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samedi 11 juin 2011

Meurtres entre soeurs de Willa Marsh

Dans les années 50, en Angleterre, deux demi-sœurs, Olivia et Emily, mènent des  vies de petites filles heureuses auprès de leurs parents  qui, veufs à la sortie de la guerre, viennent de se rencontrer et de se  marier Elles ont le même âge et se jalousent terriblement jusqu’à l’arrivée de Rosie, leur petite sœur,  l’enfant chérie du couple, de dix ans leur cadette, qui  attire et retient toute l’attention de leurs parents. Leur jalousie les poussera même  à vouloir se débarrasser de ce bébé encombrant  en lui glissant  dans la bouche des baies empoisonnées. La petite sera sauvée à la dernière minute mais les aînées  s’en ressouviendront beaucoup plus tard quand cette petite Rosie si mignonne  leur aura bien pourri la vie avec ses airs de sainte nitouche qui leur a cassé en douce leurs mariages et qui veut récupérer à  tout prix  l’héritage à la mort des parents.   
C’est une histoire qui se lit vite, très vite, si vite qu’on la parcourt un peu  comme un conte tout à fait dérisoire, grinçant, excessif, l’humour anglais en prime. Pas le temps de s’apitoyer sur les situations. Il s’agit presque d’un survol un peu fouillé de toute une vie, plein de vies, celles qui tournent autour de cette fratrie démoniaque sous ses aspects  si gentillets. J’ai sans cesse oscillé entre la colère, l’apitoiement, l’incrédulité, la jubilation devant tant de haine, de rivalité et de vengeance car les sentiments qui dominent dans cette charmante famille, c’est la haine, celle qui suit la jalousie  des charmantes sœurs: un vrai nid de vipères devenues de vieilles demoiselles anglaises qui tuent avec le sourire et la compassion des voisins, genre « Arsenic et vieilles dentelles ». C'est drôle et grinçant et merci à Theoma pour l'avoir fait voyager. Si j'en crois les signatures, je suis la huitième  à avoir eu ce livre entre les  mains et peut-être pas encore la dernière. Joli trajet! 
Meurtres entre soeurs de Willa Marsh  ( Littératures Autrement, 2009, 206p) Traduit de l'anglais par Danielle Wargny

jeudi 2 juin 2011

"Ne me secouez pas . Je suis plein de larmes."

"Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes"
Dernière phrase du dernier livre de l'auteur mort en 1956 d'une crise cardiaque à 52 ans. 

"Peau d'ours" est le "recueil de notes qu'il avait prises de 1951 à sa mort."

" C'est ce que j'ai de plus précieux"  avait-il murmuré à l'amie  a qui il avait remis ses papiers.

Henri Calet, "Peau d'ours, Notes pour un roman", ( L'imaginaire, Gallimard, 2011, 163 p) 
Sur une idée de Chiffonnette

vendredi 29 avril 2011

Quelqu’un d’autre de Tonino Benacquista

Quand n’ai-je pas rêvé d’être une autre? 

N’est-ce pas là une de mes meilleures excuses  pour aimer me perdre autant dans les livres? 
Vivre la vie des autres. c’est sûrement ce que je recherche avant tout dans mes lectures.  
Je lis pour oublier ce moi qui ne me satisfait pas totalement  et qui m’ennuie à force d’être toujours le même! 
                                    ***
C’est ce que se sont dit, un soir, dans un bar, Thierry Blin  et Nicolas Gredzinski,  à l’approche de la quarantaine. Ils ne se connaissent pas mais viennent de disputer un match de tennis d’enfer dans leur club. Peu importe que Blin ait gagné : chacun a donné le meilleur de lui-même et retrouvé ses plus beaux coups.
Ils font connaissance autour de quelques  verres d’alcool en évoquant leurs plus beaux souvenirs de jeunesse quand ils se croyaient encore tout permis et, de fil en aiguille, ils se lancent un défi : celui  de retrouver cet  autre  moi rêvé, celui qu’ils n’ont jamais eu le courage de faire naître. L’alcool aidant, ils se promettent de partir à la recherche de ce "quelqu’un d’autre" et ils se donnent rendez-vous dans ce même bar, le même jour, à la même heure, dans trois ans. 
Dès lors le récit alterne leur histoire durant ces  années où chacun d’eux essaie sincèrement de se transformer  mais ils sont si différents que leurs choix le seront tout autant. L’un est logique, décidé, actif, précis, l’autre est hésitant, anxieux et vient à peine de découvrir les joies de l’alcool.
Comment chacun va-t-il s’y prendre pour changer radicalement de vie et devenir  un autre ? 
Réussiront-ils d’ailleurs?
Toujours est-il que trois ans plus tard, le 23 juin, quelques heures avant le rendez-vous,  ils se retrouvent séparément sur leur terrain de tennis puis dans leur bar. Se sont-ils reconnus ? Leur pari est-il réussi ? Sont-ils    devenus autres? 
J’ai trouvé la fin très réussie!
Pas seulement la fin d’ailleurs mais toute l’histoire, en étant cependant plus intéressée par l’aventure de Blin, le vainqueur du match, le plus actif et le plus déterminé.

De cet auteur, j’ai lu et beaucoup aimé aussi : «La Maldonne des sleepings», «Saga» et « Malavita », mais ce roman-ci est très différent, plus sérieux, plus ambitieux aussi sans doute bien que toujours avec cette touche de vivacité et cette pointe d’humour typique du style de Benacquista qui me plaît tant ! 
Bref un excellent moment de lecture.

Roman apprécié aussi de : Pimprenelle, Cynthia, Lili Galipette
Quelqu’un d’autre de Tonino Benacquista, (Gallimard, nrf, 2001, 276p.) 

mardi 5 avril 2011

Un refrain sur les murs de Murielle Magellan


Voilà bien longtemps que je n’avais pas eu un pareil coup de cœur – depuis janvier à vrai dire et la lecture du dernier Irving! C’est peu dire !
Je  m’y attendais si peu pourtant en lisant la quatrième de couverture où il est question de découvrir, sous les dehors d’un conte de la vie ordinaire, l’étonnante renaissance, à trente ans d’intervalle, de deux femmes blessées, une mère et sa fille. Oui, bon,  me suis-je dit quand l’éditeur m’a proposé le livre, je ne connais pas l’auteur…un tel résumé… ça peut être tout et n’importe quoi…voyons un peu…sans conviction…on ne sait jamais…
Et voilà que dès réception, après avoir pris plaisir à prendre  le volume en main, à le soupeser, le humer, caresser sa couverture, lisse comme de la soie, constaté la brièveté des chapitres, la facilité de la lecture grâce à une encre bien contrastée et bien noire, une typographie élégante et suffisamment large sur la page bien blanche, je n’ai pas pu le lâcher et j’ai lu sans discontinuer, abandonnant toutes mes autres activités, comme je ne le fais que pour les grands moments de lecture toujours trop rares mais qui demeurent ensuite inoubliables.

Le récit commence en 1987 avec Isabelle, la mère divorcée, professeur de physique qui vient de conduire à la gare ses deux enfants pour les laisser à leur père le temps du mois d’août. Elle n’aspire qu’à une chose : que ce mois finisse et que sa vie reprenne « dans ses bons chaussons d’automne.» Soudain, un air de hautbois retient son attention, joué par un musicien vagabond.
Que va-t-il se passer entre ces deux êtres solitaires mais si opposés le temps d’un mois d’été dans cette grande ville déserte  quand l’un accueille l’autre dans son appartement pour repeindre la chambre de sa fille? Pas si simple!  Pas si évident avec de tels écorchés vifs!  Rien de banal en tout cas mais une rencontre qui laissera des traces et qui bouleversera la vie … de qui au fait?
La mère, l’homme, la fille ? So What…
Et l’art dans tout ça? L’imaginaire? La recherche,  toujours la recherche, le vide à combler, toujours…l’autre, les autres…les secrets, les silences, la découverte d'un passé différent de ce que l’on croyait et sa mère, autre, tellement autre…, la vie, la mort, l’inconnu, l’amitié, l’amour… tous les grands thèmes sont là…sobres, pudiques, mine de rien…un éblouissement !

Le titre ne m’avait pas particulièrement attiré et voilà que je le trouve parfait !
Un refrain sur les murs : c’est ça…juste le résumé de toute l’histoire. A prendre dans sa plus simple vérité : les murs chantent et continueront longtemps à chanter, ceux de la petite chambre d’abord et puis ceux de la ville et puis et puis…le refrain s’envole : n’enfermez jamais personne dans les musées. De l’air, du grand air, l’art au soleil, dehors, à tout va, à tous vents.
Un grand grand roman, tout simple pourtant mais qui m’a fait rêver  tout en m’étonnant!
Un refrain sur les murs de Murielle Magellan, (Julliard, 2011, 248 p)

Merci à l'éditeur pour l'envoi de cette perle.Un extrait ICI
Une lecture par la comédienne Anne Consigny a eu lieu  à Paris, à la librairie du Rond Point, Paris,  le 3 avril dernier et je regrette de l'avoir manquée. Peut-être d'autres lectures bientôt ailleurs? A suivre! 
 Clara aussi l'a beaucoup aimé

vendredi 4 mars 2011

Le pays de l’absence, roman de Christine Orban

Une mère et sa fille. Un personnage  et son  auteur.
Vérité ou imagination ? Réalité ou mensonge ?
Roman ou autobiographie ?
Le pays de l’absence est un roman. C’est écrit sur la couverture.
Le récit  ressemble pourtant  à une histoire vraie, un morceau de vie vécue.

La narratrice est une romancière parisienne qui reçoit sa mère de 73 ans  pour  les fêtes de  Noël. Celle-ci arrive de Casablanca où elle a toujours vécu. C’est une très belle femme, élégante,  courtisée,  longtemps championne de bridge, aimée et admirée par les siens  mais qui n’est plus elle-même  depuis  qu’elle vit au pays de l’absence, celui de la perte de mémoire, celui de l’Alzheimer.

«Maman, où es-tu ?
Si on ne la connaît pas, maman, on pourrait croire qu’elle est là, bien dans sa tête, au point de s’y tromper. On pourrait le croire s’il n’y avait pas cette peluche, qu’elle ne quitte pas, sur ses genoux.
Moi je sais.
Maman n’est plus dans son regard.»

C’est ce récit-là que raconte Christine Orban,  celui  du combat contre cette maladie, mené par deux femmes proches et opposées à la fois,  le temps de quelques  préparatifs pour ce qui  restera le dernier grand repas familial.
C’est bien écrit, dans un ton simple, juste et  vrai, réaliste, sensible, sans tricherie, sans mièvrerie,  sans pleurnicherie!
Comment croire dans ce cas que ce ne soit qu’un roman?  Peu importe d’ailleurs puisque  j’y ai retrouvé tant de détails véridiques.
C’est juste poignant, sans excès, sans drame, comme dans la vie ! .

«Au bout d’un moment, je me détourne de toi, épuisée. Ton univers est envahissant et vide à la fois. On ne peut y rester enfermé trop longtemps.
Bonsoir, maman.»
Le pays  de l’absence de Christine Orban.  (Éditions Albin Michel, 2011, 169p)
En ont parlé aussi: Cuné, Amanda, Stef, Clara, Hérisoon o8 , Catherine, Stephie

samedi 26 février 2011

Maman, Isabelle Alonso

J’ai souvent pleuré au cinéma mais jamais encore en lisant un livre, du moins je ne m’en souviens pas.  Ce serait donc la première fois?  Apparemment et j’en suis la première surprise ! Au chapitre des «Nuages», page 208, quand s’envole, haut dans le ciel bleu l’avion vers Madrid, qui emporte le précieux fardeau maternel pour être enterré auprès de sa famille d’origine, l’émotion m’a fait verser des larmes.
Rien de plus émouvant que cette  histoire d’une mère dont la santé décline, qu’on soigne longtemps en famille  puis qu’on confie à une institution, séjour vécu comme une descente aux enfers, qu’on ramène à la maison et qui disparaît alors même qu’on l’a quittée pour quelques jours. La douleur et la culpabilité de n’avoir pas été là au dernier moment sont accablantes. Tel sera mon résumé du livre parce que tel est pour moi l’essentiel. Le reste n’est que  l’histoire particulière d’une famille, celle de l’auteur. C’est touchant, intéressant et bien écrit. 
Inutile d'en dire plus: ce livre, en son genre,  est une réussite!  
MamanIsabelle Alonso , roman, Hasta siempre (Éditions H&loïse d’Ormesson, 2010, 247 p)

samedi 12 février 2011

Gens de Dublin, dernier film de John Huston d'après une nouvelle de James Joyce

Je viens de voir sur TCM le film de John Huston qu’il a tourné  avant de mourir  et qui reprend  «The Dead »,  la dernière nouvelle du recueil   "Dubliners " de James Joyce

La nouvelle, publiée en 1914,  et le film tourné  en 1987  racontent une fête familiale un jour d’épiphanie à Dublin, en 1904. 
L’intrigue elle-même se résume à peu de choses mais cependant tout y est attirant, simple et parfait. Nous assistons à l’entrée des invités de deux demoiselles âgées, Kate et Julie Morkan et de leur nièce  qui,  chaque année à la même époque,  reçoivent leur neveu Gabriel Conroy et sa femme Gretta, ainsi qu’un petit cercle d’amis Tout se déroule de façon rituelle : on chante, on danse, on mange et on boit avant de finir par évoquer les morts  et de se séparer.  Sur l’escalier au moment du départ, la jeune Gretta s’arrête, émue par le chant d’un dernier invité. La dernière partie montre le jeune couple de retour dans sa chambre d’hôtel et Gretta raconte à son mari l’histoire de ce jeune homme qui l’a aimée et s’est tué pour elle. Gabriel dont le début de jalousie s’apaise regarde au loin par la fenêtre les flocons de neige sur Dublin et un solo de saxophone accompagne le panoramique final qui montre la ville et la campagne ensevelies sous la neige  tandis que Gabriel songe à l’inévitable écoulement de la vie cernée par la mort inéluctable. 
C’est un film d’un charme fou. Je suis encore sous le coup de l’émotion en terminant ce billet. 
Gens de Dublin, dernier film de John Huston  d'après  une nouvelle de James Joyce