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samedi 17 août 2013

"Notre cher Marcel est mort ce soir", Henri Raczymow

La rentrée littéraire 2013 sera aussi celle de Proust. En effet, c’est en novembre 1913 qu’a été publié  «Du côté de chez Swann».  De nombreux livres  qui lui sont consacrés,  sortiront  cet automne  en guise d’hommage.
Je retiens déjà pour ma part (mais il y a plein d'autres titres de prévus): 
  • Le fac-similé de Combray,  la première partie de Du côté de chez Swann, avec  les corrections manuscrites de Proust, mais le tirage n’étant prévu que pour 1200 exemplaires, le prix  en sera de 219 euros. (A voir si on a une bibliothèque généreuse ou éprise de Proust ou d’éditions rares!)
  •  «Proust est une fiction» de François Bon.  
  • "Chambres de Proust" d’Olivier Wickers.
En attendant, je viens de lire un bien intéressant petit essai de Henri Raczymow, déjà auteur de deux autres ouvrages sur Proust: «Le Cygne de Proust», et «Le Paris retrouvé de Marcel Proust» 
Cette fois l’auteur se propose d’évoquer ce que l’on peut savoir des derniers moments de celui qui a reçu le prix Goncourt, en novembre 1919, alors même qu’il vient de s’installer depuis un mois, à sa dernière adresse, au 44, rue Hamelin. Il a 48 ans et il ne lui reste que trois ans à vivre. C’est Gallimard en personne qui vient lui annoncer la bonne nouvelle, accompagné entre autres de Jacques Rivière mais Proust ne les reçoit pas: il s’en excuse mais il est fatigué. Gallimard insiste par l’intermédiaire de Céleste et la rencontre a finalement lieu mais c’est pour refuser à l’éditeur  le grand banquet qu’il veut donner pour célébrer l’événement. Après son départ, Proust ordonne à Céleste de ne plus laisser entrer personne et de ne plus répondre à aucune question du moindre visiteur :… «rien, motus. Il dessine une croix contre ses  lèvres.»
Proust, le mondain, ne veut plus voir de monde. Il a bien mieux à faire. Sa seule préoccupation désormais est d'améliorer, de perfectionner  son roman, qu'il connaît par cœur et qu'il ne cesse de transformer. D'ailleurs sa santé se dégrade. "Ses crises d'asthme sont de plus en plus fréquentes. le docteur lui fait des piqûres de morphine. Cela l'abrutit."  
Lucien Daudet lui reproche d'être devenu: "Un professionnel de la littérature" et Reynaldo Hahn  se plaint que le Marcel illustre soit moins attachant que  le Marcel d'avant le succès. 
C'est lui pourtant qui envoie des pneumatiques à tous leurs amis le jour fatidique: 
"Notre cher Marcel est mort ce soir, après un mois de maladie pendant lequel il a obstinément refusé de se laisser soigner." 
Défile alors un long cortège:
"Le premier à venir le dimanche 19, c'est Léon Daudet, qui pleure. Puis la comtesse de Noailles qui prend Céleste dans ses bras en sanglotant. Puis Paul Morand, Fernand Gregh, la princesse Lucien Murat, Robert Dreyfus qui n'a pas le cœur d'entrer dans la chambre et repart aussitôt, Lucien Daudet, le frère cadet de l'autre, Georges de Lauris, Robert de Billy, Edmond Jaloux qui remarque son masque creux et maigri, les ombres verdâtres sur son visage, portrait d'un grand peintre espagnol, puis Jean cocteau, Gabriel Astruc, Marthe et Suzy Proust, Jacques Porel qui passe au doigt de Marcel un camée offert naguère par Anatole France à sa mère Réjane, après la première du Lys rouge, en 1899.  Le peintre Helleu, Dunoyer de Segonzac, Man Ray sollicité par Cocteau...
 Tels sont  le sujet  et  le style du livre : très vivants.  
"Notre cher Marcel est mort ce soir" de  Henri Raczymow (Denoël,  2013, 115 p.)

jeudi 9 mai 2013

Les intermittences du cœur - Marcel Proust- Le souvenir vrai de la grand-mère

Ce soir  l’émission de François Busnel est consacrée  au premier volume de «A la recherche du temps perdu»: «Du côté de chez Swann» paru en 1913. J’ai hâte  de voir ce qui va être dit. J’espère que les grands connaisseurs de Proust qui seront sur le plateau sauront se rendre intéressants et apporter quelque chose de nouveau à la lecture de cette œuvre unique.
Sont annoncés comme invités:  
  • Antoine Compagnon: Professeur au collège de France . a écrit deux livres sur Proust:  Proust entre deux siècles, 1989; Proust: la mémoire et la littérature, 2009.
  • Evelyne Bloch-Dano: critique littéraire. Madame Proust, biographie, 2004. 
  • Raphaël Enthoven: Philosophe,  un peu partout, sur tous les fronts. Lectures de Proust, 2011. 
  • Jean-Yves Tadié: Professeur émérite de la Sorbonne; Biographe et spécialiste de Proust: Lectures de Proust 1971;  Proust et le roman, 1971; Proust, 1983; Marcel Proust, biographie, 1996; Proust, la cathédrale du temps, 1999; Le lac inconnu: entre Proust et Freud, 2012;Proust en Pléiade (édition critique)
  • Car aux troubles de la mémoire sont liées les intermittences du cœur.

Je venais d’apercevoir, dans ma mémoire, penché sur ma fatigue, le visage tendre, préoccupé et déçu de ma grand-mère, telle qu’elle avait été ce premier soir d’arrivée; le visage de ma grand-mère , non pas de celle que je m’étais étonné et reproché de si peu regretter et qui n’avait d’elle que le nom, mais de ma grand-mère véritable dont, pour la première fois depuis les Champs-Élysées où elle avait eu son attaque, je retrouvais dans un souvenir involontaire et complet la réalité vivante. 
Cette réalité n’existe pas pour nous tant qu’elle n’a pas été recréée par notre pensée (sans cela les hommes qui ont été mêlés à un combat gigantesque seraient tous de grands poètes épiques); et ainsi, dans un désir fou de me précipiter dans ses bras, ce n’était qu’à l’instant – plus d’une année après son enterrement, à cause de cet anachronisme qui empêche si souvent le calendrier des faits de coïncider avec celui des sentiments – que je venais d’apprendre qu’elle était morte. 
J’avais souvent parlé d’elle depuis ce moment-là et aussi pensé à elle, mais sous mes paroles et mes pensées de jeune homme ingrat, égoïste et cruel, il n’y avait jamais rien eu qui ressemblât à ma grand-mère, parce que, dans ma légèreté, mon amour du plaisir, mon accoutumance à la voir malade, je ne contenais en moi qu’à l’état virtuel le souvenir de ce  qu’elle avait été.
A n’importe quel moment que nous la considérions, notre âme totale n’a qu’une valeur presque fictive, malgré le nombreux bilan de ses richesses, car tantôt les unes, tantôt les autres sont indisponibles, qu’il s’agisse d’ailleurs de richesses effectives aussi bien que de celles de l’imagination, et pour moi par exemple, tout autant que de l’ancien nom de Guermantes, de celles, combien plus graves, du souvenir vrai de ma grand-mère. Car aux troubles de la mémoire sont liées les intermittences du cœur. 
Marcel Proust: A la recherche du temps perdu. Sodome et Gomorrhe. Les intermittences du cœur. (Poche, p.158/159)

mardi 26 mars 2013

Une lectrice de Proust au quotidien

Rien ne me ravit plus au saut du lit, en parcourant les blogs amis, que de tomber sur un billet évoquant Proust et  citant des passages de son œuvre, ce  qui me provoque toujours des frissons de bonheur.  C'est le cas, ce matin, avec Bénédiction  de  Grillon, une des meilleures et des plus assidues lectrices et relectrices de cet auteur. Il me semble qu'elle connaît tout de A à Z de  "A la recherche ..."
Quel plaisir ce blog où je passe régulièrement sans toujours laisser de commentaires parce que ce serait toujours le même cri -  ou de remerciement car j'y apprends sans cesse de nouvelles choses -  ou d'admiration  tellement c'est bien écrit et bien documenté avec toujours d'exquis tableaux qu'elle fait découvrir!  
Ce n'est pas - et de loin -  son seul talent d'ailleurs mais je me bornerai au billet du jour.
Ce que j'apprécie c'est qu'on est loin de l'érudition pure et simple mais qu'on sent bien que c'est à la suite de digressions  dans la vie quotidienne, (ici le pain et l'eau bénite à la fête des rameaux) qu'on aboutit à Proust, non pas en vain mais pour arriver à une conclusion concernant l'orthographe d'un mot! Voilà comme je conçois la culture au jour le jour: un enrichissement, un vrai plaisir! 
De tels blogs sont nombreux mais il faut les connaître et c'est trop souvent le hasard qui me les a fait découvrir. 
En connaissez-vous d'autres qui soient ainsi à eux seuls de petits chefs d'œuvre? Quels sont vos favoris?