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mercredi 10 septembre 2014

Paul au parc, Michel Rabagliati, ma BD du mercredi



C’est par Anne, la semaine dernière, que j’ai enfin fait la connaissance de Paul. Il était temps! Elle présentait Paul à Québec, me donnant ainsi  très envie d’en savoir davantage  sur ce personnage si attachant que j’ai aimé tout de suite.
J'ai eu de la chance à la bibliothèque puisque j'y ai trouvé  Paul au parc. 

C’est le dernier album de la série mais l’action se situe avant celle du premier, Paul à la campagne. De parc d'ailleurs, il n’en est pas tellement question, si ce n’est dans  les toutes premières pages où l’on voit le jeune Paul, âgé  d'une dizaine d'années, jouer au cerf-volant et y rencontrer son amie Hélène, et dans les dernières où il lui offre sa bague de première communion alors qu’ils sont assis chacun sur une balançoire et qu’elle lui promet de la porter " toute sa vie ". Premier amour!

La suite raconte surtout les années de scoutisme  et l’étroite camaraderie partagée avec les cinq autres louveteaux  de son équipe ainsi que l’influence exercée sur lui par son chef de meute qui l’initiera à la guitare et à la politique puisqu’il y est question de la crise d’octobre 1970  et de la montée du FLQ au Québec
On le voit aussi qui s’exerce à composer ses premières bandes dessinées, sous l’influence de Franquin dont il suit les conseils trouvés dans un guide. Il est aussi soutenu par ses chefs scouts qui l’encouragent à persévérer malgré ses maladresses de débutants.
J’ai beaucoup aimé aussi  sa vie en famille dans ces deux appartements qui n’en font qu’un puisque les grands parents paternels sont  aussi leurs voisins, ce qui déplaît beaucoup à la mère de Paul qui les juge vraiment trop envahissants.
Tout m’a plu dans cet album: les références nombreuses à l’époque, discrètes cependant, juste comme ça, en passant. On les note en particulier dans les rues, avec les affiches et les slogans politiques tagués sur les murs, les chansons entendues à la radio. 
Tout est vrai, tendre, vu par un pré-ado de cette époque qui apprend à découvrir la vie  et lui-même à la fois dans la douceur, l’amitié mais aussi la grande violence parfois. La fin est surprenante et magnifique !
J’ai adoré et je veux tous les lire maintenant. 

Paul au parc, Michel Rabagliati 
( la Pastèque, 2011, 192 pages)

 Défi-Québec-O-Trésors de Grominou et Karine:)  : ce sera mon deuxième coup de cœur sur les cinq demandés. 
Challenge du Québec en septembre


: 18,5      




Participent ce mercredi:

Surprise ce mercredi! Les *pseudo*  lectures communes se multiplient  (de celles qui ne se concertent pas) . C'est plutôt bon signe . En général ce sont des grandes BD , de celles qui marquent! 

Cristie: La guerre des Lulus, 1914, Régis Hautière , Hardoc
Mo: Paul à la campagne, Michel Rabagliati
Marion: Ceux qui me restent, Damien Marie, Laurent Bonneau
Jérôme : idem
Yvan: idem
Noukette: idem
Stephie: Le château des étoiles, T1, Alex Alice
Hervé: La revue dessinée 05
Sandrine: Mélodie au crépuscule,Renaud Dillies
Yaneck: Urban, t3,Brunschwig, Ricci
Un amour de bd: Le chant du cygne, t1,Déjà morts demain, Dorison, Herzt, Babouche
JViel: Interview de Cédric Babouche, 
Faelys: Sixteen Kennedy Express, Ducoudray, Quignon
Hélène: Le magasin général,t1, Loisel, Tripp
Soukee: Rosalie Blum, 1, 2, 3, Camille Jourdy
Cynthia: Mon ami Dahmer, Derf Backderf
Anne: Magasin général, t2,loisel, Tripp
Maël: Moderne Olympia, Catherine Meurisse
Marguerite: Max Winson T1, La tyrannie, Jérémie Moreau
Itzamna: Detectives, Hanna, Guinebaud, Lou
Sylire: Magasin général, Tous,  Loisel, Tripp

mardi 9 septembre 2014

Les hommes meurent, les femmes vieillissent, Isabelle Desesquelles

Sans ma libraire, je n’aurais pas acheté ce livre.  Le titre ne me plaisait pas et surtout, je venais pour les grands noms de cette rentrée littéraire mais c’était son coup de cœur et devant un tel enthousiasme,  j’ai été faible, je me suis laissée convaincre.
Je ne l’ai pas ouvert tout de suite. J’ai attendu et ne l’ai choisi que pour mieux m’en débarrasser et ne plus le voir traîner sur ma table. Ce n’est donc pas dans les meilleures conditions que j’ai commencé ma lecture surtout que le sujet lui-même, tout compte fait,  ne me plaît pas plus que cela: des femmes de la même famille,  de l’arrière-grand-mère à l’arrière- petite-fille, se racontent tour à tour  quand elles vont chez Alice, l’esthéticienne de l’Eden, le salon de beauté de l’endroit.  Elles lui  confient  leurs peines et leurs joies  en même temps que leurs corps. Alice est exceptionnelle comme thérapeute et comme masseuse.  Silencieuse, douce, à l’écoute, c’est une source de bien être, du corps et de l’âme. Elle apaise.
 Depuis vingt ans, Alice masse des femmes et leur prodigue des soins de beauté. Depuis vingt ans, elle a touché des milliers de corps. Autant de confidences, souvent silencieuses, de celles dont la peau dit beaucoup de l’âme. 
Je craignais les clichés mais  j’ai  aimé l’écriture qui emporte tout le reste.
Chaque cliente se raconte et le style s’adapte à l’âge de chacune, de Barbara, quatorze ans, rousse qui vire à l’orange l’été, l’ado révoltée,  à Jeanne qui s’éteint lentement, à quatre-vint quatorze ans dans sa maison de retraite, sans oublier Lili,  la grand-mère indigne, blond platine, qui  «guette encore le regard des hommes dans la rue»,  jusqu’à la petite dernière, Judith,  tout juste née.
Je sors la tête la première en un temps record. Au passage, je récupère l’herpès vaginal de maman. Mes parents s’extasient … après on s’étonne que l’on recherche les compliments toute sa vie.
Au centre du récit cependant, il y a Ève, l’absente, la mère qui n’a plus voulu vivre et dont on cherche la dernière lettre jamais retrouvée. Toutes ces femmes se situent par rapport à l’événement traumatisant de la famille: le suicide de la jeune mère de famille, la fille et petite fille, la sœur très aimée et aimante, celle dont on n’arrive pas à comprendre le geste brutal et définitif. Ce mystère empoisonne leur vie et toutes les confidences finissent par y renvoyer.
C’est un joli livre, une belle lecture de cette rentrée. J’ai beaucoup aimé. 

Les hommes meurent,  les femmes vieillissent, Isabelle Desesquelles
Roman,  Belfond, août 2014, 224 p.

dimanche 7 septembre 2014

Une veuve de papier, John Irving,

«Une nuit, alors qu’elle avait quatre ans et dormait sur la couchette inférieure de son lit gigogne, Ruth Cole fut réveillée par le bruit d’un couple en train de faire l’amour, bruit qui provenait de la chambre de ses parents et qui lui parut tout à fait insolite. Elle relevait d’une grippe intestinale; à entendre sa mère faire l’amour, elle crut tout d’abord qu’elle était en train de vomir.»
                                         Ainsi commence ce récit qui finit 650 pages plus tard  dans mon édition de poche. Il est divisé en trois grandes parties,lues tour à tour comme si chacune était  un livre à part.

La première, intitulée «Été 1958»,   raconte l’événement majeur de la vie de Ruth Cole, l’héroïne, qui, à 4 ans, avait déjà perdu ses deux frères plus âgés dans un accident de voiture dont sa mère, Marion, ne réussit jamais à  se remettre et qui l’abandonna cet été-là, la laissant seule avec son père Ted, un écrivain d’ouvrages pour enfants, coureur de jupons,  bien décidé à se séparer de sa femme au point de la pousser dans les bras du jeune Eddie, un étudiant de seize ans qui en tomba fou amoureux d’où la scène d’ouverture du livre.  Marion, cet été-là est  surtout intéressée par les photos de ses frères, très nombreuses, agrandies et placées sur tous les murs de la maison. Elle connaît par cœur l’histoire de chacune tant on lui en a parlé constamment  depuis l’accident. Au départ de sa mère, seuls restent les crochets sur les murs vides et c’est ce qui la troublent le plus.

La seconde partie, «Automne 1990», prouve combien toutes ces disparitions ont eu de l’importance dans la vie de Ruth, devenue écrivain en grande partie pour  retrouver le souvenir de ses frères et à force de repenser aux crochets et aux photos correspondantes. Elle a 36 ans et refuse l’idée de se marier et d’avoir des enfants.  Eddie aussi est devenu écrivain. Il a 48 ans quand  ils se retrouvent à l’occasion d’une lecture publique. Il est toujours amoureux de Marion  qui se serait aussi mise à écrire !
 Ruth, elle, a une vie agitée, entre une  amie, Hannah,  agaçante et dévergondée , un amoureux, Allan et des amants de passage mais c’est  à Amsterdam, en suivant une prostituée  pour les besoins de son futur roman qu’elle vit  une nouvel épisode des plus traumatisants.

La dernière partie, «Automne 1995» , commence comme une enquête policière et la fin m’a surprise, comme toute bonne fin de récit qui se respecte! A lire et à relire! 
                                                                          
John Irving est mon auteur fétiche depuis ma lecture du
 Monde selon Garp, lu et relu avant le blog
Coups de cœur assurés ensuite avec 
Une prière pour Owen,  
L'hôtel Newhampshire
Dernière nuit à Twisted River
et maintenant, plus que jamais avec celui-ci. Heureusement j'ai encore bien d'autres lectures d'Irving qui m'attendent dont un gros pavé à nouveau , déjà dans ma Pal: "A moi seul, bien des personnages"
LC avec Valérie

Une veuve de papier, John Irving
(Points, Poche,  Seuil, 1999, 650 pages)
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Josée Kamoun
A Widow For One Year, 1998)

Ce sera ma participation au challenge de Brize, Le Pavé de l'été 2014

lundi 16 juin 2014

Maine, J. Courtney Sullivan

Après avoir beaucoup aimé Les débutantes, le premier roman de J. Courtney Sullivan,  c’est avec un grand plaisir que j’ai lu  Maine,  son  second ouvrage et que je lirai  le troisième qui vient de sortir: Les liens du mariage. J’aime les thèmes choisis, le style et les  personnages.  
Cette  histoire de famille sur trois générations,  autour d’une belle propriété familiale de vacances, à Cape Neddick, dans le Maine, m’a passionnée.
Au départ comme à la fin,  il y a Alice, la mère et la grand-mère qui accueille  tour à tour chaque été ses enfants et petits enfants  dans sa maison si convoitée. A quatre-vingt-trois ans, veuve et solitaire pendant le reste de l’année, elle s’est rapprochée du jeune père Donnelly, très dévoué à la paroisse auquel elle vient de léguer toute sa propriété sans même avertir ses enfants. Les fermetures de plusieurs églises voisines l’ayant bouleversée, elle espère ainsi contribuer  à sauver la sienne.
C’est l’intrigue principale qui se déroule du mois de mai au moment où cette décision a été prise jusqu’au 15 août suivant, jour de l’Assomption quand Alice, la mauvaise mère, la belle méchante agaçante personne se retrouve seule à prier dans son église. 
Entre temps on aura connu et suivi les vies de ses enfants, essentiellement   celles de Kathleen, sa fille mal aimée qui vit loin d’elle, avec son second mari, dans sa ferme d’élevage de  vers de terre,  Maggie, la fille de celle-ci, la douce  qui pleure le départ de son ami, enceinte d’un enfant qu’elle décide de garder, celle aussi de Ann Marie, sa belle fille, l’impeccable,  l’irréprochable, qui s’occupe de tout et de tous et qui vient d’être choisie pour la finale des Maisons de poupées, ce dont elle est très fière. 

On se doute bien que la découverte de la perte de la maison  et du cottage du Maine où ils aimaient se retrouver chaque été aura des conséquences terribles pour chacun d’entre eux et on attend avec impatience leurs retrouvailles. L’attente est longue un peu trop parfois mais rien n'aurait pu m'empêcher d’aller jusqu’au dénouement, cette famille étant presque devenue la mienne le temps de ma lecture. De surprises  en révélations sur les uns et les autres, je n’ai vraiment pas été déçue.

J’ai aimé. Beaucoup. 


Autres billets: Brize  ne s'est pas ennuyée une seconde 

cuné, Cathulu, Clara,  L'irrégulière, sont très enthousiastes,
pour Antigone, c'est un délicieux coup de cœur
Theoma a aimé tout en trouvant parfois le temps un peu long, 
Hautement recommandable malgré quelques longueurs vers la fin pour La Comète
Éblouissant de maîtrise pour Philisine Cave
Bourré de qualités pour Aifelle
Un roman difficile à quitter pour Nadael qui en a fait également un coup de cœur
Un roman dévoré avec plaisir par Keisha
Bianca  a aimé malgré une fin jugée un peu décevante
Fin un peu faible aussi pour Céline qui a aimé cependant ce roman très féminin aux nombreux thèmes (malgré quelques coquilles)

Maine, J. Courtney Sullivan
Camille Lavacourt, traductrice
Poche, 2011, 600 p. Date de parution: 30/4/2014

Deuxième participation au challenge de Bianca: Un pavé par mois

samedi 26 avril 2014

La remorque, Bruno Poissonnier

 Mon seul voyage sur un cours d’eau,  je l’ai fait sur le canal de Nantes à Brest , très impressionnée par le passage des  écluses qui le jalonnent mais ennuyée  malgré moi par le rythme trop lent  et le défilement  trop monotone des rives  pourtant joliment boisées.
Ceci pour dire que je n’étais pas préparée à la joie procurée par ce récit de Bruno Poissonnier, pris à la va-vite à la bibliothèque par manque de temps avant la minute de fermeture.  Un heureux coup du hasard.
L’histoire tient en peu de choses.  Une famille de mariniers  du Nord descend avec leur péniche chercher une cargaison de sel dans le sud.  Des désaccords apparaissent entre le père et le fils  aux idées plus modernes. Le passage de pouvoir aura-t-il lieu au terme de  l’épreuve subie en remontant le Rhône alors qu’un gros orage les oblige à se faire remorquer par un  bateau plus gros?
  Peu importe, ce que j’ai beaucoup aimé c’est surtout le reste:  l’ambiance de huis-clos dans laquelle vit  cette famille de quatre personnes, particulièrement les jours de tempête, l’amour qui les soude, la confiance, le calme,  la générosité de la mère,  la complicité, non sans rivalité  des deux hommes forts de la famille, enfin la tendresse protectrice de tous vers le plus faible d’entre eux, le fils défaillant et fragile de naissance,  lui-même cependant totalement impliqué dans la vie de la péniche.
L’auteur ayant  été batelier sait parfaitement bien évoquer  cette vie marinière très spéciale, dans un style réaliste et poétique à la fois. J’ai trouvé un charme fou  à ce récit  simple,  modeste, magnifique. 
Laurent agrippa son ciré et plongea sous l’averse. A grands coups de hachette, il attaqua sauvagement la branche qui retenait l’arbre entier à leur bord. Il revivait une scène de Vingt mille lieues sous les mers, celle où Ned se bat contre le calmar géant. Et quand, la branche coupée,  l’arbre plongea en gémissant dans le fleuve boueux, disparaissant et réapparaissant plusieurs fois dans le courant, il ne savait plus au juste s’il venait de sauver la Bièvre ou le Nautilus.
Billet de Yv 

 La Remorque, Bruno Poissonnier, (Métailié, 2010, 92 p.)

samedi 5 avril 2014

Quatre murs, roman, Kéthévane Davrichewy


 Ils se tiennent aux quatre coins de la pièce. Ce n’est pas intentionnel, ça s’est trouvé comme ça. Chacun fixant une ligne imaginaire, et pensant à quoi? Ils ne se regardent pas à ce moment précis, ils n’ont plus de lien. Somanges, la maison de leur enfance, se dématérialise sous leurs yeux. La pièce s’est vidée de leur chair, des blessures et des rires. Il reste le squelette de ce qui fut leur foyer. 
Ainsi s’ouvre ce beau récit sur une fratrie nouvelle  dont je viens de faire la connaissance. Une de plus! Il faut dire que c’est un sujet qui m’intéresse vivement, tout en me troublant toujours beaucoup. Les détails diffèrent à chaque fois, bien sûr, mais la réalité demeure la même: après une vie familiale fusionnelle et intense, arrive le moment de la séparation définitive,  insidieuse ou violente lors de la vente de la maison d’enfance. Le plus souvent comme ici, le père est mort, la mère ne peut plus rester dans la maison trop grande, les enfants se réunissent  une dernière fois pour le déménagement. Ils sont quatre qui s’agacent et se déchirent. Les aînés ont réussi,  les jumeaux  ont des difficultés. La mère veut  laisser à ces derniers une part d’héritage plus importante en raison de leur fragilité. L’étincelle est ainsi rallumée pour l’explosion des secrets, des rancunes, des regrets, des silences butés et des révélations. Saul, Hélène, Réna et Élias chacun racontera sa version. Ensuite, après deux ans de silence, la mère les réunit en Grèce dans la maison du fils aîné. Réussiront-ils à briser leur solitude ? Sauront-ils  reconstituer leur belle alliance d’autrefois? Pas si sûr et pourtant, il suffirait de si peu de choses…  se dit-on de l’extérieur! La fin reste ouverte.
 Belle sensibilité de l’auteur, style épuré, bien petit volume sans doute (180 pages) pour une telle saga mais récit choral modeste et pudique qui a réussi à m’attacher.
Trop nombreux pour que je les énumère, les billets lus jusqu’ici sont tous élogieux…

Quatre murs, roman, Kéthévane Davrichewy Davrichachvili
(Sabine Wiespieser éditeur, février 2014, 180 p.)

mardi 15 octobre 2013

Un endroit où se cacher, Joyce Carol Oates

C’est une jolie lecture que celle que je viens de terminer qui m’a fait découvrir un nouvel aspect  du talent de  conteuse de Joyce Carol Oates dont je n’avais lu jusqu’ici que les livres pour adultes. Celui-ci - à lire à partir de treize ans- s’adresse plus particulièrement aux adolescentes,  comme une mise en garde sur tous les pièges dans lesquels elles pourraient tomber, durant leurs années de collège et de lycée. Gare aux mauvaises fréquentations, aux amitiés douteuses, aux excès de toutes sortes, aux révoltes faciles et appel à la prudence,  à la réflexion, à la confiance en soi, bref, rien que du bon sens et pas mal  de sagesse mais par petites touches, l’air de rien, sans pesanteur. Tout tient au récit, rien qu'au récit et assez peu aux dialogues, heureusement. 

Jenna, 15 ans, sort d’une longue réanimation à l’hôpital, après un terrible accident de voiture dans lequel sa mère est morte. Elle se croit  coupable et refuse de vivre dans la nouvelle famille de son père qui les a abandonnées, sa mère et elle, quelques années auparavant. Une tante maternelle l’a recueillie dans sa famille mais Jenna regrette les drogues qu’on lui donnait pour diminuer ses souffrances et se rapproche au lycée d’un groupe de drogués  qui entretiennent ses élans de révolte et son enfermement dans la solitude et le mutisme. Elle descendra bien bas. D’un côté, il y a son amie Trina , la dangereuse,  et de l’autre, l’amour de celle-ci, Crow, l’énigmatique, le beau et mystérieux mauvais garçon. 
Une histoire finalement  des plus classiques mais au goût du jour avec les dangers d’aujourd’hui : tournantes, boissons, drogues variées et violences mais qui sont éternels finalement. Seuls changent les moyens  et  l’apparence pour atteindre le but: atteindre ce bleu  merveilleux où s’apaisent toutes les douleurs. Pour cela deux seules voies sont possibles: l'absorption de produits variés et coûteux ou le travail sur soi au prix de bien des efforts. 
C'est touchant et jamais ennuyeux.
Dans le bleu, je volais, les ailes déployées. Dans le bleu, je flottais, légère comme une plume. Dans le bleu, je me moquais de l'expression de papa.
Tu vois, papa, maintenant je n'ai pas besoin de toi. C'est avant l'accident  que maman avaions besoin de toi, plus maintenant. 
 Plus question de faire les mêmes erreurs idiotes. De me retrouver de nouveau aux urgences, avec un tuyau plongé dans la gorge, comme un boa constrictor, pour aspirer le contenu de mon estomac - jamais au grand jamais; (p. 208/209)
C'est pas le ciné ou la télé, c'est juste cette vie rasoir, où rien n'arrive jamais. (p. 209)
 Lu aussi par Hélène,  Cathulu, Sandrine,  et +

Un endroit où se cacher, Joyce  Carol Oates
Titre original : After the Wreck, I Picked Myself Up, Spread My Wings, and Flew Away
Traduit de l'anglais (américain) par Dorothée Zumstein 

mardi 31 mai 2011

Le blouson de cuir, Histoire secrète , Cesare Pavese

L’éditeur présente ainsi ce petit livre :
Dans les collines du Piémont, les hivers sont rudes et les étés brûlants. Les enfants y grandissent librement au milieu de vignes. Ils découvrent l'amitié et l'amour, mais aussi la solitude et la mort.
Dans ces quelques nouvelles lumineuses, Pavese nous guide à travers les paysages de sa jeunesse, lieux et moments magiques qui ont profondément marqué toute son oeuvre.                                                 
Cesare Pavese ( 1908-1950) est depuis toujours un de mes auteurs italiens favoris, non seulement pour son journal intime : «Le métier de vivre», paru peu après son suicide en août 1950, à 42 ans, non seulement pour son engagement politique contre Mussolini et son parti fasciste qui lui valut un an d’emprisonnement, ni même  pour ses courts récits et ses romans si bien écrits soient-ils, mais surtout  pour cet état de grâce, cette petite musique, cette nostalgie issue de l’enfance qui me captive et m’envahit à chaque lecture.
                                                     Dans «Le blouson de cuir», Ceresa est un patron d’auberge qui aime le Pô, les barques et ses clients. C’est pourquoi la jeunesse du coin afflue chez lui : on y joue, on y boit,  on y rit et on y pèche  aussi. L’ambiance est excellente : l’homme au blouson de cuir sait s’amuser et le jeune narrateur passe auprès de lui toutes ses grandes vacances. «Quand il y avait Ceresa, il y avait toujours de bons moments : on était en maillot dans l’eau, on préparait le goudron, on vidait les barques, et à la belle saison, on goûtait avec le seau de raisin sur la table, sous les arbres. Les filles qui allaient en barque s’arrêtaient pour plaisanter sous l’appentis.»  Un jour cependant une servante plus attirante et plus délurée que les autres arrive et rien ne sera plus pareil…


Cette histoire ne m'a pas déçue, au contraire,  j’y ai retrouvé tout ce que j’apprécie chez Pavese. Elle évoque une  histoire d’adultes racontée par  un enfant au seuil de l’adolescence qui a tout vu de cette aventure cruelle, tout deviné de  ces solitudes et  de cet amour mal vécu qu’il raconte pour y avoir participé comme témoin mais sans vraiment comprendre. A trop vouloir le protéger en raison de son âge, on l'a angoissé et c'est ce que l'on perçoit à travers tout le récit : la sensibilité exacerbée de celui qui devine la tragédie sans pouvoir l'éviter. 
Histoire secrète de Cesare Pavese (folio, 2€,1946-2008-2010, 109 pages)  Trois nouvelles extraites de Vacances d’août : Le Blouson de cuir, Premier amour, Histoire secrète. Traduit de l’italien par Pierre Laroche. (Challenge 2€ de Cynthia et défi Voisin voisines de Kathel et celui de Nane ) 

samedi 26 février 2011

Maman, Isabelle Alonso

J’ai souvent pleuré au cinéma mais jamais encore en lisant un livre, du moins je ne m’en souviens pas.  Ce serait donc la première fois?  Apparemment et j’en suis la première surprise ! Au chapitre des «Nuages», page 208, quand s’envole, haut dans le ciel bleu l’avion vers Madrid, qui emporte le précieux fardeau maternel pour être enterré auprès de sa famille d’origine, l’émotion m’a fait verser des larmes.
Rien de plus émouvant que cette  histoire d’une mère dont la santé décline, qu’on soigne longtemps en famille  puis qu’on confie à une institution, séjour vécu comme une descente aux enfers, qu’on ramène à la maison et qui disparaît alors même qu’on l’a quittée pour quelques jours. La douleur et la culpabilité de n’avoir pas été là au dernier moment sont accablantes. Tel sera mon résumé du livre parce que tel est pour moi l’essentiel. Le reste n’est que  l’histoire particulière d’une famille, celle de l’auteur. C’est touchant, intéressant et bien écrit. 
Inutile d'en dire plus: ce livre, en son genre,  est une réussite!  
Maman, Isabelle Alonso , roman, Hasta siempre (Éditions H&loïse d’Ormesson, 2010, 247 p)

samedi 12 février 2011

Gens de Dublin, dernier film de John Huston d'après une nouvelle de James Joyce

Je viens de voir sur TCM le film de John Huston qu’il a tourné  avant de mourir  et qui reprend  «The Dead »,  la dernière nouvelle du recueil   "Dubliners " de James Joyce. 

La nouvelle, publiée en 1914,  et le film tourné  en 1987  racontent une fête familiale un jour d’épiphanie à Dublin, en 1904. 
L’intrigue elle-même se résume à peu de choses mais cependant tout y est attirant, simple et parfait. Nous assistons à l’entrée des invités de deux demoiselles âgées, Kate et Julie Morkan et de leur nièce  qui,  chaque année à la même époque,  reçoivent leur neveu Gabriel Conroy et sa femme Gretta, ainsi qu’un petit cercle d’amis Tout se déroule de façon rituelle : on chante, on danse, on mange et on boit avant de finir par évoquer les morts  et de se séparer.  Sur l’escalier au moment du départ, la jeune Gretta s’arrête, émue par le chant d’un dernier invité. La dernière partie montre le jeune couple de retour dans sa chambre d’hôtel et Gretta raconte à son mari l’histoire de ce jeune homme qui l’a aimée et s’est tué pour elle. Gabriel dont le début de jalousie s’apaise regarde au loin par la fenêtre les flocons de neige sur Dublin et un solo de saxophone accompagne le panoramique final qui montre la ville et la campagne ensevelies sous la neige  tandis que Gabriel songe à l’inévitable écoulement de la vie cernée par la mort inéluctable. 
C’est un film d’un charme fou. Je suis encore sous le coup de l’émotion en terminant ce billet. 
Gens de Dublin, dernier film de John Huston  d'après  une nouvelle de James Joyce