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mardi 18 novembre 2014

L'écrivain national, Serge Joncour, roman de la rentrée littéraire 2014

 Ce séjour promettait d’être calme. C’était même l’idée de départ, prendre du recul, faire un pas de côté hors du quotidien. En acceptant l’invitation, je ne courais aucun risque, la sinécure s’annonçait même idéale, un mois dans une région forestière et reculée, un mois dans une ville perdue avec juste ce qu’il faut de monde pour ne pas craindre d’être seul, tout en étant royalement retiré, ça semblait rêvé. 
Telle est l’intention de Serge, l’écrivain national,  en arrivant dans cette région du Morvan, où l’attendent le maire, un couple de  libraires et les lectrices du coin  pour y animer des ateliers d’écriture et participer à des rencontres  culturelles dont il serait le centre mais … pas une seconde je n’imaginais que le doux séjour puisse virer au cauchemar, pas une seconde je ne pouvais imaginer que tout bascule au point de sombrer dans la folie des pires dérèglements. Oui, sans ce fait-divers à quelques kilomètres de là, tout se serait parfaitement passé. 

Il y a de tout dans ce roman qui,  de récit pseudo biographique  sur la vie un peu morne mais parfois aussi loufoque  d’un auteur exhibé partout en  vedette locale, vire soudain au polar et devient même très sentimental à partir du moment où  l’écrivain voit la photo de Dora sur le journal local. Elle lui plaît immédiatement et avec elle,  tout s’embrase.  il en oublie sa mission d’auteur et arrive en retard et dans un état désastreux partout où il est attendu ce qui lui vaut peu à peu la méfiance,  la réprobation et jusqu’au sarcasme de ses fidèles admirateurs.  Il est sans cesse attiré par un coin  au plus profond de la forêt ténébreuse  où s’est déroulé le drame de la disparition d’un vieil homme riche que l’on soupçonne tué par ses locataires, ses seuls voisins dans cet endroit désert, deux jeunes émigrés de l’est. L’homme sur lequel on a retrouvé l’argent du vieillard est désormais en prison mais  l’autre, c’est  cette Dora, qui hante  les pensées de l’écrivain, malgré les nombreuses mises en garde qui lui sont faites. 

Après un départ assez lent, c’est finalement avec un grand désir de connaître le dénouement que j’ai continué cette lecture dont je  garderai,c'est sûr,  un très bon souvenir. 

L'écrivain national, Serge Joncour, roman de la rentrée littéraire 2014
 Lu aussi les billets de Cuné,  Clara,  Sandrine (Ys),  Eimelle, Yueyin,  L'Irrégulière,  Brize,  Alex,
Rentrée littéraire 2014 chez Hérisson,

dimanche 7 septembre 2014

Une veuve de papier, John Irving,

«Une nuit, alors qu’elle avait quatre ans et dormait sur la couchette inférieure de son lit gigogne, Ruth Cole fut réveillée par le bruit d’un couple en train de faire l’amour, bruit qui provenait de la chambre de ses parents et qui lui parut tout à fait insolite. Elle relevait d’une grippe intestinale; à entendre sa mère faire l’amour, elle crut tout d’abord qu’elle était en train de vomir.»
                                         Ainsi commence ce récit qui finit 650 pages plus tard  dans mon édition de poche. Il est divisé en trois grandes parties,lues tour à tour comme si chacune était  un livre à part.

La première, intitulée «Été 1958»,   raconte l’événement majeur de la vie de Ruth Cole, l’héroïne, qui, à 4 ans, avait déjà perdu ses deux frères plus âgés dans un accident de voiture dont sa mère, Marion, ne réussit jamais à  se remettre et qui l’abandonna cet été-là, la laissant seule avec son père Ted, un écrivain d’ouvrages pour enfants, coureur de jupons,  bien décidé à se séparer de sa femme au point de la pousser dans les bras du jeune Eddie, un étudiant de seize ans qui en tomba fou amoureux d’où la scène d’ouverture du livre.  Marion, cet été-là est  surtout intéressée par les photos de ses frères, très nombreuses, agrandies et placées sur tous les murs de la maison. Elle connaît par cœur l’histoire de chacune tant on lui en a parlé constamment  depuis l’accident. Au départ de sa mère, seuls restent les crochets sur les murs vides et c’est ce qui la troublent le plus.

La seconde partie, «Automne 1990», prouve combien toutes ces disparitions ont eu de l’importance dans la vie de Ruth, devenue écrivain en grande partie pour  retrouver le souvenir de ses frères et à force de repenser aux crochets et aux photos correspondantes. Elle a 36 ans et refuse l’idée de se marier et d’avoir des enfants.  Eddie aussi est devenu écrivain. Il a 48 ans quand  ils se retrouvent à l’occasion d’une lecture publique. Il est toujours amoureux de Marion  qui se serait aussi mise à écrire !
 Ruth, elle, a une vie agitée, entre une  amie, Hannah,  agaçante et dévergondée , un amoureux, Allan et des amants de passage mais c’est  à Amsterdam, en suivant une prostituée  pour les besoins de son futur roman qu’elle vit  une nouvel épisode des plus traumatisants.

La dernière partie, «Automne 1995» , commence comme une enquête policière et la fin m’a surprise, comme toute bonne fin de récit qui se respecte! A lire et à relire! 
                                                                          
John Irving est mon auteur fétiche depuis ma lecture du
 Monde selon Garp, lu et relu avant le blog
Coups de cœur assurés ensuite avec 
Une prière pour Owen,  
L'hôtel Newhampshire
Dernière nuit à Twisted River
et maintenant, plus que jamais avec celui-ci. Heureusement j'ai encore bien d'autres lectures d'Irving qui m'attendent dont un gros pavé à nouveau , déjà dans ma Pal: "A moi seul, bien des personnages"
LC avec Valérie

Une veuve de papier, John Irving
(Points, Poche,  Seuil, 1999, 650 pages)
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Josée Kamoun
A Widow For One Year, 1998)

Ce sera ma participation au challenge de Brize, Le Pavé de l'été 2014

dimanche 23 mars 2014

Les évaporés, un roman japonais, Thomas B. Reverdy

J'ai beaucoup aimé ce roman qui évoque le Japon de toujours avec ses qualités et ses défauts:  la douceur de vivre mais aussi l'omniprésence des Yakuzas, cette mafia qui gangrène et contrôle la société industrielle. 
Cependant l'histoire se déroule dans le Japon d'aujourd'hui, celui d'après la grande tragédie: celle de Fukushima. Il y est question de fuite en avant, de disparition mystérieuse, d'enquête et de course poursuite d'une fille  pour retrouver son père "évaporé" un soir sans plus donner aucun signe de vie. 
Kaze était un père affectueux, un mari aimant et un cadre de banque très  estimé  mais qui venait d'être congédié par ses supérieurs pour avoir eu connaissance des agissements des Yakuzas au sein de son entreprise. Selon la loi japonaise, un adulte qui décide de disparaître ainsi brusquement n'est jamais recherché. On considère que c'est sa liberté. 
Appelée par sa mère désespérée, Yukiko revient de Californie où elle travaille avec Richard, son détective amoureux. 
Les recherches seront longues et vaines très longtemps et on ne peut que craindre le pire jusqu'au moment où le récit prend un ton nouveau avec un genre d'espoir  tout à fait inattendu grâce à  la rencontre d'un très jeune survivant du  tsunami et des jours catastrophiques qui l'ont suivi. On est alors comme dans un autre monde avec les réfugiés du camp de Sendaï. On espère on tremble, on cherche, on s'attriste avec les personnages. On réalise que tous sont en fuite à leur manière et nous peut-être  aussi, comme eux et avec eux. C'est un livre très riche, qui m'a emportée très loin dans cette aventure et ce pays si proche et pourtant si différent! Un très joli moment!  
Les évaporés, Un roman japonais, Thomas B. Reverdy
Flammarion, 2013, 302 pages

vendredi 13 décembre 2013

Génération A, Douglas Coupland

Encore un romancier canadien que je ne connaissais pas et qui m’enchante depuis que j’ai terminé son nouveau roman récemment traduit en français: Génération A écrit une vingtaine d’années après Génération X, son livre culte sur les jeunes nés entre 1960 et 1980, les enfants des baby-boomers de l'après guerre .

Cette fois il s’agit de cinq  jeunes,   ne se connaissant pas,  vivant dans des pays très différents, éloignés les uns des autres, à qui arrive brusquement la même aventure: se faire piquer par une abeille venue on ne sait d’où, ce qui focalise sur eux l’attention de tous les spécialistes du monde   puisque les abeilles sont censées avoir disparu de la surface de la terre. Aussitôt on les arrache à leur milieu et à leur vie ordinaire pour les isoler sur une île de l'Alaska, coupés de tout et de tout le monde. Là on les examine minutieusement.  Ils vont apprendre à se connaître et passeront leur temps à se raconter des histoires, sur les conseils d'un des  scientifiques qui les a en charge. 

J’ai beaucoup aimé,  surtout la présentation des cinq personnages choisis par les abeilles et enlevés à leur vie ordinaire, soit la première moitié du roman, après quoi, le récit se transforme en nouvelles indépendantes les unes des autres, comme en illustration  des  toutes premières phrases:
«Comment peut-on vivre sans songer à toutes les histoires qui nous servent à arranger cet endroit qu’on appelle le monde ? Sans  histoires, notre univers n’est que cailloux, nuages, lave et obscurité. Un village dévasté par des eaux tièdes qui ne laissent aucune trace de ce qui a existé avant.»
Ici se place  l’allusion au récent tsunami vécu par Harj au Sri Lanka, le premier des cinq, celui qui a vu sa famille entière disparaître sous l'eau. .
«Imaginez … Vous allez à la fenêtre, vous regardez par les persiennes et vous voyez tout le contenu du monde que vous connaissez passer sous vos yeux dans un torrent de boue grise, un torrent silencieux et étonnamment apaisant : des feuilles de palmier, des ânes, la jeep de la société locale d’embouteillages Fanta,  des vélos sans cadenas, des chiens morts, des caises de bières, des barques de pêcheurs, de crevettes… des cadavres..

Imaginez une créature extra-terrestre debout  à côté de vous dans la pièce tandis que vous lisez ces lignes. Qu’est-ce que vous lui dites? Ce qui autrefois était en vie est désormais mort. Les extra-terrestres connaissent-ils seulement  la différence entre la vie et la mort?  Peut-être qu’ils font l’expérience d’autre chose,  quelque chose d’aussi surprenant que la vie?
Maintenant regardez de nouveau par la fenêtre – voyez ce que les dieux ont vomi hors de votre subconscient et dans le monde – la rivière tiède et boueuse qui transporte des chars crevés,  des vieilles femmes drapées de saris humides, un bouc mort, des mouches qui bourdonnent, indemnes, juste au-dessus de la mêlée …
Et maintenant que faites-vous – est-ce que vous priez?
Qu’est-ce que prier sinon vouloir que les moments de cette vie s’assemblent pour composer une histoire – quelque chose capable d’expliquer certains événements qui, vous en êtes sûrs, ont un sens.
Moi, je prie.»
 Le second piqué est Zack, un jeune agriculteur américain de L’Iowa qui rencontre l’abeille au beau milieu d’un champ de maïs alors qu’il est à poil au volant de Maizie, sa moissonneuse-batteuse ultra perfectionnée, la plus démente du monde,  avec poste de pilotage ergonomique entièrement pressurisé et climatisé, visibilité panoramique et isolation phonique garanties, avec quatre écrans plasma allumés, caméra satellite à bord dont il se sert pour tracer «une bite  avec une paire de couilles sur quatre hectares ».  Lui aussi est orphelin, son père s’étant récemment tué dans un délire de drogues. Le tracteur était son héritage!

Samantha, elle, est une néo-zélandaise aux distractions étranges comme celle du «earth sandwich», un truc internet consistant à photographier deux tranches de pain avec une planète entre eux, en se mettant d’accord avec une personne à l’exact opposé mathématique du lieu où vous êtes! Compliqué!  A été piquée au moment où ses parents lui  avouaient gravement leur terrible secret: ils ne croyaient plus en rien, ni en Dieu, ni à une quelconque religion.

Le quatrième est Julien, le français dont l’idée fixe et de muter. Il est très ambitieux et déteste le monde réel.

 La dernière est Diana, canadienne de bonne famille, pieuse, célibataire qui cherche à se marier malgré le  syndrome de la Tourette dont elle souffre 
. «C’est choquant la première fois mais à la cinquième salve de «couillesdanslecul », les gens arrivent à faire la sourde oreille.» 
Un roman donc sur la  génération des quarante ans par un des leurs, le tout plein de profondeur et d'humour, juste comme j'aime. Un bon cru! 
 Génération A, Douglas Coupland
Roman traduit de l'anglais (Canada) par Christophe Grosdidier
(Éditions Au diable vauvert, 2013 pour la traduction, 316 p.)

samedi 7 décembre 2013

La disparition de Jim Sullivan, Tanguy Viel

"Du jour où j'ai décidé d'écrire un roman américain, il fut très vite clair que beaucoup de choses se passeraient à Detroit, Michigan, au volant d'une vieille Dodge, sur les rives des grands lacs. Il fut clair aussi que le personnage principal s'appellerait Dwayne Koster, qu'il enseignerait à l'université, qu'il aurait cinquante ans, qu'il serait divorcé et que Susan, son ex-femme, aurait pour amant un type qu'il détestait"
(L'éditeur)

Au premier abord,  ça ressemble à un roman français qui voudrait ressembler à un roman américain, de ceux qui ont le plus de succès, avec tous les bons clichés à la clé: une université où un enseignant en littérature, la cinquantaine ambitieuse,  coucherait  avec une de ses étudiantes, serveuse dans un bar par nécessité. Divorcé, il détesterait cependant l’amant de son ex, allant même jusqu’à continuer à le poursuivre de sa haine et de tout  le cortège des addictions  d’un bon thriller: alcool, sexe, jeux et nuits blanches jusqu’à la course vers la grande nature sauvage et la fuite dans le désert  après Détroit , la ville de  la perdition et de tous les égarements, sans oublier la Dodge  blanche et la musique de Jim Sullivan, le musicien disparu en 1975 dans le désert  du Nouveau Mexique
«Il a embrasé sa femme et son fils en leur disant que bientôt ils pourraient les rejoindre là-bas, à Nashville, Tennessee, où il espérait qu’on écouterait enfin sa musique.

Et puis ensuite personne ne sait trop ce qui s’est passé. Le plus vraisemblable, c’est qu’il a remis le contact et roulé jusqu’au désert, puisque c’est à vingt cinq miles qu’on a retrouvé sa voiture. Ensuite on ne sait pas. … Et puis voilà, c’est l’Amérique, on ne sait pas ce qui s’est passé, on n’a jamais retrouvé son corps.»
Bon, ça, ce sont les ingrédients, mais la cuisine est bien française pourtant, car ce qui compte ici, c’est la manière de concocter le tout, l’ironie, l’humour, les commentaires sur la fabrication de ce qui pourrait devenir un roman à succès à l’américaine, c’est-à-dire international sinon universel. C’est là que réside l’originalité de ce récit: un roman sur  le roman ou comment réussir à être lu partout.
«Même dans le Montana, même avec des auteurs du Montana qui s’occupent de chasse et de pêche et de provisions de bois pour l’hiver, ils arrivent à faire des romans qu’on achète aussi bien à Paris qu’à New York. Cela c’est une chose qui m’échappe.»

Le narrateur a-t-il atteint son but et  réussi son coup?  Pas sûr. «Après tout, même si j’ai regardé vers l’Amérique tout le temps de mon travail, je suis quand même resté un écrivain français. Or, ce n’est pas dans nos habitudes à nous Français de mélanger les vraies personnes avec les personnages de fiction.»
Ceci dit, ce qui est peut-être un échec pour le héros ne l’est sûrement pas pour l’auteur lui-même qui a su retenir mon attention en  me faisant sourire tout en m’agaçant parfois mais en m’intéressant toujours.
De l’art de plaire à la française, en irritant toujours un peu. 

La disparition de Jim Sullivan, de Tanguy Viel, 
roman, mars 2013, 160 p. 
(Les éditions de Minuit)

samedi 9 novembre 2013

Secrets de Polichinelle, Alice Munro, Prix Nobel 2013

"C'était samedi par une matinée 
Aussi belle qu'on pouvait l'espérer. 
Sept filles de leur cheftaine Miss Johnson accompagnées 
S'en allèrent camper loin du C.G.I.T." (Canadian Girls  in Training)" 
Ainsi commence une des huit nouvelles du recueil, celle qui lui a donné son nom et qui raconte - en 39 pages - la disparition de l'une des adolescentes parties en expédition, un week end, sous les ordres de leur cheftaine mystique.  Le contraste est saisissant entre l'insouciance et la gaieté des unes et l'irresponsabilité de l'adulte accompagnatrice. L'ambiance est bon enfant  au début et les jeunes filles s'amusent comme des petites folles   autour d'une cascade  mais au moment de partir, une d'elles manque à l'appel.
"Il y avait Betsy et Eva Trowell, 
Et Lucille Chanders également,  
Ginny Bos et Mary Kaye Trevelyan 
Robin Sands et la pauvre Heather Bell 
 Ce n'est pas un accident mais nul ne parle et après l'effervescence des premières recherches, l'oubli s'installe, sauf dans les consciences de ceux qui savent ou qui se doutent  et qui  ressassent désormais  "un secret  que l'on ne trouve pas effrayant avant de penser à essayer de le raconter."
"Ainsi chanterons-nous la chanson d'Heather Bell, 
Jusqu'à ce que touche à sa fin cette journée 
Dans les bois elle fut retirée de la scène,  
Bien que sa vie ne fît que commencer.   
Rien à voir avec une nouvelle policière. Tout se passe dans les souvenirs, les rêves, les hallucinations, les déviances psychiques des un et des autres. La campagne est belle, les habitants bienveillants,  sereins et respectables et pourtant dans le secret des cœurs, que de tourments.!Le style est à l'image du récit, les phrases se déroulent calmement  mais ça et là percent les réalités, comme des "'petites poules effrayées". 

 Alice Munro -  Secrets de Polichinelle
Traduit de l’anglais (Canada) par Céline Schwaller-Balaÿ
Titre original: Open Secrets
(Points, 1995/2012, 378 p.)
Alice Munro est née en 1931 dans l'Ontario. C'est une ancienne libraire, elle a remporté trois fois le Governor General's Literary Award, le prix littéraire le plus prestigieux du Canada, ainsi que plusieurs autres prix.  Presque toute la fiction d'Alice Munro est placée dans l'Ontario du sud-ouest au Canada. Les thèmes des histoires de Munro se sont clairement développés à partir de sa propre vie. Ses personnages sont proches de ceux de Faulkner ou Flannery O' Connor. 

lundi 28 octobre 2013

Les Apparences, Gillian Flynn, Thriller,

Ce livre est-il capable de me tenir éveillée toute la nuit même si je dois me lever tôt le matin pour partir au travail? Si oui, c’est sûr, c’est un livre  adoré et admiré et  une lecture inoubliable. Combien sont-ils chaque année? Moins d’une dizaine sûrement et  celui-ci en fait partie! 

Je résume très vite l’intrigue  si souvent  commentée que je renonce à mettre les liens.

Amy et Nick,  sont mariés et leur couple est apparemment sans histoire jusqu’au jour  de leur cinquième anniversaire de mariage où Amy  disparaît et où Nick découvre les traces d’ un vrai carnage dans leur maison du Missouri, là où il a passé  son enfance et où ils ont été obligés de se réfugier après quatre années idylliques à Manhattan, départ dû à  la perte de leur travail et de leur argent. 
Dès lors les interrogations commencent: où est Amy? Que lui est-il arrivé? Pourquoi? Très vite la police, la presse, les voisins, les connaissances, la famille,  le pays tout entier, tout le monde se fait une idée de cette histoire. Le lecteur, lui,  la connaît de deux points de vue totalement contradictoires, celui de Nick que très vite tout accuse comme étant non seulement un homme adultère mais aussi  le meurtrier et puis on a  le point de vue du journal écrit par Amy avant sa disparition. 
Les révélations se succèdent plus déroutantes les unes que les autres et alors qu'on croit détenir la solution, le château de sable que l'on vient de  construire s'effondre brusquement. Tout est à refaire et on repart de zéro puisqu'aussi bien tout n'est qu'apparence dans ce récit, très habile, avec des personnages peu sympathiques peut-être mais que l'on a au moins tout le temps de s'approprier  progressivement,  même si leur complexité n'a pas de fin, semble-t-il. 
La situation finale est déroutante sans être invraisemblable. Elle m'a ravie,  moi qui suis si difficile concernant les dernières pages, à tel point d'ailleurs que j'aimerais bien savoir la suite mais je ne peux pas en dire plus ni pourquoi sans livrer trop de secrets.

Quel plaisir, une telle lecture!  
L'amour est l'infinie mutabilité du monde; les mensonges, la haine, le meurtre même s'entremêlent en son sein; il est l'inévitable éclosion de ses contraires, une rose magnifique aux effluves sanglants. Tony Kushner, L'Illusion, ( Phrase citée en exergue) 
 Les Apparences, Gillian Flynn, (Gone Girl)
Sonatine, 2012, 574 pages, 
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Héloïse Esquié

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