodeur. »
«Promenade sous les arbres. Broderie de l’eau, du tissu frêle des fleurs. Lumière tremblée. Ruisseau près de la scierie. Échapper aux tueurs.»

Bien léger ce livre malgré tout.  
En parlent aussi :Beigbeder : «Échapper aux ploucs» et Jérôme Leroy.
Échapper aux tueurs de Matthieu de Boisséson (Gallimard, 2011,150 p)

dimanche 15 janvier 2012

Ma liseuse (C'est une tablette en réalité)

Je l’ai depuis un peu plus d'un an mais ne m’en sers pas outre mesure sauf  pour vérifier l’arrivée de mes commentaires  et les nouvelles importées des principaux journaux  mais voilà que depuis quelques jours, elle est devenue le jouet préféré d’une  petite Inès qui va bientôt fêter sa première année de vie.  Je n’y aurais jamais pensé à la lui laisser entre les mains mais elle l’a trouvée par hasard sur une étagère de livres où sont aussi déposés les siens, en carton, qu’elle adore, d’une solidité à tout épreuve  (merci Emmyne)  Elle est à l’âge où elle commence à distinguer l’endroit de l’envers et à reconnaître les chats et les ours.
Aucun mystère évidemment puisqu’elle passe son temps à crier de joie dès que le chat de la maison s’approche d’elle, prudemment et à distance  car il est plus craintif qu’elle qui lui tirerait la queue à longueur de journée si je la laissais faire.  L’ours du livre a une peau en tissu très doux qui lui rappelle son ours à elle, son doudou, avec lequel elle s’endort.  Alors la liseuse entre ses mains, c’est un vrai bonheur.
 Elle affectionne le bouton  magique du bas,  celui qui ouvre et ferme tout. Mille petits dessins logos apparaissent alors  ou  c’est le clavier azerty qui fait son apparition.  L’un et l’autre lui plaisent de  toute façon.  Son plaisir est toujours le même: taper et taper encore, n’importe où. Il y a toujours de nouvelles images qui apparaissent. Elle adore ça et crie de joie.  Elle leur  parle – dans son langage- que personne ne comprend encore. Elle s’adresse à moi ou à la liseuse, c’est selon,  mais elle a l’air très convaincue. Alors j’acquiesce et je la laisse faire!
 Cette liseuse ne s’est encore jamais  cassée et pourtant  ce n’est pas faute d’être tombée maintes et maintes fois Elle ne s’est jamais enrayée ou arrêtée. Elle est d’une obéissance et d’une solidité à toute épreuve. J’admire. C’est un très bel objet auquel je finis par m’habituer. C’est seulement que je ne sais pas encore  très bien y faire avec elle. Je n’y mets que des livres anciens, ceux qui font partie du patrimoine, les gratuits. C’est déjà énorme!

C’est un billet écrit sur une idée trouvée chez Cuné  qui présente le livre de Paul Fournel : La liseuse,  justement, avec de très belles premières pages, à consulter librement.
«Elle est noire, elle est froide, elle est hostile, elle ne m’aime pas. Aucun bouton ne protrude au dehors, aucune poignée pour la mieux tenir, pour la balancer à bout de bras comme un cartable mince, que du high-tech luxe, chic comme un Suédois brun. Du noir mat, du noir glauque (au choix), du lisse, du doux, du vitré, du pas lourd. Je soupèse. Je la pose sur le bureau et je couche ma joue dessus. Elle est froide, elle ne fait pas de bruit, elle ne se froisse pas, elle ne macule pas. Rien ne laisse à penser qu’elle a tous les livres dans le ventre. Elle est juste malcommode : trop petite, elle flotte dans ma serviette, trop grande, elle ne se glisse pas dans ma poche.»

Rectificatif: Honte à moi mais le super billet très bien documenté de Laure (Les jardins d'Hélène) ICI m'apprend que ce n'est pas une liseuse que j'ai mais une tablette, un iPad (ou ePad?) de la première heure qui me convient tout à fait. Merci donc à Laure qui m'a permis d'avoir une vue plus claire sur le sujet.