Affichage des articles dont le libellé est attirance. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est attirance. Afficher tous les articles

samedi 6 juillet 2013

Pulsations, Julian Barnes

J’ai beau tourner et retourner ce volume  en tous sens: rien, nulle part, n’indique qu’il s’agisse de nouvelles, (14 en tout) - et je le déplore. Je pensais choisir un roman. 
Peut-être est-ce pour cette raison que j’ai eu bien du mal au début à m’attacher à ces récits disparates:  j’attendais toujours le lien pour rattacher entre eux les différents épisodes concernant les histoires de ces  couples de bonne compagnie, de la classe moyenne anglaise, dont quelques-uns se retrouvent d’une nouvelle à l’autre. J’attendais d’entrer dans l’histoire en somme mais quand j’ai enfin compris qu’il n’y en avait pas vraiment, j’ai commencé à apprécier ma lecture sans cette nécessité de m’identifier ou du moins de sympathiser avec un ou plusieurs personnages comme dans un roman.
J’ai finalement aimé ces récits pleins de  tendresse  mélancolique et d‘humour feutré sur la vie et l’amour et tout ce qui les détruit. 

Les derniers surtout m’ont plu dont celui qui donne le titre du volume et qui relate la fin des ses parents:  l’un souffrait de la perte de l’odorat et l’autre de sclérose latérale amyotrophique. Ils s’adoraient et jusqu’au bout l'un a aidé l'autre à mourir - passage sublime - (p. 326, 327)

Dans l'avant-dernier, "Carcassonne", il est question de coup de foudre et du  bon goût ou du mauvais goût qui fait qu'on peut tomber amoureux fou au premier coup d'œil. Le début de la réflexion s'appuie en particulier sur les  amours de Garibaldi  avec  Anita,  sa femme chérie et quelques autres.  

Mal commencée, ma lecture s'est terminée en apothéose, fait suffisamment rare pour être noté! 
  
JULIAN BARNES, né en 1946 à Leicester, vit à Londres. Il est l'auteur du «Perroquet de Flaubert», prix Médicis étranger 1986, «Love, etc.», prix Femina étranger 1992, et «Une histoire du monde en dix chapitres et demi», réédité au Mercure de France - Traducteur également d'Alphonse Daudet.

Pulsations, (Pulse), Julian Barnes (Folio, 2011, 330 p.) _  Traduit de l'anglais par Jean-Pierre Aoustin 

jeudi 13 mai 2010

Moderato cantabile de Marguerite Duras

Un petit livre de 155 pages, tout simple, tout blanc, que j'ai choisi de  relire pour la ...énième fois: Moderato cantabile!  Modéré et chantant!  On dirait un drame intime mais théâtralisé en huit parties! De la leçon de piano interrompue par le cri d'un crime jusqu'à ce lendemain de fête aux baisers froids comme la mort! 

Attention!  Résumé complet réservé à ceux qui ont déjà lu le livre!  

Dans une ville en bord de mer, la jeune épouse d'un grand patron, Anne Desbaresdes, fait scandale. Elle traverse toute la ville chaque semaine pour faire prendre à son enfant sa leçon de piano. Il est doué mais entêté. Un jour une femme est tué par son amant dans le café du coin.  Désormais, la mère et l'enfant viendront tous les soirs dans cet endroit. Elle y rencontrera Chauvin, un jeune ouvrier licencié par son mari pour ne parler que de ce couple de l'assassin amoureux et de sa  victime consentante qu'ils viennent de voir baignant dans le sang, en ce même lieu. Elle cherche à comprendre pourquoi le cri était surtout celui du plaisir.
  Ils boivent beaucoup ensemble sous les yeux  désapprobateurs de la patronne et des autres clients. L'enfant, lui, attend et joue dehors.  Elle, elle s'enivre souvent désormais. Lui,  il est amoureux d'elle et rôde sans cesse, le soir et la nuit,  devant sa grande maison du Boulevard de la Mer, parmi le parfum entêtant des magnolias!
 Un soir de grande fête chez elle, tous l'attendent avant de commencer le repas. Elle arrive très en retard, ébouriffée et déjà ivre. Elle ne parle pas et mange peu mais continue à boire avant d'aller s'étendre sur le plancher au pied du lit de son fils endormi. 
Quelques jours plus tard, elle retrouve Chauvin au café où ils s'embrassent  pour la première fois mais le baiser est froid,  elle a peur!
Les hommes évitèrent encore de porter leurs yeux sur cette femme adultère. Elle fut levée. -Je voudrais que vous soyez morte, dit Chauvin.  -C'est fait, dit Anne Desbaresdes.
Que faut-il comprendre? Qu'a-t-elle décidé? Reviendra-t-elle encore dans ce café rencontrer cet homme? Je ne sais pas! Ce n'est pas cette histoire en elle-même que j'aime mais uniquement la voix, le ton, le style de Marguerite Duras qui n'explique rien, ne décrit rien, ne juge pas mais se contente d'évoquer des faits, des conversations, des silences, des odeurs, des gestes, même les plus insignifiants en apparence mais qui constituent une atmosphère étrange, toujours un peu lointaine! 
En somme c'est sa petite musique qui me plaît,  moderato cantabile!

Le tout début:
- Veux-tu lire ce qu'il y a d'écrit au-dessus de ta partition? demanda la dame -Moderato cantabile, dit l'enfant. La dame ponctua cette réponse d'un coup de crayon sur le clavier. L'enfant resta immobile, la tête tournée vers sa partition. -Et qu'est-ce que ça veut dire, moderato cantabile? -Je ne sais pas. Une femme, assise à trois mètres de là, soupira. Tu es sûr de ne pas savoir ce que ça veut dire, moderato cantabile? reprit la dame. L'enfant ne répondit pas. La dame poussa un cri d'impuissance étouffé, tout en frappant de nouveau le clavier de son crayon. Pas un cil de l'enfant ne bougea. La dame se retourna. -Madame Desbaresdes, quelle tête vous avez là, dit-elle. Anne Desbaresdes soupira une nouvelle fois. -A qui le dites-vous, dit-elle. L'enfant, immobile, les yeux baissés, fut seul à se souvenir que le soir venait d'éclater. Il en frémit. -Je te l'ai dit la dernière fois, je te l'ai dit l'avant-dernière fois, je te l'ai dit cent fois, tu es sûr de ne pas le savoir? 
Au café
-Parfois encore, c'est l'été et il y a quelques promeneurs sur le boulevard. Le samedi soir surtout, parce que sans doute les gens ne savent que faire d'eux-mêmes dans cette ville. 
 -Sans doute, dit Chauvin. Surtout des hommes. De ce couloir, ou de votre jardin, ou de votre chambre, vous les regardez souvent. Anne Desbaresdes se pencha et lui dit enfin. -Je crois, en effet, que je les ai souvent regardés, soit du couloir, soit de ma chambre, lorsque certains soirs je ne sais quoi faire de moi. Chauvin proféra un mot à voix basse. Le regard d'Anne Desbaresdes s'évanouit lentement sous l'insulte,...
Antigone et Passion des livres en parlent. Un film de Peter Brooke avec Jeanne Moreau et Belmondo est maintenant en DVD 
Moderato cantabile de Marguerite Duras. (Les Editions de Minuit, 1958, 155p)