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vendredi 24 mai 2013

On ne meurt qu'une fois et c'est pour si longtemps, Patrick Pelloux


 Dis-moi comment tu meurs, 
Je te dirai qui tu es
et à quoi ressemblait ton temps.


Il faut bien rire de la mort qui se moque 
bien de nous enlever la vie  

On le sait : Patrick Pelloux  n’est pas des plus tristes et ce livre sur trente morts célèbres de notre histoire n’a rien de morbide même si les détails médicaux les plus horribles ne nous sont pas épargnés. 
Ni  livre de philosophie sur la mort, ni manuel d’histoire, ni encore moins simple récolte d’anecdotes  sur les derniers instants, ce livre  est  un peu un livre de médecine, fait pour expliquer la mort et son pourquoi.  …  
C’est surtout un plaidoyer pour que la médecine reste humble face à l’Histoire. Combien de médecins ont tué  leurs malades au cours des siècles? 
C’est une vulgarisation médico-psycho-sociale appliquée aux textes que j’ai pu retrouver. Presque tous les rois de France ont été autopsiés. Les informations que nous laissent les archives sont précieuses. Les lois ont changé et rares sont les personnalités désormais autopsiées. 
Ce livre est peut-être tout simplement une fiction. Où à travers mon exercice de la médecine et à force de voir des malades mourir, des corps inertes, à force de vivre les derniers instants, j’ai imaginé ceux , et avant eux ce que fut la santé de ces personnalités. Nous souvenir, c’est aussi constater nos progrès avec optimisme. 
Ce livre de Patrick Pelloux, je ne pouvais pas passer à côté. J’ai couru l’acheter dès que j’ai connu son existence (sur le plateau de la 2  avec Carrère d’Encausse et Michel Cymès). J’aime Patrick Pelloux, la seule voix institutionnelle secourable lors de l'épisode caniculaire de 2003 que j'ai encore du mal à oublier.  J’aime aussi les livres de médecins quand ils s’intéressent à autre chose qu’aux malheurs de leur clientèle. 
Ça tombe bien: ici  c’est un travail d’historien qui a été accompli  avec, en plus,  le savoir  de la science médicale actuelle. J'ai trouvé le procédé très intéressant. Bien sûr, l'intérêt varie selon les personnalités mises en lumière qui vont de Jésus à Churchill, sans oublier les morts anonymes des soldats de Waterloo et celles des GI débarqués si jeunes en Normandie. Parmi   celles qui m'ont le plus frappée, il y a la mort par tuberculose, à 24 ans, de Charles IX, atroce, celle de Louis XIII, pour la même raison mais dont l'agonie traîne horriblement. plusieurs mois. Il se vide de son sang mais son corps  se remplit de vers qui ont percé la barrière digestive. C'est le début de la perforation du côlon sigmoïde dans l'abdomen Douleur atroce, péritonite, infection de tout son ventre. Puanteur constante de tout le château de Saint-Germain. Les médecins ne savent lui faire que des saignées, des purges et des lavements. Il meurt à 41 ans. 
Suivent Molière, Lully, La Fontaine, Louis XIV, Louis XV  dont je connaissais mieux les derniers moments.
C'est Voltaire qui m'a le plus émue ensuite alors qu'à 83 ans, atteint de tuberculose et d'une infection des reins, il agonise longuement  à Paris, dans une cabane,  au fond de la cour d'un hôtel particulier,  en face du Louvre, gardé par une cuisinière et un garde-malade, aux ordres de Mme de la Villette, sa fille adoptive qui l'héberge et de Mme Denis, sa nièce.
 Abandonné, il est même présenté à des visiteurs qui ont payé pour voir la déchéance du maître. Certains écrits rapportent qu’il mangeait ses excréments et hurlait. Tout n’est que bobards destinés à discréditer le défenseur de l’affaire Calas. La religion se venge. Il ne lui est prodigué aucun soin, il n’est même pas lavé, lui qui était si propre ; on ne lui donne ni à manger ni à boire."
 Un livre très riche qui m'a passionnée.

 On ne meurt qu'une fois et c'est pour si longtemps. Les derniers jours des grands hommes, Patrick Pelloux
(Robert Laffont, mars 2013, 230 pages)

vendredi 17 septembre 2010

Mediator 150 mg de Irène Frachon

J’ai lu ce livre comme un policier, en retenant ma respiration.. Au départ, pourtant, je croyais qu’il ne s’agissait que d’une sorte de documentaire pharmaco-médico etc. C’est bien plus que ça  et je reprends la  phrase  d’un autre lecteur : "Un livre qui se lit comme un polar. Un polar qui vous glace le sang. Mais un polar où tout est vrai."
Il paraît avec un bandeau blanc indiquant que le sous-titre choisi : « Combien de morts »  a été tout récemment  censuré par un juge brestois, à la demande du laboratoire Servier. Brest est en effet la ville d’où tout est parti : les recherches médicales et le livre. 
De quoi s'agit-il ? D’une question vitale et bien symptomatique de la toute puissance des laboratoires pharmaceutiques en France, dernier pays où le Médiator était encore prescrit jusqu’en novembre dernier.  Voici ce que dit Charles Kermarec, directeur de la Librairie Dialogues : Le" Mediator 150mg est un médicament antidiabétique souvent prescrit comme coupe-faim, dont l'autorisation de mise en marché a été suspendue par l'Afssaps (Agence du médicament), en novembre 2009, en raison de sa toxicité avec risque avéré d’atteinte des valves du cœur que sa consommation entraînait pour les patients. Les valvulopathies sont des maladies qui peuvent être mortelles. Deux millions de personnes ont consommé du Mediator. Et 300 000 encore tous les jours au moment où l'interdiction faite aux pharmaciens de le vendre a été prononcée. Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest, a été l'un des médecins dont l'enquête a conduit l'Afssaps à faire retirer le Mediator du marché. » 
Dans  cette histoire,  une femme  se dresse seule au départ contre un des plus grands  groupes pharmaceutiques  de notre pays pour que soit interdit un médicament dangereux.  Pendant ce temps, l'état français commandait d'urgence cette énorme quantité de vaccins qui s'avérera inutile contre une hypothétique  pandémie de grippe H1N1 qui terrifiait tant les autorités médicales d'alors ! Qui maîtrise quoi? 
Edit de 15 H:  Aujourd'hui même  se décide l'issue d'un procès qui oppose  des patients ayant consommé du Mediator et le laboratoire Servier. Au mois de novembre, aura lieu l'appel du procès qui a obligé les éditions Dialogues  à retirer le titre initial.
" L'omniprésence de l'industrie pharmaceutique à tous les stades de la décision est un fait, avant d'être une critique. Elle n'est évidemment que la conséquence du retrait des pouvoirs publics de ce champ et donc du poids croissant du financement par l'industrie des différentes instances de contrôle des médicaments. Résultat: ce sont les producteurs eux-mêmes qui, de fait, procèdent à l'évaluation de leur production. La commission d'AMM, par exemple, qui décide en dernier ressort de la mise en circulation des médicaments et de leurs indications précises, enjeux de première importance financière, est financée aux trois quarts par des laboratoires."

Un livre que je suis contente d'avoir lu et pour l'envoi duquel je remercie  Ulike  et la librairie Dialogues   Alex en parle aussi. 
Mediator 150 mg de Irène Frachon, (Editions-Dialogues, 2010,148 pages)