samedi 17 août 2013

"Notre cher Marcel est mort ce soir", Henri Raczymow

La rentrée littéraire 2013 sera aussi celle de Proust. En effet, c’est en novembre 1913 qu’a été publié  «Du côté de chez Swann».  De nombreux livres  qui lui sont consacrés,  sortiront  cet automne  en guise d’hommage.
Je retiens déjà pour ma part (mais il y a plein d'autres titres de prévus): 
  • Le fac-similé de Combray,  la première partie de Du côté de chez Swann, avec  les corrections manuscrites de Proust, mais le tirage n’étant prévu que pour 1200 exemplaires, le prix  en sera de 219 euros. (A voir si on a une bibliothèque généreuse ou éprise de Proust ou d’éditions rares!)
  •  «Proust est une fiction» de François Bon.  
  • "Chambres de Proust" d’Olivier Wickers.
En attendant, je viens de lire un bien intéressant petit essai de Henri Raczymow, déjà auteur de deux autres ouvrages sur Proust: «Le Cygne de Proust», et «Le Paris retrouvé de Marcel Proust» 
Cette fois l’auteur se propose d’évoquer ce que l’on peut savoir des derniers moments de celui qui a reçu le prix Goncourt, en novembre 1919, alors même qu’il vient de s’installer depuis un mois, à sa dernière adresse, au 44, rue Hamelin. Il a 48 ans et il ne lui reste que trois ans à vivre. C’est Gallimard en personne qui vient lui annoncer la bonne nouvelle, accompagné entre autres de Jacques Rivière mais Proust ne les reçoit pas: il s’en excuse mais il est fatigué. Gallimard insiste par l’intermédiaire de Céleste et la rencontre a finalement lieu mais c’est pour refuser à l’éditeur  le grand banquet qu’il veut donner pour célébrer l’événement. Après son départ, Proust ordonne à Céleste de ne plus laisser entrer personne et de ne plus répondre à aucune question du moindre visiteur :… «rien, motus. Il dessine une croix contre ses  lèvres.»
Proust, le mondain, ne veut plus voir de monde. Il a bien mieux à faire. Sa seule préoccupation désormais est d'améliorer, de perfectionner  son roman, qu'il connaît par cœur et qu'il ne cesse de transformer. D'ailleurs sa santé se dégrade. "Ses crises d'asthme sont de plus en plus fréquentes. le docteur lui fait des piqûres de morphine. Cela l'abrutit."  
Lucien Daudet lui reproche d'être devenu: "Un professionnel de la littérature" et Reynaldo Hahn  se plaint que le Marcel illustre soit moins attachant que  le Marcel d'avant le succès. 
C'est lui pourtant qui envoie des pneumatiques à tous leurs amis le jour fatidique: 
"Notre cher Marcel est mort ce soir, après un mois de maladie pendant lequel il a obstinément refusé de se laisser soigner." 
Défile alors un long cortège:
"Le premier à venir le dimanche 19, c'est Léon Daudet, qui pleure. Puis la comtesse de Noailles qui prend Céleste dans ses bras en sanglotant. Puis Paul Morand, Fernand Gregh, la princesse Lucien Murat, Robert Dreyfus qui n'a pas le cœur d'entrer dans la chambre et repart aussitôt, Lucien Daudet, le frère cadet de l'autre, Georges de Lauris, Robert de Billy, Edmond Jaloux qui remarque son masque creux et maigri, les ombres verdâtres sur son visage, portrait d'un grand peintre espagnol, puis Jean cocteau, Gabriel Astruc, Marthe et Suzy Proust, Jacques Porel qui passe au doigt de Marcel un camée offert naguère par Anatole France à sa mère Réjane, après la première du Lys rouge, en 1899.  Le peintre Helleu, Dunoyer de Segonzac, Man Ray sollicité par Cocteau...
 Tels sont  le sujet  et  le style du livre : très vivants.  
"Notre cher Marcel est mort ce soir" de  Henri Raczymow (Denoël,  2013, 115 p.)

mercredi 14 août 2013

David les femmes et la mort, Judith Vanistendael, ma BD du mercredi


Des histoires de fin de vie par cancer ou autre maladie, j’en ai lu beaucoup ces derniers temps. Que ce soit des témoignages  de malades eux-mêmes ou des récits écrits par ceux qui restent: on dirait que  ça se multiplie, avec plus ou moins de bonheur dans l’écriture.

Cette fois, c’est une BD  de Judith Vanistendael qui raconte les derniers instants de la vie de David, un père de famille d’une soixantaine d’années, libraire à qui son ami médecin vient d’apprendre qu’il a un cancer du larynx. 
On suit toutes les étapes de sa maladie et de ses traitements en se mettant tour à tour à la place de ses proches: ses deux filles nées de mères différentes et sa dernière compagne, Paula,  plus jeune que lui d’une vingtaine d’années. Miriam,  sa fille aînée, elle, a environ trente ans et vient d’accoucher de Louise qu’elle élève seule. Quant à Tamar, sa dernière fille, elle n' a que neuf ans.
Ce que j’ai aimé c’est que  tout soit dit sans pathos ni trop de pudeur non plus. On colle à la réalité la plus clinique parfois mais toujours par nécessité. Rien n’est caché des difficultés dues aux différents traitements et aux derniers moments comme c’est souvent le cas.

On sent le vécu et le temps qui passe avec les différentes réactions de chacun, à commencer par le malade lui-même, de la révolte au déni, du sarcasme ironique pour se défendre des émotions trop envahissantes  à l’attendrissement des souvenirs qui reviennent en force, à la soumission et au dernier espoir quand on ne compte plus que sur le bon vouloir d’une main amie pour la délivrance, à défaut de pouvoir compter sur une loi plus juste et plus humaine. 

Heureux ceux qui, dans ce cas, ont un ami médecin de bonne volonté comme ici! L’euthanasie reste un luxe et cette chance n’appartient pas à tous. 
C’est beau, silencieux. Tout passe par les dessins et les couleurs  de l’aquarelle. On va au plus simple comme si le travail se faisait dans l’urgence et c’est vrai que le temps est comme un ultime personnage tant sa fuite et son interruption prévisible sont au cœur du récit. C’est du beau travail, fait avec talent, réalisme et  une grande sensibilité.

                                     David les femmes et la mort,  Judith Vanistendael,
                                                        (Le Lombard, 2013, 280 pages, Cartonné)
                                                                      Top BD de Yaneck: 18,5/20

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mardi 13 août 2013

L'héritière amoureuse, Valérie Parv, challenge Harlequin, " une impression de force brute et sauvage et une de plénitude après un baiser passionné ... et il part chasser le crocodile!."

Je croyais m’être inscrite à un challenge Harlequin cet été mais impossible de le retrouver. Aurais-je rêvé?
(Merci à Coccinelle et à Crokbulle qui m'ont aidé à retrouver les Harlequinades de Karine

Quoi qu’il en soit, je viens de terminer une histoire totalement dans le ton de cette collection Harlequin, sirupeuse à souhait.  
Romantique, intense, passionné… dit la quatrième de couverture!  Hum! Très convenu surtout et sans surprises. Rien que du très attendu!

Il y est question  d’une riche héritière, Shara, très belle, bien sûr,  au regard de braise et aux longs cheveux de jais.
Elle est  en fuite chez les aborigènes  d’Australie. Elle craint son poursuivant auquel son père vient de la fiancer: le terrible Jamal prêt à la tuer plutôt que de la perdre! 

Celui qui va la sauver, c’est Tom McCullough, le bellâtre,   le beau et riche propriétaire qui la découvre un matin sur ses terres alors qu’elle a dû abandonner sa voiture un peu plus loin. Dès les premières lignes on sait qui vaincra, malgré les enlèvements, les trahisons, les courses poursuites, bref les habituelles péripéties du genre!  

Voici l’apparition du héros et de son ami :
Il émanait d’eux une impression de force brute et sauvage. D’une certaine façon, ils se ressemblaient. Tous deux étaient très beaux. Les bouts de tissu noués autour de leurs reins révélaient des corps parfaits tout en muscles qui roulaient doucement sous la peau. La chemise ouverte de Tom laissait voir quant à elle un torse athlétique et un ventre parfaitement plat. Leurs yeux brillaient d’un même éclat farouche, indomptable, presque animal. On aurait dit deux fauves qui n’attendaient qu’un prétexte pour bondir sur leur proie. (p. 16)
Enfin voici le baiser passionné si attendu vu par un témoin attentif:
Il se dégageait d’eux une impression de plénitude, comme s’ils ne formaient plus qu’un être unique rayonnant d’un amour qui suffisait à embellir la vie de tous ceux qui les entouraient ; pour la première fois de sa vie il se demanda s’il pouvait exister quelque chose de plus beau que cela. Puis, rajustant son chapeau, il partit chasser le crocodile. (p. 243)
Aucune surprise! Éternel recommencement!  J'en ai lu de plus drôles. J'attendrai encore l'été prochain avant d'y revenir!  L'avantage, c'est que ça se lit à toute allure et que je ne peux pas me sentir déçue puisque c'est toujours copie conforme. C'est presque rassurant en un sens! 

L'héritière amoureuse,  Valérie Parv, 
Collection Ambre, Harlequin,2004, 244 pages 
Traduction française de Fabrice Canepa
Titre original: Heir to Danger

lundi 12 août 2013

La femme qui attendait, Andreï Makine

Dans un village perdu de la Russie du nord,  Véra est une femme  d’âge mûr qui attend depuis une trentaine d’années le retour de son fiancé disparu en 1945, dans les derniers jours de la guerre. Elle partage son temps entre l’enseignement aux jeunes enfants d’un village voisin et le soin apporté aux vieilles femmes de son  entourage totalement délaissées de tous. Elle est admirable de courage, de force et d’abnégation et le jeune narrateur de vingt-six ans venu là quelques mois pour terminer  une thèse  tombe en admiration devant elle. Elle l’intrigue et ne le laisse pas indifférent … peut-être même en devient-il  aussi plus ou moins amoureux ... mais peut-être pas non plus ...  Que s'est-il passé? 

C’est un très beau récit  sur la solitude, la force du souvenir, l’amour charnel, la compassion mais surtout sur l'attente. C’est un texte très fort, plein de pudeur et de folie, d’excès et de retenue. L’écriture est belle, classique et poétique à la fois, pure et précise. J’en retiendrai surtout, outre  la magnifique figure de Véra, les évocations lentes et glacées des bords de la mer Blanche et des forêts environnantes et ces vieilles femmes, si dignes,  qui se meurent seules une à une dans leurs maisons abandonnées  "sans volonté de sacrifice, sans emphase. Seule, cette pensée, indistincte de la luminosité de l'air: "C'est ainsi".    
Un vraiment beau roman! 
«Une femme si intensément destinée au bonheur (ne serait-ce qu’à un bonheur purement physique, oui, à un banal bien-être charnel)  et qui choisit, on dirait avec insouciance, la solitude, la fidélité envers un absent, le refus d’aimer…» (p.9)
 «Ce jour-là, je la croisai au même endroit que la première fois,dans la saulaie qui bordait le lac. Les branches avaient déjà perdu leurs feuilles, l’argile rouge de la berge était tout strié de cet or éteint. Vêtue de son vieux manteau de cavalier, chaussée de grosses bottes, elle poussait une barque envasée parmi les piquets des joncs. Une barque trop large, trop lourde pour être conduite à la rame, destinée sans doute à une navigation à voile.  Mais peut-être la seule qui restait par ici en état de flotter.» 
Merci à Maryline qui me l'a fait connaître ICI 
La femme qui attendait, Andreï Makine (Points,  Seuil, 2004, 214 p.)

Challenge de Lili Galipette: 2ème participationMa PAL d'été 2013, avec Lili Galipette

samedi 10 août 2013

Arles - Photos étonnantes de Minkkinen signalées par Kathel

Belles et étonnantes photographies  présentées ce matin par Kathel sur son blog: ICI
Celles de Arno Rafael Minkkinen: rien que des autoportraits!


Je découvre  cet artiste, et ne veux pas l'oublier.
Merci Kathel de me l'avoir fait connaître!  
J'ai eu du mal à n'en choisir qu'une: la première,
- par facilité tout d'abord- 
 mais surtout parce que je n'ai pas compris d'emblée
 en quoi c'était un autoportait!
Maintenant ça me semble évident, bien sûr!
Il y en a plein d'autres chez Kathel :
une en particulier qui rappelle la chaise de Paul Klee 
et une autre prise d'un avion qui me donne le vertige! 

vendredi 9 août 2013

Faire surface, Margaret Atwood

Me voici de nouveau, mais j’ai du mal à le croire, sur cette route sinueuse qui laisse derrière elle le lac où se meurent les bouleaux blancs, la maladie monte du sud, et ils louent maintenant des hydravions. Cependant, l’on est encore près des limites de la ville; nous ne l’avons pas traversée, elle a suffisamment grandi pour avoir sa déviation, c’est ça le succès. (p.9)

La narratrice retourne sur l’île canadienne  de son enfance pour tenter de retrouver son père qui a disparu. Elle s’y rend avec son compagnon et un couple d’amis mais c’est en solitaire qu’elle entreprend ses recherches et se plonge   tant géographiquement que profondément dans ses souvenirs au point de frôler la folie. 
En ressort-elle plus forte comme le laisse supposer le titre:  Faire surface

Je suis incapable de le dire car rien ne m’a semblé facile à suivre dans cette quête de soi à travers celle du père!  Il y a de bons moments d’écriture mais l’ensemble m’est resté trop flou pour que je puisse l’apprécier. 

J’ai tellement aimé «La servante écarlate» de cette romancière que j’ai été d’autant plus déçue par cette lecture-ci,  lecture  que j’ai failli abandonner à plusieurs reprises. J’ai d’ailleurs terminé l’histoire  il y a plusieurs jours et contrairement à mon habitude, j’ai traîné avant d’écrire ce billet. Je m’aperçois avec surprise que je ne me rappelle  plus grand chose du récit lui -même tellement je l’ai trouvé insipide et vague! Quel dommage! 
Ceci par-dessus tout, refuser d’être une victime. Si je ne le peux, je ne peux rien faire; Il me faut revenir de mes erreurs, abandonner la vieille conviction que je suis dénuée de pouvoir et qu’à cause de cela rien de ce que je pourrai faire ne blessera jamais personne.  Un mensonge qui fut toujours plus désastreux que la réalité aurait pu l’être. (p.301)
Val est peu convaincue également.

Faire surface (Surfacing) 1972
Margaret Atwood (°Ottawa, 1939)
Traduit de l'anglais (Canada) par Marie-France Girod
Pavillons Poche Robert Laffont, 2007, (304 P.)

Challenge de Géraldine ... des îles et des livres  (Photo: Canada/Etats-Unis, Les mille îles)

Ma PAL d'été 2013, avec Lili GalipetteChallenge de Lili Galipette 

mercredi 7 août 2013

No sex in New York, Riad Sattouf, ma BD du mercredi

Ce titre a été choisi, prévient l’auteur dans son avant-propos, parce qu’il contient les deux mots qui font le plus vendre et parce que  c’est le récit de son séjour à New York du 15 juin au 4 juillet 2004,  publié dans «Libération» de cet été-là.

Le héros, c’est donc lui, l’auteur, qui se dessine en petit jeune fluet, à tignasse bouclée noire et grosses  lunettes blanches et carrées de myope. Il est facilement parano et se fait sans cesse  des films d’apocalypse comme dans l’avion où il imagine le pire en voyant un arabe se diriger vers les toilettes au moment du départ.  Il est décalé et paumé.  S’affirmer lui est difficile. Il ne fréquente que des français expatriés, loge dans une auberge de jeunesse et sa maladresse dans les contacts humains, surtout avec les filles, le condamne à la solitude. Sa copine Lucie le croit gay : «T’as une voix efféminée, t’es malingre, tu fais du dessin… j’te jure, tu fais pédé à fond».
    
C’est plutôt drôle, un peu potache, un peu bâclé, sympathique malgré les clichés: une bonne lecture pour été nonchalant. La présentation est des plus simples: neuf petites vignettes par planche, des personnages caricaturaux mais qui ont l’avantage d’être facilement repérables. Des décors passe partout où les représentations de NY sont rarissimes. Les couleurs sont fortes, crues, sans nuances , comme les anecdotes elles-mêmes, ce qui est bien suffisant puisque nous sommes dans l’exagération maximale pour faire rire.
C’est assez bien réussi dans ce genre-là, sans plus! 

No sex in New York, Riad Sattouf, 
    (Dargaud, 2009,  71 planches
  Top BD Yaneck: 14/20


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samedi 3 août 2013

A ne pas lire la nuit, Le Mystère de Park Lane. Edouard Delpy, Roman Policier

Park Lane est une rue de Londres située dans le district de la Cité de Westminster, dans le centre de la ville. Elle longe Hyde Park à l'Est, et relie Hyde Park Corner à Marble Arch.
C'est là que se déroule l'intrigue de ce roman  Tout commence le 5 novembre 1928 lorsque le chef inspecteur William P. Maxwell apprend que sir Richard Powell, une des plus grosses fortunes du royaume,  vient d'être assassiné dans sa résidence de Park Lane. Veuf depuis longtemps, il a un fils unique étudiant à Oxford. Sa vie privée n'ayant jamais donné lieu à aucun commentaire désobligeant, l'enquête s'oriente vers la vengeance ou l'intérêt comme motifs probables du crime  qui a eu lieu dans la bibliothèque  de la victime tuée d'un coup de couteau dans le dos. alors qu'il réunissait toute sa famille chez lui pour son 55e anniversaire, à l'exception de son fils resté à l'Université et  d'un de ses neveux en route pour l'Amérique.
Vu l'importance du personnage, l'enquête doit aboutir très vite et la police des districts et Scotland Yard doivent à tout prix collaborer malgré  la rivalité qui les met habituellement aux prises. L'enquête s'annonce vite plus difficile que prévue malgré la présence des nombreux invités et des  serviteurs sur place toute la soirée.  Sir Richard avait de nombreux intérêts en Chine, ayant vécu de longues années à Shanghaï,  "il aurait pu se créer là-bas quelque inimitiés".   Trois autres crimes suivront parmi les personnes présentes à la fête mais le jeune Maxwell a du talent et découvrira la solution pas si simple qu'on le pensait au départ.
C'était amusant de lire ce vieux polar pratiquement introuvable désormais  (le mien, acheté  avec des dizaines d'autres polars dans une brocante à la suite d'une vente après décès, porte encore le nom de son ancien propriétaire, un certain Docteur P. Herry de Berven-Plouzévédé, dans le Finistère)
Bien sûr l'intrigue, le style, tout a vieilli dans ce roman. Reste le charme des lieux et de l'époque  quand les riches londoniens possédaient encore des boudoirs, des fumoirs et des vastes bibliothèques bien remplies près de leurs cabinets de travail. On y trouve aussi des portes dérobées sous les escaliers, près de l'office,  avec un personnel de maison  très présent, du chauffeur au maître d'hôtel en passant par le valet de pied et le valet de chambre. 
On y fume beaucoup,  plus  encore que l'on y boit.  On y conduit des Bentley. On  prend le temps de "jeter un coup d'œil admiratif sur la mince silhouette d'une femme qui se détachait  dans la pénombre naissante, sur le fond écarlate d'une porte toujours close."  tout en embrayant doucement avant  de démarrer sa voiture mais sans pouvoir s'empêcher de penser que "la patience n'est pas nécessairement la vertu des jolies femmes."
En somme peu importe l'assassin et les nombreuses péripéties menant à sa découverte, le plaisir de ma lecture s'est situé ailleurs:  dans une forme de douce nostalgie pour revivre des réalités disparues  et  pour savourer un style début de siècle bien suranné aujourd'hui. Il ne m'en fallait pas plus pour passer un bon moment. 
Le Mystère de Park Lane.  Edouard Delpy
Roman Policier – A ne pas lire la nuit
(Les éditions de France, 20 Avenue Rapp. Paris,  291 pages)

vendredi 2 août 2013

Adieu juillet et ses belles lectures!

Le tour de mes lectures ce mois-ci sera vite fait puisque par fantaisie je me suis accordé le droit de ne bloguer que les livres qui m'ont véritablement séduite.  Les autres,  je les ai oubliés sans rédiger de billets. 

* Les bons  moments, je les ai  donc passés avec les romans suivants 

  • Profanes de Jeanne Benameur:  Un livre que je classe dans ceux que j'aimerais relire.
  • Pulsations de  Julian Barnes: (recueil  de nouvellesMal commencée, ma lecture s'est terminée en apothéose, fait suffisamment rare pour être noté! 
  • Les nuits mouvementées de l'escargot sauvage, Elisabeth Tova Bailey:  A mon tour de conseiller la lecture de ce livre à la fois très personnel et universel, intimiste et scientifique à la fois, émouvant, surprenant,  original,  que j'ai trouvé terriblement attachant. 
  •  Station RomeVincent Pieri: (Premier roman) Entre la gloire des podiums, l'ensorcellement amoureux, le vacarme  du métro et la musique silencieuse de sa mémoire, est-il encore quelqu'un ou n'est-il déjà plus personne? J'ai beaucoup aimé. Lu d'une traite en un après-midi .
  • Plus jamais d'invités! -  Vita Sackville-West:  C’est brillant, enlevé, léger et profond à la fois bien que complètement insensé et quelque peu invraisemblable par bien des aspects comme cette insolite situation maritale et cet affreux et cruel chantage par pure bienveillance et bonté fraternelle mais qu’importe, j’y ai cru le temps de ma lecture. J’en suis ravie.

* Quant aux BD du mois, deux m'ont plu,  deux m'ont déçue.

++ Le Bus, de Paul Kirchner: C'est un livre à feuilleter, à déguster  pendant quelques instants entre deux activités, rapidement, mais à part ça,  c'est un album que je trouve génial.

++ Chagall en Russie, 1, 2, Joann Sfar:  J'ai fini par beaucoup aimer ce récit à la fois désespéré, cruel,  déraisonnable mais surtout  poétique.  Un récit en deux tomes  dont la lecture  m'a fait plaisir

-- Gatsby le Magnifique, Melchior-Durand & Bachelier: Légère déception: je l'ai trouvé beau mais trop sage par rapport au roman. 

-- Le beau voyageSpringer, Zidrou: Je me suis sentie à l'extérieur de cette histoire avec  en même temps le sentiment de l'avoir déjà lue ou entendue  raconter plusieurs fois mais par petits bouts, ici et là. Le dessin ne m'a pas accrochée.  Quant à la fin  si optimiste, elle m'a semblé trop  brusquement décalée du reste  amplifiant encore le sentiment de déception   sous-jacent à ma lecture. Sans doute en attendais-je trop! 

Escargot vu ici, en souvenir de ma plus belle lecture de ce mois

mardi 30 juillet 2013

Chagall en Russie, 1, 2, Joann Sfar, ma BD du mercredi 31 juillet 2013


Le titre «Chagall en Russie» semble très clair: le sujet de cette BD évoque  forcément l’enfance et la jeunesse du grand peintre russe, né près de Vitebsk, alors en Russie, en 1887, naturalisé français en 1937 et DCD à  Saint-Pol de Vence en 1885,  grand rival de Picasso à la fin de sa vie quand il envoyait son fils, le chanteur-compositeur et romancier David Mc Neil, épier les travaux en cours de  ce dernier( son fils qui a reçu le nom du mari de sa mère  a raconté son enfance avec son père dans son livre: «Quelques pas dans les pas d’un ange», en Folio désormais).  
On se trompe cependant en pensant à une biographie. Joann Sfar avertit d’emblée  en avant-propos:   
Si on veut entendre parler du vrai Chagall, il ne faut pas lire ma bande dessinée, mais se plonger dans «Ma vie», l’autobiographie de jeunesse qu’il nous a laissée. Mon livre ne parle pas du vrai Chagall. Ça parle des vrais coups de pied aux fesses qu’on lui a mis en Russie, quand Malevitch (peintre russe célèbre) et ses copains lui ont fait comprendre qu’il ne faisait pas partie de l’art russe. Ça parle de cette révolution durant laquelle les armées rouges, blanches ou polonaises prenaient l’habitude de s’essuyer les bottes sur la figure des Juifs. C’est une époque dont les historiens russes commencent à peine à parler. Il faut lire l’ouvrage de Lidia Miliakova «Le livre des Pogroms». Ma bande dessinée, comme souvent, ne sert à rien. Ça tombe bien, c’est l’histoire d’un peintre qui a le sentiment de ne servir à rien. 
 En effet, j’ai  davantage eu  l’impression de lire un conte sur fond de folie furieuse  sous toutes ses formes les plus sauvages: primaire, sanguinaire, guerrière, antisémite, cataclysmique,  dans lequel le peintre et les personnages, tous plus déjantés les uns que les autres, qui l’accompagnent dans cette aventure sont prisonniers, un cauchemar auquel nul ne peut échapper sauf en acceptant de se réfugier dans le carnet de dessins de Chagall.

 L’histoire se déroule dans la Russie du début du XXe siècle et le peintre très amoureux doit choisir entre  son amour et la nécessité d’avoir un bon métier pour  pouvoir se marier ou poursuivre seul son rêve de devenir peintre.  Pour prendre la meilleure décision à ce sujet il va tout d’abord consulter le célèbre rabbin du coin qui ne sait pas quoi lui dire alors  il décide de suivre son rêve et de construire  un opéra avec tous  ceux qui le suivent: un rêve fou et dangereux car ils se savent tous condamnés par la réalité des ghettos dans lesquels ils vivent. Seuls les rêves les plus inouïs et improbables restent une solution puisque le monde dans lequel ils vivent  est encore plus fou! 
Un jour j'ai mis toute ma Russie et tous les juifs de mon village à l'abri dans mes dessins. Puis je me suis envolé par le toit d'une grange en flammes.  J'ai atterri à Paris, sur la coupole du bâtiment qui me semblait le plus joli. Il y avait des anges dans la façade. ça m'a attiré. C'était un opéra.  (fin du tome 2)
Après un premier temps où le côté étrangement farfelu et rocambolesque des personnages et  de leurs aventures m'a quelque peu déroutée, j'ai fini par beaucoup aimer ce récit à la fois désespéré, cruel,  déraisonnable mais surtout  poétique, parfaitement rythmé par les dessins très personnels de l'auteur et les couleurs dans les tons  majoritairement clairs malgré le côté sombre de l'histoire.  Un récit en deux tomes  dont la lecture  m'a fait plaisir. 

Intéressant, ce que Joann Sfar dit de  ces BD sur son site,  ICI,

Je ne résiste pas non plus au plaisir de présenter quelques œuvres de Chagall en Russie.  J'y vois  de  curieuses ressemblances avec la BD: récit déstructuré et couleurs dynamiques!



Chagall en Russie, 1, 2, Joann Sfar, 
(Gallimard, 2011, 62 et 63 pages)
 Couleurs de Brigitte Findakly
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