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samedi 10 mai 2014

Je n'étais pas faite pour être morte, Anna de Noailles,


L'empreinte

Je m’appuierai si bien et si fort à la vie,
D’une si rude étreinte et d’un tel serrement
Qu’avant que la douceur du jour me soit ravie
Elle s’échauffera de mon enlacement.

La mer, abondamment sur le monde étalée,
Gardera dans la route errante de son eau
Le goût de ma douleur qui est âcre et salée
Et sur les jours mouvants roule comme un bateau.

Je laisserai de moi dans le pli des collines
La chaleur de mes yeux qui les ont vu fleurir
Et la cigale assise aux branches de l’épine
Fera crier le cri strident de mon désir.

Dans les champs printaniers la verdure nouvelle
Et le gazon touffu sur les bords des fossés
Sentiront palpiter et fuir comme des ailes
Les ombres de mes mains qui les ont tant pressés.

La nature qui fut ma joie et mon domaine
Respirera dans l’air ma persistante odeur
Et sur l’abattement de la tristesse humaine
Je laisserai la forme unique de mon cœur


Anna de Noailles, Le Cœur innombrable

Fille d’un prince roumain, héroïne du Paris aristocratique du début du siècle, Anna de Brancovan, comtesse de Noailles, (1876-1933) est l’auteur de neuf recueils de vers, de trois romans et de poèmes en prose.  Sa poésie, très autobiographique, est d’une sensibilité universelle. Elle nous permet de partager son amour de la nature, mais aussi les élans et les tourments d’une femme passionnée, aux enthousiasmes communicatifs. (Le livre de Poche)

Anthologie poétique et romanesque, Anna de Noailles,  
Le livre de Poche (Classiques), 2013, 396 p.


dimanche 9 mars 2014

La branche d'amandier de Lamartine, Le printemps des poètes 2014

La  branche d’amandier


De l’amandier, tige fleurie,
Symbole, hélas! de la beauté,
Comme toi, la fleur de la vie
Fleurit et tombe avant l’été.

Et puisqu’il faut qu’elles périssent,
Qu ‘elles périssent sans retour!
Que ces roses ne se flétrissent
Que sous les lèvres de l’amour!

Lamartine, Élégie, Nouvelles Méditations Poétiques (La Pléiade, p.141/142)
Photo de Yannick le Gall

samedi 23 mars 2013

La vie, Régis de Sá Moreira, abandon de lecture, hélas!


Des personnages se succèdent et se croisent, auxquels on s’attache le temps de quelques lignes, d’une pensée, d’un fragment d’histoire, par une fenêtre ou un rideau, un souvenir, un quai de métro, un souffle, tout ce qui tisse le fil du hasard. (éditeur)


Serait-ce parce que je n'apprécie pas beaucoup les histoires courtes que je n'ai pas du tout su apprécier ce petit livre?  Peut-être! Toujours est-il qu'au bout d'un certain temps je n'ai tout simplement pas pu continuer ma lecture. J'ai fermé le livre et ne l'ai plus ouvert! Ce qui m'arrive très rarement. J'aime donner sa chance à un livre que je n'aime pas forcément et parfois la bonne surprise arrive vers la fin.

Cette fois-ci, non! Impossible! Cette suite de paragraphes très courts où le personnage dont on vient de parler prend la plume à son tour, ce jeu littéraire, ces sauts de puces qui n'en finissent pas, tout cela m'a profondément agacée au bout d'un moment. Trop systématique. Je me sentais devenir girouette  à force de changer de point de vue. Une telle multiplicité de personnages me donnait le tournis. Pas de personnage privilégié. Rien à quoi me raccrocher. J'oubliais les remarques, les réflexions, les notations aussi vite que je les lisais.
Un livre énervant pour moi. Un abandon!

Les avis sont très partagés.  Qui aime beaucoup, qui un peu seulement et qui pas du tout!   Moi j'ai quitté le navire! Cet auteur n'est sans doute pas pour moi!


Autres billets: Jérôme,  Laure, Gwenaëlle, Babelio, Cynthia, Syl Marion Clara,

La vie de Régis de Sà Moreira, (Editeur: Au Diable Vauvert, 2012, 136 pages)

dimanche 18 novembre 2012

Annus mirabilis de Philippe Larkin

Les rapports sexuels ont commencé
En mille neuf cent soixante trois
(Ce qui était plutôt tard pour moi) -
Entre la fin de l'interdit sur Chatterley
Et des Beatles le premier trente-trois.

Jusque là il n'y avait eu
Qu'une sorte de marchandage.
Une dispute pour une bague,
Une honte qui commençait à seize ans
Et s'étendait à toute chose.

Puis soudain la querelle a sombré:
Chacun a ressenti la même chose,
Et chaque vie est devenue
Une martingale géniale,
Un jeu absolument imperdable.

La vie n'a donc jamais été meilleure
Qu'en mille neuf cent soixante-trois
(Quoique juste un peu trop tard pour moi) -
Entre la fin de l'interdit sur Chatterley
Et des Beatles le premier trente-trois.

















Sexual intercourse began
In nineteen sixty-three
(which was rather late for me) -
Between the end of the "Chatterley" ban
And the Beatles' first LP.

Up to then there'd only been
A sort of bargaining,
A wrangle for the ring,
A shame that started at sixteen
And spread to everything.

Then all at once the quarrel sank:
Everyone felt the same,
And every life became
A brilliant breaking of the bank,
A quite unlosable game.

So life was never better than
In nineteen sixty-three
(Though just too late for me) -
Between the end of the "Chatterley" ban
And the Beatles' first LP.

Philip Larkin  (1922-1985)
La vie avec un trou dedans, (éditions Thierry Marchaisse)
Traduction de Guy le Gaufey avec la collaboration de Denis Hirson

vendredi 20 mai 2011

Trois vies chinoises de Dai Sijie


Dai Sijie est l’auteur de «Balzac et la petite tailleuse chinoise», un livre que j’ai bien aimé. Celui-ci aussi d’ailleurs qui est divisé en trois parties  dont chacune est une histoire  avec de nouveaux personnages qui vivent  sans se connaître au même endroit sur l’île de la Noblesse, grand dépotoir de tous les déchets électriques du pays. Leur destin est intimement lié aux effets maléfiques de ce lieu poubelle symbolique de la négligence du monde industriel actuel.
"Ho Chi Minh" est le surnom donné à un vieil enfant d’une dizaine d’années qui en paraît plus de soixante dix  A cause de la progéria, sa maladie, un directeur de prison l’achète à sa tante pour le former à sa façon dans un but bien précis des plus odieux. L’enfant, lui,  est heureux croyant qu’on le prépare pour l’exposer dans un cirque. Il se sent utile.
"Le Bogart du Réservoir d’eau" raconte le désarroi d’une jeune fille quand elle découvre sous la glace  où elle s’entraîne les os de sa mère disparue récemment. Elle accuse son père. A-t-elle raison ?
La troisième histoire : "Le cuirassé qui passe à travers les montagnes" est la plus horrible, à mon avis. Parce que son fils est dangereux, une mère l’attache, des années durant, dans un puits,  à l’aide d’une grosse chaîne qu’elle a confectionnée elle-même. De retour chez lui quelque temps plus tard, le fils cadet est bien étonné d’une situation  tout- à fait inattendue et terrifiante.
J’admire l’auteur qui sait en peu de pages imposer trois portraits aussi inoubliables, trois vies des plus  déconcertantes. La  fin des récits, révélée en quelques lignes, est particulièrement atroce.
Ce livre a été le coup de cœur  des libraires du mois de mars. Pour une analyse plus détaillée, c'est  ICI.
Dai Sijie, Trois vies chinoises, Flammarion, 2011, 141 p

Bibliographie de Dai Sijie (°1954 à Putian, en Chine) :
Balzac et la Petite Tailleuse chinoise, Sep. 2000
Le Complexe de Di, 2003 (Prix Femina)
Par une nuit où la lune ne s'est pas levée, 2007
L'acrobatie aérienne de Confucius, 2009
Trois vies chinoises, 2011

lundi 11 avril 2011

Mauvaise et bonne nouvelle sur les blogs littéraires du jour

La mauvaise, vraiment mauvaise  nouvelle, c'est la fermeture du blog d'Hathaway  qui a même fermé ses commentaires pour ne pas lui donner de remords. C'était un blog que j'aimais beaucoup et je me souviens encore des magnifiques photos de son mariage! 
Tu as sûrement fait le bon choix pour toi, Hathaway. Ne regrette donc rien mais reviens-nous un jour, bientôt, j'espère!

La bonne nouvelle, c'est le cinquième anniversaire du blog de cuné et sa continuation! 
C'est le soleil après la pluie!
Cuné c'est celle que j'ai lue en silence longtemps avant que je me décide à mon tour à ouvrir un blog. 
Cuné, la généreuse  que je remercie pour tout ce qu'elle m'a apporté et apportera encore  quant à la description de livres toujours nouveaux, toujours au top, avec son humour, sa légèreté,sa pertinence...

Ainsi va la vie des blogs!