dimanche 25 juillet 2010

Après la bataille de Victor Hugo

Mon père, ce héros au sourire si doux,
Suivi d'un seul housard qu'il aimait entre tous
Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
Parcourait à cheval, le soir d'une bataille,

Les champs couverts de morts sur qui tombait la nuit.
Il lui sembla dans l'ombre entendre un faible bruit,
C'était un espagnol de l'armée en déroute
Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,

Râlant, brisé, livide et mort plus qu'à moitié,
Et qui disait : A boire, à boire par pitié !
Mon père ému, tendit à son housard fidèle
Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,

Et dit : Tiens donne à boire à ce pauvre blessé
Tout à coup, au moment où le housard baissé
Se penchait vers lui, l'homme une espèce de Maure,
Saisit un pistolet qu'il étreignait encore,

Et vise au front mon père en criant " Caramba " !
Le coup passa si près que le chapeau tomba
Et que le cheval fit un écart en arrière,
- Donne-lui quand même à boire, dit mon père.

 Après la bataille   (Victor Hugo)
(La légende des siècles)
Tableau de Géricault
Les  participants aux dimanches poétiques  sont Ici

samedi 24 juillet 2010

Rougets à la Barbey d’Aurevilly, recette expliquée par Vercors

Voici une recette qui  fait toujours son petit effet auprès de mes amis et de la famille. 
Il s’agit bien entendu du poisson nommé aussi surmulet, ou rouget barbet – est-ce par analogie que le nom de l’écrivain lui a été associé ? Ou parce que, dans «La vieille maîtresse», il écrivait que ce poisson est  "l’honneur exquis des tables normandes  dont le foie écrasé donne l’éclat de la pourpre tyrienne"?  Ou bien est-il lui-même l’auteur de la recette?  Ce qui serait tout à l’honneur de son goût gastronomique car c’est certainement une des meilleures façons d’accommoder ce poisson de roche déjà délicieux par lui-même La sauce, à base de beurre de crevettes, est elle-même puissamment purpurine et flatte le palais rien qu’à l’apercevoir. 
Vin conseillé : Blanc très sec
Pour 4 convives.- Se munir de 
1)  4 rougets barbets de 200 g pièce. Les faire écailler mais non vider par le poissonnier.
2)   250 g de crevettes grises
Commencer par
1) Enlever l’extrémité caudale des crevettes, puis séparer les queues des têtes.
2) Hacher grossièrement les têtes, les réserver.
3) Hacher les queues sans les décortiquer, puis en faire une purée au mixer ou au moulin à légumes, d’abord à grosse grille, puis à grille fine.
Disposer dans l’ordre
1) Un quart de beurre.
2) Le hachis de têtes de crevettes.
3) Sel, poivre du moulin.
4) Les poissons.
5) La purée de crevettes.
6) Concentré de tomates (1 cuillerée à soupe)
.7)8 rondelles de citron.
Exécution  40 minutes avant le repas :
1) Au bain-marie, faire fondre à feu doux le quart de beurre.
2) Y ajouter le hachis de têtes de crevettes.
3) Laisser infuser 10 minutes au moins.
4) Passer ce beurre de crevettes dans une grande poêle. Saler (peu), poivrer (normalement).
5) Chauffer à feu modéré, y mettre les rougets et les laisser entre 5 à 6 minutes d’un côté (en les détachant de temps en temps de la poêle à la spatule) et autant de l’autre.
6) Les retirer, lever les filets afin de les débarrasser des arêtes et les déposer sur un plat qu’on tiendra au chaud (sur la casserole du bain-marie). Couvrir de papier aluminium.
7) Ajouter au jus de cuisson la purée de crevettes et la cuillerée à soupe de concentré de tomates.
8) Bien chauffer en tournant.
9) En napper les poissons, poser sur chacun d’eux 2 rondelles de citron et servir. 
Cette recette sera ma deuxième participation au Challenge de Chiffonnette: A lire et à manger
Rougets à la Barbey d’Aurevilly, recette expliquée par Vercors

Je cuisine comme un chef sans y connaître rien de Jean Bruller dit Vercors
Les 101 plus fines recettes de la gastronomie française mises à la portée des personnes les moins expérimentées
(Christian Bourgois éditeur,1991, 293 p)

Je cuisine comme un chef sans y connaître rien de Jean Bruller dit Vercors

Ce livre est écrit par Vercors, l’auteur du Silence de la mer. De son vrai nom  Jean Bruller, ( 1902-1991, mère française, père hongrois), est un écrivain et illustrateur français, résistant durant la Seconde Guerre mondiale.
Cela fait un petit moment déjà que je me sers des conseils  de cet écrivain gastronome qui, non seulement donne d’excellents conseils de méthode pour réussir les plats les plus compliqués, mais qui parsème ses recettes de petits dessins comiques très agréables.
Ses recettes ne sont pas faciles du tout car ce sont des plats de la grande cuisine française classique d’autrefois, ni plus ni moins ! Ce qui est facile, c’est la méthode pour les exécuter. car  les prétendus secrets de la Grande Cuisine ne sont que des faux problèmes. L’art n’est alambiqué qu’en apparence. Dès lors qu’on sait s’organiser, la recette la plus complexe s’exécute sans effort, quasi automatiquement. Et c’est en quoi ce livre permet aux ignorants dans mon genre de réussir d’emblée une centaine de  plats succulents.
Je ne résiste pas au plaisir de relever les noms de certains d'entr'eux que je n’ai pas forcément réalisés mais qui sonnent bien à mes oreilles et qui me font rêver. 
Chateaubriand Jacques-Cœur,
Estouffade de Cacharel,
Filet Charlemagne,
Bœuf Byron,
Coquillages en suçarelle,
Coquilles Saint-Jacques à la Reine Mathilde,
Gigot au pistou Mireille,
Paupiettes d’agneau à la Léon-Paul Fargue
Ses trois prescriptions impératives :
1) Disposer dans l’ordre les aliments, produits et ingrédients dont on aura à ses servir au fur et à mesure de la cuisson
2) Garder toujours la recette sous les yeux
3) Surtout ne pas tenter de la retenir par cœur pour l’exécuter de mémoire




Et maintenant , faires comme moi ! Essayez la recette du billet suivant : Rougets à la Barbey d’Aurevilly.
Je cuisine comme un chef sans y connaître rien de Jean Bruller dit Vercors
Les 101 plus fines recettes de la gastronomie française mises à la portée des personnes les moins expérimentées
(Christian Bourgois éditeur,1991, 293 p)

vendredi 23 juillet 2010

Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer


L’histoire : Oskar, neuf ans,  adore son père qui s’occupe beaucoup de lui alors que sa mère est beaucoup plus absente. Il lui fait la lecture le soir, répond à toutes ses questions même les plus farfelues, joue spontanément avec lui, bref c’est l’idylle entre le père et le fils jusqu’au fatidique 11 septembre 2001 où le père, qui travaille dans les tours martyres, disparaît après avoir laissé plusieurs messages au téléphone mais personne n’a répondu. Oskar ayant un peu traîné avant de rentrer est arrivé quelques minutes trop tard pour lui parler. Il ne peut se le pardonner et lorsqu’il découvre une clé spéciale laissée par son père avec le mot Black écrit en rouge comme seul indice, il se lance à la découverte des nommés Black de tous les districts de New York. Il apprendra ainsi  un tas de choses sur la vie, sur les gens, sur sa propre famille, sur lui-même. C’est comme un pèlerinage aventure, un voyage d’apprentissage à travers sa ville. A cela se greffe l’histoire d’amour de ses grands parents et tellement d’autres découvertes.
En feuilletant le livre :Dédicace de l’auteur à sa femme : « Pour Nicole, mon idée du beau »Mise en garde du livre de poche : « Dans l’édition première, les noms de couleurs étaient imprimés dans leur couleur correspondante et chaque nom propre avait une couleur déterminée. »  Dommage pour moi qui lis en Poche !
Livre très aéré, ludique, avec plein de photos, des pages blanches avec un seul titre ou une seule phrase,  des mots barrés ou entourés bref une grande liberté dans la présentation. 
Seul titre de chapitre : le premier, dès l’ouverture : « Hein quoi qu’est-ce ? » Il est écrit en français et les fautes sont délibérées selon les traducteurs.
Oskar,  le jeune héros narrateur de neuf ans possède ainsi tout un stock d’expressions françaises qu’il aime ressortir à tout propos. C’est un surdoué, angoissé et trop sensible, curieux de tout et très courageux. 
Mes réactions, c’est un livre foisonnant, passionnant, émouvant, déchirant mais  drôle aussi, nouveau, surprenant, amusant,  qui m’a comblée au point que j’en fais un coup de cœur absolu ! 

Je ne suis pas prête d’oublier ce petit bonhomme si particulier, si imaginatif, si obstiné, si aimant, si créatif… si … si… si… 


Jonathan Safran Foer, mon nouvel auteur favori après Tonino Benacquista et Nick Hornby, mes derniers chouchous  et parce que je suis curieuse des bureaux d'écrivains voici celui de J.S.Foer, (ICI)
Pour finir en fan exemplaire, quelques nouvelles de l'auteur.
Jonathan Safran Foer habite Brooklyn avec sa femme, la romancière Nicole Krauss et leur fils Sasha

Nicole Krauss
J'ai reçu ce livre  de Claire (aproposdelivres)dans le cadre du Swap  in' Follies de Manu et Amanda
Désolée mais trop de liens à mettre : j'abandonne!
Peut voyager
Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer
(Points, Editions de l’Olivier, 2006, 462 p)
Titre original : Extremely Loud and Incredibly Close
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jacqueline Huet et Jean Pierre Carasso.

jeudi 22 juillet 2010

Journal intime de Alma Mahler

Ce journal intime est composé à partir de vingt-deux carnets écrits à Vienne  par Alma Mahler (1879-1964) entre 1898 et 1902,  l’année de son premier mariage avec  le compositeur, à 24 ans.
Elle y évoque essentiellement les mouvements artistiques de la capitale autrichienne où débute la Sécession avec les peintres célèbres de l’art nouveau, Klimt, Khnopff, Puvis de Chavannes, Engelhart, Olbrich, Hoffmann, Bernatzik Elle parle aussi de composition musicale, de l’histoire et de ses amours avec Gustav Klimt, Alexander von Zelinsky et Gustav Mahler.
 C’est tout simplement passionnant et j’ai envie de tout noter !
Ainsi à la date du mercredi 21 décembre 1898 
"Réception cet après-midi. On a exposé le problème suivant:
"Pourquoi une femme n'a-t-elle encore jamais rien accompli en musique? Et là j'ai eu une idée qui a sidéré Krasny. Les femmes, prenons en exemple Rosa Bonheur (peintre animalière), Kaffmann (paysages), Vigée-Lebrun (portraits), ont , si je ne m'abuse,  toutes plus ou moins copié la nature...Il leur manque la force créatrice.
Quand je me souviens tout ce que mon père savait...Il était (et ce n'est pas moi qui le dis) un (Klimt) des hommes les plus intelligents et les plus spirituels  de son temps - et le rendait dans ses toiles. Les femmes écrivains...toutes décrivent des choses ayant trait à leur vie...avec justesse et naturel, oui, mais voilà...Du génie! Oui, du génie!"

                                             Alma Mahler en 1898, 19 ans, début du Journal

"Quant à la musique. C'est l'art  le plus difficile à comprendre,le plus imprégné d'intellect, et...il vient entièrement du cœur. Là, pas question de copier la nature -  on n'en sortirait pas des lieder qui imitent les chants d'oiseaux et la roue du moulin. Et moi...petite bonne femme, avec un cœur si petit et une cervelle encore plus petite, moi, je veux y accomplir quelque chose! - Bah!..."
Je continue ma lecture,  sans cesse arrêtée par des recherches sur des  personnes dont il est question et que je ne connais pas bien. Ce va et vient me prend du temps mais me passionne. Je découvre des lieux , des moments d'histoire, des fragments de vie, une ville passionnante, cette Vienne entre deux siècles, celle d'avant les grands bouleversements et les grandes guerres du XXe..
Cette lecture ressemble à un voyage en compagnie d'une femme passionnante.

Journal intime de Alma Mahler
Suites (1898-1902)
Traduit de l’allemand (Autriche) par Alexis Tautou
(Editions Payot &  Rivages, 2010, 301p)                                                                                       

mercredi 21 juillet 2010

Chute de vélo de Etienne Davodeau, la BD du mercredi

La couverture  est belle, toute simple: une rue de village déserte mais ensoleillée, avec son clocher, ses maisons basses, ses poteaux électriques  et ses trottoirs trop étroits. 
Vu le titre, on imagine qu’une personne à vélo va bientôt apparaître mais c’est une voiture familiale qui arrive dès la première page.
 Les parents remarquent que la maison en face de la leur est en travaux. Pendant qu’ils font le tour du propriétaire pour constater l’état de délabrement du jardin et de l’intérieur, les enfants s’ébrouent un peu partout et le petit dernier apprend à aller à vélo, sous l’œil protecteur de son père et celui, nettement plus narquois de ses frères et sœurs.
On comprend qu’ils sont venus pour vendre cette grande maison maintenant que la grand-mère a perdu la mémoire. Elle est là aussi pour quelques jours avant de retourner dans sa maison de retraite.
La vie s’organise entre les disputes et les jeux  des enfants,  les apéritifs entre amis, les discussions, les visites, tout ce qui fait la vie d’un petit village en été.
 On découvre peu à peu les secrets des uns et des autres. Le maçon qui s’est fait voler la photo de sa femme défunte, sans laquelle il ne peut plus vivre, Raphaël,l’ami paumé, qu’on aide et qui veut aider à son tour mais dont le secret concernant la famille est si lourd à porter ...
A la fin, les malheurs et les bonheurs de l’été sont passés, emportant les uns,  ramenant les autres. On ferme une dernière fois la maison, définitivement. On accroche le panneau de mise en vente et on s’en va.
La dernière image est celle de la couverture. La vie continuera ailleurs avec d’autres chutes et d’autres accidents aussi



Curieusement, les dessins ne se font pas particulièrement  remarquer. Ils servent l’histoire de façon efficace, voilà tout. Comme trop souvent j’ai eu du mal au début à différencier les visages des uns et des autres, des jeunes hommes ici surtout. Mais l’ensemble m’a plutôt bien plu dans sa relative simplicité. 
C’était une lecture agréable mais sans réelles surprises. Je m’attendais à mieux. 



Avec cette lecture, je participe au challenge BD de M. Zombi ainsi qu'au TopBd  de Yaneck
Les autres blogs participant à ces BD du mercredi : Valérie  Manu, 
 Mo' la fée,Mathilde,  Dolly Bienvenue à Hérisson08 pour sa première participation ici.
 Kikine LounimaEmmyne (bonnes vacances annoncées, reposez-vous bien!)
Si vous voulez vous joindre à nous,  surtout n'hésitez pas,  dites -le moi dans les commentaires.
  
Chute de vélo par Etienne Davodeau
(Aire libre, Dupuis, 2004, 80 p)

mardi 20 juillet 2010

Made in China de J.M. Erre

Est-ce un récit interactif? Oui,  dit l’auteur, page 136  et  dans ce cas il peut se terminer à la page 138 ou à la page 203.  N’est-ce pas plutôt une parodie de ce genre de récits ludiques,  avec la série de chapitres supplémentaires à la fin : "Les bonus du roman",  "Résumé",  "Que sont-ils devenus?",  etc.
Toussaint Legoupil, au nom si français, est en réalité un jeune homme de vingt-cinq ans, à la peau noire, né à Chengdu,  en Chine, puis adopté dans un couvent de religieuses (pas très)  catholiques par des parents français, aimants mais bizarres, Mado et Léo,  très impliqués dans la vie de leur village.
L’histoire commence avec l’envie pressante pour Toussaint de découvrir sa véritable identité. Pourquoi est-il un Chinois noir ? Qui sont ses parents biologiques? Le sujet est grave mais attention : «Un vrai héros n’urine pas», lit-on dans un des livres dont s’inspire l’auteur qui se présente comme un  non-écrivain, («Ecrire un roman? Fastoche!», page 112)
Le récit est émaillé de ces petites remarques ironiques en bas de page qui montrent bien que ce n’est pas un roman tout à fait sérieux. Il y a de la dérision dans l’air! Beaucoup de dérision même! 
Les zygomatiques de mes copines blogueuses ont bien fonctionné pendant leur lecture,  selon leur propre aveu. Elles ont toutes beaucoup aimé ce livre!
Voici d’ailleurs les adjectifs qui lui sont accolés.
Clair, limpide, vivifiant, drôle, sympathique, effronté, impertinent, élégant, léger, ludique, joyeux,  cocasse, fantasque, génial, hilarant, burlesque,  grotesque,  truculent, distrayant, déjanté, loufoque…
J’ajouterai pour ma part: fatigant! 

De le résumer ainsi par ce seul adjectif me déprime ! J’aurais tant voulu me joindre au cortège de louanges déjà données mais je n’y peux rien : ce livre m’agace plus qu’il ne me séduit. Et je n’en suis qu’à la moitié.
 Que faire? J’abandonne ou je continue ?
Solution 1 : j’abandonne et je termine mon billet ainsi!
 L’histoire a fini par m’ennuyer car finalement elle n’est qu’un prétexte à des épisodes  d’anthologie  je le reconnais, mais ce  sont  comme des pépites dans un grand n’importe quoi de clichés dérisoires mis bout à bout, une succession de jeux  d’esprits, de bons mots, de réflexions surprenantes, de pirouettes savoureuses, de métaphores carabinées qui , de sympathiques au début,  deviennent vite lassantes car trop nombreuses, trop systématiques. 

Solution 2) Je continue et voilà que la fin commence à m’intéresser...juste quand le roman se termine, semble-t-il et que brusquement le récit reprend, page 207, avec le bonus !
Et c’est là que je finis par me dire :
"Hummm ! Finalement, c’est pas si mal!' Alleluia!


Quelques passages qui donnent le ton du livre.
1)  A un moment de l’histoire, Toussaint a le choix entre trois portes, celle de  l’Enfer,  celle du Purgatoire ou celle du  Paradis. (note en bas de page : «Lecteur impliqué, intérêt relancé»)
Enfer
«Cher lecteur, rappelons que Toussaint est seul, perdu dans un étrange orphelinat, abandonné par une bonne sœur à roulettes. Il a monté plusieurs centaines de marches, il est fourbu et blessé et on lui donne le choix entre le Paradis, le Purgatoire et l’Enfer. Et vous cher lecteur, il vous semble logique qu’il va choisir l’Enfer?
Pourquoi voulez-vous du mal à ce pauvre garçon ?
Pourquoi cette attirance pour l’Enfer?
Cher lecteur, est-ce que tout va bien dans votre tête?»

2) Toussaint s’apprête à subir une expérience inoubliable avec un panda.
« Pendant ce temps, à Croquefigue-en-Provence …
_ Grand Maître Jean-Marius?
_ Oui, fidèle compagnon du MINOU?
_ Je voulais vous dire que les sirènes du phare d’Alexandrie chantent encore la même mélodie.
_ C’est très bien, Saint Cloclo est fier de toi. Mais tu devrais peut-être prendre un peu de repos, non?
_ J’ai plus d’appétit qu’un barracuda!
_ Je vois…
_ Je boirai tout le Nil si tu n’me retiens pas!
 D’accord…Voilà ce qu’on va faire : tu vas prononcer un vœu de silence pendant quelques mois. Ça nous fera des vacances."


Autres billets : Pickwick, Clara Keisha,  Clarabel, Cuné,  Gwenaëlle, Biblioblog (avec interview de l'auteur) , Tinusia, 
Peut voyager

Made in China de J.M.Erre
(Buchet-Chastel, 2008, 221 p.)

lundi 19 juillet 2010

Chatsworth, le Pemberley de Darcy ou l' amical palais de Deborah Devonshire, la dernière des sœurs Mitford


Pendant plus de la moitié de sa vie, Deborah Devonshire, duchesse du lieu par mariage, la dernière des sœurs Mitford,  a vécu à Chatsworth, le Versailles anglais, où se croisent historiens d’art, enseignants, conférenciers, archivistes,  comptables, plombiers, électriciens, menuisiers, couturières, femmes de ménage, vigiles, gardiens de nuit, pompiers, plus un photographe, un responsable de l’argenterie et un informaticien.  (source : La châtelaine anglaise déménage de Deborah Devonshire)





 En 1687, l'architecte William Talman a reconstruit le château dans un esprit baroque et en a fait la première des country houses d'Angleterre. Le château, ouvert au public, contient d'importantes collections de mobilier et d'objets d'art ainsi que des toiles de maître, dont la première version des Bergers d'Arcadie de Nicolas Poussin.




 Chatsworth est apparu récemment dans le film Orgueil et Préjugés (2005) sous le nom de Pemberley, la demeure du riche Mr Darcy. On dit même que Chatsworth a  inspiré Jane Austen dans l'écriture de son roman."Orgueil et Préjugés" En plus de l'extérieur, deux chambres ont été utilisées pour le tournage, le grand escalier du Painted Hall et la Galerie des sculptures, où l'on peut voir, comme dans le film, le buste de Mr Darcy (source Wikipedia)


Désormais, la duchesse a quitté cette maison pour aller s’installer à quelques centaines de mètres, dans l’ancien presbytère d’Edensor.

Noël à Chatsworth
A XVIIIe et XIXe siècles, Noël passait presque inaperçu à Chatsworth car il n’y eut pas d’enfants Cavendish en ses murs pendant près  d’ub siècle. La vie reprit possession des lieux au début du XXe siècle quand le théâtre, nouvellement restauré, accueillit des spectacles maison d’un genre très sophistiqué.Chasseurs professionnels et acteurs ammateurs s’y produisaient à l’époque où Edouard VII et la reine Alexandra étaient régulièrement les hôtes d’honneur des chasses du huitième  duc de Devonshire et de son épouse allemande.
En 1908, Victor Cavendish, neuvième duc, s’installa à Chatsworth avec Evelyn et leur nombreuse progéniture. Avec leurs vingt et un petits enfants, les noëls des années vingt et trente furent mémorables.
Les parents arrivaient avec femmes de chambre et valets de piedn les enfants avec leurs nurses, leurs palefreniers et leurs poneys – le lendemain de Noël, ils chassaient avec la meute des High Peak. Certaines des nourrices avaient une conscience aiguë du rang des enfants dont elles avaient la charge. …elles réclamaient les plus belles pièces de la nursery, déjà occupées par les cousins Stuart, arrivés plus tôt. Nanny insistait tant que lesdits cousins étaient délogés au profit des filles Cavendish, toujours privilégiées.(Extrait du livre de  Deborah Devonshire, :"La châtelaine anglaise déménage")

La châtelaine anglaise déménage de Deborah Devonshire, Par la dernière des sœurs Mitford

Deborah Devonshire est la dernière des célèbres sœurs Mitford dont j’ai eu tant de plaisir à lire la biographie par Annick Le Floc'hmoan. Elle a désormais 90 ans et elle publie un livre de souvenirs, de ses longues années passées dans le palais de Chatsworth, dans le Devonshire dont elle est devenue la duchesse par son mariage jusqu’aux funérailles de John Kennedy, son beau-frère.
Nancy Mitford, sa sœur, la romancière nettement plus âgée, l’appelait toujours  "Neuf", car elle ne lui donnait pas plus de neuf ans d’âge mental. L’humour, l’ironie, le goût des farces et des jeux de toutes sortes restent des traits dominants de cette famille avec une forme certaine d’extravagance et d’excès dans leurs opinions. L’une fut, dit-on, une maîtresse d’Hitler, une autre fut une communiste très active aux Etats-Unis, pendant le maccarthysme, Nancy fut l’amie proche de Gaston Palevski,, à Paris.

Dans ce livre la narratrice raconte des moments forts de sa vie : la venue de Stella Tennant, sa petite fille mannequin, avec toute une troupe de couturiers,  d’assistants et de photographes, les nombreus intendants  du palais, tous plus singuliers les uns que les autres, les mille et une scènes qui occupent ce petit coin de la campagne anglaise où elle vit désormais dans l’ancien presbytère.
C’est drôle, c’est enlevé,. On dirait une conversation légère autour d’une table, entre amis  toujours de bonne humeur, à la dent dure parfois. J’ai bien aimé.
Mon père était un lecteur on ne peut plus judicieux. Il n’avait lu qu’un seul livre, "Croc-Blanc ";. Il l’avait tellement apprécié qu’il n’en avait jamais ouvert un autre, certain qu’aucun roman n’aurait pu être aussi parfait. (…)
A l’époque, tout le monde parlait de la romancière Elinor Glyn. J’ai soudain entendu notre invitée, qui cherchait désespérément un sujet de conversation pour rompre le silence,demander à mon père :
« Lord Redesdale,avez-vous lu ‘Trois Semaines ?» 
Il foudroya la convive du regard ;
« Je n’ai pas ouvert un livre depuis trois ans ! » 
Il exagérait car cela faisait vingt ans qu’il avait lu ' Croc-Blanc". 

Merci à Cathulu pour ce livre 
La châtelaine anglaise déménage de Deborah Devonshirepar la dernière des sœurs Mitford (Payot, 2009, 149 p) Traduit de l’anglais par Jean-Noël Liaut

dimanche 18 juillet 2010

Les cloches de Guillaume Apollinaire, dimanche poétique


Mon beau tzigane mon amant
Écoute les cloches qui sonnent
Nous nous aimions éperdument
Croyant n'être vus de personne


Mais nous étions bien mal cachés
Toutes les cloches à la ronde
Nous ont vus du haut des clochers
Et le disent à tout le monde


Demain Cyprien et Henri
Marie Ursule et Catherine
La boulangère et son mari
Et puis Gertrude ma cousine


Souriront quand je passerai
Je ne saurai plus où me mettre
Tu seras loin Je pleurerai
J'en mourrai peut-être

 Les cloches  (Alcools) de Guillaume Apollinaire
Tableau de Max Chagall (1887 - 1985)

samedi 17 juillet 2010

Juliet, Naked de Nick Hornby

En quinze chapitres et 313 pages, Nick Hornby fait vivre  trois personnages que je n’oublierai plus tant ils sont bien campés et vivants : Duncan,  le prof à la mentalité d’éternel ado, obsédé par sa passion pour Tucker Crowe,  un chanteur de rock mythique mais qui ne chante plus depuis plus de vingt ans  et Annie, en couple avec Duncan depuis quinze ans mais qui ne l’aime plus et qui se rapproche du chanteur par le plus grand des  hasards
Le récit commence par un voyage à Minneapolis sur les traces du chanteur,  dans les toilettes d’un bar où il a décidé de ne plus jamais chanter ni composer d’autres musiques pour se terminer à Goolenesse, dans une petite station balnéaire du nord de l’Angleterre où vit le couple de fans qui se sépare bientôt par lassitude et divergences de vue concernant  la dernière sortie de Juliet,  le chef d’œuvre  de Tucke.  Annie écrit son désaccord sur le site de Duncan et elle reçoit une réponse du musicien.
Ils s’écrivent,   finissent  par se rencontrer,  s’apprécier, se réfugier dans la maison d’Annie pour fuir la nombreuse famille recomposée de Tucker.
Sur cette base se greffent  toutes les digressions  habituelles de l’auteur sur la musique  de rock et le monde des musiciens des années 70, sur l’instabilité des couples,  sur la futilité des occupations des uns et des autres, sur l’ennui et les rêves non réalisés, sur la fuite du temps et la peur de la mort. L’humour, l’absurdité des situations et des réactions des personnages, les communications virtuelles, la solitude, les malentendus et les silences pesants, tout me plaît dans ce livre.
J’avais déjà beaucoup aimé High fidelity et celui-ci ne m’a pas déçue non plus, au contraire !

En ont parlé: Cuné Kathel Cathulu, Cécile, Cocola, Fashion, Keisha,Theoma , Clara, Tamara, Ys, Ankya, Hérisson 08, Lili Galipette, Aifelle,

Juliet, Naked de Nick Hornby
(10/18, grand format, 2009, 313 p), 
Traduit de l’anglais  par Christine Barbaste.

vendredi 16 juillet 2010

La hache, le koto et le chrysanthème de Seishi Yokomizo

En 1949,  dans le Japon d’après guerre, alors que de nombreux soldats  ne sont toujours pas rentrés  chez eux,  un drame se noue dans la famille Inugami dont le  patriarche se meurt, le fondateur de l’ empire de la soie japonaise. Sa vie a été dure et longue et son testament sera explosif., si terrible et vengeur pour ses héritiers  que le clerc de notaire, par acquit de conscience, écrit  au célèbre détective Kindaichi Kosuke pour lui demander d’intervenir au plus vite.  Il prévoit en effet  des meurtres à répétition à la suite d’un tel testament.  Et il n’a pas tort
Sans avoir jamais été marié, le mourant  laisse  trois filles de trois femmes différentes qui convoitent toutes son héritage pour leur fils unique. Mais il ne l’entend pas ainsi  et  donne tous ses biens à  Tamayo, la petite fille de son ancien bienfaiteur à condition qu’elle épouse avant trois mois un de ses petits fils.
Dès lors les meurtres, les trahisons, les usurpations d’identité vont se succéder dans un paysage et une maison de rêve, au bord d’un lac, dans une campagne des plus paisibles.
Le rythme est intense, pas de temps mort, on va de surprises en surprises, dans un pays plus moderne qu’il n’y paraît, malgré les traditions et les allusions aux croyances passées.  La hache, le koto (qui est un instrument de musique à cordes)  et le chrysanthème  est le titre français qui évoque trois des meurtres, trois façons de mourir, trois cadeaux précieux aussi.
J’ai  beaucoup aimé ce qui est mon premier roman policier japonais.
Ce billet est aussi ma première participation au Challenge sur le Japon de Choco: In the mood for Japan
La hache, le koto et le chrysanthème ---- Seishi Yokomizo
(Denoël; Collection: L’Imaginaire, 1976, 364 p)
Traduit du japonais par Vincent Gavaggio: The Inugami family