samedi 18 avril 2009

AILLEURS, Julia LEIGH



Un matin, une jeune femme et ses deux enfants,de 9 et 6 ans,se tiennent devant un grand portail fait de hautes grilles à pointes de fer. Ne trouvant pas la serrure, la femme longe le grand mur de pierre de l'immense domaine. Elle finit par trouver une petite porte recouverte de lierre dont elle a la clé mais la porte reste désespérément fermée. Alors le petit garçon , après bien des efforts, réussit à la défoncer et ils pénètrent dans la grande demeure en traînant leurs valises.

Tel est le début de ce récit très court (105 pages). Il pourrait à lui seul résumer symboliquement toute l'histoire. De quoi s'agit-il en effet sinon du retour au bercail d'une femme battue avec ses jeunes enfants, le corps blessé et marqué par les coups de son mari? Elle n'est pas attendue , pas très bien accueillie par sa mère et son frère que des épreuves douloureuses enferment aussi dans leur bulle de silence.

Ce retour de l'enfant prodigue coïncide avec le nouveau drame qui s'abat sur la famille: un enfant mort né que la mère traîne partout avec elle comme un paquet avant de se résigner à l'enterrer.

La mort est d'ailleurs en arrière plan de tout dans ce roman: mort récente et mystérieuse du père, mort prochaine et attendue de la mère déjà clouée dans son fauteuil roulant, mort du domaine familial qu'on voudrait protecteur comme dans l'enfance mais qui se révèle hostile et destructeur malgré les nombreux jardiniers et serviteurs qui s'y activent!

Mais tous ces drames sont vus par le jeune garçon de neuf ans qui essaiera à son tour de quitter cette réalité trop lourde à sa façon, avec sa petite soeur. C'est un garçon équilibré, réfléchi, débrouillard. Il tente de donner du sens à l'histoire, comme nous, lecteurs , qui ne connaissons que les faits, les gestes , les paroles des personnages.

La réalité est là , sous nos yeux, mais la vérité de chacun , leur histoire réelle reste à déchiffrerAilleurs semble toujours mieux mais c'est ici qu'on vit!

J'ai aimé ce petit livre qui a su me surprendre et m'attendrir! Rien n'est jamais si terrible que l'on croit puisque tout a une fin, même le malheur.

Ailleurs est aussi une ouverture, un recommencement, un espoir. Si le sujet peut sembler bien noir, le récit est lisse, troublant, à peine nostalgique, et même curieusement tonique, telles ces dernières phrases:"On pouvait tout refuser. Elle se tourna vers son fils.Mon enfant. Il avait un air antique et implacable; un garçon très beau. Mais aucun garçon n'est montagne ni lac, et sachant cela -sachant que la montagne est du rocher et le lac de l'eau, que même les rochers répandent des grains très fins et que l'eau change de forme , sachant qu'il est impossible d'être rocher ou eau, et sachant quelles déceptions elle avait connues-, elle fit un voeu pour lui. Tiens bon, tiens bon."

Curieusement, ce livre a été abondamment commenté et, c'est le moins qu'on puisse dire, les avis sont des plus variés! Il intrigue et je me demande si je l'ai vraiment compris!

Ailleurs (Disquiet), de Julia Leigh, Traduit de l’anglais (Australie) par Jean Guiloineau

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