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jeudi 8 mai 2014

La duchesse de Bloomsbury Street, Helene Hanff


Je n’ai pas lu 84,Charing Cross Road, mais j’ai vu le film  de David Hugh Jones avec Anne Bancroft et Anthony Hopkins que j’ai beaucoup aimé ; C’est ainsi que j’ai connu Helene Hanff, cette lectrice bibliophile new yorkaise si déterminée, un peu bougon mais généreuse et très attachante.  

Dans ce second livre, Helene Hanff décide de se rendre à Londres, en  juin 1971, pour découvrir cette ville qu’elle ne connaît pas encore. Elle désire aussi rencontrer la veuve  et la fille du libraire auquel elle a si  longuement écrit  et plein d’autres  connaissances  encore  qui l’accueilleront durant son séjour.

Ce livre est le journal de  ses découvertes  londoniennes. C’est très intéressant et drôle car Helene Hanff n’a rien de la touriste ordinaire. Elle a ses lieux de prédilection essentiellement dus à ses lectures  Elle s'y montre excentrique,  passionnée, maladroite, impatiente, pas toujours facile à vivre mais  possédant un humour bien  particulier  très  souvent incompris d'ailleurs ainsi qu'un dynamisme à toute épreuve malgré ses accès d'hypocondrie.  
Je l’ai  beaucoup aimée.

Voici pourquoi, bien que lisant constamment, elle n’a pas lu autant de livres qu’on pourrait le croire.  J’ai adoré ce passage.
 Un jour, à l’âge de dix-sept ans, je suis allée à la bibliothèque de mon quartier pour y rechercher des livres consacrés à l’art d’écrire, et j’ai découvert cinq volumes rassemblant des conférences qu’il avait données sur ce thème à ses élèves de Cambridge. (il = Arthur Quiller-Couch, écrivain et professeur de littérature. Elle a toujours affirmé  lui devoir sa passion pour les livres.) Je me suis dépêchée de rentrer, le premier volume sous le bras, et je m’y suis plongée sans attendre. Page trois, premier obstacle. Q s’adressait à de jeunes étudiants, formés à Eton et Harrow. Il tenait donc pour établi que ses élèves – y compris moi - avaient lu Le Paradis perdu et par conséquent qu’ils comprendraient son analyse de «l’invocation à la lumière», du livre IX. J’ai alors décidé de m’arrêter à ce passage et je suis retournée à la bibliothèque chercher un exemplaire du Paradis perdu.Une fois à la maison, j’ai commencé à le lire. Page trois, nouvel obstacle: Milton tenait pour acquis que je connaissais la version chrétienne du livre d’Isaïe et le Nouveau Testament, et que Lucifer ou la Guerre au Ciel n’avaient aucun secret pour moi, mais comme je suis juive tel n’était pas le cas. J’ai donc décidé d’emprunter une Bible et de combler mes lacunes avant de lire Le Paradis perdu et de retrouver Q à la page trois. Page quatre ou cinq, je suis tombée sur deux citations, l’une, courte, en latin, l’autre, longue, en grec. J’ai alors fait passer une annonce dans la Saturday Review afin de trouver quelqu’un pouvant me donner des cours dans ces  deux langues et je me suis replongée dans Q en attendant.(…) Si bien que  d’une chose l’autre, et comptant une moyenne de trois obstacles par semaine, j’ai mis onze ans à lire ces cinq volumes de conférence dans leur intégralité. (p. 73-74)
 Plus loin (p.150_151)
J'ai toujours  tellement honte en découvrant combien certaines personnes sont cultivées alors que, par comparaison, je suis si ignorante. Si vous découvriez la liste de livres célèbres et d'auteurs que je n'ai jamais lus, vous n'en croiriez pas vos yeux. Mon problème est très simple:  pendant que les  autres lisent cinquante livres,  je relis cinquante fois le même ouvrage. Je m'arrête seulement lorsque, arrivée au bas de la page 20,  je suis capable de réciter par cœur les pages 21 et 22.  Alors je le mets de côté l'espace de quelques années. 
Rude lectrice! 
A lire! 
La duchesse de Bloomsbury Street, Helene Hanff
(Payot, 1973/2002, 190 p.) Traducteur: Jean-Noël Liaut

samedi 20 avril 2013

Journal d'un raté, Edouard Limonov


Le journal d’un raté a été écrit  par Edouard Limonov alors qu’il venait d’émigrer, à 34 ans,  en 1975,  de la  Russie  à New York. 
Pour gagner sa vie, il faisait un peu tous les métiers,  de correcteur dans un journal russe à  valet de chambre chez un millionnaire, en passant par garçon de café, cuisinier, docker, terrassier, etc. 
Solitaire, il écrit de  courts textes très variés sur  ses observations de la  journée, ses remarques sur la société, ses souvenirs, ses pulsions sexuelles,  son besoin de révolte. Il se donne le rôle du vaurien, fier de ses fantasmes  de marginal exilé et  piégé par une nouvelle société qui le rejette et qu’il vomit à son tour.
Ce sont ces  textes non datés  qui ont été publiés en tant que roman,  en 1982, en France où il vivait désormais, puis édités  à nouveau  en 2011 à la suite du succès du livre d’Emmanuel Carrère sur sa vie:  Limonov.
Le premier est une citation de l'Encyclopedia Britannica concernant les ratés:
Parmi les peuples s'installent généralement des ratés. La grande et vaillante tribu des ratés est disséminée sur toute la terre. Dans les pays anglo-saxons, on les appelle communément des "losers", c'est-à-dire des perdants. (...)
A signaler un de leurs traits caractéristiques: les hommes et les femmes de cette tribu qui réussissent renient facilement leurs congénères, ils adoptent les us et coutumes du peuple au sein  duquel ils ont fait fortune, et plus rien ne vient alors rappeler qu'ils appartinrent une fois à la glorieuse tribu des ratés. 
Pas question de juger l’homme qui se présente ici: je le détesterais dans la vie courante, très certainement et  c’est ce qu’il recherche, de toutes façons: la haine, le rejet, la mise à l’écart tout en aspirant  à être admiré et exemplaire dans le rôle qu’il s’est choisi en littérature: celui du marginal révolté et rageur, poète maudit à ses heures, tenté par un destin politique  actif et extrême.
Ayant lu ce livre le jour des explosions de Boston, je ne peux éviter ce rapprochement. Violence et carnage. Haine et destruction. L’horreur absolue.
C’est le paradoxe avec ce livre. Je ne sais pas la part du réel dans ce qui est raconté ici, dans ce  qui se nomme journal mais aussi roman.
Pour l'apprécier je dois éloigner les aigreurs morales qui me montent aux lèvres, accepter les outrances  pour ce qu'elles se présentent et m'évoquent avant tout: une ardeur  poétique basée sur la noirceur, le sexe, la violence. Ça brûle et ça glace à la fois. Une beauté diabolique en somme. 
J'ai trente-quatre ans et je suis fatigué des relations humaines 
J'ai un physique agréable, mais je mords. Attirant et venimeux. Des gens comme moi, il faudrait les fusiller, qu'ils n'aillent pas répandre leur venin. Les Etats ont bien raison, ils s'y prennent même trop tard, il faudrait abattre préventivement les êtres capables de détruire. Je suis un chien enragé.
Pour finir, c'est un de ses derniers textes que je veux surtout retenir, sur la meilleure façon de mourir.
Il faut affronter la mort avec fermeté et en beauté. Posant, provoquant, plastronnant, comme à la fête. Il vaut mieux en sourire.
Il le faut, qu'on le veuille ou non, qu'on sache ou pas. Les genoux qui flageolent? Calme-les, bouge un peu, que ça ne se voie pas , et si les larmes te viennent, esclaffe-toi, qu'on croit que c'est du rire.
La mort est l'affaire la plus grave. Il faut s'y préparer. Une mauvaise mort peut gâcher la vie la plus héroïque. Si notre naissance ne dépend pas de nous, notre mort, si. L'hystérie, la précipitation sont à déconseiller.
Il faut de la mesure. De toute façon on s'en ira. Mais on n'en a jamais envie. 
Alors va t'en soit avec un air important, sec, mesuré, ou bien mieux, disparais en voyou, en sifflant et en jetant: "Putain d'ta mère!"
Journal d'un raté, Edouard Limonov, Roman, Traduit du russe par Antoine Pingaud,  (Les grandes Traductions, Albin Michel, 1982, 280 p.)

vendredi 19 avril 2013

Un avant-goût de Limonov - Journal d'un raté


Limonov, né en 1943, est un écrivain franco-russe et dissident politique, fondateur et chef du Parti national-bolchevique.
Truand à Kharkov, poète à Moscou, sans-abri puis domestique à New York, écrivain et journaliste à Paris, soldat en Serbie, dissident puis prisonnier politique dans l'ex-URSS, Limonov est candidat à la présidentielle russe de 2012.
Selon Emmanuel Carrère, son biographe,  Sa vie symbolise bien les rebondissements de la seconde partie du xxe siècle. (source Wikipedia)
Journal d'un raté, Edouard Limonov, Roman, Traduit du russe par Antoine Pingaud,( Les grandes Traductions, Albin Michel, 1982, 280 p.)
J’ai toujours été pauvre. J’aime être pauvre, ça fait artiste,  bohème. Être pauvre,  c’est beau. Et comme vous savez,  je suis un esthète. Il y a une tonne d’esthétisme dans la pauvreté.  (p.68)Je voudrais parler du velours et de ses tons.Je voudrais éprouver les sensations d’Hélène alors que, venant de trahir son mari Edouard Limonov, elle rentrait chez elle à travers New York et que le soleil se couchait au même moment.  (p.69)

Concerto pour murmure et orchestre
Je baise ma Révolution russe

Ses boucles blondes et moites de poupon
Qui s’échappent de sous son béret de marin
Ou de sa chapka  de soldat.
Je te pleure à New York. Dans la ville des vents humides de l’Atlantique. Où s’épanouit sans borne la vermine. Où des esclaves servent leurs maîtres, qui sont des esclaves aussi.
Et chaque nuit… moi,  dans mon hôtel sordide… seul, russe, imbécile… je rêve sans cesse à toi, c’est à toi que je rêve, sans cesse.
Toi qui péris innocente en son jeune âge, belle, souriante, pleine de vie. …Tes mains meurtries sur la sangle de la mitraillette… toi qui parlais russe…la Révolution… mon amour! (p.70)

En attendant le billet que je prépare .

jeudi 31 mars 2011

Stendhal et Britannicus Journal


Vendredi, 8 germinal (29 mars) 1805
 « Britannicus » m’a fait au théâtre la même impression qu’à la lecture : bavardage éternel et élégant. Talma a joué médiocrement jusqu’à la scène avec sa mère. Là et dans le reste, il a été frappant de naturel. La bonté des rôles ne fait rien, ce me semble, au talent d’acteur,  j’entends un mauvais rôle dans ma tête aussi bien joué qu’un bon.Le débutant, figure plate, a les gestes de Talma, très médiocre dans la tragédie, sans voix. Un peu meilleur dans la comédie. Benjoin est sifflée, ainsi que Desprès. C’est, je crois, la première fois que j’ai vu « Britannicus » ; cette pièce m’a fatigué, ennuyé, pesé.
 Stendhal  Journal Œuvres intimes, édition d'Henri Martineau,  (Bibliothèque de la Pléiade)  Site des Manuscrits de Stendhal

mardi 29 mars 2011

Journal de Jules Renard 1887-1910 ; Premiers jours de printemps, derniers jours de mars


Jules Renard (1864-1910) a tenu son journal très régulièrement  pendant les 22 dernières années de sa vie de 1887 à 1910. Il est mort à 46 ans. 

Il m’est difficile, voire impossible, de  lire ce gros volume au jour le jour, comme s’il s’agissait d’un roman  alors je picore de temps en temps  ici et là et je l’oublie le plus souvent sur son étagère. 
C’est pourquoi, à l’occasion d’un rangement, je l’ ai ressorti pour ne lire que  ses notes anniversaires  des débuts de printemps, écrites chaque  fin du mois de mars. 
En voici quelques-unes..

31 mars  1890
Défiez-vous des sceptiques à outrance : ils sont capables de juger bien sévèrement vos moindres actions 
 30 mars 1891
C’est tout de même drôle  que je ne puisse pas lire  sans bâiller deux pages de Thackeray, dont j’ai l’humour, paraît-il.
1er avril 1891:
Renoncer absolument aux phrases longues,  qu’on devine plutôt qu’on ne les lit.
13 mai 14892
Ne jamais rien faire comme les autres en art ; en morale faire comme tout le monde. 
29 mars 1894
Notre amitié ne pouvait pas durer : nous nous sommes trop vidés l’un l’autre. 
31 mars 1896:
Hier soir, dîner de « La Nouvelle Revue »._ Georges Hugo,le masque et la carrure de son grand-père. Débute dans la littérature aujourd’hui même par les « Récits d’un matelot ». On pourrait remplir un petit volume de toutes les banalités que fera dire ce début.
29 mars 1897 :
Oui, oui ! Elles est si bonne ! Et c’est pour faire croire qu’elle a le cœur sur les lèvres qu’elle se met du rouge.
29 mars 1898 :
Dîner chez Capus ; Décidément, Guitry est un homme à part. Il a une façon discrète de charmer. Il raconte ses histoires en ayant l’air de s’excuser de les raconter encore. 
27 mars 1899 :
A la Gloriette. Les oiseaux semblent coudre les uns aux autres, avec le fil de leur vol,  tous les arbres du bois.
29 mars 1904 :
La Gloriette. Premières fleurs .La primevère des jardins qui s’ouvre en jaune et s’achève en rose. 

Boutons. Des fleurs aux ailes collées. Toute la nature a la rougeole.

La branche : un doigt qui se tend aux oiseaux. 
1er avril 1907 :
Mme Zola veut entrer au Panthéon comme Mme Berthelot. Elle est allée trouver Picquart. Elle a dit : "Emile n’y entrera pas sans moi."
8 avril 1907 :
J’ai une mémoire admirable: j’oublie tout! C’est d’un commode !...C’est comme si le monde se renouvelait pour moi à chaque instant ! »
Jules Renard, Journal (1887-1910), Bouquins, Robert Laffont, 1990, édition présentée et annotée par Henry Bouillier,professeur à la Sorbonne. ,novembre 2000,  (999p. + Index)

lundi 14 février 2011

Un été dans la Sierra de John Muir, Challenge "Nature writing"

«Un été dans la Sierra » raconte l’expédition entreprise par l’auteur  en 1869, vers la Yosemite Valley, en Californie  centrale, pour accompagner un   berger à  l’occasion de la grande transhumance de son troupeau vers les sources fraîches et vertes des vallées de haute montagne. Il note tout ce qu’il voit et c’est ce journal qui nous est donné à lire ici.
C’est un émerveillement  pour lui, bien sûr, mais aussi pour le lecteur tant  il réussit à  faire partager sa joie de découvrir pour la première fois des paysages  aussi  majestueux,  beaux et  encore intacts.
Je craignais de m’ennuyer au bout d’un moment puisqu’il ne s’agit que de découvrir une nature encore peu connue et quasi vierge de toute industrie,  qu’elle soit touristique ou autre. Je redoutais les descriptions trop nombreuses mais,  emportée par la prose  à la fois inspirée, simple  et vivante de John Muir, un homme très attachant, j’ai lu ce livre dans le même émerveillement que le narrateur l'a écrit. 
Michel Le Bris a raison de louer son style comme étant  «d’une grande sûreté, précis, sans effets de rhétorique,où la poésie, l’émotion, naissent de l’extrême netteté du rendu – le tout porté par une joie intérieure, une vitalité,le sens aigu que tout, montagnes et glaciers est en évolution constante, donnant à ses études les plus scientifiques des airs de récits d’aventures.»
Chaque journée de cet été-là  avait été comme un chant de grâce: "Aussi longtemps que je vivrai, j'entendrai les chutes d'eau, le chant des oiseaux et du vent, j'apprendrai le langage des roches, le grondement des orages et des avalanches et je resterai aussi près que possible du cœur du monde. Et qu'importe la faim, le froid, les travaux difficiles, la pauvreté!"
Un été dans la Sierra de John Muir traduit de l’américain par Béatrice Vierne,(Éditions Hoëbeke, 1997, 231 p. Préface de Michel Le Bris)
C'est ma deuxième participation au challenge Nature Writing de Folfaerie que m'a fait connaître Keisha. 

lundi 25 octobre 2010

Journal d'écrivain ou contre-journal? Au hasard et souvent , par Sébastien Lapaque


Il s’agit d’un journal d’écrivain disait la quatrième de couverture et parce que j’y ai cru, je me sens trompée maintenant. En réalité c’est ce que j’appelle un livre fourre-tout, le rassemblement de ce qu’on peut écrire ici et là, sur tout et sur rien au fil des jours, pendant une année, ici 2009. Ce sont des petits textes très inégaux.  J’en ai aimé certains et d’autres pas du tout si bien que je n’ai pas lu ce livre comme un volume ordinaire mais comme on feuillette un magazine, au petit bonheur la chance, de gauche à droite, de droite à gauche  aussi parfois,   au hasard et comme il n’y a pas de table des matières, impossible par conséquent de choisir les thèmes! Aucun guide!  Pas de titres non plus,  ni de dates au début des chapitres! Pauvre lecteur   abandonné dans la brousse des pages noires et blanches! Qu’il se débrouille! Tant pis pour lui s’il est perdu au milieu des réflexions d’un auteur qu’il ne connaît pas ou peu,  juste ce qui est écrit au dos du livre :

 Romancier et essayiste, Sébastien Labaque a déjà publié chez  Actes Sud  plusieurs livres dont «Georges Bernanos encore une fois». Ce n’est qu’à la dernière page que j’apprends  que l’auteur tient un bloc-notes publié chaque semaine dans «Témoignage chrétien» et qu’il s’agit là de la matière principale du livre avec ajout de souvenirs de lectures et d’articles parus  dans le Figaro littéraire. 
Un pot-pourri en somme
Un contre-journal dit l'éditeur, conçu dans l'actualité,  enrichi de réflexions, voyages, lectures, digressions, conversations et sautes d'humeur, irrigué par une pensée anticapitaliste, une foi et un engagement d'anarchiste chrétien.
Fatigant! Je me suis intéressée à  quelques passages mais à force de sauter d’une idée à l’autre, sans lien entre elles, je me suis très vite lassée!  
Pourtant j'aime beaucoup le principe même du journal tenu par une personne qui écrit bien et qui a des choses à dire; celui de Nabe, de la vraie dynamite , restant pour moi une référence absolue, non pour ses idées que je ne partage pas mais pour son audace et son talent  littéraire!
Je me souviens d’une collection,  au Seuil, qui sortait le journal d’un écrivain chaque année entre 1990 et l’an 2000 et j’avais trouvé cela passionnant car chaque auteur s'y impliquait vraiment  et je retrouvais  dans l’ordre chronologique les faits marquants d’une actualité que j’avais vécue moi-même. J’ai lu ainsi  d’un bout à l’autre le journal de Michel del Castillo
L' Adieu au siècle, journal de l'année 1999 ainsi que celui de Philippe Sollers L'année du tigre , journal de l'année 1998,  et de  quelques autres. Mais ici, ce n’est pas le cas, c’est décousu et en fin de compte malgré toute ma bonne volonté, je n’ai fait que picorer. 
J’ai apprécié le passage concernant La Princesse de Clèves, et l’évocation des foulards jaunes arborés par les enseignants qui manifestaient au Panthéon pour marquer leur attachement à ce roman que le Président de la république considérait comme l’exemple même du savoir inutile exigé des fonctionnaires.  Pourquoi un foulard jaune ? Parce que le jaune est une couleur qu’affectionne la princesse de Clèves.  M. de Nemours avait du jaune et du noir ; on en chercha inutilement la raison. Mme de Clèves n’eut pas de peine à le deviner : elle se souvint d’avoir dit devant lui qu’elle aimait le jaune.
J’ai aimé aussi cette réflexion sur le certificat d’études
C’était l’honneur des enfants de paysans, d’ouvriers et de petits employés fiers de s’être haussés, au terme de leurs études primaires, à un niveau de maîtrise de l’orthographe, de la grammaire, de la rédaction, du calcul, de l’histoire-géographie etr des sciences qui allait leur permettre de trouver un métier. Derrière le certif, il y a l’idée que tout salut personnel et national  vient de l’instruction. 
J'ai aimé d'autres passages encore ( Les pages sur Port-Royal me plaisent infiniment)  mais c'est le principe même du livre que je n'aime pas, trop décousu, sans lien entre les textes et surtout sans véritable  réflexion sur l'absolu, qui serait pourtant, selon l'auteur,  la seule chose qui donnerait un sens à la vie...dans le monde qu'on nous prépare, un monde de cinquantenaires à Rolex au poignet et à jolie fille au bras où nous allons mourir d'ennui..
Dommage!  Il aurait juste  fallu un peu plus d'exigence dans la présentation et d'attention envers les  lecteurs  pour que ce recueil devienne agréable à lire!
Au hasard et souvent , par Sébastien Lapaque, Actes Sud, 2010,  174 p.

jeudi 22 juillet 2010

Journal intime de Alma Mahler

Ce journal intime est composé à partir de vingt-deux carnets écrits à Vienne  par Alma Mahler (1879-1964) entre 1898 et 1902,  l’année de son premier mariage avec  le compositeur, à 24 ans.
Elle y évoque essentiellement les mouvements artistiques de la capitale autrichienne où débute la Sécession avec les peintres célèbres de l’art nouveau, Klimt, Khnopff, Puvis de Chavannes, Engelhart, Olbrich, Hoffmann, Bernatzik Elle parle aussi de composition musicale, de l’histoire et de ses amours avec Gustav Klimt, Alexander von Zelinsky et Gustav Mahler.
 C’est tout simplement passionnant et j’ai envie de tout noter !
Ainsi à la date du mercredi 21 décembre 1898 
"Réception cet après-midi. On a exposé le problème suivant:
"Pourquoi une femme n'a-t-elle encore jamais rien accompli en musique? Et là j'ai eu une idée qui a sidéré Krasny. Les femmes, prenons en exemple Rosa Bonheur (peintre animalière), Kaffmann (paysages), Vigée-Lebrun (portraits), ont , si je ne m'abuse,  toutes plus ou moins copié la nature...Il leur manque la force créatrice.
Quand je me souviens tout ce que mon père savait...Il était (et ce n'est pas moi qui le dis) un (Klimt) des hommes les plus intelligents et les plus spirituels  de son temps - et le rendait dans ses toiles. Les femmes écrivains...toutes décrivent des choses ayant trait à leur vie...avec justesse et naturel, oui, mais voilà...Du génie! Oui, du génie!"

                                             Alma Mahler en 1898, 19 ans, début du Journal

"Quant à la musique. C'est l'art  le plus difficile à comprendre,le plus imprégné d'intellect, et...il vient entièrement du cœur. Là, pas question de copier la nature -  on n'en sortirait pas des lieder qui imitent les chants d'oiseaux et la roue du moulin. Et moi...petite bonne femme, avec un cœur si petit et une cervelle encore plus petite, moi, je veux y accomplir quelque chose! - Bah!..."
Je continue ma lecture,  sans cesse arrêtée par des recherches sur des  personnes dont il est question et que je ne connais pas bien. Ce va et vient me prend du temps mais me passionne. Je découvre des lieux , des moments d'histoire, des fragments de vie, une ville passionnante, cette Vienne entre deux siècles, celle d'avant les grands bouleversements et les grandes guerres du XXe..
Cette lecture ressemble à un voyage en compagnie d'une femme passionnante.

Journal intime de Alma Mahler
Suites (1898-1902)
Traduit de l’allemand (Autriche) par Alexis Tautou
(Editions Payot &  Rivages, 2010, 301p)