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vendredi 11 juillet 2014

Karina Sokolova, Agnès Clancier

Comme le renard du Petit Prince a été apprivoisé à sa demande pour devenir unique au monde, en partageant tout son amour, de même Karina Sokolova, petite ukrainienne de trois ans, abandonnée à sa naissance dans un orphelinat de Kiev, est devenue l’enfant unique et adorée  de sa mère adoptive, la narratrice, la romancière, Agnès Clancier qui évoque  leur vie en s’adressant à la jeune fille  devenue grande,  prête à quitter le nid  qui l’avait recueillie.
C’est un récit autobiographique, un livre de souvenirs, un bel hymne d’amour pour ce bébé si fragile devenue une belle jeune femme rieuse et confiante. C’est bien écrit, avec sincérité et pudeur. J’ai beaucoup aimé.
  Cela fait plusieurs années que tu ne demandes plus: Qu’est-ce qu’on va  faire,  après?  Et après? Et après?

L’avenir ne te fait plus peur. Tu es rassurée, confiante. Tu bâtis des projets, qui t’appartiennent. Tu parais convaincue que tout le reste de ta vie sera facile. Les requins mangeurs de maman ne viennent plus hanter ton sommeil. Tu as l’insouciance des adolescentes.
Il n’est personne sur terre qui soit plus gaie que toi.
(…)
Le passé est ce qu’il est. Fait de miracles et de mystères.
C’est ton histoire. Elle a fait de toi la magnifique personne que tu es. Il n’y a rien à changer.  
 Billets  de Cuné et de Clara

Résumé de l'éditeur:
 Lorsque la narratrice découvre celle qui deviendra sa fille, celle-ci a trois ans. Abandonnée à la naissance dans une rue glaciale, son état est désespéré puis lentement s’améliore. Rien ne permet de dire d’où elle vient. Elle est seulement une enfant trouvée. Mais le formidable appétit de vivre dont elle fait preuve force son destin. Après des années de solitude, sa vie bascule ce jour-là et elle devient en un instant une petite fille aimée et choyée.
Mais les choses sont-elles si simples ? Comment vit-on privé d’une partie de son histoire et comment combler ces manques sans qu’il en reste pour toujours quelque chose d’inconsolable ?Agnès Clancier, avec beaucoup de délicatesse, nous raconte l’histoire d’une relation mère fille exceptionnelle, sorte de chemin d’amour où chacune apporte à l’autre ce qui lui manque.
 Karina Sokolova, Agnès Clancier, (arléa, 2014,  227 p.)

dimanche 8 décembre 2013

Le destin miraculeux d'Edgar Mint par Brady Udall

Ce livre est formidable. L'ayant pris au hasard faute de temps,  je ne m' attendais pas à un tel plaisir de lecture.  J’ai eu la main heureuse: j’aime les romans d’apprentissage et c’en est un.   Il est très intéressant, ce jeune auteur américain élevé dans une famille nombreuse de Mormons et je compte bien lire "Le polygame solitaire"  maintenant! 

Edgar Mint est un jeune métis - père blanc, mère apache - abandonné par son père, délaissé par sa mère alcoolique, apprenant la vie  de vilaine manière, à l’hôpital tout d’abord car la voiture du facteur lui  a roulé sur la tête, puis dans un pensionnat ghetto où il devient le souffre-douleur de garçons plus âgés, enfin dans une famille  mormone, chaleureuse mais un peu bancale après la mort récente du dernier enfant et le retour des vieux démons de son enfance dont l'inquiétant docteur qui l'a guéri mais  le poursuit désormais sans cesse.  

 Racontée ainsi, l’histoire semble très  triste et en effet, ce n’est pas un destin bien gai que celui d’Edgar Mint et pourtant on s’intéresse vite à cet enfant et à  son évolution et cette sympathie ne cesse de s’accroître au fil des pages. Il est très attachant en effet, ce petit  Oliver Twist moderne, plein de ressources, de charme, d’humour, de  force et de fragilité à la fois. On voudrait le protéger, l’avertir des dangers qui l’entourent.  Le quitter au bout des cinq cents pages  est un  vrai déchirement. Plusieurs lecteurs  l’ont comparé au jeune Garp d’Irving, référence suprême pour moi! .  
C'est un grand roman très riche, poétique, sans temps mort, digne des meilleurs, bref un coup de cœur que mon pauvre résumé, écrit à la va vite, trahit à la façon d’un squelette: toute la chair du récit  en ayant disparu.   

Quelques citations:
Ne pouvant plus se servir de sa main à la suite de son accident, Edgar  passe son temps libre à écrire à la machine:
Pour moi oublier n'existe pas. Rien n'est vague. Rien n'est flou. Je me rappelle tout: chaque nom, chaque regard, chaque mot, chaque fraction de seconde de chaque instant. Ce que je crains le plus, c'est oublier, si bien que je thésaurise, j'emmagasine avec obsession - tout a un sens et je ne jette rien. 
Son premier plaisir en arrivant chez les Mormons:
Comme tout sentait bon! Je venais d'un enfer olfactif - odeur d'ammoniaque de l'urine,  puanteur des chiottes qui, par les chaudes journées d'été, planait comme un nuage empoisonné, odeurs de serviettes sales, de désinfectant, de matelas moisi et d'encaustique, odeur poussiéreuse du passé qui s'échappait par les bouches de chauffage - et je tombais  dans un paradis de fragrances: le linge propre qui apparaissait comme par miracle dans les tiroirs, le pain frais dans la cuisine, la salle de bains aux effluves de lavande, de citron et de parfum, les couettes et les oreillers qui sentaient comme un vif matin d'hiver. 
Nombreux sont les  billets  très positifs,  sur Babelio par exemple   

Le destin miraculeux d'Edgar Mint 
par Brady Udall
Traduit de l'anglais  - États-Unis, par Michel Lederer
(10/18, 2001, 536 pages)

mercredi 10 novembre 2010

Couleur de peau : miel de Jung, T2, La BD du mercredi,


En 1980, Jung a 14 ans. C’est un adolescent adopté à cinq ans par une famille belge. Il avait été abandonné par sa famille à Séoul, dans les années soixante,  comme 200.000 autres petits Coréens désormais dispersés dans  le monde.
Le premier tome racontait comment cet enfant avait été retrouvé par un policier dans un marché de la capitale où on l'avait abandonné puis placé dans un orphelinat et envoyé enfin en Belgique dans sa famille d'adoption . 
Dans cette suite,  l’auteur raconte ici les différentes étapes de sa vie d’adolescent jusqu’à ses dix neuf ans.
Il se sent étranger où qu’il aille avoue-t-il dès le départ, car il est comme un arbre déraciné qu’on a replanté ailleurs mais ses racines ne sont pas assez profondément enfouies dans le sol et le moindre souffle le fait vaciller. Cependant il veut résister et s’en sortir contrairement à bien d'autres de ses amis,  jeunes coréens adoptés comme lui, qui se sont suicidés
Il se sent toujours différent, ni vraiment  belge .ni vraiment coréen. D’ailleurs longtemps il fuit la compagnie des autres asiatiques de son lycée jusqu’à ce que peu à peu il apprenne à mieux les connaître et à s’accepter lui-même jusqu’à partir  au Japon, après avoir gagné un concours à la télévision mais il ne franchit pas  la distance qui le sépare de la Corée, malgré  son envie. 
«Finalement je n’ai pas pris le bateau, je n’ai pas franchi le pont. Ce voyage m’a permis de prendre conscience que j’étais différent, mais que je n’en étais pas moins bien pour autant. Je suis né à 5 ans, le jour où ce policier m’a trouvé dans la rue. Ma valise est prête, je peux partir. 
Aujourd’hui, à 42 ans, cette valise est déjà bien pleine…Je suis l’enfant, je suis l’adolescent, je suis l’adulte, je suis toutes ces personnes que j’ai appris à aimer, à accepter. 
Il ya encore du chemin à parcourir, la route peut être encore longue, mais la porte est ouverte et je suis déjà sur le pont »

C’est un très bel album, dans la veine de ceux que j’ai le plus aimés : Pyong Yang de Guy Delisle et  Blankets de Craig Thompson. . Il est en noir et blanc et j’en ai apprécié les dessins. L'histoire est celle de tous les adolescents qui cherchent à plaire sans être jamais satisfaits. Il est maladroit, taciturne en famille, séducteur et amical au dehors, timide et audacieux.  C'est drôle, émouvant, chaleureux. De nombreux problèmes sont abordés mais sans lourdeur: la quête d'identité, les premières amours, les premiers dessins, la difficulté de devoir assumer deux cultures très éloignées, les malentendus , le besoin et la recherche de soi et des autres qui vous enrichissent de leurs différences. 
J'ai beaucoup aimé!  Maintenant je sais que c'est avant tout ce genre de BD que j'aime, cette petite musique - là , celle de l'apprentissage de la vie.
 La suite est prévue, un tome 3  avec enfin le voyage en Corée tant attendu! 

Couleur de peau : miel de Jung
(Quadrants, Astrolabe, 2008, 144 p)

Participent pour l'instant aux BD du mercredi de Mango,  Kikine,  yoshi73, Mo'lafée,  Noukette,  Valérie,  Jérôme,  Hathaway,  Manu,  Choco, Irrégulière, Lystig,   Sara, Mathilde,  Sandrounette,  Hilde,  Hérisson08,  Lounima,  Dolly, Emmyne,    

Participation au challenge Palsèches de Mo'lafée et à celui de Mr Zombi