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vendredi 8 août 2014

Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable, Romain Gary

Rien ne va plus pour Jacques Rainier, un fringant industriel d’une soixantaine d’années, amoureux fou de Laura, une jeune brésilienne de 20 ans. Son entreprise  vacille et sa virilité flanche. Sa vie a pourtant été brillante et son fils marche sur ses traces mais lui-même est désormais obsédé par des images de chute et de suicide. La vieillesse ne lui convient pas.  Il se sent atteint par la ligne fatidique, celle où les tickets ne sont plus valables.

Curieux livre, en avance sur son temps, écrit au début des années 70, avant le sida et le Viagra, quand il était de bon ton pour les hommes de se montrer toujours vaillant!  On le sait, Romain Gary s’est tiré une balle dans la bouche en 1980, à 66 ans.
 Vous êtes foutu. Kaputt. Bon, vous ne le savez peut-être pas vous-même : on vit d’espoir. On croit que ça va … se redresser
-        Vous parlez de vous-même, de moi ou de la Tour de Pise ?
-         Très drôle. Oui, je suppose que vous n’êtes pas au courant. Vous ne voulez pas regarder ça en face. Et puis, il faut beaucoup de temps pour être renseigné sur soi-même.  
Elle avait rejeté la tête en arrière et ses cheveux dénoués coulaient sur le tapis. J'enjambai Bach, Mozart et Rostropovitch et me laissai tomber sur le sofa; je devais avoir l'air d'un homme qui vient de se faire voler ses économies, pourtant si soigneusement enterrées au fond de lui-même. - Qu'est-ce qu'il y a, Jacques?- Rien. Monologue intérieur. - On peut savoir?- ... N'avouez jamais. Elle vint s'agenouiller près de moi, s'appuya sur les coudes, se pencha sur mon visage.- J'exige!- Je  pensais à la chute de l'Empire romain. La chute de l'Empire romain, c'est la chose la mieux partagée du monde, mais chacun s'imagine qu'il est le seul à qui ça arrive. 
- Laura, je voudrais mourir bien avant de mourir mal ...- Picasso ...- Foutez-moi tous la paix avec Picasso et Pablo Casals, ils avaient trente ans de plus que moi et, à cet âge-là, il est plus facile de mourir vieux. Et puis qu'est-ce qui te parle de mort? Je te parle de façon de morir, ça n'a vraiment aucun rapport avec la mort.

Cet homme affaibli  s'est battu longtemps contre son sentiment de perte et de décadence et j'ai aimé ce personnage, d'autant plus que la fierté, l'orgueil, l'envie de sauver son amour à tout prix  se mêlent à un humour fataliste et amer mais très vite la folle tentation d'utiliser un bel Andalou, voyou menaçant, comme moyen imaginaire pour arriver à ses fins, l'emporte jusqu'à la frénésie, malgré les avis concordants du spécialiste consulté et de Laura elle-même. La fin m'a un peu déconcertée, n'empêche, c'était une belle lecture.  

Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable, Romain Gary
Folio, 1975, 248 p.
Ceci est ma première participation au challenge Romain Gary de Delphine

vendredi 19 juillet 2013

Plus jamais d'invités! Vita Sackville-West



Durant un long  week end de Pâques, de nombreux invités  s’annoncent  à Anstey, la splendide demeure du couple Rose et Walter Mortibois. Lui est un homme en vue, avocat estimé, distingué, riche, très maître de lui.  Elle est d’origine plus modeste, belle et  surtout très amoureuse  de son époux. Son drame est que leur mariage n’est pas consommé malgré  une vingtaine d’années  de cohabitation. Ainsi  le veut le contrat accepté en se mariant: ni sexe ni enfant. Pourtant elle continue à espérer un rapprochement de ce genre  entre eux. En vain jusque là. Il n’aime que deux  choses dans la vie:  sa magnifique propriété et son jardin si admirable qu’on vient de loin pour le visiter  mais bien  plus encore  son chien Svend, un superbe berger allemand qui lui est entièrement soumis et que  sa femme se surprend parfois  à jalouser. 

Les invités arrivent: la famille d’abord, la sœur de l’une avec son  mari et son  fils et le  frère de l’autre,  brillant chercheur en médecine,  plus une excentrique lady, moins légère et superficielle qu’il n’y paraît. Au fil des rencontres et des discussions, durant ces cinq jours, les masques cèdent et on apprend à connaître les faiblesses et la médiocrité de chacun lorsque deux drames surgissent, liés l’un à l’autre, à l’instigation du frère docteur qui exerce une forme de chantage pour améliorer la situation du couple.
Résultat: il n’y aura plus jamais d’invités à Anstey et pour cause!
Question finale: qu’en sera-t-il de l’amour conjugal et de l’orientation choisie par Walter à propos de Rose après ces deux bouleversements concernant ses deux seuls grands amours?

J’ai beaucoup aimé! C’est brillant, enlevé (sauf un passage avec une conversation un peu trop métaphysique à mon goût), léger et profond à la fois bien que complètement insensé et quelque peu invraisemblable par bien des aspects comme cette insolite situation maritale et cet affreux et cruel chantage par pure bienveillance et bonté fraternelle mais qu’importe, j’y ai cru le temps de ma lecture. J’en suis ravie.
Il me reste encore tout à découvrir de V. Sackville-West, cette amie de Virginia Woolf  et de bien d’autres femmes dont j’aimerais lire la correspondance maintenant ainsi que son livre Toute passion abolie, entre autres. 

Voici le début:
"Walter!- Chérie?"   Rose avait attendu qu'il termine de lire le Times  pour s'adresser à lui."Lucy a téléphoné hier soir. Vous êtes rentré si tard que je n'ai pu vous en parler. Elle m'annonçait que Robin serait de retour vers le six. Que penseriez-vous d'inviter Lucy, Dick et Robin à Anstey, pour Pâques? - Si cela vous convient, oui, bien sûr, chérie, c'est peut-être une idée. Nous n'avons pas vu Robin depuis tant d'années... trois peut-être? " (p.7)
et un peu plus loin: 
"-Un jour, un vieil homme m'a dit que la passion pour une cause valait mieux que toute rhétorique." 
Ensuite, plus aucune citation relevée: j'étais trop prise par le récit. 
Quelques autres billets: Lilly, Passion Lectures, Au bonheur de lire, et sûrement bien d'autres...
Plus jamais d'invités! -  Vita Sackville-West, Traduit de l'anglais par Micha Venaille
(Littératures Autrement,  2007, 164 p.)
Titre original:  The Easter Party (1953)