vendredi 8 août 2014

Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable, Romain Gary

Rien ne va plus pour Jacques Rainier, un fringant industriel d’une soixantaine d’années, amoureux fou de Laura, une jeune brésilienne de 20 ans. Son entreprise  vacille et sa virilité flanche. Sa vie a pourtant été brillante et son fils marche sur ses traces mais lui-même est désormais obsédé par des images de chute et de suicide. La vieillesse ne lui convient pas.  Il se sent atteint par la ligne fatidique, celle où les tickets ne sont plus valables.

Curieux livre, en avance sur son temps, écrit au début des années 70, avant le sida et le Viagra, quand il était de bon ton pour les hommes de se montrer toujours vaillant!  On le sait, Romain Gary s’est tiré une balle dans la bouche en 1980, à 66 ans.
 Vous êtes foutu. Kaputt. Bon, vous ne le savez peut-être pas vous-même : on vit d’espoir. On croit que ça va … se redresser
-        Vous parlez de vous-même, de moi ou de la Tour de Pise ?
-         Très drôle. Oui, je suppose que vous n’êtes pas au courant. Vous ne voulez pas regarder ça en face. Et puis, il faut beaucoup de temps pour être renseigné sur soi-même.  
Elle avait rejeté la tête en arrière et ses cheveux dénoués coulaient sur le tapis. J'enjambai Bach, Mozart et Rostropovitch et me laissai tomber sur le sofa; je devais avoir l'air d'un homme qui vient de se faire voler ses économies, pourtant si soigneusement enterrées au fond de lui-même. - Qu'est-ce qu'il y a, Jacques?- Rien. Monologue intérieur. - On peut savoir?- ... N'avouez jamais. Elle vint s'agenouiller près de moi, s'appuya sur les coudes, se pencha sur mon visage.- J'exige!- Je  pensais à la chute de l'Empire romain. La chute de l'Empire romain, c'est la chose la mieux partagée du monde, mais chacun s'imagine qu'il est le seul à qui ça arrive. 
- Laura, je voudrais mourir bien avant de mourir mal ...- Picasso ...- Foutez-moi tous la paix avec Picasso et Pablo Casals, ils avaient trente ans de plus que moi et, à cet âge-là, il est plus facile de mourir vieux. Et puis qu'est-ce qui te parle de mort? Je te parle de façon de morir, ça n'a vraiment aucun rapport avec la mort.

Cet homme affaibli  s'est battu longtemps contre son sentiment de perte et de décadence et j'ai aimé ce personnage, d'autant plus que la fierté, l'orgueil, l'envie de sauver son amour à tout prix  se mêlent à un humour fataliste et amer mais très vite la folle tentation d'utiliser un bel Andalou, voyou menaçant, comme moyen imaginaire pour arriver à ses fins, l'emporte jusqu'à la frénésie, malgré les avis concordants du spécialiste consulté et de Laura elle-même. La fin m'a un peu déconcertée, n'empêche, c'était une belle lecture.  

Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable, Romain Gary
Folio, 1975, 248 p.
Ceci est ma première participation au challenge Romain Gary de Delphine

jeudi 7 août 2014

La petite foule, Christine Angot

Après Une semaine de vacances,  voici le second livre de Christine Angot que je referme. C’est le jour et la nuit entre les deux. Le premier, très cru et très intime,  autobiographique,  sur l’inceste et l’abandon – douloureux comme tout -  Celui-ci, une suite d’une centaine de portraits contemporains, pris sur le vif – des gens de toutes conditions et finalement l’auteur au milieu de tous, vrai centre névralgique: une écoute (le surprenant chœur des oiseaux à la fin dont s’est moquée  Natacha Polony chez Ruquier), une vision très personnelle, à la manière de La Bruyère cité en exergue: 
Je rends au public ce qu'il m'a prêté; j'ai emprunté de lui la (manière) / matière de cet ouvrage. 
Un autre choix aurait aussi bien pu convenir: 
Mes peintures expriment bien l'homme en général puisqu'elles ressemblent à tant de particuliers. 
Sans doute pas cette affirmation-ci cependant:
Cet ouvrage n'est qu'une simple instruction sur les vices des hommes. Il vise moins à les rendre savants qu'à les rendre sages.
Quoi qu'il en soit, j'ai reconnu bien des personnages  et moi-même également dans ces évocations prises sur le vif,  du Parisien d'adoption  à la Lectrice, la Suiveuse, le Mort, l'étudiante en week end, la jeune mariée, La petite foule enfin, l'avant dernier texte où il est question d'un avion retardé et de la réaction des voyageurs. Tant d'autres encore que j'ai trouvés bien vus et bien exécutés, des œuvres d'art en miniature qu'il faut lire au compte-gouttes sinon je décroche très vite et je ressens la même exaspération que s'il s'agissait d'un recueil de nouvelles. Christine Angot s'en défend cependant et affirme  que c'est bien un roman qu'elle a écrit mais je n'ai pas eu cette impression; Les personnages changeant continuellement, il n'y a pas de liens entre eux et l'intrigue est réduite à zéro. Ce sont juste des fragments, des morceaux de vie mis bout à bout, plus ou moins longs et plus ou moins intéressants. Ce n'est pas ce que je préfère. 

La petite foule, Christine Angot
(Flammarion, mars 2014, 256 p.)

mercredi 6 août 2014

Images de ma matinée sur les blogs

Je lis beaucoup en ce moment mais sans publier les billets correspondants. Ce sera mon luxe de ces quelques journées de  vacances, parfois belles et chaudes comme hier et parfois pluvieuses et même souvent frisquettes comme aujourd'hui,  autour de Versailles.  J'en profite pour flâner de blog en blog, ce qui peut  m'entraîner très loin des sites littéraires que je fréquente habituellement., mais j'aime ça!

Voici ma récolte matinale:

New York et ses quartiers
 Suite à ma lecture de Jerome Charyn sur son enfance passée avec sa mère parmi les mafieux du Bronx  durant la dernière guerre mondiale, j'ai senti le besoin de me rafraîchir la mémoire concernant la situation des principaux quartiers de NY.


Chez Cuné, je tombe souvent sur des trésors, comme ce poème de Benoîte Groult que je trouve excellent.



Sur Babelio, je me suis amusée à répondre à quelques Quizz intéressants comme celui de Gwen21: Les auteurs suicidés. Je termine 25e sur 97 participants. J'ai fait une erreur sur l'auteur canadien! Je n'en connaissais qu'un seul sur trois. Dommage!


Chez Nathan trouvé cette idée pour occuper un jeune enfant à son retour du bord de mer (info ni sponsorisée ni sollicitée mais trouvée par hasard et que je veux retenir pour expérimenter ensuite!)


Pendant ce temps, certains se prélassent en Méditerranée ...... tandis que je remets en place mes livres  à peine terminés.

lundi 4 août 2014

La belle ténébreuse de Biélorussie, Jerome Charyn

Tout lecteur a ses faiblesses et ses lacunes. Les miennes sont flagrantes quant à  ce roman de Jerome Charyn sur la vie des émigrés de l’Europe de l’Est avant guerre, à New York,   et viennent surtout de ma méconnaissance de l’histoire politique du Bronx avec ses luttes mafieuses intestines. 
Ceci mis à part, j’ai beaucoup aimé ce récit évoquant l’enfance du narrateur de cinq à sept ans, de  1942  à  la fin de la guerre, aux côtés de sa mère chérie et admirée, la belle Faigele, venue de  Moguilev, en Biélorussie, où elle a laissé son frère aîné dont elle attend interminablement des nouvelles. Harvey, son fils aîné, parce qu’ asthmatique,  est exilé en plein désert, dans l’Arizona.  Il préfère son père, Sam, l’occasionnel marchand  de fourrure. Son petit frère Jerome, lui, «bébé Charyn», le narrateur,  a choisi sa mère, tour à tour croupière d’un gros bonnet  de la pègre,  trempeuse de cerises dans du chocolat, reine du marché noir. 
Nous allions par les rues, l’enfant prodige en culottes courtes et sa mère, d’une beauté si insolente que cessait tout commerce : nous pénétrions alors dans un univers au ralenti où femmes, hommes, enfants, chiens, chats et pompiers dans leur camion la regardaient passer, les yeux emplis d’un tel désir que je me faisais l’effet d’un usurpateur en train de l’enlever vers quelque distante colline.  
 Joli récit autobiographique  d’une vie difficile,  dans une époque dramatique et dans un milieu des plus violents,  à travers le  regard d’un jeune enfant qui, très naturellement,  magnifie  les événements, les rendant magiques et  nostalgiques. Une écriture légère et tendre. Un vrai bon moment de lecture. 
 Nous allions entrer dans le marché couvert quand une petite bande de gens en haillons s’approcha de nous, des hommes avec un drôle d’uniforme, des moustaches grises et d’énormes yeux qui vous pénétraient. C’étaient des prisonniers de guerre italiens accompagnés par la police militaire: sifflets, casques et pistolets. (..) Ils avaient été placés dans une situation comique. L’Italie s’était rendue depuis des lustres et ces prisonniers de guerre auraient dus être renvoyés chez eux, mais c’était impossible tant que les Allemands occupaient l’Italie du Nord (…) N’étaient-il pas eux aussi des voyageurs comme maman et moi?  Piégés dans l’énigme de notre siècle, fêtant Noël en mai, à l’intérieur d’une minuscule bulle italienne. Maman ressentait-elle sa propre condition de prisonnière à les voir ainsi. Ils ne murmuraient rien, ils ne ricanaient pas. Ils regardaient. Et maman fut incapable de se dérober à ces clowns prisonniers. Elle courut soudain, courut les étreindre, serra chacun de ces prisonniers de guerre dans ses bras, les laissa fourrer leur nez dans la fourrure soyeuse de son manteau: la police militaire n’en revenait pas; c’était comme s’ils étaient eux aussi prisonniers, étant privés de sa chaleur. 
La belle ténébreuse de Biélorussie, Jerome Charyn
(Gallimard, collection  Haute Enfance, 1997, 182 pages + 8 p. hors texte, 8 ill. 
Titre original: The Dark Lady from Belarusse
Traduit de l’américain par Marc Chénetier

Jerome Charyn est un auteur américain primé. Ayant publié près de 50 œuvres, Charyn s’est bâti au fil du temps une réputation d’écrivain prolifique et imaginatif, abordant les thèmes de la vie américaine réelle et inventée,  l’un des plus importants écrivains de la littérature américaine.


Le Bronx, année cinquante (Figaro)

vendredi 1 août 2014

La Comtesse de Ségur et T. Trilby, mes premières lectures

(Ce blog a été mis à jour ICI ou encore ICI )

Puisque la Comtesse de Ségur est à l'honneur ce matin pour le 215e anniversaire de sa naissance (Saint-Pétersbourg - 1799 / Paris - 1874), naturellement je me suis revue toute petite, ouvrant mon premier vrai livre de lecture, offert par ma grand-mère à Noël, dans la belle collection rouge et or,   avec des images en noir et blanc à l'intérieur. 
Naturellement aussi, il s'agissait des Petites filles modèles, lu et relu comme étant resté longtemps mon livre unique. Puis sont arrivés le Général Dourakine, Les Malheurs de Sophie, Un bon petit diable, Mémoires d'un âne, Les deux Nigauds, L'auberge de l'Ange gardien, (longtemps mon préféré), François le Bossu, La sœur de Gribouille et enfin Après la pluie le beau temps. 

Je crois bien que c'est tout. Je conserve encore le tout premier, plutôt mal en point d'ailleurs, mais que je n'abandonnerais pour rien au monde. Quant aux autres, je ne sais ni où ni quand ni dans quelles circonstances ils ont disparu! Je devrais bien en retrouver quelques-uns chez mes sœurs, je ne sais pas où. Il n'y a plus tellement de livres dans les bibliothèques familiales depuis internet.

J'ai cherché des images ici et là mais aucune ne correspond à mon souvenir. Toutes me déçoivent! 

Je ne peux cependant pas évoquer ces premières lectures  d'avant mes dix ans et mon passage aux livres de poche sans enchaîner sur les secondes que j'ai tout autant adorées avec la série des Trilby.  du nom de la romancière T. Trilby, (en réalité Thérèse de Marnyhac) (1875 - 1962) . Ils ont été réédités par les éditions du Triomphe.  Il y avait: 

D'un palais rose à une mansarde,  Lulu, le petit roi des forains,  Dadou, gosse de Paris,  Moineau, la petite libraire,  Coco de France,  Louna, la petite cherifa.

Leurs titres m'évoquent d'excellents moments et surtout le meilleur des remèdes contre les disputes de mes parents. Il suffisait qu'à plat ventre sur mon lit je me bouche les oreilles et que je me plonge dans mon livre pour ne plus rien entendre et imaginer un monde plus doux! Comment oublier ces tout premiers romans? Je ne supporte même pas d'entendre quelque critique ou raillerie que ce soit à leur sujet! Les premières pépites en littérature, ça ne se renie tout de même pas!   


mercredi 30 juillet 2014

Petit retour en arrière avant la prochaine rentrée littéraire

L'idée me vient du blog de Kathel, ce matin. Elle revient sur ses coups de cœur  de la dernière rentrée (automne 2013,  hiver 2014) C'est une bonne idée de faire ainsi le point puisque aujourd'hui j'ai un peu de temps.

J'ai donc particulièrement aimé cette année:

Déjà cités chez Kathel: Au revoir, là-haut, Réparer les vivants, La petite communiste qui ne souriait jamais , Plonger,



et puis...
La nostalgie heureuse , C'est quoi ce roman?  Karina Sokolova, Quatre murs,



Un degré au- dessous:

Il faut beaucoup aimer les hommes, En finir avec Eddy Bellegueule,  Buvard,
Je rêvais d'autre chose,  Le fils de Sam Green, 




dimanche 27 juillet 2014

Je rêvais d'autre chose, Nicolle Rosen

A quoi rêve une jeune femme quand son père, ignoré volontairement depuis de longues années, s’éteint lentement à l’hôpital?
Et à quoi songe celui-ci avant de disparaître, emporté dans ce vertige enivrant au bord de l’abîme?

Deux narrateurs, le père et la fille,  s’affrontent une dernière fois en croisant  leurs souvenirs, dans une alternance parfaite  des chapitres consacrés  à la vie de chacun.  Ils n’ont pas été tendres l’un pour l’autre. Indifférence et rancœur  pour un mauvais mariage d’un côté, colère froide sans indulgence  et éloignement de l’autre pour un sentiment oppressant d’injustice. Silence des deux côtés.  Souffrance indicible pour chacun.

C’est toute leur histoire qui est évoquée dans ces moments douloureux, avant l’ultime séparation, définitive, celle-là - non seulement l’histoire familiale mais aussi celle du siècle dernier et des deux  guerres qui firent exploser tant de destins individuels.  La famille juive a fui  les pogroms de Pologne pour s’installer en Allemagne où sont nés les enfants puis de là en France pour fuir à nouveau vers la Suisse avant leur retour  en Alsace.
Nina, est une jeune mère divorcée, toujours à la recherche de l'homme idéal, et Max, le père qui se voulait si exemplaire, sombre dans la dérive du jeu.

Chacun cherche autre chose, une autre vie, bien meilleure,  mais laquelle?
Le savent-ils vraiment ? 
"Autre chose", toujours !  

Je voulais seulement revivre les moments heureux. Mais ma mémoire est devenue trop lourde pour que je puisse en faire ce que je veux, elle pèse sur ma poitrine, elle m’empêche de respirer. 
                    
C'est un récit d'autant plus  émouvant que c'est le dernier de l'auteur, qu'elle le savait et qu'elle y a travaillé jusqu'au bout. 


Nicolle Rosen (1940-2010) était psychanalyste après avoir enseigné la littérature et la langue française à l’université. Elle a publié chez Lattès deux recueils de nouvelles dont le très remarqué Chez les Thomas on est très famille (2002) et trois romans dont Martha F. (2004), consacré à la femme de Freud, qui est traduit dans une dizaine de pays. Elle est également l'auteur d'essais avec Trois figures de la passion (Ed. Springer-Arcanes) et Du côté de l'hystérie (Ed. Arcanes). 
Je rêvais d'autre chose, Nicolle Rosen, 
Roman, mai 2014, 156 p.
éditions Thierry Marchaisse 

mercredi 23 juillet 2014

L'odyssée de Pénélope, Margaret Atwood

Dans la collection «Les Mythes du Monde», Margaret Atwood a choisi de revisiter  l’Odyssée en imaginant le point de vue de Pénélope, à l’opposé du cliché de la «petite bobonne fidèle» attendant sagement, derrière sa tapisserie jamais terminée, le retour d’Ulysse,  son époux chéri,  père de son fils Télémaque, après vingt ans d’absence, tout en maintenant à distance la centaine de ses prétendants  de plus en plus pressants.
 «Ulysse aux mille ruses! C’est ta grande valeur qui te rendit ta femme; mais quelle honnêteté parfaite dans l’esprit de la fille d’Icare, en cette Pénélope qui jamais n’oublia l’époux de sa jeunesse! Son renom de vertu ne périra jamais, et les dieux immortels dicteront à la terre de beaux chants pour vanter la sage Pénélope…»  L’Odyssée, Chant XXIV (191-194) [ citation mise en exergue]

 La Pénélope de Margaret Atwood  est à l’opposé de cette femme exemplaire, l’incarnation même de la patience et de la fidélité conjugale.  Dès l’ introduction la romancière canadienne rappelle que l’Odyssée d’Homère n’est pas la seule version du récit et qu’elle s’est inspirée à d’autres sources comme à celles des variantes régionales du mythe. Elle a également choisi de faire raconter l’histoire par Pénélope elle-même et  par ses douze servantes pendues par Ulysse à son retour pour l'avoir trahi.

C’est du fond des Enfers que s’élèvent ces voix féminines et accusatrices. «Maintenant que je suis morte, je sais tout» déclare Pénélope en commençant son récit, tissant ainsi une nouvelle toile qui n’appartient qu’à elle où elle accuse Ulysse de l’avoir ridiculisée pour se tirer d’affaire, une de ses grandes spécialités. «Il se montrait toujours si convaincant!» mais, déterminée et patiente, elle ira jusqu’au bout de la vérité cette fois.

Puis ce sera au tour des servantes  de témoigner. Elles le feront en chœur dans un cours d’anthropologie burlesque où elles rejettent le statut de simples servantes, de cendrillons, pour  revendiquer celui des douze vierges lunaires, compagnes d’Artémis, virginale déesse de la lune, avec Pénélope comme grande prêtresse de leur culte.

Tout se termine par la projection du  procès d’Ulysse filmé en vidéo par les servantes. Et par leur chant d’amour qui ressemble  à une menace: 

«Nous marchons sur vos pas»  

 "Nous ne vous quitterons jamais,

 nous vous suivrons partout comme une ombre,

 douces et  tenaces comme de la glu."


«Nous n’avions pas de voix

nous n’avions pas de nom

nous n’avions pas de choix

fille sans renom

et sans visage.


Nous avons subi votre rage

Ô injustice

Mais nous sommes ici

Nous sommes ici, nous aussi

Au même titre que vous.


 Hou Hou Hou Hou!"


 Et elles se transforment en hiboux !

 

Étrange petit livre ! J’ai beaucoup aimé: «La Servante écarlate*», beaucoup moins celui-ci. Un mythe modernisé n'est jamais qu'un plat réchauffé! J'aurais voulu être séduite.

Je retourne à "L'Univers, les Dieux et les Hommes" de Jean-Pierre Vernant où il raconte les mythes dont deux chapitres  consacrés à "La guerre de Troie" et à "Ulysse ou l'aventure humaine".  
"Ulysse dort avec Pénélope et c'est comme leur première nuit de noces. Ils se retrouvent en jeunes mariés. (...) Le chant de l'aède peut célébrer pour tous les hommes de tous les temps et dans toute sa gloire la mémoire du retour."
Je préfère!

 

 (*Livre accusé  en 2009 par un parent d’élève d’être violent, anti-chrétien et anti-islamiste, ce qui provoqua une grande polémique à Toronto - W. ) 

L'auteur:
Née à Ottawa en 1939, Margaret Atwood est l'un des plus grands auteurs canadiens d'essais, de poésie et de fiction. Parmi ses romans, pour lesquels elle a reçu les plus prestigieux prix littéraires, dont le Booker Prize 2000 pour son best-seller mondial Le Tueur aveugle, on citera Lady Oracle, Le Dernier Homme, La Servante écarlate,  La Voleuse d'hommes.


L'odyssée de Pénélope, Margaret Atwood
Traduit de l'anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné
(Flammarion, 2005, 160 pages)

lundi 21 juillet 2014

Un bien fou, Éric Neuhoff, Grand prix du roman de l’Académie française en 2001

L'histoire
«Je vous préviens: vous n’allez pas aimer. Ça ne fait rien, lisez cette lettre avec attention. Je vous le conseille. Certains détails vont vous intéresser.»
Le narrateur s’adresse à un écrivain américain mythique des années cinquante,  Sebastian Bruckingerqui,  après un grand succès, se terre désormais chez lui, dans le Vermont. Ils se sont rencontrés par hasard en Italie  et Maud, sa compagne dont il est très amoureux,  l’a quitté pour ce vieil homme célèbre, très peu sympathique. Naturellement, le souvenir de J.D. Salinger, l’auteur de L’Attrape-cœurs,  s’impose immédiatement. Le narrateur  a décidé de se venger en  faisant publier cette longue lettre dans le New York Times.
«Pas de quartier. Je vais foncer dans le tas. Je serais vous, je ne lirais pas ce qui va suivre. Je dois vous dire ce que j’ai sur le cœur. Grand écrivain, tu parles! Vieux salopard, oui. Je sais, en brisant le silence qui vous entoure, je ne tiens pas ma parole. Mais vous n’avez pas exactement respecté la vôtre non plus.»
Le jeune trentenaire, publicitaire parisien en vogue, est d’autant plus  irrité et dépité qu’il admirait énormément cet auteur et qu’il le trouvait même très agréable avant de découvrir sa duplicité.
«Vous gâcher vos dernières années d’existence me console vaguement. Je vous souhaite de vivre centenaire. Je ne fais pas ça pour l’argent. Je ne suis pas la petite roulure qui a raconté dans ses mémoires comment elle a réussi à baiser avec vous, les six mois qu’elle a passés dans le Vermont quand elle avait à peine dix-huit ans.»
 Mon avis
Ce ne serait jamais qu’une histoire d’amour contrarié de plus que j’aurais sans doute abandonnée en cours de lecture si le style ne m’avait pas retenue. Il est sec et léger à la fois, nerveux et efficace. Des petites phrases courtes, une insolence gracieuse, tendre ou cruelle tour à tour, tout le contraire de ce que j’aime et recherche chez mes auteurs américains favoris. J’ai longtemps délaissé les romanciers français,  Modiano excepté. J’ai peut-être eu tort! 
Ce roman a reçu le Grand prix du roman de l’Académie française en 2001
J’aimerais lire maintenant La Petite Française, Prix Interallié. 
Un bien fou, Éric Neuhoff, Grand prix du roman de l’Académie française en 2001

vendredi 18 juillet 2014

A comme aujourd'hui, David Levithan

Et si chaque matin, vous étiez quelqu'un d'autre? C'est ce que vit A. un lycéen de seize ans.  A comme Anonyme.  A comme aujourd'hui.  Qui est-on vraiment quand on change d’identité tous les jours? A.  n’a aucune famille mais conserve la mémoire de tout ce qui lui arrive.  Il est seul. Son apparence change systématiquement à son réveil. Il doit vite prendre connaissance de sa  nouvelle personnalité d’un jour:  celle d’un garçon ou d’une fille de son âge  vivant dans une même  région. Il peut se retrouver grand ou petit, beau ou laid, obèse ou anorexique,  malade mental, sportif, dépressif,  heureux ou malheureux, dans une famille aimante ou maltraitante. Il ne connaît aucune stabilité.

  C'est sa vie: il ne peut ni contrôler ni empêcher ses métamorphoses quotidiennes. Cela ne le dérange pas, depuis  16 ans que ça dure, il s'y est habitué. Jusqu'au 5994è jour, soit le début du livre.  Ce jour là, il est  devenu Justin et tombe amoureux de sa petite amie, Rhiannon. Il lui offre une journée de rêve mais n'arrive pas à s'arrêter là. L'amour avec un grand A vient de frapper. Malgré sa nature, A fera en sorte de la revoir, et de là naîtra une histoire clairement hors norme.

Cette histoire est intéressante. Je me suis très vite attachée à A, qui est droit, généreux et qui fait tout pour ne pas gêner le bon déroulement de la vie de ceux  dont il prend l’identité.   .
Rhiannon, elle,  est  touchante par son côté fragile mais aussi  par sa force de caractère et sa loyauté. Ce n’est pas facile d’aimer celui qu’elle a connu tout d’abord sous les traits d'un jeune amoureux et de le retrouver ensuite sous l’apparence d’une adolescente perturbée,  d’un obèse de plus de cent kilos et  pire encore.

J'ai immédiatement accroché! C'est une histoire originale. Au delà de l'apparence, malgré tous les obstacles qui se dressent entre eux, l'amour est là, si difficile à vivre. Une leçon de vie avec de belles réflexions sur l'amour, la société, la solitude, la religion, la mort, le sexe. Je ne m’y attendais pas d’un livre classé pour jeunes ados. C’est une bonne surprise qui m’a fait penser à un de mes films cultes: «Un jour sans fin» où le héros revit sans cesse la même journée. La fantaisie au service de la réflexion. Le moment présent pour toute réalité. Rien qu'Aujourd'hui, comme A.

A comme aujourd'hui, David Levithan
Traduit de l'anglais (USA) par Simon Baril
(Les Grandes Personnes, 2013, 374 p)

lundi 14 juillet 2014

Les chats de hasard, Anny Duperey


Ce n’est pas un hasard mais une nécessité qui m’a poussée à prendre, cette semaine, ce  livre d’Annie Duperey  sur les chats qu’on ne choisit pas mais qui s’imposent à vous,  issus de nulle part, les vagabonds, les sans maîtres qui deviennent très vite les plus indispensables compagnons qui soient.

 J’en avais déjà très envie depuis la lecture de son magnifique «Le voile noir» sur la mort de ses parents quand elle n’avait que huit ans,  mais cette fois, j’en avais vraiment besoin. Il me fallait comprendre  de l’intérieur et pas seulement grâce aux  explications du vétérinaire pourquoi,  sans raisons apparentes, mon chat de sept ans, si tranquille, placide et doux était devenu  brusquement nerveux au point de griffer violemment celui qui le caresse rituellement chaque soir avant d’aller au lit. Il y avait du sang partout sur le sol: une scène digne d’un film d’horreur! Bon j’exagère, bien sûr, mais pourquoi une telle agression d’un chat  équilibré et sans problèmes, semble-t-il?  Ne pas pouvoir trouver d’explication et voilà ce livre entre mes mains. Je n’y ai pas trouvé ce que je cherchais mais j’ai pris un grand plaisir à le lire. 
Les chats  de hasard d’Annie Duperey, Titi et Missoui, sont des plus attachants et quand elle parle d’eux, c’est d’elle aussi dont il s’agit. L’enterrement de Missoui est un grand moment, digne d’une reine,  elle, la petite maigrichonne venue de nulle part, affamée et malade,  «des morsures profondes, du cou jusqu’aux reins». Recueillie, sauvée, bichonnée, chouchoutée  elle vivra très longtemps après son adoption et laissera un souvenir impérissable à toute la famille.
Un incontournable, ce livre, pour les amoureux des chats mais pour les autres aussi. C’est une belle lecture de toute façon.
«Combien de chiens, de chats exceptionnels dans une vie? Un, deux, peut-être trois? Et combien d’amours, d’amis véritables? Un ou deux. Trois au plus ? Ils sont aussi rares. Missoui, cette petite personne animale a été pour moi, à l’égal d’une affection humaine, une amie, un amour merveilleux, un grand soutien et finalement celle qui m’a aidée à franchir une nouvelle étape.» (p. 221)
J'ai pour les animaux un amour raisonnable. (...) 
Mais les chats ...  
Les gens qui aiment les chats évitent les rapports de force.Ils répugnent à donner des ordres et craignent ceux qui élèvent la voix. 
Les gens qui aiment les chats sont habiles à fuir les conflits et se défendent fort mal quand on les agresse.Les gens qui aiment les chats  avec infiniment de respecte et de tendresse, auraient envie d'être aimés de la même manière.
Les gens qui aiment les chats font une confiance parfois excessive à l'intuition.
Les gens qui aiment les chats sont souvent frileux.
J'aime les chats.  (p. 9)
 Les chats de hasard, Anny Duperey, Récit,  (Seuil, 1999, 222 p.)

samedi 12 juillet 2014

Par-ci, par-là,


Parce que, en ce moment, j’ai toujours un temps de retard sur l’actualité de mes blogs préférés, je profite de ce  week end un peu moins chargé pour lire les nouveautés  susceptibles de m’intéresser ( et il y en a eu beaucoup cette semaine). C’est pourquoi je poursuis une rubrique plus en accord avec mon emploi du temps actuel  qui ne me laisse de liberté que le samedi et le dimanche quand je ne suis pas prise par des visites amicales et familiales impromptues, de celles qui se font l’été justement quand on reste le point de référence des  déplacements des uns et des autres, étant donné que la région parisienne est un peu le passage obligé  pour sauter d’un aéroport à une gare maritime ou ferroviaire  avant de disparaître dans un coin du monde suffisamment splendide pour m’envoyer des cartes postales pleines de surprises et de bons souvenirs.


Tout d'abord, impossible de passer outre l'aventure arrivée à l'une de mes blogueuses préférées,  l'Irrégulière, condamnée par un tribunal à 2500 euros d'amende pour une critique culinaire jugée diffamatoire. (ici) Tout a déjà été dit sur un tel abus de pouvoir et je ne peux qu'ajouter ma désapprobation devant une telle décision. Après lecture de l'article, impossible de ne pas éprouver d'inquiétude quant à la liberté de critiquer désormais quoi que ce soit dans notre beau pays où le mot Liberté fait pourtant partie de la devise nationale. Bientôt nous ne pourrons plus écrire  que du bien des livres  que nous avons lus et ce sera la fin de tous nos blogs, suite logique après la fermeture des librairies indépendantes et l'appauvrissement des bibliothèques municipales. 


Je viens d'apprendre la mort de Yann Andréa, dont j'ai lu et aimé "Cet amour-là", que je vais rechercher dans ma bibliothèque pour le relire. Exécuteur testamentaire et dernier amant, bien que homosexuel, de Marguerite Duras,  avec  laquelle il a vécu seize années malgré une différence d'âge de trente-huit ans, il a été plutôt maltraité par les critiques qui lui reprochaient de plagier le style de la célèbre romancière dont il avait lu toutes les œuvres et à laquelle il servait de chauffeur, d'accompagnateur, de "Boy", d'inspirateur, etc. Né à Guingamp en 1952, Yann Lemée est devenu Yann Andréa, du nom de la mère de M. Duras qui écrivit aussi  un récit intitulé: "Yann Andréa Steiner". J'aimerais lire aussi: "Les petits chevaux de Tarquinia"  le livre qui provoqua chez lui un véritable coup de foudre lorsqu'il était étudiant en prépa, à Caen et qui l'amena à lire tous ses livres et à lui écrire par la suite pendant cinq ans. Il est décédé le 10 juillet dernier, chez lui, dans le sixième arrondissement de Paris, "de mort naturelle".


J'apprends aussi qu'une coupe du monde de littérature, a été lancée aux  États-Unis, avec 32 compétiteurs au départ, dont voici la sélection: 

  • The Pale King de David Foster Wallace pour représenter les États-Unis
  • La carte et le territoire de Michel Houellebecq, pour la France
  • Austerlitz de W.G. Sebald, pour l'Allemagne
  • Journée d’un opritchnik de Vladimir Sorokine, pour la Russie
  • L’Intérieur de la nuit de Leonora Miano, pour le Cameroun
  • Ceux du Nord-Ouest de Zadie Smith, pour l'Angleterre
  • Ton visage demain de Javier Marias pour l'Espagne
  • Allah n’est pas obligé d’Ahmadou Kourouma… pour La Côte d'Ivoire
Pour les demi-finales sont en lice,outre les États-Unis et l'Allemagne:
Roberto Bollano pour le Chili et Valeria Luiselli pour le Mexique. 

Attendons la finale! 
A l'origine de cette opération se trouve  le  département de littérature étrangère de l'Université de Rochester (Etat de New York) 


Quant à la coupe du monde de BD , puisqu'il en existe une aussi, sont en finale:
Louca de Bruno Dequier et Notre histoire de Lilian Thuram

A suivre ...