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mardi 4 novembre 2014

Canada, Richard Ford, Prix Femina étranger 2013


D’abord, je vais vous raconter le hold up que nos parents ont commis. Ensuite les meurtres, qui se sont produits plus tard. C’est le hold up qui compte le plus, parce qu’il a eu pour effet d’infléchir le cours de nos vies à ma sœur et à moi. Rien ne serait tout à fait compréhensible si je ne le racontais pas d’abord.  Nos parents étaient les dernières personnes qu’on aurait imaginées dévaliser une banque. Ce n’était pas des gens bizarres, des criminels repérables au premier coup d’œil. Personne n’aurait cru qu’ils allaient finir comme ils ont fini.  C’était des gens ordinaires, même si, bien sûr, cette idée est devenue caduque dès l’instant où ils ont bel et bien dévalisé une banque.

Ainsi, dès les premières lignes du roman on connaît l’intrigue de la moitié de l’histoire. Une famille heureuse dans le Montana,  les Parsons, avec deux ados de 15 ans, Dell et sa sœur jumelle.  Une famille comme les autres avec ses joies, ses rêves et ses contradictions. Soudain tout s’écroule lorsque, pour rembourser leurs dettes,  les parents décident de braquer une banque. Ils sont immédiatement retrouvés et emprisonnés. Ils ne se reverront jamais, si ce n’est le frère et la sœur une quarantaine d’années plus tard.

 C’est intéressant mais si le récit s’arrêtait là, je n’aurais que moyennement aimé. Heureusement, après avoir oublié ce début pendant vingt ans,  Richard Ford  l’a repris et la deuxième partie –  celle qui se déroule au Canada - est excellente. La lecture en  est devenue  si passionnante que j’y ai passé toute la nuit
.
 Pour éviter le placement en orphelinat, Dell, selon les dernières volontés de sa mère,  franchit la frontière et se retrouve  au Canada, dans un village perdu du Saskatchewan. Il est  totalement seul, à la merci d’un personnage étrange et dangereux, sorti de Harvard mais criminel en fuite, devenu patron d’un hôtel de passe.
Il y fait son apprentissage, à la dure mais efficacement,  
 Mais enfin pourquoi nous laissons-nous séduire  par des gens que nous sommes bien les seuls à croire honorables et intègres, quand autrui les voit dangereux et imprévisibles ?
Quel dommage que je me sois fait prendre dans les filets d’Arthur Reminger  sitôt après l’incarcération de mes parents ! Malgré tout, quand on se trouve mêlé à une vilaine histoire, quand des menaces planent, il est vital de se rendre compte qu’on est déjà passé par là et qu’on va se retrouver tout seul, à découvert dans le paysage, que la prudence est donc de mise.
Et moi, bien sûr, au lieu de manifester cette prudence, je me suis laissé « prendre en mains » par Arthur Reminger  et Florence La Blanc, comme si  c’était la conséquence la plus logique et la plus naturelle du plan de ma mère pour m’éloigner après sa catastrophe personnelle.
. Professeur heureux et époux comblé, par la suite, il évite le cynisme  en ouvrant au maximum son champ d’intérêt et en appliquant les bons conseils reçus: pratiquer la générosité, savoir durer, savoir accepter, se défausser, laisser le monde venir à soi – de tout ce bois, le feu d’une vie.

Un roman sombre et optimiste à la fois, que  j’ai beaucoup aimé.

 Voici la liste des livres étudiés avec ses élèves : des livres qui lui semblent secrètement traiter de ses jeunes années et qui le rendent heureux : Au cœur des ténèbres,  Gatsby le Magnifique, Un thé au Sahara, Les Aventures de Nick Adams,  Le Maître de Casterbridge, histoire d’un homme de caractère.
 Ma métaphore centrale est toujours le franchissement d’une frontière; l’adaptation, le franchissement progressif d’un mode de vie inopérant à un autre, fonctionnel, celui-là. Il s’agit parfois aussi d’une frontière qui, franchie, ne se repasse pas. 
Canada,  Richard Ford, Prix Femina étranger 2013
(Points, 2012/2013, traduit de l'anglais/États-Unis, par Josée Kamoun,  500 p.)
Cette lecture a été faite grâce à l'opération "Masse critique" de Babelio que je remercie. 

Autre avis contrasté: Kathel qui, contrairement à moi, a surtout aimé la première partie. 
Ont beaucoup  aimé: Mélopée,  Papillon, 
Pas aimé: Véronique, Violette,


samedi 11 octobre 2014

Joyce Maynard, L'homme de la montagne

Il y a un peu plus de trente ans, un jour de juin au coucher de soleil – sur un versant de montagne dans le Marin County, Californie -, un homme s’est approché de moi, tenant dans ses mains un bout de corde à piano, avec l’intention de mettre fin à mes jours. J’avais quatorze ans et il avait déjà tué beaucoup d’autres filles. Depuis ce jour, je sais ce que signifie regarder un homme dans les yeux en se disant que son visage est la dernière chose que l’on verra jamais.
C’est à ma sœur que je dois d’être ici pour raconter ce qui s’est passé ce soir-là. Par deux fois ma sœur m’a sauvée, alors que moi, je n’ai pas pu la sauve.
Voici notre histoire. ( Prologue, p. 11)
Cette histoire justement, c’est celle de Rachel et de Patty, deux sœurs qui s’adorent malgré leurs différences: Patty, la plus jeune, est douée pour le sport, Rachel, la narratrice deviendra écrivain et c’est en tant que telle, une trentaine d’années après les faits  de cette fameuse année 1979, en Californie, qu’elle raconte les meurtres horribles du serial killer de la montagne, poursuivi par leur père, l’inspecteur de police  Torricelli. Plus rien ne sera pareil ensuite, pour elle et sa famille mais l’histoire ne s’arrête pas là puisque la traque de l’assassin ne cessera qu’à la suite de la parution du roman où elle raconte les crimes de celui qui restera connu comme l’Étrangleur du crépuscule.

Ce que j’ai surtout aimé, ce n’est pas le côté policier du roman qui reste secondaire,  mais les liens très fusionnels  entre les sœurs, suite au divorce de leurs parents, distendus cependant quand l’aînée réussit à faire partie de la bande du lycée, la popularité acquise par son père pour ses enquêtes et ses passages à la télévision y étant pour beaucoup. C’est que son père est beau, charmant, sexy et volage tandis que sa mère passe son temps à lire et à se morfondre. 

Ce n'est pas un coup de cœur mais c'est un roman très agréable pour les raisons qui me sont très claires maintenant concernant mes préférences pour des lectures distrayantes et faciles.

 - Le côté "qui fait peur"  est mis en sourdine bien qu'au cœur de l'intrigue: ( ici, les crimes en cascade par l'homme de la montagne) - Le suspense n'est que moyen, sauf lors d'un passage où j'ai soudain soupçonné le père lui-même. 

- L'histoire familiale est plus évoquée que fouillée, voire autopsiée comme si souvent! C'est juste un père trop charmant et charmeur qui oublie de plus en plus souvent de  rentrer chez lui, ce qui cause des ravages évidemment chez sa femme et ses filles. 
De nous deux, c'était Patty qui jetait un regard sans concession sur notre père et parlait de lui durement quand elle pensait qu'il faisait souffrir notre mère. Sur certaines choses - par exemple le fait qu'il conduisait une Alfa mais n'avait jamais assez d'argent pour permettre à Patty de se faire arranger ses dents, elle ne disait rien. Mais elle lui reprochait de plus en plus  son incapacité à aider financièrement notre mère et nous et, surtout, ses promesses réitérées de venir nous voir, qu'il ne tenait jamais. Tout en n'abandonnant pourtant pas l'espoir qu'il assisterait un jour, d'un bout à l'autre, à l'un de ses matches de basket.

  - Il est tellement  occupé par son job, disais-je.

  - Tu l'excuses tout le temps.
  - Et toi, tu es méchante.
Je l'aime, protesta-telle. Mais c'est un perdant.
-  Le meilleur du roman  pour moi, cependant,  restera l'analyse  de l'adolescence de ces deux jeunes filles à cette époque et à  cet endroit-là. C'est finement évoqué, sans lourdeur,  avec le ton juste et la  légèreté qui conviennent dans un contexte suffisamment pesant et dramatique par ailleurs!

Un bon choix de lecture. A conseiller!
Les billets de Kathel, Clara,  Sylire, Lily,  et bien d'autres ...



Joyce Maynard, L'homme de la montagne
(Philippe Rey, roman, août 2014, 320 pages)
After Her, 2013) Traduit de l'anglais (États-Unis) par Françoise Adelstain

Challenge littéraire 2014 chez Hérisson  ( 8 ème participation)

mercredi 10 septembre 2014

Paul au parc, Michel Rabagliati, ma BD du mercredi



C’est par Anne, la semaine dernière, que j’ai enfin fait la connaissance de Paul. Il était temps! Elle présentait Paul à Québec, me donnant ainsi  très envie d’en savoir davantage  sur ce personnage si attachant que j’ai aimé tout de suite.
J'ai eu de la chance à la bibliothèque puisque j'y ai trouvé  Paul au parc. 

C’est le dernier album de la série mais l’action se situe avant celle du premier, Paul à la campagne. De parc d'ailleurs, il n’en est pas tellement question, si ce n’est dans  les toutes premières pages où l’on voit le jeune Paul, âgé  d'une dizaine d'années, jouer au cerf-volant et y rencontrer son amie Hélène, et dans les dernières où il lui offre sa bague de première communion alors qu’ils sont assis chacun sur une balançoire et qu’elle lui promet de la porter " toute sa vie ". Premier amour!

La suite raconte surtout les années de scoutisme  et l’étroite camaraderie partagée avec les cinq autres louveteaux  de son équipe ainsi que l’influence exercée sur lui par son chef de meute qui l’initiera à la guitare et à la politique puisqu’il y est question de la crise d’octobre 1970  et de la montée du FLQ au Québec
On le voit aussi qui s’exerce à composer ses premières bandes dessinées, sous l’influence de Franquin dont il suit les conseils trouvés dans un guide. Il est aussi soutenu par ses chefs scouts qui l’encouragent à persévérer malgré ses maladresses de débutants.
J’ai beaucoup aimé aussi  sa vie en famille dans ces deux appartements qui n’en font qu’un puisque les grands parents paternels sont  aussi leurs voisins, ce qui déplaît beaucoup à la mère de Paul qui les juge vraiment trop envahissants.
Tout m’a plu dans cet album: les références nombreuses à l’époque, discrètes cependant, juste comme ça, en passant. On les note en particulier dans les rues, avec les affiches et les slogans politiques tagués sur les murs, les chansons entendues à la radio. 
Tout est vrai, tendre, vu par un pré-ado de cette époque qui apprend à découvrir la vie  et lui-même à la fois dans la douceur, l’amitié mais aussi la grande violence parfois. La fin est surprenante et magnifique !
J’ai adoré et je veux tous les lire maintenant. 

Paul au parc, Michel Rabagliati 
( la Pastèque, 2011, 192 pages)

 Défi-Québec-O-Trésors de Grominou et Karine:)  : ce sera mon deuxième coup de cœur sur les cinq demandés. 
Challenge du Québec en septembre


: 18,5      




Participent ce mercredi:

Surprise ce mercredi! Les *pseudo*  lectures communes se multiplient  (de celles qui ne se concertent pas) . C'est plutôt bon signe . En général ce sont des grandes BD , de celles qui marquent! 

Cristie: La guerre des Lulus, 1914, Régis Hautière , Hardoc
Mo: Paul à la campagne, Michel Rabagliati
Marion: Ceux qui me restent, Damien Marie, Laurent Bonneau
Jérôme : idem
Yvan: idem
Noukette: idem
Stephie: Le château des étoiles, T1, Alex Alice
Hervé: La revue dessinée 05
Sandrine: Mélodie au crépuscule,Renaud Dillies
Yaneck: Urban, t3,Brunschwig, Ricci
Un amour de bd: Le chant du cygne, t1,Déjà morts demain, Dorison, Herzt, Babouche
JViel: Interview de Cédric Babouche, 
Faelys: Sixteen Kennedy Express, Ducoudray, Quignon
Hélène: Le magasin général,t1, Loisel, Tripp
Soukee: Rosalie Blum, 1, 2, 3, Camille Jourdy
Cynthia: Mon ami Dahmer, Derf Backderf
Anne: Magasin général, t2,loisel, Tripp
Maël: Moderne Olympia, Catherine Meurisse
Marguerite: Max Winson T1, La tyrannie, Jérémie Moreau
Itzamna: Detectives, Hanna, Guinebaud, Lou
Sylire: Magasin général, Tous,  Loisel, Tripp

mardi 15 octobre 2013

Un endroit où se cacher, Joyce Carol Oates

C’est une jolie lecture que celle que je viens de terminer qui m’a fait découvrir un nouvel aspect  du talent de  conteuse de Joyce Carol Oates dont je n’avais lu jusqu’ici que les livres pour adultes. Celui-ci - à lire à partir de treize ans- s’adresse plus particulièrement aux adolescentes,  comme une mise en garde sur tous les pièges dans lesquels elles pourraient tomber, durant leurs années de collège et de lycée. Gare aux mauvaises fréquentations, aux amitiés douteuses, aux excès de toutes sortes, aux révoltes faciles et appel à la prudence,  à la réflexion, à la confiance en soi, bref, rien que du bon sens et pas mal  de sagesse mais par petites touches, l’air de rien, sans pesanteur. Tout tient au récit, rien qu'au récit et assez peu aux dialogues, heureusement. 

Jenna, 15 ans, sort d’une longue réanimation à l’hôpital, après un terrible accident de voiture dans lequel sa mère est morte. Elle se croit  coupable et refuse de vivre dans la nouvelle famille de son père qui les a abandonnées, sa mère et elle, quelques années auparavant. Une tante maternelle l’a recueillie dans sa famille mais Jenna regrette les drogues qu’on lui donnait pour diminuer ses souffrances et se rapproche au lycée d’un groupe de drogués  qui entretiennent ses élans de révolte et son enfermement dans la solitude et le mutisme. Elle descendra bien bas. D’un côté, il y a son amie Trina , la dangereuse,  et de l’autre, l’amour de celle-ci, Crow, l’énigmatique, le beau et mystérieux mauvais garçon. 
Une histoire finalement  des plus classiques mais au goût du jour avec les dangers d’aujourd’hui : tournantes, boissons, drogues variées et violences mais qui sont éternels finalement. Seuls changent les moyens  et  l’apparence pour atteindre le but: atteindre ce bleu  merveilleux où s’apaisent toutes les douleurs. Pour cela deux seules voies sont possibles: l'absorption de produits variés et coûteux ou le travail sur soi au prix de bien des efforts. 
C'est touchant et jamais ennuyeux.
Dans le bleu, je volais, les ailes déployées. Dans le bleu, je flottais, légère comme une plume. Dans le bleu, je me moquais de l'expression de papa.
Tu vois, papa, maintenant je n'ai pas besoin de toi. C'est avant l'accident  que maman avaions besoin de toi, plus maintenant. 
 Plus question de faire les mêmes erreurs idiotes. De me retrouver de nouveau aux urgences, avec un tuyau plongé dans la gorge, comme un boa constrictor, pour aspirer le contenu de mon estomac - jamais au grand jamais; (p. 208/209)
C'est pas le ciné ou la télé, c'est juste cette vie rasoir, où rien n'arrive jamais. (p. 209)
 Lu aussi par Hélène,  Cathulu, Sandrine et +

Un endroit où se cacher, Joyce  Carol Oates
Titre original : After the Wreck, I Picked Myself Up, Spread My Wings, and Flew Away
Traduit de l'anglais (américain) par Dorothée Zumstein 

samedi 5 octobre 2013

Le mystérieux Mr Kidder, Joyce Carol Oates

Lolita postmoderne, Katya Spivak oscille entre la naïveté de ses seize ans et le cynisme d’une gamine élevée à la dure. Et, quand le vieux et très distingué Mr Kidder l’aborde courtoisement alors qu’elle a le nez collé contre une vitrine de dessous affriolants, elle réagit avec la méfiance polie qui convient. Pourtant, peu à peu, au fil des jours et de leurs rencontres, la jeune fille en mal d’affection se laisse vaguement séduire par le charme et la générosité désintéressée que déploie à son égard le vieil homme. Mais, derrière sa richesse, ses manières impeccables, ses talents artistiques, sa grande maison vide, ses tableaux bizarres, sa gouvernante et son chauffeur discrets, qui est le mystérieux Mr Kidder? Et que veut-il vraiment de Katya?
(éditeur)
                                         ***
«Cela commença innocemment. Alors que Katya Spivak avait seize ans et Marcus Kidder, soixante-huit.»
Dès la première phrase, le roman est ainsi orienté pour suggérer au lecteur qu’il pourrait s’agir d’une nouvelle histoire de  Lolita puisqu’il y est question d’innocence (et par là même de culpabilité possible )  et d’un rapprochement entre une  très jeune fille et un vieux monsieur. Le doute plane aussitôt. 
Tout se joue un été dans le New Jersey, à Bayhead Harbor, une ville balnéaire des plus chic. Lui est un artiste célèbre,  très riche,  dans une grande maison, avec gouvernante, chauffeur, domestiques constamment à sa disposition. Il  peint surtout des portraits de femmes dans son grand atelier où il reçoit Katya pour la peindre à son tour, en la rémunérant généreusement.  
Elle s’occupe comme fille au pair des deux jeunes enfants d’une famille aisée dont la mère est très intransigeante et peu chaleureuse. Elle vient d’une famille bancale où le père a disparu et dont la mère alcoolique dépense au jeu  tout l’argent qu’elle emprunte à ses filles et qu’elle ne rembourse jamais. Katya est en mal d’affection. Elle est prête à tout pour se faire aimer.  Son seul amour jusqu’ici a été son cousin facilement violent et intéressé. Son présent est son employeur chez qui elle loge, le père des enfants dont elle s’occupe et qui tourne autour d’elle en cachette de sa femme.
 C’est pourquoi, le temps passé avec Marcus Kidder dans son atelier est pour Katya une forme de libération. Il se montre aimable, généreux et courtois. Cependant elle  reste méfiante et se demande ce qu’il lui veut vraiment.  Je croyais deviner  et redoutais déjà la suite. je me trompais.

La fin m’a surprise. Elle offre une autre vision de la réalité. Tout finit par un conte: celui du "Roi et de La belle Demoiselle".  Je m’attendais au pire mais c’est alors qu’une nouvelle dimension est offerte par l’auteur. Il y a bien libération mais pas celle que j’imaginais.  Seulement impossible d’en parler ici évidemment. Pourtant, à mon grand étonnement, plusieurs billets sur ce roman ne semblent pas avoir tenu compte de la demande finale de Mr Kidder qui me semble pourtant essentielle, comme une sorte de volte face obligeant à une nouvelle interprétation concernant les relations des personnages.  C’est pourquoi rien ne remplace le plaisir de parler d'un livre avec ses amis. C’est le cas avec ce roman, plus riche qu’on ne pourrait  le penser à première vue!

«Car l’amour est force, il ne peut y avoir de force, sans amour - Katya ne l’oublierait jamais.» (p.236)

Autres billets: Stephie, Melo  Kathel,   Georges  et plein d'autres encore...

Le mystérieux Mr Kidder, Joyce Carol Oates
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Claude Seban,
(Philippe Rey,  2009/2013, 236 pages)

lundi 12 novembre 2012

Confusion de Cat Clarke, La vie est un beau mensonge


Jour 3
"J'ai rencontré Ethan la nuit où j'avais prévu de me suicider. Pas super pratique quand on y pense."

Dès ce début, nous savons que la narratrice, Grâce, 17 ans, est enfermée dans une pièce toute blanche et que sa seule occupation est d'écrire sur l'unique table où des ramettes  de papier  et des stylos sont mis à sa disposition. Ethan, un beau jeune homme qui la retient prisonnière, lui rend régulièrement visite et semble intéressé par ce qu'elle écrit sur son passé. 
Elle se souvient de son amour pour  Nat, tourmenté, étrange et difficile. Elle déplore la dégradation de ses liens avec Sal, sa meilleure amie. Elle évoque la disparition de son père, l'indifférence de sa mère souvent absente, sa solitude au lycée où pourtant elle se révèle une excellente élève, ses nuits de beuverie en compagnie d'autres jeunes plus ou moins connus. 

Jusque là,  rien à redire, sauf que je ne trouvais pas ce début très original parce que des histoires d'enfermement racontées par les prisonnières elles-mêmes,  avec ou sans enfant,  j'en ai lu pas mal ces derniers temps, dont deux excellents: Room de Emma Donoghue et Séquestrée de Chevy Stevens mais quand  Grâce, la jeune enfermée,   découvrit sur ses bras de très nombreuses blessures,  plus ou moins bien cicatrisées, j'ai commencé à soupçonner le véritable endroit où elle se trouvait et qui pouvait être, en réalité, le très sage et très compréhensif Ethan qui ne cessait de réclamer les récits de ses rêves nocturnes. Dès lors le charme de ma lecture s'est envolé! 

Confusion! Le titre est à lui seul le résumé du roman.  
Confusion dans les souvenirs et l'esprit de l'héroïne.
Confusion dans le comportement de ses amis.
Confusion sur la véritable identité de chacun. 
Mais confusion aussi dans ma tête de lectrice  perdue  au milieu du roman, faute de pouvoir continuer à jouer le jeu. Une fois la fin devinée - trop tôt- je ne sentais plus aucun intérêt à poursuivre ma lecture terminée en diagonale avec d'autant moins de scrupules que je ne me suis  pas attachée à cette tigresse de Grâce qui ne craint aucun excès et tombe dans tous les pièges: une véritable boule de nerfs qui agit avant de réfléchir et se mutile ensuite! Non merci! Je passe! 

Confusion de Cat Clarke, Oct 2012, 420 pages, Collection R de Robert Laffont que je remercie.
Titre original:  Entangled, Traduit de l'anglais (Angleterre) par Alexandra Maillard 

vendredi 2 novembre 2012

Appel du pied de Wataya Risa, coup de cœur!

"Je n’arrive jamais à trouver les adjectifs que je veux. Pour compenser, j’empile les détails. La première phrase de Coup de pied m’a pris six mois à écrire."
Cette première phrase, la voici: "La solitude me sonne dans la tête."

Et voici la quatrième de couverture d'un récit minimaliste  sur l'adolescence, dont je n'avais jamais encore entendu parler mais que j'ai adoré au point d'en faire un coup de cœur. Je l'ai choisi  par hasard en lisant le résumé de l'éditeur qui dit l'essentiel. 

L'histoire qui a conquis le jury et le public japonais n'est sans doute pas très éloignée de la propre expérience de lycéenne de l'auteur, il n'y a pas si longtemps. Ce journal intime d'une jeune fille qui n'arrive pas à s'intégrer dans sa classe est au plus près des sensations, de la contradiction des sentiments qui affleurent sous la surface unie des apparences. De ces moments où l'on cherche un sol ferme sous ses pieds, pour s'aventurer à la découverte de la vie. Et lorsqu'on se sent attirée par un garçon qui vit confiné dans sa passion pour un mannequin vedette, on aimerait bien le réveiller de son rêve pour qu'il fasse ses premiers pas avec vous, sur ce chemin incertain. Une chronique sensible, et pleine d'humour, de cet âge oscillant entre la nostalgie d'une enfance innocente et la naissance, presque malgré soi, de ce qui pourrait bien s'appeler l'amour.

Pourquoi ai-je aimé ce récit?  Parce que c'est bien vu, ça sonne juste, c'est pudique, frais, sensible  et cruel à la fois, drôle aussi car Hatsu,  la jeune narratrice est loin d'être sotte et sait se moquer de ses propres réactions autant que de celles des autres, professeurs comme élèves. 
Rejetée par tous les groupes de sa classe, elle se fait un point d'honneur à rester solitaire mais ne cesse d'en éprouver de la honte, et observe les autres de façon très pointue. Elle feint d'être dure mais elle fond à la première occasion quand Kinuyo, sa meilleure amie,  lui adresse à nouveau la parole. 
Logiquement elle se rapproche de Ninagawa, l'autre "rebut" de la classe, un fan d'une Top modèle- chanteuse que Hatsu a eu l'occasion de rencontrer au super marché voisin. Il n'en faut pas plus pour que le jeune "Otaku" (fan de), s'intéresse à elle. C'est là que commence une histoire pleine de silences et de non-dits, de  rapprochements à peine esquissés dont le plus remarquable est cet appel du pied  de la fille vers le garçon, comme pour le secouer, le forcer à quitter ses rêves pour la voir enfin. Plus elle s'attache à lui, plus elle a envie de le frapper du pied. Des complications et des effrois d'ados!... Kinuyo, l'amie d'enfance, elle, qui a grandi plus vite, comprend mieux la situation, mais bon, à chacun son rythme!  C'est très joliment écrit! 
J'y ai cru à cette étrange histoire! Beaucoup même! 
L'appel du pied comme un appel d'amour! 

Extraits:
La bouche tordue dans ma main, les sourcils contractés comme un boudha irrité, je dois me retenir pour ne pas rire. Combien de fois ai-je été obligée de retenir un rire depuis que je suis au lycée? Rire , c'est baisser sa garde, et il faut un grand courage pour  baisser sa garde quand on est seule. Je ne voudrais pas être prise sur le fait et sentir un regard qui demande ce qui m'arrive. (p.89) 
Je veux être reconnue. Je veux qu'on m'accepte. Je veux que quelqu'un délie peu à peu tous les fils noirs qui sont pris dans mon cœur comme on détache un à un les cheveux pris  dans un peigne, et les jette à la corbeille. Je voudrais que les autres répondent à mon attente, mais je ne suis même pas capable de penser à faire quelque chose  pour quiconque. (p.105)
 En parle aussi: Antigone, 
Appel du pied de Wataya Risa, (Picquier poche, 2008,164 pages)
Roman traduit du japonais par Patrick Honnoré,  (2005)
Titre original: Keritaï Senaka (2003)
Plus d'un million d'exemplaires vendus au Japon.

Risa Wataya est une romancière japonaise née en 1984. L'appel du pied est son second roman qui a reçu le Goncourt japonais  en 2003le prix Akutagawa. C'est le plus jeune auteur (19 ans) à avoir reçu ce prix.

Challenge de Catherine

mercredi 12 janvier 2011

Swallow me whole de Nate Powell , roman graphique


Ruth et Perry,  demi-frère et demi-sœur, ont une vie onirique envahissante et obsessionnelle dans une famille et un environnement des plus tranquilles et des plus ordinaires si ce n’est que leur grand-mère  se meurt sur le canapé du salon. Ruth  est attirée par les insectes qu’elle conserve dans des bocaux sur des étagères,  Perry, lui,  est obsédé  par  un  sorcier nain en bonnet pointu dont il entend la voix et qui s’empare de sa volonté  pour l’obliger à dessiner sans cesse partout et à tout propos !
Qui l’emportera:  la raison ou la folie ? Le conformisme ou l’imaginaire ? La résignation ou la création? 
C’est du moins ce que j’ai cru comprendre car rien n’est très clair dans ce récit.
Ce qu'en dit l"éditeur
"Swallow Me Whole retrace le passage douloureux de l’enfance à l’âge adulte de ces deux êtres complexes et complices, presque fusionnels, puis s’attache à leur cheminement incertain dans les premiers temps de l’âge adulte, habités par leurs fantômes, presque hallucinés parfois, et constamment tentés par la fuite dans l’imaginaire. L’histoire de Ruth et Perry s’achèvera sur une scène de rupture psychologique violente, mais aussi sur une note ouverte que le lecteur restera libre d’interpréter à son gré.Loin des clichés, une passionnante exploration du monde troublé de l’adolescence, tout en finesse et en fragilité. Nate Powell mène cette histoire grave et déroutante sur un ton très personnel, qui chemine lentement entre ombres et visions. La découverte d’un auteur à suivre, assurément."
Je ne reconnais pas du tout ma lecture dans cette présentation  très élogieuse de l’éditeur.  On est très loin pour moi des autres récits graphiques que j’ai tellement appréciés :  Exit Wounds de Rutu Modan  et  Blankets de Craig Thompson. 
J’ai été  pour ma part infiniment déçue par ce livre d’images  en noir et blanc avec de plus en plus de pages entièrement noires vers la fin  pour mieux faire comprendre sans doute au malheureux lecteur passablement perdu dans ces méandres entre raison et folie que  cette dernière l’a emporté.
J’ai aimé les dessins mais l’ensemble me déplaît.
L'avis de Choco
Swallow me whole (Dévorez-moi!) de Nate Powel, éditions Casterman, écritures 2009, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Fanny Soubiran. Eisner Award 2009 du meilleur roman graphique


Autres participants aux BD du mercredi  de Mango: 
 Choco  Dolly  Emmyne  Hathaway  Hilde Hérisson08   Irrégulière  
Jérôme  Kikine Lounima  Lystig  Manu  Marguerite  Mathilde  Mo'la fée  
Noukette Sandrounette  Sara  Theoma  Valérie  Vero  Wens  Yaneck  Yoshi73
Mr Zombi 
                                             
Nouvelle participation  au challenge Palsèches de Mo'la fée celui de M. Zombi