Le 7 août 1974 un funambule glisse au-dessus des gratte-ciel de New York, sur un câble tendu entre les Twin Towers, les tours détruites 27 ans plus tard par les avions du 11 septembre mais naturellement seuls les lecteurs le savent. Les habitants du Bronx et ceux de Manhattan, eux, s’étonnent et s’interrogent au sujet de cet homme vêtu de noir, si minuscule dans le ciel qu’on finit par l’observer avec des jumelles. La plupart croient à un suicide et attendent sa chute. Certains pensent à une exhibition de cirque ou à une illusion d’optique. Toute la journée, New York bruit de cette nouvelle. Toutes les actions du roman tournent autour de cette marche silencieuse, périlleuse et incongrue et finissent par se rejoindre dans cette métropole si affairée !
Au début l’auteur semble avoir choisi des personnages très opposés et très éloignés les uns des autres, sans rapports d’aucune sorte, mais un des intérêts du récit tient à la surprise de découvrir les liens qu’ils ont en réalité entre eux. Tout converge à la fin et l’on découvre que ce que l’on pensait secondaire était en réalité très bien préparé et nécessaire. Ce n’est pas pour rien que l’éditeur parle de "roman polyphonique".
Il n’a pas fallu que je me force beaucoup pour aimer ce nouveau roman de Colum McCann . Je l’ai même préféré aux
Saisons de la nuit que j’avais pourtant déjà beaucoup aimé aussi.
Ce livre vient de recevoir le Prix littéraire Lucien Barrière du Festival du Cinéma américain de Deauville, composé de Frédéric Beigbeder, Gilles-Martin Chauffier, André Halimi, Jean-Claude Lamy, Eric Neuhoff et Gonzague Saint-Bris. L’auteur sera présent à Deauville, pour recevoir son prix, le jeudi 11 septembre
Résumé plus détaillé.
"Tous mes hommages au ciel, j’aime mieux rester ici ». Loin de la légèreté virevoltante de l’homme sur le fil, ce titre du premier chapitre évoque le choix si lourd de conséquences fait par Corrigan, un prêtre-ouvrier irlandais, entré dans les ordres où il a fait vœu de pauvreté et de chasteté et entièrement dévoué aux prostituées et aux petits vieux d’une maison de retraite du Bronx où il vit. Victime d’un attentat à Dublin, son frère aîné le rejoint et c’est lui le narrateur de ce chapitre où il apprend enfin à mieux connaître ce frère étrange, un temps drogué et alcoolique, puis en marche vers une certaine forme de sainteté et choisissant en fin de compte l’amour terrestre avant son stupide accident de voiture au côté de Jazzly, une des jeunes prostituées qu’il protège. Le couple d’artistes hippies qui a provoqué l’accident s’est enfui mais Lara, la jeune femme, très culpabilisée, finit par se confier au frère du prêtre décédé. On les retrouvera une trentaine d’années plus tard, en Irlande, très heureux ensemble.
A l’opposé du prêtre et du Bronx, au dernier étage d’un gratte-ciel de Park Avenue, Claire Soderbeg, la femme de celui qui aura la charge de juger le funambule, à la fin de la journée, reçoit quatre autres mères ayant perdu comme elle des enfants au Vietnam La tension est extrême, la différence des milieux se fait sentir et l’emporte sur le chagrin commun, la vue du funambule à travers les fenêtres fait diversion et empêche Claire de parler de son fils au moment opportun. Elle se sent flouée et, très troublée et très seule, propose à Gloria qui, elle, a perdu ses trois fils, de rester chez elle comme employée, mais Gloria, petite fille d’esclave refuse par orgueil et l’abandonne à son désespoir. Elle sera à son tour la narratrice de la même réunion des mères et son point de vue métamorphose l’histoire. Plus tard, le destin les rapprochera à travers les enfants abandonnés de la jeune prostituée, morte ce jour-là. Leur grand-mère aussi, Tillie, est une jeune prostituée d’une quarantaine d’années, condamnée à 8 mois de prison par le même juge Soderbeg, parce que son langage le choque alors qu’il graciera le funambule car il le distrait ou plutôt il ne le condamnera qu’à payer 1 cent par étage, or comme il y en a 110, il devra en tout et pour tout s’acquitter de 1 dollar 10, ce qui est ressenti comme une grande injustice par les autres condamnés ! On apprend aussi que c’est à l’aide d’une flèche et d’un arc que le câble a été lancé d’une tour à l’autre par un ami de Philippe Petit. D’autres personnages moins importants apparaîtront encore dont
Fernando Yunquez Marcano, le jeune photographe rendu célèbre par
la fameuse photo de Philippe Petit sur son fil entre les deux tours. C’est
celle de la couverture du livre.
Le récit se termine en octobre 2006, par une rencontre dans un avion qui se dirige vers New York où l’on retrouve les descendants de certains protagonistes et nous comprendrons enfin certaines vérités qui nous avaient échappé jusque là. Le mécanisme des rapports humains, des secrets et des non-dits se mettra en place et le lecteur ne peut que soupirer avec l’auteur : «Et que le vaste monde poursuive sa course folle". Tant de virtuosité mêlée à tant d’émotion m’a éblouie.
Ont parlé de ce livre: Ys qui ne l'a pas aimé et Pierre Maury qui "ne regrette pas d'avoir passé quelques heures inoubliables en la compagnie des personnages". Et que le vaste monde poursuive sa course folle de Colum McCann (Belfond, 2009, 431 pages, traduit de l’anglais (Irlande) par Jean-Luc Piningre)
Titre original : Let the great world spin
Des avis contrastés sur ce roman. De toute façon, je commencerai par "les saisons de la nuit".
RépondreSupprimerJe pense que je l'emprunterai plutôt que de l'acheter, mais il faut que je le lise tout de même !
RépondreSupprimerje me souviens qu'Ys n'a pas aimé (le style, surtout?).
RépondreSupprimerEn tout cas, tu présentes de superbes photos!!!
Je suis dubitative sur ce roman plutôt controversé, Mango ... Je vais attendre encore avant de bien me décider, surtout que c'est un auteur que je n'ai pas encore lu ! De toute façon, j'ai "Zoli" qui m'attend avant d'en envisager un autre !
RépondreSupprimerAifelle, difficile de se faire une idée sans avoir lu soi-même en effet!C'est un jeune romancier plutôt doué, je trouve!
RépondreSupprimerj'ai "Zoli" depuis un moment dans ma PAL... malgré une chaude recommandation de la personne qui me l'a prêté, je n'arrive pas à m'y mettre... à voir...
RépondreSupprimerKathel, heureusement que les bibliothèques sont là! on se ruinerait autrement!
RépondreSupprimerKeisha: Le style et les narrateurs changent avec les chapitres ce qui peut déconcerter!
RépondreSupprimerNanne, On ne peut pas dire qu'il fasse l'unanimité! C'est un livre très riche, non pas difficile, je trouve, mais complexe sûrement!
RépondreSupprimerIrdpi, Je ne connais pas Zoli, mais courage! essaie , c'est toujours le début le plus dur! :) Je dis ça, mais je réagis souvent comme toi! J'éprouve de la réticence pour un titre sans bien savoir pourquoi et puis je finis par l'aimer!
RépondreSupprimeril est dans ma LAL de toute manière mais tonbillet m'a donné envie d'aller le lire tout de suite!!
RépondreSupprimerTroisième avis que je lis sur ce roman... Et je ne sais plus qu'en penser. Peut-être vais-je attendre sa sortie en poche. Je ne connais pas cet auteur, et j'ai d'autres livres qui m'attendent ! :D
RépondreSupprimerJe suis ravie qu'il t'ait plus plu qu'à moi : vive la diversité ! Du coup, les autres vont avoir du mal à se faire un avis... ce qui m'a le plus gênée, c'est le style qui ne me plait pas du tout.
RépondreSupprimerJe n'ai pas encore lu cet auteur, pourtant bien connu. Pas de doute, j'ai des lacunes !
RépondreSupprimerJe l'ai commencé, mais en fait d'autres lectures m'appellent. Ton billet me rassure quand même après l'avis d'Ys ;o)
RépondreSupprimerOriginal. Je n'ai jamais lu cet auteur.
RépondreSupprimeresmeraldae, il est un peu long à lire, c'est pour moi son seul défaut!
RépondreSupprimerleiloona, c'est toujours le problème de la rentrée! Tant de nouveaux livres et si peu de temps!
RépondreSupprimerYs, j'accroche bien à cet auteur finalement mais je comprends qu'ici les changements de style selon les narrateurs puissent gêner! C'est rare que je ne partage pas ton avis sur un livre!
RépondreSupprimerVoilà tout à fait le genre de roman qui pourrait me plaire. Je vais aller lire le billet d'Ys par curiosité.
RépondreSupprimerSylire, Tu sais,je ne le connais jamais que depuis deux semaines! Je n'en avais jamais entendu parler auparavant et mes lacunes quant aux auteurs contemporains dépassent sûrement les tiennes! :)
RépondreSupprimerLilly, ce sera intéressant de connaître ton avis, n'abandonne pas!
RépondreSupprimerLilibook, original en effet! Tant de jeune auteurs talentueux, souvent étrangers, s'affirment chaque année, qu'on ne peut que se sentir très vite dépassé! :/
RépondreSupprimeremilie, c'est un livre à plusieurs facettes, et comme tout grand livre il séduit ou il agace mais ne laisse pas indifférent!
RépondreSupprimerIl était devant moi à la librairie, devant moi à me narguer, mais j'ai résisté vaillamment (oui, je mérite une médaille). je répétais mon mantra : "tu n'achèteras point",je n'ai rien acheté mais j'ai promis à la libraire copine de repasser demain.
RépondreSupprimerJe ne sais pas si c'est celui que je vais prendre, tant d'autres me tendent les bras et je me suis aussi promis de ne pas dépasser un budget (quand je vous dis que je mérite une médaille...)
Laurence, je te l'envoie lundi, choisis-en plutôt un autre demain chez ta libraire. J'aimerais bien avoir ton avis quand tu auras le temps!
RépondreSupprimerJ'ai très très envie de le lire!
RépondreSupprimerEdelwe, j'espère qu'il te plaira aussi!
RépondreSupprimerCet auteur me tente mais je ne sais pas par lequel commencer.
RépondreSupprimerManu, je n'en ai lu que deux et j'ai préféré celui-ci!
RépondreSupprimerje suis (toujours) en train de le lire et je me force un peu... j'hésite même à laisser tomber... ton avis me rassure sur mon jugement... tous les jours je me dis, "Allez, continue encore un peu"...
RépondreSupprimergeorge j'espère que tu as pris plus de plaisir à ta lecture par la suite quand les fils se sont reliés! Je vais aller lire ton billet!
RépondreSupprimerJe suis sortie de ce bouquin avec un grande admiration pour Colum mc Cann.
RépondreSupprimerQuelle maîtrise !!!
livr-esse, maîtrise, c'est vraiment le mot qui convient pour ce livre! Arriver aussi bien à jongler avec toutes ces existences! Cet auteur a beaucoup de talent!
RépondreSupprimerQuand on écrit sur le World Trade Center, on ne peut s'empécher de penser au 11 septembre... L'évocation du souvenir de cette charge poétique permettra-t-elle de cicatriser la charge destructrice des attaques terroristes ?
RépondreSupprimerLe vaste monde poursuivra-il sa course folle ?
Un excellent roman.
Tu m'intrigues avec ce roman ! J'avoue n'avoir jamais lu de Colum McCann par ignorance je suppose. Mais celui-ci je vais le noté. Merci Mango !
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