vendredi 9 mars 2012

Le Briseur d'Âmes de Sebastian Fitzek, thriller

Dans les environs de Berlin, des jeunes filles ont été retrouvées vivantes, «sans blessures apparentes  mais anéanties psychologiquement». Comme elles sont apathiques et amnésiques, nul ne sait ce qui leur est arrivé.
On ne parle plus alors que du «Briseur d’âmes» et on recherche vainement ce psychopathe qui laisse un message papier dans la bouche de ses victimes.
Voilà pour le passé
Le présent, lui, se déroule  sous forme de huis-clos, un soir de Noël, pendant  une tempête de neige qui coupe du monde l’hôpital psychiatrique où se déroule « la Peur », le moment crucial au cœur du récit, quand se rencontrent Caspar,  un amnésique, lui aussi, interné dans la clinique et Schadek, l’ambulancier. Qui est le tueur?  Est-ce l’un des deux?  Sophia, la thérapeuthe de Caspar qu’il vient de retrouver  inconsciente dans la chambre d’un malade  a en main un papier prouvant qu’elle vient d’être attaquée par «le briseur d’âmes». Pour se protéger de ce psychopathe, tout le personnel de la clinique s’enferme avec elle et les autres malades  dans la bibliothèque où ils se barricadent.
L’horreur commence.

Que chercher dans un thriller sinon de la peur et encore de la peur. Ici on est servi!  Sebastian Fitzek connaît l’art de provoquer des frissons d’horreur!
Son récit est centré sur un moment clé autour duquel tout s’organise. Il y a, tout au long du roman, les chapitres chronométrés « Avant la peur ». 
Le récit s’ouvre «71 jours avant la peur » par un dossier médical: «Une femme se réveille d’un cauchemar pour aussitôt se retrouver plongée dans le suivant. »
Aussitôt après on passe  à « Aujourd’hui, 10h14. Bien plus tard, de nombreuses années après la peur.» et ainsi tout du long.
Dès les premières lignes le lecteur est  tendu  vers ce moment qu’on imagine si épouvantable qu’on n’en devine qu’une toute petite partie mais dont on apprend très vite les horribles conséquences.
C’est efficacement bien ficelé et ce thriller ne peut qu’être apprécié des connaisseurs. Son succès en Allemagne le prouve suffisamment.
Pour ma part, il m’a manqué de pouvoir m’attacher un tant soit peu aux personnages trop réduits au rang de pions mais la priorité est donnée à l’action et aux moments d’effroi et en ce sens ce roman atteint parfaitement son but. Un bon thriller, incontestablement.
Grâce à ce roman, j'ai appris un nouveau mot: virtopsie. Il paraît qu'on l'entend parfois dans la série des "Experts". Je n'avais sans doute pas fait attention. 
Le Briseur d'Âmes de Sebastian Fitzek, thriller. Traduit de l'allemand par Penny Lewis. (L'archipel,270 pages,  mars 2012)
Titre original:  Der Seelenbrecher, 2008.  A écrit aussi Thérapie
Challenge Voisins  voisines d'Anne pour l'Allemagne

Pour qui aime le Japon en Bretagne et les autres

Sur le beau site si intéressant de Grillon, j'apprends  que se tient en  ce moment, en Bretagne, et jusqu'à l'automne 2012,  un archipel d' expositions, dans les  musées suivants: Rennes, Dinan, Lamballe, Saint-Brieuc, Morlaix, Brest, Douarnenez, Quimper, Concarneau, Lorient.
C'est ainsi qu'on peut voir en ce moment:
Concarneau: «Gyotaku, l’art de l’empreinte», 17 juin 2011 - 30 septembre 2012


Saint-Brieuc: «Henri Rivière, les détours du chemin d’un japonisant en Côtes d’Armor», 09 février - 13 mai

Quimper  «L’arbre et la forêt, du Pays du Soleil Levant au Bois d’amour», 2 mars - 28 mai
● Événement à Rennes: «La Princesse Jaune», les 10,12 et 14 mars, et «Madame Butterfly, Madame Chrysanthème», les 20 et 21 mars


Félix Vallotton (1865-1925) Paysage avec des arbres ou Derniers rayons, 1911 - Huile sur toile, 100 x 73 cm - Musée des beaux-arts de Quimper  Paul Sérusier (1864-1927) L’Incantation ou Le Bois sacré, 1891 - Huile sur toile, 91.5 x 72 cm - Musée des beaux-arts de Quimper  Haronobu Suzuki (1725-1770) Femme marchant au bord d’une rivière, 1766-1768 - Estampe, 28,4 x 21 cm - Paris, musée Guimet – Musée national des arts asiatiques 
(Yukio Kato Dorade noire, kurodai acanthopagrus schlegelii, 14 Décembre 2007. Impression sur tissu, 65 x 76 cm. Don de M. Pardo. 2010.2.1. Concarneau, Musée de la Pêche.)

jeudi 8 mars 2012

A une enfant de Jules Supervielle, Printemps des poètes, 2

Que ta voix à travers les portes et les murs
Me trouve enfin dans ma chambre, caché par la poésie,
O enfant qui es mon enfant,
Toi qui as l’étonnement de la corbeille peu à peu garnie de fleurs et d’herbes odorantes
Quand elle se croyait oubliée dans un coin,
Et tu regardes de mon côté comme en pleine forêt l’écriteau qui montre les routes.
La peinture est visible à peine,
On confond les distances
Mais on est rassuré.

O dénuement!
Tu n’es même pas sûre de posséder ta petite robe
Ni tes pieds nus dans tes sandales
Ni que tes yeux soient bien à toi, ni même leur étonnement,
Ni cette bouche charnue, ni ces paroles retenues,
As-tu seulement le droit de regarder du haut en bas ces arbres qui barrent le ciel du jardin
Avec toutes ces pommes de pin et ces aiguilles qui fourmillent?

Le ciel est si large qu’il n’est peut-être pas de place en dessous pour une enfant de ton âge,
Trop d’espace nous étouffe autant que s’il n’y en avait pas assez,
Et pourtant il te faut, comme les personnes grandes,
Endurer tout l’univers avec son sourd mouvement;
Même les fourmis s’en accommodent et les petits des fourmis.
Comment faire pour accueillir les attelages sur les routes, à des vitesses différentes,
Et les chaudières des navires qui portent le feu sur la mer?
Tes yeux trouveraient dans les miens les secours que l’on peut tirer
De cette chose haute à la voix grave qu’on appelle un père dans les maisons
S’il ne suffisait de porter un regard clair sur le monde.

Gravitations, Jules Supervielle (1884-1960), poète et écrivain français né en Uruguay.   (Supervielle par Jean Dubuffet, 1945)

mercredi 7 mars 2012

Le Goût du Chlore de Bastien Vivès, Prix révélation Angoulême 2009, ma BD du mercredi

C’est par un aveu que je commence cette chronique: je n’aime ni les piscines avec  leur promiscuité et leur odeur de chlore dominante, ni la couleur bleu vert d’eau.
 Dois-je en conclure que je n’ai pas aimé cette BD basée justement sur ces deux éléments, sachant que je ne l’ai choisie que pour son prix Révélation - Angoulême 2009, permettant à ce  billet de participer au challenge Roaarrr de Mo?
Non, ça n’a pas suffi à m’empêcher d’éprouver du plaisir en lisant cette histoire presque muette où il n’est question que d’un jeune un peu maigrichon,  poussé par son médecin et sa scoliose à s’entraîner au dos crawlé.
Il n’aime pas beaucoup ça. Il ne connaît personne jusqu’à ce qu’il finisse par  rencontrer une jeune fille, au passé de nageuse confirmé. Elle lui apprend les rudiments d’une bonne natation : les mouvements des bras et des jambes,  le rythme respiratoire.
Semaine après semaine les progrès arrivent. Un jour sous l’eau elle lui dit quelque chose qu’il ne comprend pas. Elle lui promet d’être plus explicite la semaine suivante…

Arrive la fin de l’histoire : 21 pages dont 20 sans paroles. C’est long!  
Un seul acteur. 
Une seule action. 
Confirmation : le jeune est devenu un bon  nageur et moi je suis tombée sous le charme de cette histoire sans importance. 
Serait-ce spoiler que de dévoiler ce que lui dit la jolie sirène sous l’eau ? C’est déjà sur le net.
Elle prononce les paroles du groupe Cake: «World of Two»
I don't like to hang around you
I don't want to live in your world of two
There's only room for you
In your world of two

Le gout du chlore de Bastien Vivès (Casterman, 2008, 135 pages)
Récompensé à Angoulême 2009 : Prix Révélation.

Le goût du Chlore serait bientôt adapté au cinéma, en court métrage, par Patrick Elziere comme réalisateur et Emile Berling (fils de Charles)  pour le  personnage central.  . Le tournage devrait débuter en ce début  2012 à la piscine Saint Georges de Rennes.

Je remercie vivement Jacques Viel  pour ces nouveaux logos des BD du mercredi, nettement plus réussis que les précédents.
Bienvenue à Syl et à Marie qui présentent aujourd'hui leurs premiers billets 
Les participants: 


Je participe aussi au Top BD de Yaneck (16,5/20) ainsi qu'au Roaarrr Challenge de Mo'

lundi 5 mars 2012

Jadis une sirène, de Robert Desnos, Printemps des poètes, 1

Jadis une sirène
À Lisbonne vivait.
Semez, semez la graine
Aux jardins que j'avais.


Que Lisbonne est jolie.
La fumée des vapeurs
Sous la brise mollie
Prend des formes de fleurs.


 Nous irons à Lisbonne
Âme lourde et cœur gai,
Vous que nul ne pardonne,
Lionne rousse aux aguets.

Semez, semez la graine,
Je connais la chanson
Que chante la sirène
Au pied de la maison.

Nous irons à Lisbonne
Âme lourde et cœur gai,
Cueillir la belladone
Aux jardins que j’avais.

Il est minuit très noire,
La nuit toutes les fleurs,
Versez, versez à boire,
Sont de même couleur.

Je connais la sirène
Je connais sa chanson:
Voyez sa robe traîne
Et charme les poissons.

Mais la graine qui germe
Connaîtra pas ses fleurs.
Chaque jour a son terme,
Chaque amour ses douleurs.

Extrait. [1931]
Semez, semez la graine...
Siramour, in Fortunes (1942).
ŒUVRES, Gallimard, collection Quarto, pages 889 à 900.
Photo de Man Ray vers 1930, (Man Ray, Madeline Ansbach, Robert Desnos, Fujita)



C'est agréable ce matin de découvrir une floraison de poèmes sur les blogs: Sophie/vicim,
Sophie Herisson Capucine, Tinusia, 

dimanche 4 mars 2012

Ballade des pendus de François Villon

Après la lecture de la BD:  Je,  François Villon de Luigi Critone d'après Jean Teulé(ICI),  j'ai senti le besoin de relire un des poèmes les plus forts du poète dont le père a été pendu à sa naissance et peut-être lui-même également.

Frères humains qui après nous vivez
N'ayez les coeurs contre nous endurciz,
Car, se pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous merciz.
Vous nous voyez cy attachez cinq, six
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est pieça dévorée et pourrie,
Et nous les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s'en rie :

Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre!

Transcription en français moderne 
Frères humains qui après nous vivez,
N'ayez pas vos cœurs durcis à notre égard,
Car si vous avez pitié de nous, pauvres,
Dieu aura plus tôt miséricorde de vous.
Vous nous voyez attachés ici, cinq, six:
Quant à notre chair, que nous avons trop nourrie,
Elle est depuis longtemps dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poussière.
De notre malheur, que personne ne se moque,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!
 Suite de la Ballade  Ici   (Brueghel le Vieux: La pie sur le gibet. (1568), Fresque de l'église Sant'Anastasia à Vérone. ) 

samedi 3 mars 2012

Ernest Hemingway, mise en vente de sa maison natale à Oak Park, Chicago

Aimant beaucoup visiter les maisons d'écrivains dans tous les endroits où je passe, la mise en vente de la maison d'enfance d'Ernest Hemingway est  une information qui  m'a frappée ce matin. 
Poussée par la crise, la fondation Hemingway  (Ici) est obligée d'abandonner cette belle demeure  à Oak Park, quartier ouest  de Chicago, dans l’Illinois.
Ernest Hemingway né le 21 juillet 1899 au 439 de la N.Oak Park Avenue ( dans la maison montrée au bas de ce billet)  a vécu de  1906 à 1917, dans la maison à vendre, au 600 de la N.Kenilworth Avenue,  jusqu'à son départ volontaire à la guerre en Europe où, ambulancier dans les tranchées, il fut blessé dans une explosion.
Cette maison  de trois étages a été construite par l'architecte Henry G.Fiedelke, selon les plans de Grâce, la mère de l’écrivain qui y  a vécu jusqu’en 1936,  huit ans après le suicide de son mari dans leur chambre du deuxième étage.
C'est dans cet endroit, en 1919, que Hemingway est  venu se reposer et guérir de ses blessures aussi bien physiques qu' amoureuses après  la rupture avec  une jeune infirmière qui lui inspira «L’adieu aux armes».
Maison de Oak Park,  Hemingway avec ses sœurs en 1918 (Sources: The News Tribune)
Edit du lundi 5 mars: Pour rectifier les erreurs que j'ai pu commettre dans ce billet, il serait bon d'aller lire le commentaire de Michel Porcheron, un journaliste, grand connaisseur de Cuba et d'Hemingway, semble-t-il,  que je remercie  vivement pour ses explications. 

vendredi 2 mars 2012

Février 2012: mes lectures

17 livres en 29 jours dont 5 BD, c'est ma moyenne habituelle. Ce sera cependant la première fois en trois ans de blog que je mettrai en valeur  comme livre préféré  du mois  un long  poème, le recueil de  Camille de ToledoL'inquiétude d'être au monde. A lire, vraiment! 

1  La Dame en Noir de Susan Hill: Rien n'est dit mais tout peut arriver, n'importe où, n'importe quand,  c'est vraiment parfait.  La fin est particulièrement réussie.


2  Tu verras de Nicolas Fargues: Presque 200 pages! Terminé. J'arrête. A chaque lecteur d'imaginer la fin.

3   Les Grand-mères de Doris Lessing: Juste une petite nouvelle très lisse, une bluette. Tout est dit,  très vite, rien n'est approfondi. On frôle l' Harlequinade!


4  Le Jardin des secrets de Kate Morton: Histoire mouvementée de recherches des origines  en Australie, sur plusieurs générations, de l’ère victorienne à nos jours, c’est un passionnant roman  d’aventures familiales, sociales et  amoureuses dans un château  et un environnement superbe,

5  Aphorismes dans les herbes et autres propos de la nuit de Sylvain Tesson: Une plaquette plus qu’un livre. A mettre dans sa poche ou son sac le jour - ou près de soi le soir.


6  Arcadia de Lauren Groff: Décidément, j’aime cette romancière.


7  L'inquiétude d'être au monde de Camille de Toledo: Texte très fort, philosophique et politique sous une forme lyrique.

8  Dieu, ma mère et moi de  Franz-Olivier Giesbert: A lui seul, le titre est un parfait résumé du livre. FOG y parle de lui, à travers ses croyances philosophiques et sa foi religieuse.


9  La jarretière de Dorothy Parker: Aussi bien qu'une nouvelle de Raymond Carver, ce qui n'est pas peu dire.

10  Le Tribunal des âmes de Donato CARRISI: C’était une lecture palpitante et  intéressante: un bon thriller

11  Les secrets de Paris de Clémentine Portier-Kaltenbach: J'ai pris du plaisir à lire ce livre, lentement et à plusieurs reprises, pour mieux le savourer.


12  Lady Susan de Jane Austen: Lady Susan ferait une  parfaite cougar. Elle  a l'âme stratégique. C'est elle qui a fait tout le sel de ma lecture. Sans elle, ce petit roman serait insipide,

13  Les lumières de la France de Joann Sfar, 1, La Comtesse Éponyme,










Un bon mois d'hiver enneigé, propice aux bonnes lectures. 

jeudi 1 mars 2012

Les Académiciens français après l'élection de Jules Hoffmann au fauteuil de Jacqueline de Romilly

Jules Hoffmann, prix Nobel de médecine en  2011, a été élu aujourd'hui au fauteuil  n° 7  de Jacqueline de Romilly. Il reste trois fauteuils vacants. La prochaine élection aura lieu le 26 avril, pour le fauteuil de Pierre-Jean Rémy.  Patrick Poivre d'Arvor sera-t-il élu comme il le désire?
Voici la liste des académiciens avec le n° de leur fauteuil et l'année de leur élection. Les trois plus anciens sont Jean d'Ormesson,  Félicien Marceau et Michel Déon.  (en rouge ceux dont j'ai lu au moins un livre) 

1. Claude Dagens  2008
2. Hector Bianciotti  1996
3. Jean-Denis Bredin  1989
4. Jean-Luc Marion  2008
5. Assia Djebar  2005
6. Marc Fumaroli  1995
7. Jules Hoffmann  2012
8. Michel Déon  1978
9. Alain Decaux  1979
10. Florence Delay  2000
11. Gabriel de Broglie  2001
12. Jean d'Ormesson (1973)
13. Simone Veil  2008
14. H. Carrère d'Encausse  1990
15. Frédéric Vitoux  2001
16. Valéry Giscard d'Estaing  2003
17. Erik Orsenna  1998
18. Michel Serres  1990
19. Jean-Loup Dabadie  2008
20. Angelo Rinaldi  2001
21. Félicien Marceau  1975
22. René de Obaldia  1999
23. Pierre Rosenberg  1995
24. Max Gallo  2007
25. Dominique Fernandez  2007
26. Jean-Marie Rouart  1997
27. Pierre Nora  2001
28. Jean-Christophe Rufin  2008
29. Amin Maalou  2011
30. Danièle Sallenave  2011
31. fauteuil vacant
32. François Weyergans  2009
33. fauteuil vacant
34. François Cheng  2002
35. Yves Pouliquen  2001
36. Philippe Beaussant  2007
37. René Girard  2005
38. François Jacob  1996
39. Jean Clair  2008
40. fauteuil vacant

Lady Susan, Jane Austen

Toute blogueuse littéraire,  ou presque,  a lu,  lit ou  lira ce court récit épistolaire de  Jane Austen, la bien aimée.   
Qui ne le connaissait pas encore?  Moi, mais  je rattrape mon retard grâce au Blogoclub qui me l’a vivement suggéré malgré mon envie de relire «Les liaisons dangereuses». Tant mieux! C’était une lecture des plus  agréables.
Lady Susan, je l’ai sentie comme très moderne. Je crois qu’elle aurait adoré vivre en ce moment.
 Elle ferait une  parfaite cougar.  N’est-elle pas  veuve, spirituelle, jolie, séduisante et séductrice, coquette, parfaitement immorale, égoïste, sans cœur, pas maternelle pour un sou,  dénuée de  scrupules, vaniteuse mais surtout hypocrite et menteuse. Une femme effrontée et  dangereuse en somme qui ne craint rien ni personne si ce n’est le qu’en dira-t-on  parce que, pour son malheur, elle vit au mauvais moment dans un   mauvais endroit, l’Angleterre des années 1800 où il est préférable de se montrer une personne respectable plutôt qu 'une femme libre. 
Respectable, sincère, malheureuse, tendre, jolie dans le genre émouvant/attendrissant, voilà , à l'opposé, le portrait de sa fille Frederica d'où viendra son désappointement dans  la mésaventure racontée dans ces échanges de lettres entre elle et son amie Alicia qui lui ressemble. (on ne peut quand même pas parler de malheur ici!) 
Son but, c'est de se remarier à un homme riche car elle est sans un sou. Elle poursuit plusieurs lièvres  à la fois, jeunes de préférence, des bons partis uniquement. Elle chasse où elle peut, fût-il comme son amant actuel, le mari d'une de ses amies qui l'a accueillie  chez elle à son veuvage. 
Sa stratégie? S'introduire dans une bonne famille, séduire qui peut l'être et tant pis si les femmes ne sont pas dupes,  du moment que l'homme qu'elle a choisi tombe dans ses filets. 
Sincère, elle ne l'est que dans ses lettres à son amie Alicia, Mme Johnson. Ce sont les plus intéressantes. Grâce à elles on apprend ses véritables désirs et on devine l'avancée des pièces sur l'échiquier du grand jeu qu'elle a mis en place. 
Les autres lettres sont celles de la rumeur, celles  qui colportent les nouvelles la concernant,  celles écrites par son entourage,  des lettres de mères, de sœurs, de parents apeurés qui se mettent en garde mutuellement contre cette intrigante. Parfois les hommes courtisés ouvrent les yeux puis les referment très vite, si empressés d'être rassurés par ses manigances.
C'est que lady Susan a l'âme stratégique. De nos jours, elle ferait une excellente chef d'entreprise! Elle prévoit loin. Elle aime diriger d'une main de fer dans un gant de velours. 
Je ne l'aime pas mais qu'importe, c'est elle qui a fait tout le sel de ma lecture. Sans elle, ce petit roman serait insipide. 
Jane Austen dont c'est la première œuvre écrite vers 18 ans, s'est-elle lassée de son personnage? Toujours est-il que la fin tourne court.  
Que pourrait être  devenue Lady Susan? 

Lady Susan, Jane Austen, traduit de l’anglais par Pierre Goubert (Folio 2€) Extrait des Œuvres romanesques complètes,  I (Bibliothèque de la Pléiade)
Pour voir les autres contributions, il faut aller au  Blogoclub du 1er marschez Sylire et Lisa. + Challenge de Cynthia.