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dimanche 9 novembre 2014

Les charmes de l'amitié, Charles de Saint-Évremond

Il n'y a rien qui contribue davantage à la douceur de la vie que l'amitié; il n'y a rien qui en trouble plus le repos que les amis, si nous n'avons pas assez de discernement pour les bien choisir. 
Les amis importuns font souhaiter des indifférents agréables. 
Les difficiles nous donnent plus de peine par leur humeur qu'ils ne nous apportent d'utilité par leurs services. 
Les impérieux  nous tyrannisent: il faut haïr ce qu'ils haïssent, fût-il aimable; il faut aimer ce qu'ils aiment, quand nous le trouverions désagréable et fâcheux.
Les jaloux nous incommodent: ennemis de tous les conseils qu'ils ne nous donnent pas, chagrins du bien qui nous arrive sans leur entremise, joyeux et contents du mal qui nous vient par le ministère des autres. (p.55) 
Mais,  quelque honnêtes, quelque réglés que soient les amis, c'est une chose incommode que d'en avoir trop: nos soins partagés ne nous laissent ni assez d'application pour ce qui nous touche, ni assez d'attention pour ce qui regarde les autres. 
Vivons pour peu de gens qui vivent pour nous, cherchons la commodité du commerce avec tout le monde , et le bien de nos affaires avec ceux  qui peuvent nous servir.  (p. 61)

Les charmes de l'amitié, Charles de Saint-Évremond
(La part commune,  3e trimestre 2014, 62 p.)

lundi 29 septembre 2014

Ce lundi, je lis ...

J’ai découvert un bel album pour enfants que j'écoute en boucle dans la voiture, autant dire une bonne partie de la journée tellement je dois faire de navettes en ce moment, mon petit bout de chou très attentive à l'arrière,  avec ses: "Encore! Encore!" quand le disque se termine.
C'est un adorable livre /CD qui me plaît  bien à moi aussi. Les voix des créatrices, qui sont lectrices et chanteuses, tour à tour, sont un enchantement et je me suis très vite surprise  à fredonner les chansons. 
L'histoire et les dessins sont des plus simples mais tous les enfants de  trois ans et plus s’y reconnaissent sans difficultés et s'identifient facilement aux deux petites amies, Iris et Lou.

Celles-ci s'ennuient chez elles, un beau jour d'automne et la maman d'Iris téléphone  à celle de Lou pour inviter sa fille à venir jouer avec la sienne.  Ensemble, elles s'amusent toujours bien. Elles dansent,  chantent, se déguisent, passent une bonne journée mais elles se disputent aussi. C'est à qui sera la fée. Iris prétend que le rôle est pour elle puisque les ailes lui appartiennent et Lou pleure mais la maman présente intervient et trouve la solution pour les réconcilier. 

Le récit est entrecoupé de deux jolies chansons interprétées par  Coralie Clément (la sœur de Benjamin Biolay?) et par la dessinatrice Gesa Hansen dont les belles voix cristallines s'accordent très joliment. 

«Il arrive qu’on ait les mêmes envies 
Quand on est amies 
On rit de tout 
Même des soucis 
Mais quand on est amies 
La magie c’est qu’on est heureux 
De tout partager, 
Car c’est ça, l’amitié.» 

C’est juste ce que j’ai envie de bien faire comprendre à ma petite, pas encore très partageuse, avec ses «c’est à moi!» constants, quand elle est au parc, en ces fins de journée ensoleillées et qu’on lui prend son seau ou sa pelle mais qui, elle, ne se prive pas d’être attirée à son tour par les jouets des autres!

Un joli petit album/CD à lire et écouter!

Iris & Lou, Coralie Clément, Gesa Hansen
Album jeunesse à partir de 3 ans, inclus 1 CD, 36 pages.

samedi 27 septembre 2014

Haruki Murakami, L’incolore Tsukuru Yazaki et ses années de pèlerinage


Tsukuru Tazaki, le héros du pèlerinage dont il est question dans le titre,  se juge lui-même  d’une grande banalité   car,  contrairement  aux noms de famille de ses quatre  amis de lycée  qui renvoient tous à des noms de couleur, le sien fait exception. Ses amis, deux filles et deux garçons,  rebaptisés Rouge, Bleu, Blanche et Noire, vivaient comme lui  à Nagoya où ils sont restés tout  le temps de leurs études  mais, là encore, Tazaki  s’est différencié  en  choisissant l’université de  Tokyo, seul endroit où il pouvait suivre sa passion pour la construction de gares ferroviaires. Cependant il revenait chaque vacances les retrouver dans leur ville natale jusqu’au jour où ils lui demandèrent de ne plus jamais les voir. Il ne sut jamais pourquoi mais sa vie fut  à jamais bouleversée par cette  si abrupte  et mystérieuse rupture.

Depuis le mois de juillet de sa deuxième année d’université  jusqu’au mois de janvier de l’année suivante, Tsukaru Tazaki vécut en pensant presque exclusivement à la mort.Son vingtième anniversaire survint durant cette période mais cette date n’eut pour lui aucune signification particulière. Pendant tout ce temps, il estima que le plus naturel et le plus logique était qu’il mette un  terme à son existence. (Premières phrases)

Enfin, après seize années de vie très solitaire, étant tombé amoureux de Sara, une jeune femme un peu plus âgée, celle-ci le persuade de rechercher les raisons de son exclusion.  C'est ainsi qu'il entreprend un véritable pèlerinage et une longue enquête pour retrouver chaque membre du groupe, ce qui le conduit du Japon jusqu'en Finlande, avec sans cesse en arrière plan la musique de Liszt. Il ira de découverte en étonnement et son passé prendra une toute autre couleur  dès lors qu'une partie de la vérité lui sera dévoilée mais sait-on jamais tout sur soi?

              Même si l'on peut dissimuler ses souvenirs, on ne peut pas changer l'histoire.

J'ai trouvé ce livre passionnant.  J'aime beaucoup cet auteur dont j'ai  déjà lu trois romans  mais c'est celui-ci que je préfère. Il est plus épuré, plus simple,  plus lumineux. Il parle de ce que tout le monde peut ressentir dans les moments sombres de son existence: la solitude, la perte de l'amitié ou de l'amour, le manque de confiance en soi, le doute, l'isolement, la dépression, l'amour, le renouveau, le regain d'énergie, la quête des secrets du passé, les violences au quotidien mais aussi le viol, le crime, la foule, l'anonymat, bref, tous les grands sujets des grands romans. 
 Un excellent moment de lecture!

Haruki Murakami, L’incolore Tsukuru Yazaki et ses années de pèlerinage
Traduit du japonais par Hélène Morita
Roman, Belfond, 2014, 368 pages

Challenge de Hérisson: 6/6

vendredi 5 septembre 2014

Il pleuvait des oiseaux, Jocelyne Saucier

Rien, rien, rien, ne me laissait présager que ce roman québécois serait un tel coup de cœur pour moi, en ce moment,  alors même que je ne recherchais que des livres  pour cette  Rentrée 2014, mais heureusement une très aimable libraire m’a conseillé celui-ci comme étant un vrai bijou et j’ai bien fait de lui faire confiance, d’autant plus que je découvre ce matin qu’il pourra figurer sur la liste du Défi Québec-O-Trésors que  Karine vient de lancer. 
Je m’aperçois également que de très nombreuses blogueuses l’ont déjà lu, ce livre,  et que leurs billets sont tous enthousiastes et admiratifs. Et dire que je ne connaissais pas encore son existence!  Je crois que bien davantage  que le résumé qui figure sur la quatrième de couverture qui m’a surtout fait penser à un roman, genre « Nature Writing » - ce dont s’est défendue l’auteur dans une interview -  c’est surtout le joli titre qui m’a décidée:
«Il pleuvait des oiseaux», c’est déjà beau en soi mais  il s’avère très vite, dès les premières pages, que ce n’est pas un titre poétique puisque c’est la triste vérité d’un drame trop méconnu qui a eu lieu en 1916, dans le nord de l’Ontario, où se déroule justement l’action. Ce sont les Grands feux de Matheson.    " La catastrophe emporta 223 personnes, dont des familles entières. L’incendie fut l’un des pires de l’histoire canadienne."

Dès les premières lignes la trame du récit nous est donnée, ce qui prouve que l'essentiel est ailleurs dans les interstices, l'intime, ce qui se ressent plus que ce qui arrive.  
Où il sera question de trois disparus, d'un pacte de mort qui donne son sel à la vie, du puissant appel de la forêt et de l'amour qui donne aussi son prix à la vie.  (...) 
L'histoire est celle de trois vieillards qui ont choisi de disparaître en forêt.Trois êtres épris de liberté

 -La liberté, c'est de choisir sa vie.

- Et sa mort.

 C'est ce que Tom et Charlie disent à leur visiteuse. A eux deux ils font presque deux siècles (...)

Le troisième ne parle plus . Il vient de mourir (...)
Ted ou Ed ou Edward, la versatilité du prénom de cet homme et l'inconsistance de son destin hanteront tout le récit. ( Il s'agit de Boychuck, le peintre, le rescapé de l'incendie, celui qui courait, aveugle, sur les braises, l'amour fou des jumelles, ces deux filles splendides  qui le virent ce jour-là et le cherchèrent toute leur vie ...)
La visiteuse est la photographe et n'a pas encore de nom.
Et l'amour? Eh bien il faudra attendre pour l'amour. 
 Marie Desneiges, difficile de l'oublier, celle-là! Quel destin!  Et puis arriveront Steve et Bruno, les camarades qui les aident à tenir,  et le chat, les chiens, les loups, la police, la fuite,  l'exposition de peintures et tout le reste. Des pages entières si belles que je voudrais les recopier. Le temps trop court, la vie trop longue, la liberté choisie pour les derniers moments, la vie si  dure mais si libre en forêt, le froid, la solitude, la mort toute proche qui rend plus libre encore,  et l'amitié, l'amour, l'entraide, l'art, la création...jusqu'à la fin, terrible, jusqu'au bout.

C'est un pur émerveillement, ce roman.  Je comprends pourquoi il a reçu tous ces Prix et ces éloges dans ces billets, tous unanimes et positifs d'Aifelle, Clara, Cathulu, Karine, Lewerentz, Sylire, Antigone, et ce matin encore, paru  en même temps que le mien, celui de Gambadou, 
Il pleuvait des oiseaux, Jocelyne Saucier
(Denoël,  roman, 2013, 204 p.)
Jocelyne Saucier, née à Clair au Nouveau-Brunswick en 1948, est une romancière québécoise.

Il pleuvait des oiseaux  a reçu le Prix des cinq continents de la Francophonie, , le Prix littéraire des collégiens, le Prix, France-Québec, le Prix Ringuet par L’Académie des lettres du Québec, finaliste du Grand Prix du livre de Montréal.

samedi 30 août 2014

Trente-six chandelles, Marie-Sabine Roger, Rentrée littéraire 2014

Un roman commençant par un chapitre intitulé «Morty meurt»  parce que le héros se prénomme Mortimer, voilà qui me fait sourire mais quand j’apprends que son nom est "Decime" pour «Décimé» parce que  son destin familial lui prédit la mort à 36 ans,  le jour même de son anniversaire, comme c’est arrivé à tous ses père, grand-père, arrière-arrière-grand-père  avant lui, voilà qui m’intrigue et me donne envie de connaître une histoire aussi étrange et  je ne suis pas déçue: je suis allée de surprises en étonnements et j’ai  refermé le livre dans un tel état de bonne humeur  que je le recommande à tous ceux qui se sentent déjà déprimés par la rentrée qui s’annonce.

 C’est comme un bonbon plein de vitamines ce récit!
 J’ai éprouvé les mêmes réactions qu’en voyant le film d’Étienne Chatiliez: «La vie est un long fleuve tranquille». Mêmes situations cocasses de départ, mêmes personnages  décalés et attendrissants, mêmes bons sentiments malgré des vies tristes qui auraient pu sembler misérables sans la volonté de la romancière  de tout sublimer par la fantaisie, l’humour et un style léger et rapide qui empêche le sentimentalisme et les larmes que certains passages pourraient provoquer.  

Mortimer, donc,  en grand habit de deuil, allongé sur son lit, dans un appartement impeccable dont il a résilié le bail,  attend sa mort annoncée  de longue date, à laquelle il est sûr de ne pouvoir échapper. C’était compter sans l’intervention de Paquita,  son ange gardien, sa grande amie protectrice, devenue crêpière et qui, avec Nassardine, son amour de mari, forme sa vraie  famille de cœur.
Ce n’est que le début de tout un défilé de personnages fantasques et touchants  dont Jasmine, la touche-à-tout de génie qui pleure à volonté pour sauver des inconnus de leur déprime en leur redonnant de l’importance à leurs propres yeux.

On ne s’ennuie pas en lisant cette histoire à la fois loufoque  et tendre, triste et souriante, profonde et légère.
Un joli livre!  Une grande romancière! 

Dasola, Clara et Leiloona, entre autres, l'ont aimé aussi 


Trente-six chandelles, Marie-Sabine Roger,
Rentrée littéraire 2014 (2/6)
(Le Rouergue, août 2014, 277 pages)

Rentrée littéraire 2014 (2/6)

Premier portrait de Paquita:
"Encore au pieu, gros paresseux?! a jeté Paquita en traversant le studio d'un pas vif, telle une antilope dodue qui trottinerait vers le point d'eau sur des talons de douze centimètres. 
Elle a jeté au vol sa fourrure synthétique sur le coin de mon lit, puis est allée derrière le bar qui sépare le coin-cuisine du coin-séjour-chambre-bureau. Paquita est partout chez elle, encore plus lorsqu'elle est chez moi. Elle fait pratie de ces gens à géométrie variable qui occupent aussitôt tout l'espace d'une pièce, quelle qu'en soit la superficie."

vendredi 22 août 2014

Pétronille, Amélie Nothomb

Ouf ! La rentrée littéraire est bel et bien commencée. Je ne sais pas pourquoi mais je l’ai attendue avec plus d’impatience que d’habitude. Le temps pluvieux de cet été sans doute !
J’ai donc fait mon petit tour à la librairie voisine et j’ai été plutôt généreuse avec moi-même puisque j’en suis ressortie avec une bonne dizaine de livres  tous nés de la dernière pluie. Il faut dire que la responsable, flairant la crise de boulimie chez moi a su me convaincre  d’emporter aussi ses propres coups de cœur dont je n’avais pas encore entendu parler et qui n’étaient évidemment pas sur ma liste, ce qui a  alourdi mon bagage, à la sortie. Je ne serai cependant déçue que s’ils ne sont pas à la hauteur des autres que tout le monde se plaît déjà à encenser. Place donc à la découverte.

Je commence prudemment avec ma chouchoute de toujours. Je suis une inconditionnelle  de Nothomb depuis ses premiers livres et si j’en préfère certains, le plaisir a toujours été là : elle m’enchante. Je la trouve exquise! Je l’aime, elle,  ses costumes, ses souvenirs, ses  bonheurs, ses malheurs, ses jolies manières, ses folies et  ses petits romans annuels, (petits seulement  par le nombre de pages). C’est toujours trop court pour moi.
Comme de nombreux articles sont déjà sortis qui ont tout dit de l’histoire et de ses à-côtés biographiques, je signale simplement  les très bons billets de quelques blogueuses que je connais,  aussi enchantées que moi par ce dernier titre et je me contente de  recopier mes commentaires.

Je commence par te lire et écrire ce commentaire avant de publier mon billet. Je suis encore sur le coup de ma lecture que je viens tout juste de terminer et je suis en accord total avec toi. C’est gai, brillant et pétillant, émouvant aussi à la fin (mais je n’aime pas trop celle-ci, seul bémol cette fois!)

Je viens de le terminer et je m'apprête à écrire mon billet. Chaque année, c'est aussi par elle que je commence la rentrée. J'ai aimé une fois encore . J'ai ri à plusieurs reprises. J'y ai retrouvé sa petite musique  et ses surprises. Seule la fin m'a un peu déçue mais bon pour moi, contrat annuel rempli. Il y a tellement pire et plus prétentieux! 

Je viens de refermer ce livre et comme toi je l'ai aimé avec un petit bémol aussi pour la fin mais ce n'est rien puisque le reste est très réussi. J'ai beaucoup ri par moments. je m'aperçois que je suis de plus en plus sensible à son humour!
A peine terminé et j’en souris encore. Heureuse d’avoir retrouvé mon plaisir annuel à la lecture de la nouvelle cuvée. C’est une rentrée qui s’annonce bien!
J'espère n'avoir oublié aucun blog ami dans cette récapitulation!
Merci Amélie de me réjouir autant à chaque nouvelle Rentrée!

Pétronille,  Amélie Nothomb
Albin Michel, 20/08/2014, 180 p.

challenge rentrée littéraire 2014 1% logo Challenge de Hérisson:  1/6

mercredi 28 mai 2014

Les Folies Bergère de Porcel et Zidrou, ma BD du mercredi

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J'écris mon billet à 23 heures 15, ce mardi 26 mai 2014.
France 2 diffuse un documentaire poignant sur le débarquement en Normandie et moi je termine la BD de Zidrou et Porcel sur la guerre des Tranchées!
Drôle de coïncidence!
Difficile de me concentrer!
Les deux plus tragiques événements du siècle dernier  absorbés en même temps!
Deux folies absolues.
Deux boucheries!
Impossible d'écrire un résumé cohérent.
Les témoignages sont trop forts et les images trop prenantes.
 Un coup d'œil sur la BD, un autre sur l'écran ... je n'aurai jamais fini ce billet à temps.
Vous me pardonnerez. Je ne peux que recopier le résumé de l'éditeur et certaines phrases qui me paraissent significatives et vous renvoie aux nombreux autres billets déjà publiés sur ce one-shot si réussi .

La guerre 14-18. Les tranchées. Des soldats sont confrontés à la souffrance et à la mort. Considérés comme de la chair à canon par leurs chefs, ils tentent de survivre. Pour défier la mort, les soldats appellent leur compagnie "Les Folies Bergère" et se donnent à chacun un surnom. Dans les tranchées, ils se serrent les coudes. Plaisantent. Dessinent. Gardent espoir. Et se battent. Meurent dans d'atroces souffrances. Se suicident ou perdent la raison. L'un d'eux est condamné au peloton d'exécution et... en réchappe. C'est un miracle. Jusqu'à ce qu'on lui amène sa fillette égarée sur les terres de personne. Le propos est désespéré et les personnages sont tragiques, attachants. Les dialogues vont à l'os et le dessin, réaliste, est très éloquent. (Résumé de l'éditeur)
"A la fin de la guerre - parce que faudra bien qu'elle se termine un jour, hein! - on s'est tous juré d'aller fêter ça aux Folies Bergère, à Paris. C'est pour ça le nom."
"Les Folies Bergères, ça sonne mieux que "La 17ème compagnie d'infanterie". Pas vrai? 
Reste à savoir ce que l’ami Jules Verne aurait pensé de cette guerre … «La science comme levier du progrès»! Tu fabules, Jules! Tu balivernes, Verne! Les canons à longue distance ne servent pas à envoyer les hommes sur la lune comme tu l’as rêvé mais Ad patres.
"Vingt mille lieues sous les mers",  "vingt mille lieues sous les terres", cela aurait fait un bon titre pour un roman du père Jules avec de belles gravures bien proprettes . Le tout relié en cuir par ce bon Monsieur Hetzel. Les gravures, c’est comme les photos, : ça ne transmet pas les odeurs. L’odeur des cadavres, celle de la peur … et cette odeur que vous dégagez quand vous défoncez à coups de crosse le crâne d’un pauvre allemand qui ne vous a rien fait, un gamin, pas même vingt ans…


Autres billets: Yvan,   JViel,  MaëlLaSardine,   Val,  Stephie,  Noukette, OliV,  et j'en oublie plein...
Les Folies Bergère de  Porcel et  Zidrou, ma BD du mercredi

Logo top bd Yaneck:


Logo BD noirLogo BD rouge

Participent peut-être ce mercredi 28/05/14:
Anne,  Acro,  Alex,  Angéla Morelli,  Asphodèle,

 Blogaelle, Brize ,   

Carolinedécouvrelemonde,

Choco, littéraires Chroniques, Cléanthe,    

 
Cristie ,   Crokbulle,  Cuné,    Cynthia,  

 Delphine,   Didi, 


Elodie,    Estellecalim, Evalire,   Hilde,    Hélène ,   Hervé,  

  Iluze,   Irrégulière,    Itzamna , 


JViel,   Jérôme,  Julie,   

Khadielit,  Kikine,   La-ronde-des-post-it, Laurie,

Lirepourleplaisir, 

Lorouge, Loo, Lou, Lounima, Lystig,   

Manu,  Margotte,  Marguerite,    Marie,  Mariejuliet, 

Marjorie,  Marion,  MarionPluss, Marilyne,
  
Mathilde, Mélo,  Mlle Alfie,

Miss Bouquinaix,  Moka,    Mo,   ​​M. Zombi,  Natiora,   Neph,  

Noukette,   OliV,  Pascale,  Paulinelit,

 Sandrine,  Sandrine (Mes Promenades),   Sandrounette,   Sara ,

Sophie (des Bavardages),    Sophie Hérisson,  Soukee,  Stephie,   Syl,   Theoma,
Un amour de BD 
Vero,  Yaneck Yoshi73,  Yvan, 

BD du mercredi 28/05/14


Alexandre, L'épopée, T1, Le roi vient de mourir, Chauvel, Le Galli, Java, par Un amour de BD
L'homme qui n'aimait pas les armes à feu, T3, Le mystère de la femme araignée, Lupano, Salomone, par JViel
Lueur de nuit, Olivier Boiscommun, par Noukette
Le souffle court, Le Lay, Le Houellou, par Marguerite
Les carnets secrets de Guillaume Bianco, T1, Les seins, par OliV
Dillies Blues, saveur Renaud, par Moka
Shelley: La vie amoureuse de Frankenstein , Casanave et Vandermeulen, par Jérôme
Fairy Quest, T1, Les Hors-la-loi, Jenkins, Ramos, par yaneck
Burn out, Ozanam, Sommer, par Yvan
L'arbre aux Pies, Daria Schmitt, par Sandrine (Mes Promenades)
Ekhö, monde miroir, T2, Paris Empire, Arleston, Barbucci, par Soukee
Les ombres du styx: Le maître de l'éternité, Isabelle Dethan, par élodie
Notre mère la guerre, 1, 2, Maël et Kris, par Maël, La-ronde-des-post-it
Mon père ce héron, Jul par Hervé
Les Tchouks, 1, 2, Richard kerascouët, par Hervé
Des canards trop bizarres, Castellucci, Waron, par Hervé

dimanche 13 avril 2014

Une promesse, Sorj Chalandon, Prix Medicis

«Une promesse» raconte une histoire simple, pleine de beaux sentiments, d’existences humbles, de vie quotidienne et routinière dans un petit village de Mayenne, entre un bistrot et  la maison du bibliothécaire et de sa femme, un couple si amoureux que leur mort le même jour paraît toute naturelle à leurs amis qui ne se posent pas de questions à ce sujet mais qui se relaient toutes les semaines  pour entretenir leur maison, chacun son jour. Justement ils sont sept à faire ce pèlerinage.

Cependant,  Etienne et Fauvette,  les vieux amoureux,  semblent vivre encore chez eux. Ils entendent les bruits de leurs visiteurs et notent dans un cahier la venue de chacun. 
C’est Léo, nommé le Bosco,  le coordinateur, celui qui tient le café du village où tous passent  régulièrement. C’est surtout  le frère d’Etienne, l’ami  si bienveillant et si aimé de tous. 
Seulement au bout de dix mois, la motivation n’est plus la même. Chacun pense avoir désormais suffisamment accompli son devoir et les visites  commencent à peser.  Mais le Bosco veille…
Quelle décision prendra-t-il ?

C’est un beau roman sur le deuil,  la passion amoureuse, l’amour fraternel, l’amitié et la survie.  Que reste t-il, après, de l’âme de ceux qu’on a  tant aimés ?

A noter que les deux frères sont bretons, fils d’un marin pêcheur mort en mer, une nuit, près  de la côte,  lors d’un naufrage  par grosse tempête. La mère  a tout quitté à cette occasion pour éloigner ses deux enfants de la mer maudite mais eux se souviennent toujours  des croyances anciennes de leurs ancêtres quant aux âmes des morts à veiller  et à  respecter. Tout doit être fait  pour retarder la fin du deuil.

Un des leitmotive (leitmotifs?) est d’ailleurs le dernier livre lu et laissé sur la table par  le défunt. Un livre de Musset (Lettres à Lamartine et poésies nouvelles – 1836/1852)  où il est écrit:

Et marchant à la mort, il meurt à chaque pas.
Il meurt dans ses amis, dans son fils, dans son père.
Il meurt dans ce qu’il pleure et dans ce qu’il espère
Et sans parler des corps qu’il faut ensevelir
Qu’est-ce donc oublier, si ce n’est pas mourir.

J’ai bien aimé.

Présenté aussi par Enna qui, avec sa rencontre de Sorj Chalandon au Salon du livre de Paris, m'a donné envie de connaître l'auteur.  

Une promesse, Sorj Chalandon, Prix Medicis 2006, 
(Grasset, second roman de l'auteur, 274 p.)

samedi 15 février 2014

La nuit étoilée, Denis Tillinac

Victor est un éditeur parisien,  l’ami à toute épreuve de Marcile, un écrivain secret, au savoir encyclopédique. Ils ont la soixantaine le jour où ils s’accordent pour visiter à Arles,  l’exposition  des œuvres de De Staël.
Les moments passés avec Marcile étaient toujours des fêtes pour l’esprit… Je me faisais une joie de retrouver ce coin de Provence où le génie de Van Gogh s’est affranchi. D’ailleurs Marcile m’avait fait redécouvrir Van Gogh en dissertant à sa manière devant «La Nuit étoilée sur le Rhône» au musée  d’Orsay. C’était une des œuvres qui revenaient périodiquement le hanter. 
 A cette occasion, il rencontre Claire, une  lumineuse jeune femme de quarante ans, que son ami lui présente comme son esclave. C’est leur histoire à tous les trois que Victor puis Claire racontent jusqu’à la mort de l’écrivain qui se sait très malade. Une histoire atypique, plus spirituelle qu’érotique. Ils ont en commun une passion absolue pour l’art et se sentent déplacés dans le monde, comme en exil, tels Van Gogh et tous les artistes incompris ou décalés qu’ils admirent et vont contempler dès que possible, fût-ce pour un seul tableau. Un jour ils vont sur la tombe de Paul-JeanToulet, un poète "désemparé et mélodieux" qu’ils admirent.
Nous sommes tous les trois désemparés au possible et en manque de mélodies un peu douces. Trois égarés dans un labyrinthe cauchemardesque, soudés par le même sentiment de dépossession, la même nécessité de nous enclore dans le jardin de nos délices – La beauté, l’harmonie, le sublime, l’absolu.
La fin est proche pour tous les trois, fin irréversible, intense - classique et sans surprise pour Victor et Marcile -  plus surprenante pour Claire.

J’ai bien apprécié ce récit un peu décadent mais plein d’allusions à des artistes que j’aime. 
C'est la première fois que je lis cet auteur, sans l'avoir voulu ni recherché. Par hasard simplement parce que la bibliothèque fermait et que je n'avais pas mon compte de romans. Un lecteur devant moi venait de le rendre et je l'ai pris à la volée. Ainsi va parfois  ma cuisine littéraire à la merci  du hasard alors que la plupart du temps, je suis guidée par  une liste minutieusement choisie de livres à lire à tout prix et le plus vite possible mais ça, bien sûr, c'est dans l'absolu et la réalité comme toujours est  différente. C'est souvent le hasard qui prime, par manque de temps comme cette fois-ci ou par absence du titre recherché.  L'avantage, c'est que j'étais comme neuve dans ma lecture, n'ayant  pas  encore entendu parler de ce titre et ne voulant pas lire la présentation de l'éditeur. 
Je l'ai  par conséquent commencé de façon neutre et terminé  rapidement avec satisfaction, non que je l'aie perçu comme un chef d'œuvre, je n'irai pas jusque là,  mais cette lecture m'a intéressée par son parti pris "à contre courant" et optimiste malgré les désillusions, les renoncements multiples et le parti pris de reconquête de soi à travers l'intime et l'absolu vécus comme une œuvre d'art. 

La nuit étoilée, Denis Tillinac, (Plon, 2013, 265 pages)   

samedi 11 janvier 2014

Inverno, Hélène Frappat

Dans le lit d’une chambre d’un immeuble d’on ne sait  où, deux agents appelés par le concierge découvrent deux corps allongés dans un lit: 
 Lorsque le cadavre de la femme sera transporté  sur une civière hors de la chambre,  l’homme, toujours prostré au bord du lit, n’aura pas un regard pour celle dont il a rendu le visage méconnaissable.

Ainsi commence ce court récit  de 140 pages (mais le format est si étroit  que j’ai eu l’impression de n’en lire que la moitié). 
Il me semblait  après ces lignes qu’il allait s’agir d’un roman policier ou presque. Pas du tout!  Comment dire? Ce sont des histoires de vie que chacun se ressasse, en voyage, entre deux destinations, deux parties de sa vie, un moment de rupture, de passage, de transition, un retour sur soi et sur  l’amie qu’on va revoir, des bribes de passé qui reviennent, mélancoliques. 

Il y est question de L et de son petit garçon, de retour de Rome où ils ont abandonné le "mari et père", trop inconstant. Désormais ils se sont  installés en banlieue parisienne, à Saint-Ouen et puis il y a Emmanuelle, l’amie d’enfance et de jeunesse, devenue sage-femme libérale, qui les a invités dans la maison de son enfance, en Bretagne,dans la presqu'île de Crozon. Elles ne se sont pas revues depuis vingt ans alors dans le train les souvenirs reviennent, forcément, de façon désordonnée, par à coups,  comme dans la vie. 
Enfin, Bérangère! C’est le personnage le plus haut en couleur, le plus attachant aussi, la mère d’Emmanuelle, élevée de façon rigide dans une famille de la grande bourgeoise, puis dans la Maison d’éducation de la Légion d’Honneur, mariée très jeune à Jean, le père d’Emmanuelle, à la suite d’une escapade de pensionnaire inconsciente.  Celui-ci la poursuivra sans cesse d’une jalousie maladive mais c’est une rebelle et elle se vengera à sa façon dans les voyages en  train entre Paris et la Bretagne avant de divorcer finalement et d’élever seule sa fille. Le père se remariera et Emmanuelle ira régulièrement le voir en prison. Ah, oui, le début! 
Ceci ressemble à un résumé mais ce n’en est pas un.  C’est juste un essai de reconstitution comme quand on regarde un dessin cubiste. Il faut bien essayer de comprendre – au moins un peu! Enfin moi, j’en ai eu besoin. Cette fois ça n’a pas été simple car loin d’être linéaire, il s’agit d’un récit éclaté. On va on vient, on avance, on recule. On voyage en somme, du passé au présent puis  de nouveau,  retour en arrière. On s’arrête sur un épisode puis on repart,  ailleurs,  avec un nouveau personnage, un autre lieu, un moment plus proche ou plus lointain, au gré des souvenirs. C’est comme une errance, poétique, mélancolique, nostalgique, une vie, deux vies, trois destins emmêlés que l’on ranime un peu avant de les aborder à nouveau et de les faire revivre.
Il n’y a rien à savoir sur vous-même. Il n’y a rien à savoir. Vous ne savez pas, vous êtes. Vous vous appropriez votre passé; vous vous appropriez ce que vous êtes … Vous vous installez dans l’impossible.
C’est un récit exigeant qui demande beaucoup d’attention. Le style m’a plu, l’effort à fournir un peu moins. 
Pourtant qui a goûté au poison ambigu et douceâtre de la nostalgie sait qu’elle ne nous lâche pas, déplaçant seulement la vague malaise, la jubilation secrète qui l’accompagnent, vers un autre objet, une autre vie, une autre ville. Quelques semaines après son retour définitif à Paris, un soir où la nuit était tombée trop vite, L. se surprit à regretter les crépuscules romains qui s’annoncent par des dégradés roses et jaunes  et l’envol d’étourneaux inquiétant, théâtral. 
Inverno, Hélène Frappat, («Un endroit où aller», Actes Sud, 2011,140 pages)

mardi 15 octobre 2013

Un endroit où se cacher, Joyce Carol Oates

C’est une jolie lecture que celle que je viens de terminer qui m’a fait découvrir un nouvel aspect  du talent de  conteuse de Joyce Carol Oates dont je n’avais lu jusqu’ici que les livres pour adultes. Celui-ci - à lire à partir de treize ans- s’adresse plus particulièrement aux adolescentes,  comme une mise en garde sur tous les pièges dans lesquels elles pourraient tomber, durant leurs années de collège et de lycée. Gare aux mauvaises fréquentations, aux amitiés douteuses, aux excès de toutes sortes, aux révoltes faciles et appel à la prudence,  à la réflexion, à la confiance en soi, bref, rien que du bon sens et pas mal  de sagesse mais par petites touches, l’air de rien, sans pesanteur. Tout tient au récit, rien qu'au récit et assez peu aux dialogues, heureusement. 

Jenna, 15 ans, sort d’une longue réanimation à l’hôpital, après un terrible accident de voiture dans lequel sa mère est morte. Elle se croit  coupable et refuse de vivre dans la nouvelle famille de son père qui les a abandonnées, sa mère et elle, quelques années auparavant. Une tante maternelle l’a recueillie dans sa famille mais Jenna regrette les drogues qu’on lui donnait pour diminuer ses souffrances et se rapproche au lycée d’un groupe de drogués  qui entretiennent ses élans de révolte et son enfermement dans la solitude et le mutisme. Elle descendra bien bas. D’un côté, il y a son amie Trina , la dangereuse,  et de l’autre, l’amour de celle-ci, Crow, l’énigmatique, le beau et mystérieux mauvais garçon. 
Une histoire finalement  des plus classiques mais au goût du jour avec les dangers d’aujourd’hui : tournantes, boissons, drogues variées et violences mais qui sont éternels finalement. Seuls changent les moyens  et  l’apparence pour atteindre le but: atteindre ce bleu  merveilleux où s’apaisent toutes les douleurs. Pour cela deux seules voies sont possibles: l'absorption de produits variés et coûteux ou le travail sur soi au prix de bien des efforts. 
C'est touchant et jamais ennuyeux.
Dans le bleu, je volais, les ailes déployées. Dans le bleu, je flottais, légère comme une plume. Dans le bleu, je me moquais de l'expression de papa.
Tu vois, papa, maintenant je n'ai pas besoin de toi. C'est avant l'accident  que maman avaions besoin de toi, plus maintenant. 
 Plus question de faire les mêmes erreurs idiotes. De me retrouver de nouveau aux urgences, avec un tuyau plongé dans la gorge, comme un boa constrictor, pour aspirer le contenu de mon estomac - jamais au grand jamais; (p. 208/209)
C'est pas le ciné ou la télé, c'est juste cette vie rasoir, où rien n'arrive jamais. (p. 209)
 Lu aussi par Hélène,  Cathulu, Sandrine et +

Un endroit où se cacher, Joyce  Carol Oates
Titre original : After the Wreck, I Picked Myself Up, Spread My Wings, and Flew Away
Traduit de l'anglais (américain) par Dorothée Zumstein