vendredi 24 septembre 2010

L’affaire Saint-Fiacre de Georges Simenon

Un Maigret en guise de repos! Une relecture!  Une occasion de participer au Challenge Maigret de Peuples du soleil!
Un Maigret particulier puisque personne ne dépose plainte, puisque ce n’est pas Maigret lui-même qui dénoue l’intrigue, puisque tout se déroule entre l’église, l’auberge et le château du petit village de Saint-Fiacre  où le célèbre commissaire a vécu enfant, son père n’étant autre que l’ancien métayer du château. 

Une lettre anonyme ayant annoncé un crime, à l’église  pendant la première messe du Jour des Morts, Maigret s’y rend et en effet, à Minuit, la châtelaine meurt d’une crise cardiaque,  "agenouillée dans la stalle  qui depuis deux siècles était réservée à sa famille" .
En réalité, Maigret découvre un billet glissé dans son missel, lui annonçant  le suicide de son fils unique…  L’arme du crime était là : " Un morceau de journal grand de sept centimètres sur cinq " Quelqu’un de malveillant savait qu’elle était cardiaque  mais qui ? 
L’enquête commence pendant laquelle on soupçonne tour à tour le prêtre, le fils indigne à peine de retour, le secrétaire vaguement gigolo, le métayer et son fils employé de banque, le docteur  et  jusqu'au jeune enfant de chœur  complice pour un sifflet ! 
Tout se réglera tranquillement,  entre la scène initiale, la nuit des morts,  dans l’église et la scène finale, grandiose à la manière de Walter Scott et d’Agatha Christie,où tous les suspects sont réunis pour un dîner bien arrosé dans la grande salle du château. 
L’intérêt de la lecture ne vient pas tant de l’identité du criminel que de l’atmosphère très vieille France provinciale qui imprègne cette enquête et de la relative passivité de Maigret submergé par ses souvenirs d’enfance. 



"Jamais de sa carrière, Maigret n’avait été aussi mal à l’aise. Et sans doute était-ce la première fois qu’il avait la sensation très nette d’être inférieur à la situation. Les événements le dépassaient. Parfois il croyait comprendre et l’instant d’après une phrase de Saint-Fiacre remettait tout en question !  Et il y avait toujours ce pied insistant contre le sien".  


Jean Delannoy s’est inspiré de ce roman pour en faire un film : Maigret et l’affaire Saint-Fiacre. J’aimerais bien le voir maintenant, si je trouve le DVD  
L’affaire Saint-Fiacre  de Georges Simenon ( Presses Pocket, 1976, 185 p)

jeudi 23 septembre 2010

Sous le charme de Lillian Dawes de Katherine Mosby

Ayant beaucoup aimé les romans de Francis Scott Fitzgerald et de Truman Capote, il était normal que je succombe aussi aux charmes des personnages de Katherine Mosby et particulièrement à ceux du couple Lillian Dawes et Spencer Gibbs, ressentis, observés et racontés par Gabriel,  le jeune frère de 17 ans à peine renvoyé de son collège new yorkais et recueilli le temps des  vacances d’été par son frère Spencer, futur écrivain, juste le temps de tomber à son tour amoureux de Lillian. Celle-ci d’ailleurs séduit tout le monde. Elle est jeune, belle, évanescente, triste et enjouée à la fois, attirante à la manière   d'Holly Golightly, l’ inoubliable héroïne de Capote si magnifiquement interprétée par Audrey Hepburn. On ne sait pas au juste qui elle est ni d’où elle vient. Elle sait faire plein de choses : monter à cheval, soigner les blessures, grimper dans les arbres à toute allure, soigner les enfants et les animaux, peindre des aquarelles et rénover des pavements, chanter, danser, mais elle s’avoue très pauvre et ignorante, se bonifiant à l’école de la vie,  contrairement aux deux frères qu’elle subjugue et qui , eux, ne  sont  que les héritiers d’une riche et importante famille new yorkaise! Elle changera leur vie.
L’essentiel du roman tourne autour d’un long week end festif dans la propriété d’un ami où se rassemblent des personnages très différents, qui rient, mangent, boivent  fument beaucoup et  dansent sur des airs d’Ella Fitzgerald, de Dinah Washington et de Judy Garland. Nous sommes dans les années 50.
J’ai beaucoup aimé le trio que Lillian forme avec Spencer, le frère idéal, très attachant et Gabriel, le jeune tout fou qui fait là son initiation à la vie réelle. J’ai aimé aussi Lavinia,  la tante excentrique,  plus humaine et plus perspicace qu’il n'y paraît  au début ainsi que  son chien  M. Phipps, son dernier vrai lien avec la vie  et bien d’autres encore! Bref, c’était une très belle lecture!

« Lorsque j’avais demandé à Spencer s’il existait un remède à la condition moderne, il avait réfléchi un moment, pris une longue bouffée de la cigarette humide qu’il venait de rallumer et s’était enfoncé dans l’eau, ses genoux pointant au-dessus du bord de la baignoire de porcelaine. 
- Oui, avait-il répondu avec un sourire mystérieux, la littérature et l’amour. Tous deux procèdent de la même impulsion – connaître et être connu. »

« Je mangeais la tarte sous ses yeux de spécialiste non seulement du malheur mais de cette sorte de bonheur rare qui est proche de la grâce – ces moments où l’on est si complètement et si absurdement heureux que le monde s’imprègne de sublime, comme si un amour immense et vague saisissait dans son étreinte toute cette satanée planète, avec les verrues et tout le reste. L’aube se levait presque lorsque je dis bonsoir à Lillian sur le palier de l’escalier. »

« C’est comme ta dissertation sur Gatsby, le Magnifique. Tu as réduit Gatsby à un poseur, ce qui est une interprétation magiquement erronée du livre, mais plus important encore, de la nature humaine. »

C’était une  lecture commune  avec   Manu   qui  a eu la gentillesse de m’offrir ce livre après le swap sur New York  organisé cet été avec Amanda. Merci encore! 
L’avis de George, de Cocola,  de Lilly, Midola , Lou ,    
Sous le charme de Lillian Dawes de Katherine Mosby (Folio, Quao Voltaire, 2002/2009, 347p.) 
Titre original : The season of Lillian Dawes. Traduit de l’américain par Cécile Arnaud

La citation du jeudi, Madame Bovary,Flaubert

"La parole humaine est comme un chaudron fêlé où nous battons des mélodies à faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les étoiles ".
Flaubert (Madame Bovary)
.Cité par Katherine Mosby dans  Sous le charme de Lillian Dawes
Idée lancée par Chiffonnette

mercredi 22 septembre 2010

Ne touchez à rien de Bezian et Simsolo, Bd du mercredi ,


 Ici,  l’héroïne, c’est la maison, une belle demeure bordelaise cossue, entourée d’une belle grille à l’ancienne,  un hôtel particulier, «en retrait du temps», dans une rue paisible d’un quartier résidentiel. Les anciens propriétaires, anciens taxidermistes , ont demandé , par testament, à être empaillés après leur mort et à être laissés dans une pièce de la maison au même titre que leurs animaux. Autre particularité de cette étrange maison: un immense baobab pousse au milieu d’une cour intérieure.
La maison est à vendre, pour pas cher à condition d’accepter de ne toucher à rien ! Sans qu'ils le sachent , dès  leur passage chez le notaire,  la vie des propriétaires dépendra de leur respect ou non de cette condition. Tour à tour la maison sera bénéfique ou maléfique. 
En 1890, quand débute l’histoire, c’est un riche homme d’affaires qui l’achète. Tout lui réussit! Le jour,  il mène son monde à la baguette, la nuit, il s'amuse et se dévergonde, sous l'œil attentif des oiseaux empaillés. Où a-t-il relégué les corps des anciens propriétaires? 
C’est une BD que j’ai beaucoup aimée, essentiellement pour les dessins que je crois pouvoir reconnaître très facilement désormais : un trait fin, des détails fignolés, des couleurs en aplats ,à base de violet, de prune, de jaune  ocre, de vert tesson de bouteille avec des touches vibrantes  de blanc et de noir d’autant plus présentes qu’elles sont rares. Et puis il y a les ombres, tout un jeu d’ombres, forcément dans une telle maison, avec un tel scénario sur fond de mystère..


Quatre histoires autour de la même demeure, à Bordeaux, à des dates différentes :
Printemps 1890 : Maison à vendre.
Printemps 1913 : Vraiment peu chère.
Printemps 1930 : Seule condition pour l’acheter : ne toucher à rien.
Hiver 1999 :   Quel est le prix à payer pour une parole non tenue ?
Ne touchez à rien de Bezian et Simsolo, Bd du mercredi ,
 (Albin Michel, 2004)

Participent aux BD du mercredi de Mango ,   Hathaway,  , Lounima,   Mathilde, Hilde ,   choco,  Herisson08 , Lystig , Manu ,  Mo' la fée , Valérie , Yoshi73 ,  Kikine , Noukette ,  Emmyne, 
  Dollylou,   Sandrounette


Ceci est ma première participation au challenge de Mo' la fée


mardi 21 septembre 2010

Quelques belles découvertes sur des blogs cette semaine

Comme d'habitude, je me perds parfois,  souvent, sur le net, de lien en lien, je vais du pire au meilleur ou inversement plutôt d'ailleurs.
Voici ce qui m'a le plus frappée cette fois-ci

1) Les routes les plus dangereuses du monde chez Topito  au Pakistan, en Bolivie, en Chine,  en Italie, au Tibet, à nouveau au Pakistan et en Bolivie.

    
                                              




2 Le  Bibliofil:  nouvelle tendance qui consiste à se tatouer le livre dans la peau, 3 Site sur les tatouages littéraires Contrariwise





4 , Par Grégoire leménager, dans le BibliObs, des citations  en pagaille sur les écrivains par d'autres écrivains, extraits du livre  Dictionnaire des injures littéraires», 
par Pierre Chalmin, :
Parmi les phrases que je préfère:



Gide (André)


« Mort d'A.G. La moralité publique y gagne beaucoup et la littérature n'y perd pas grand-chose.»



Paul Claudel

Mallarmé (Stéphane)


« Mallarmé, intraduisible, même en français.»

Jules Renard

Proust (Marcel)


« Un poète persan dans une loge de concierge.»

Maurice Barrès cité par Walter Benjamin


Zola (Émile)


« Tant qu'il n'aura pas dépeint complètement un pot de chambre plein, il n'aura rien fait.»

Victor Hugo (cité par Léon Daudet)

lundi 20 septembre 2010

Robe de marié de Pierre Lemaître

Toutes les lectrices blogueuses l’ont aimé, ce thriller. ( pas Manu cependant) Je partais donc confiante. Et comme je savais que j’allais le lire, j’ai préféré éviter tous les résumés pour ne m’assurer que des  impressions ! J’ai été sage et ne peux que me réjouir de cette décision  car ainsi j’ai pris les événements et  les coups de théâtre  en pleine figure. J’en ai eu le souffle coupé ! Cette lecture, c’est comme  les montagnes russes:  une série de secousses très fortes : Je me suis sentie bluffée, manipulée, complètement déconcertée, et finalement admirative ! Bravo l’artiste!

Quel roman bien ficelé! Quatre parties, quatre virages à 180°.  Je n’avais vraiment rien vu venir à la fin de la première, intitulée:  "Sophie" C’est l’héroïne, elle est complètement folle, dangereuse,  en cavale,  avec toute la police française à ses trousses ! C’est une tueuse ! Elle  a déjà supprimé sa belle-mère qu’elle détestait, son mari devenu invalide dans un accident de voiture et enfin l’enfant de six ans dont elle s’occupait. Elle ne désire plus qu’une chose : changer d’identité pour disparaître plus complètement. Elle va rencontrer "Frantz"  dont on lit le journal intime dans la deuxième partie, enfin ce sera, pour finir, changement subtil mais essentiel,  «Frantz et Sophie» et  «Sophie et Frantz»,  les  deux dernières parties de ce roman extrêmement bien structuré… Impossible d’aller plus loin !.

Je n’ai plus lâché ce livre, une fois commencé : j’étais devenue une zombie et le traînais partout avec moi, à table, devant la télé, au lit. Plus question de m’impliquer dans quoi que ce soit d’autres, ce  week end. Une partie de la famille revenait d’un petit séjour à Prague. Je n’écoutais que d’une oreille ! Je sais : ce n’est pas beau mais ils me connaissent, ils sont devenus indulgents avec le temps, ils ont ri. Heureusement, ça ne m’arrive quand même pas si souvent mais cette fois c’était l’immersion totale : je voulais coûte que coûte savoir la suite !
Quoi de mieux  quand on lit un policier ? Un autre très grand policier ! Vite!
"Ce matin-là, comme beaucoup d'autres, elle s'est réveillée en larmes et la gorge nouée alors qu'elle n'a pas de raison particulière de s'inquiéter. Dans sa vie, les larmes n'ont rien d'exceptionnel: elle pleure toutes les nuits depuis qu'elle est folle." (1ère page)

Merci à Alex qui en a fait un livre voyageur et à Lystig qui me l'a envoyé. J'ai bien compté une trentaine de billets sur ce livre, si ce n'est plus.  BOB les a recensés  ICI
Robe de marié de Pierre Lemaître ( Camann-Lévy, 2009, 271 pages)

dimanche 19 septembre 2010

Le dernier poème de Robert Desnos

Le dernier poème

J'ai rêvé tellement fort de toi,  
J'ai tellement marché, tellement parlé,  
Tellement aimé ton ombre,  
Qu'il ne me reste plus rien de toi.  
Il me reste d'être l'ombre parmi les ombres  
D'être cent fois plus ombre que l'ombre  
D'être l'ombre qui viendra et reviendra  
dans ta vie ensoleillée.

Domaine public, 1944 (Gallimard ed.)  Robert Desnos,  poète français, né le 4 juillet 1900 à Paris et mort du typhus le 8 juin 1945 au Camp de concentration de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie à peine libérée du joug de l'Allemagne nazie.
Tableau d'André Masson, ami de Desnos

samedi 18 septembre 2010

La vie adulte de Virginie Mouzat, Rentrée littéraire 2010

La vie adulte ne s’atteint pas facilement mais par degrés généralement. Ici cependant, la narratrice revit ce passage violent de ses 14 ans quand,  avec  son frère,  elle a été contrainte de quitter l’enfance douillette et choyée  d’une jeune adolescente de  la banlieue ouest, le soir où sa mère chérie et admirée, sans crier gare, n’est plus jamais rentrée dans son foyer. Sa première réaction : son changement de prénom !  Ce sont les premières lignes du récit : « Je ne m’appelle plus Dominique. Je m’appelle Nathalie. C’est ce que j’ai dit à mon père. Il a dit « Et pourquoi plus Dominique, ma chérie ? – Parce que maintenant ce sera Nathalie-ma-chérie », j’ai dit. Il a souri. Il sourit facilement. Nous sommes dans la cuisine, en bas. Il est debout. Il reste debout, il me regarde. Il ne répond pas.  A cet instant le temps s’arrête sur lui, sur moi. » … « Ma mère était partie. Volatilisée. Je l’imaginais portant son vison jour et nuit, accrochant la lumière des phares sur sa fourrure sombre, jambes nues déjà."
Une histoire triste d’abandon qui se résume en peu de  mots mais qui, par la magie du verbe,  du style, de l’écriture, du talent de la romancière résonne longtemps  comme une petite musique aigrelette et nostalgique,  une sonnerie de portable dans une maison vide . une chanson ancienne à moitié oubliée.
Virginie Mouzat dont c’est le deuxième roman après  « Une femme sans qualités », en 2009,  raconte ici la disparition volontaire mais inattendue d’une mère, un beau soir de mars . Le père, le frère aîné et la narratrice, l’attendront longtemps avant de réorganiser tant bien que mal leur quotidien. La fin explique un peu l’énigme sans davantage s’appesantir, simplement en replaçant un peu mieux l’incident dans le cours de l’histoire d’une génération, à Paris, après 68.
Je croyais ne plus aimer les romans trop intimistes, nombrilistes  si nombreux depuis quelque temps mais celui-ci brille par l’ absence de sentiments violents, par  l’attente quotidienne mais sans paroles qui finit par s’installer au milieu de l’incompréhension générale,  la résignation et le besoin de continuer sa propre vie à son tour sur de nouveaux chemins.  Un beau récit, qui surprend, attriste et séduit en même temps. J’ai aimé.  


La vie adulte de Virginie Mouzat  


(Albin Michel (août 2010), 133 pages)  


Merci aux éditions Albin Michel et à Ulike pour ce livre  



Ont présenté ce livre: Stephie , Diddy  , Cynthia  et qui d'autres? 

vendredi 17 septembre 2010

Journées européennes du patrimoine 2010, Maisons d'écrivains en Yvelines

Pour les journées du patrimoine du 18/19 septembre20 de  cette année, j'aimerais visiter ou aller voir une de ces maisons d'écrivains près de chez moi ,sauf  évidemment  celles que j'ai déjà vues (en noir)

Bougival: Ivan Tourguéniev

Bourdonné:
Le poète José-Maria de Heredia est décédé au château de Bourdonné le 2 octobre 1905.

. Fontenay-le-Fleury: Sacha Guitry,  Sacha Guitry  vécut à Fontenay de 1937 à 1957 au château de Ternay où il épousa sa quatrième épouse, Geneviève de Séréville .Propriété privée, le château de Ternay ouvre les grilles de son parc à titre exceptionnel.


Le Vésinet: Alain (pas de visites)


Levis-Saint-nom: André Gide (Sa maison est-elle indiquée? Je n'ai pas réussi à le savoir)


Louveciennes: Leconte de Lisle, Anaïs Nin

Magny-les-Hameaux: Abbaye de Port-royal


Maisons-Laffitte: Jean Cocteau, 


Médan: Maurice Maeterlinck, Emile Zola


Montfort-l'Amaury: Germaine Beaumont, Colette, José Maria de Heredia,Victor Hugo, Jacques de Lacretelle


Neauphle-le-château: Marguerite Duras, Michèle Manceaux,  ( Ne se visitent  pas,mais intéressantes à voir)


Port-Marly: Alexandre Dumas père, (Château de Monte-Cristo) 

Edit du 18/sept. Prix unique= 3,50€. Je croyais que les visites étaient gratuites ces journées-là! 

Saint-Arnoult-en-Yvelines;Elsa Triolet, Louis Aragon


Saint-Germain-en-Laye, Port-Marly, Alexandre Dumas


Versailles: Maurice Martin du Gard, Jean et Jérôme Tharaud





Château de Monte-Cristo
Source:"Balade en Yvelines" par Marie Noëlle Craissati (ed.Alexandrines")  Sur les pas des écrivains des Yvelines "

Mediator 150 mg de Irène Frachon

J’ai lu ce livre comme un policier, en retenant ma respiration.. Au départ, pourtant, je croyais qu’il ne s’agissait que d’une sorte de documentaire pharmaco-médico etc. C’est bien plus que ça  et je reprends la  phrase  d’un autre lecteur : "Un livre qui se lit comme un polar. Un polar qui vous glace le sang. Mais un polar où tout est vrai."
Il paraît avec un bandeau blanc indiquant que le sous-titre choisi : « Combien de morts »  a été tout récemment  censuré par un juge brestois, à la demande du laboratoire Servier. Brest est en effet la ville d’où tout est parti : les recherches médicales et le livre. 
De quoi s'agit-il ? D’une question vitale et bien symptomatique de la toute puissance des laboratoires pharmaceutiques en France, dernier pays où le Médiator était encore prescrit jusqu’en novembre dernier.  Voici ce que dit Charles Kermarec, directeur de la Librairie Dialogues : Le" Mediator 150mg est un médicament antidiabétique souvent prescrit comme coupe-faim, dont l'autorisation de mise en marché a été suspendue par l'Afssaps (Agence du médicament), en novembre 2009, en raison de sa toxicité avec risque avéré d’atteinte des valves du cœur que sa consommation entraînait pour les patients. Les valvulopathies sont des maladies qui peuvent être mortelles. Deux millions de personnes ont consommé du Mediator. Et 300 000 encore tous les jours au moment où l'interdiction faite aux pharmaciens de le vendre a été prononcée. Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest, a été l'un des médecins dont l'enquête a conduit l'Afssaps à faire retirer le Mediator du marché. » 
Dans  cette histoire,  une femme  se dresse seule au départ contre un des plus grands  groupes pharmaceutiques  de notre pays pour que soit interdit un médicament dangereux.  Pendant ce temps, l'état français commandait d'urgence cette énorme quantité de vaccins qui s'avérera inutile contre une hypothétique  pandémie de grippe H1N1 qui terrifiait tant les autorités médicales d'alors ! Qui maîtrise quoi? 
Edit de 15 H:  Aujourd'hui même  se décide l'issue d'un procès qui oppose  des patients ayant consommé du Mediator et le laboratoire Servier. Au mois de novembre, aura lieu l'appel du procès qui a obligé les éditions Dialogues  à retirer le titre initial.
" L'omniprésence de l'industrie pharmaceutique à tous les stades de la décision est un fait, avant d'être une critique. Elle n'est évidemment que la conséquence du retrait des pouvoirs publics de ce champ et donc du poids croissant du financement par l'industrie des différentes instances de contrôle des médicaments. Résultat: ce sont les producteurs eux-mêmes qui, de fait, procèdent à l'évaluation de leur production. La commission d'AMM, par exemple, qui décide en dernier ressort de la mise en circulation des médicaments et de leurs indications précises, enjeux de première importance financière, est financée aux trois quarts par des laboratoires."

Un livre que je suis contente d'avoir lu et pour l'envoi duquel je remercie  Ulike  et la librairie Dialogues   Alex en parle aussi. 
Mediator 150 mg de Irène Frachon, (Editions-Dialogues, 2010,148 pages)

jeudi 16 septembre 2010

La citation du jeudi. Métamorphose des pirates en dauphins par Ovide


"Voilà le vaisseau  qui s'arrête sur les flots, tout comme s'il eût été à sec dans la cale. Eux, stupéfaits, continuent à battre la mer de leurs rames et larguent toutes les voiles, espérant par ce double moyen  faire filer le navire. Mais des lierres embarrassent les rames, serpentent en flexibles étreintes et suspendent leurs grappes aux voiles appesanties.
Le dieu, couronné de raisins, brandit une lance voilée de pampres; et, autour de lui s'allongent des tigres, des apparences de lynx, des formes cruelles de panthères tachetées. 
Les hommes, vertige ou terreur, sautent à la mer. Et Médon, le premier, noircit, s'amincit en nageoires, se courbe en arc. Et Lycabas: "quel miracle, dit-il, quelle métamorphose!" Mais, comme il parlait, sa bouche s'élargit, son nez s'allonge, sa peau durcie se couvre d'écailles. Libys, qui peinait à retourner les rames, voit ses mains se réduire et se contracter: non plus mains mais nageoires. Un autre voudrait tendre les bras pour débarrasser les cordages: il n'a plus de bras; privé de membres, le dos voûté, il saute dans les ondes; et sa queue ressemble à une faux ou à la courbe du croissant de lune.
De toutes parts ils bondissent et font jaillir l'eau en rosées, émergeant encore et rentrent sous le flot,  et jouent comme un chœur dansant et lancent capricieusement leurs corps, aspirent la mer et la rejettent de leurs larges naseaux". ..
Métamorphose des pirates en dauphins  (Métamorphoses d'Ovide, III, v. 629-685) Traduction de Jean Bayet, 1958  Photographie: Mosaïque de Cnossos


Lecture de nuit , Valérie, Ovide et les Métamorphoses

Cette nuit de 3 H 30 à 6 H ,sur Direct8, Valérie (je ne connais pas son nom)  a lu Les Métamorphoses d'Ovide
J'ai bien aimé sa lecture  très vivante, évitant à la fois les deux écueils qui m'ont parfois gênée avec d'autres lectures: la monotonie et l'interprétation excessive.
 Ici, c'était une lecture ressemblant plus à un intermède entre amis qu'à une performance d'acteurs: Tout semblait naturel jusqu'aux petites erreurs , vite reprises et de façon naturelle, sans trouble, le besoin de boire un verre d'eau, un froncement de sourcils selon le texte, une accentuation de temps à autre dans les dialogues mais sans exagération
Une lecture intelligente et souriante, en somme, mettant bien en valeur un texte pas si facile
C'est une excellente initiative que ces lectures de nuit que je n'ai découvertes que trop récemment.. Sont prévues les lectures de  "Christophe Colomb" par Jules Verne et de "Voyage en Orient" de Gérard de Nerval
Plus de renseignements  ICI,

mercredi 15 septembre 2010

La BD du mercredi, La Porte au Ciel, 1,de Sicomoro & Makyo

Julie, Manu et Anna sont trois adolescentes d’un même lycée  appelées les Japonaises pour avoir tenté plusieurs fois de se suicider. Bien que très différentes et toujours prêtes à  se disputer,  elles sont cependant de très bonnes amies.  Un jour, elles décident de s’enfuir ensemble et de  se réfugier dans une maison forestière ayant appartenu aux grands parents de l’une d’elles. Elles s’y cachent pour échapper aux gendarmes   et découvrent peu à peu leur nouvel abri et quelques voisins étranges et inquiétants : un peintre qui ne cesse de peindre sa fille morte qui ressemble étrangement à Manu, un célibataire simplet tyrannisé par sa tante, et quelqu’un de mystérieux qui les épie sans cesse derrière ses jumelles.
L’endroit aussi est spécial puisque dans la cave, se trouve « la porte au ciel » qui communique avec les morts.  Elle porte une croix celtique comme deux autres endroits voisins.

J’aime beaucoup cette histoire qui s’avère captivante . Les dessins sont clairs, nets et précis, les visages très expressifs et les couleurs séduisantes. Ce n’est pas loin d’être un coup de cœur : j’attends la suite avec impatience !  




La Porte au Ciel, 1, de Sicomoro/ Makyo
(Aire libre, Dupuis, 2008, 56 p)

 Participent aux BD du mercredi de Mango , Dollylou,    Hathaway,  Hilde, Hérisson08, Lounima, Lystig,  Manu, , Mo'lafée,  Sandrounette, 
 Valérie,   yoshi73 , Kikine ,  choco, Emmyne, Noukette,  Mathilde, 

mardi 14 septembre 2010

En plein dans le nouveau Houellebecq, réflexion sur le Goncourt

Lire un livre, c'est toujours une aventure, surtout les nouveaux,  ceux de la rentrée en ce moment par exemple dont je n'ai pas encore lu les résumés ou les articles correspondants! Chacun d'eux est encore une terre vierge et c'est ce que j'apprécie surtout:  ne pas  subir trop d'influences! Situation rare!
Bien sûr si l'auteur est déjà bien connu et encore plus si on a déjà lu certains de ses livres, on n'est pas totalement neutre non plus! Bref, difficile de ne pas commencer un roman sans a priori!
C'est pourtant ce que j'essaie de faire avec le nouveau Houellebecq: La carte et le territoire. Je me suis embarquée dans ce roman comme on  se jette en direction d'une terre inconnue! Que vais-je y trouver? Quel sentiment dominera ma lecture: l'indignation, l'admiration, l ennui?
Pour l'instant, après deux jours de lecture assidue, je n'en suis encore qu'au chapitre 12 sur 14 plus l'épilogue. Je m'arrête à la page 238. Le volume en contient 428. J'ai donc juste un peu dépassé la moitié du livre. J'ai besoin de faire le point.
Il  est dans la sélection du Goncourt, soit!  Pour moi,  ça ne veut pas dire grand chose une fois passé l'effet de curiosité! Rares sont les Prix Goncourt que j'ai aimés. Je peux même affirmer le contraire  Je me souviens surtout de tous ceux que j'ai détestés ou abandonnés comme ce pauvre Weyergans avec ses " Trois jours chez ma mère qui gît empoussiéré sur son  étagère, attendant sans grand espoir que je le reprenne pour le terminer!
D'ailleurs, des dix premiers Goncourt de ce troisième millénaire  (ça fait bien quoique pompeux!) quels sont ceux que j'ai vraiment aimés? Je ne retiens que celui de Marie NDiaye, peut-être parce que lu récemment?  

2000 - Jean-Jacques Schuhl, Ingrid Caven (Gallimard)  Beurk!
2001 - Jean-Christophe Rufin, Rouge Brésil (Gallimard) Trop long, ennuyeux.
2002 - Pascal Quignard, Les Ombres errantes (Grasset)  Un peu oublié,je dois dire
2003 - Jacques-Pierre Amette, La Maîtresse de Brecht (Albin Michel)   Pas mal.
2004 - Laurent Gaudé, Le Soleil des Scorta (Actes Sud)   AB
2005 - François Weyergans, Trois jours chez ma mère (Grasset)  Très ennuyeux,
2006 - Jonathan Littell, Les Bienveillantes (Gallimard)  Trop long, abandonné
2007 - Gilles Leroy, Alabama song (Mercure de France)   Sans plus.
2008 - Atiq Rahimi, Syngué sabour. Pierre de patience (P.O.L.)  Pas trop aimé
2009 - Marie NDiaye, Trois Femmes puissantes (Gallimard)  Oui!

A ce stade,  petit rappel des tout premiers Goncourt, les onze premiers d'avant la première guerre de 14/18
1903 - John-Antoine Nau, Force ennemie (Plume)
1904 - Léon Frapié, La Maternelle (Albin Michel)
1905 - Claude Farrère, Les Civilisés (Flammarion)
1906 - Jérôme et Jean Tharaud, Dingley, l'illustre écrivain (Cahiers de la Quinzaine)
1907 - Émile Moselly, Terres lorraines et Jean des Brebis ou le livre de la misère (Plon)
1908 - Francis de Miomandre, Écrit sur l'eau (Émile-Paul)
1909 - Marius-Ary Leblond, En France (Fasquelle)
1910 - Louis Pergaud, De Goupil à Margot (Mercure de France)
1911 - Alphonse de Châteaubriant, Monsieur des Lourdines (Grasset)
1912 - André Savignon, Filles de la pluie (Grasset)
1913 - Marc Elder, Le Peuple de la mer (Calmann-Lévy)
1914 - prix non décerné à cause de la guerre


Je  n'ai lu que le Pergaud, à cause d'ailleurs de son livre le plus célèbre: la Guerre des boutons, roman de ma douzième année,1918. Je connais juste de nom : Claude Farrère,  les Tharaud, bien sûr, de Miomandre et  Alphonse de Châteaubriand dont j'ai lu "La Brière", c'est tout!


Bon, je m'aperçois que j'ai divergé ! Mon premier propos était de ne parler que du livre de Houellebecq. qui me plaît et qui est tellement riche qu'il me trimballe sur un tas de pistes et de citations que je voudrais approfondir. Plus tard!
Couverture du Premier Goncourt, en 1903
John-Antoine Nau, Force ennemie (Plume) : portrait .