vendredi 16 avril 2010

Aya de Yopougon, tome 3

Cette  agréable BD,  drôle et attachante, m’a fait passer un bon moment. Elle raconte la vie à Yopougon , un quartier populaire d’Abidjean , dans les années 70.
Ce n’est pas une vie facile mais la bonne humeur l’emporte malgré tout !
Les pères, polygames,  ont tendance à vouloir se remarier, les filles veulent devenir miss pour un moment de gloire et les premières femmes se défendent comme elles peuvent.
On y rencontre aussi des jeunes homosexuels mal acceptés, obligés de partir, des fils adultes qui  vivent aux crochets de leurs mères par paresse , d’autres obligés de s’exiler pour nourrir la grande famille de leurs frères et sœurs. Tous cependant n’ont qu’un rêve pour améliorer leur situation : partir en France.
Seule au milieu de toute cette insouciance, la jeune Aya, plus sage et  plus raisonnable, revendique avec force plus de considération envers les femmes !
C’est plein d’humour, d’exubérance, de palabres avec des mots surprenants. Les dessins sont délicieux .
C’est le tome 3 et je compte bien les lire tous !

Aya de Yopougon 
par Marguerite Abouet et Clément Oubrerie
Éditions Gallimard, collection Bayou, 2007, 137 pages

jeudi 15 avril 2010

Le nouveau visage de Rimbaud,

Le Salon du livre ancien s’ouvre aujourd’hui même à Paris au Grand Palais et la nouvelle annoncée lors de cette ouverture est énorme : on aurait retrouvé un nouveau portrait d’Arthur Rimbaud , adulte.
On le voit sur le perron de l’hôtel de l’Univers à Aden, en Abyssinie où il était devenu négociant. On le voit assis à droite, près de la femme.
Ce sont deux libraires,   Alban Caussé et Jacques Desse, tous deux amoureux de livres anciens et de cartes postales qui ont trouvé cette photo de groupe en fouinant dans une brocante, il y a deux ans. Ils commencent alors leur enquête.
A son tour, Jean-Jacques Lefrère, spécialiste de Rimbaud, est convaincu que le portrait est bien celui du poète.
Dans le Figaro littéraire, un article de Mohammed Assaoui raconte l’histoire de cette photo rarissime
Info du NouvelObs.



Illuminations (Enfance IV)
Je suis le saint, en prière sur la terrasse, _comme les bêtes pacifiques paissent jusqu’à la mer de Palestine.
Je suis le savant au fauteuil sombre. Les branches et la pluie se jettent à la croisée de la bibliothèque.
Je suis le piéton de la grand’route par les bois nains ; la rumeur des écluses couvre mes pas. Je vois longtemps la mélancolique lessive d’or du couchant.
Je serais bien l’enfant abandonné sur la jetée partie à la haute mer, le petit valet suivant l’allée dont le front touche le ciel.
Les sentiers sont âpres. Les monticules se couvrent de genêts. L’air est immobile. Que les oiseaux et les sources sont loin ! Ce ne peut être que la fin du monde, en avançant. 

Mauvaise fille de Justine Lévy

Roman autobiographique?  Sans doute!
La narratrice est Louise (et non Justine). Elle est enceinte d’une petite fille qu’elle nommera Angèle et dont le père est Pablo, son compagnon.  Situation heureuse des plus banales! L’originalité  du récit, sa raison même, vient de ce que Alice,  la mère de la jeune future maman,  se meurt à l’hôpital d’un cancer en phase terminale. La narratrice est donc partagée entre la joie de devenir mère et la douleur de perdre la sienne qu’elle adore bien que celle-ci ait été une très  mauvaise mère, droguée et du genre à l’oublier  à l’école ou à l’abandonner seule à la maison. Elle-même se sent devenir une « mauvaise fille ». L'important sentiment de culpabilité qui l'envahit en permanence vient en partie de ce que  la joie de la future naissance. l’emporte sur la douleur de la mort imminente.
"Je pense à elle qui meurt à mesure que mon ventre grossit...Moi qui suis si vivante, si doublement vivante en quelque sorte, moi qui la nargue avec cette deuxième vie, obscène, évidente, j'ai beau prier pour qu'elle reste en vie au moins le temps de la naissance,  je sais que c'est moi qui lui prends ce qui lui reste de vie. Et je pleure."
A la fin ,un peu apaisée elle pourra dire sans colère:
«Maman est morte, je suis maman, voilà, c’est simple, c’est aussi simple que ça, c’est notre histoire à toutes les trois. (…) Partout dans mon enfant, ma mère a laissé son empreinte»
Trois femmes, trois générations, deux hommes, deux géniteurs.  L’un d’eux, le père tout puissant, l’ex de la mère, riche, célèbre, brillant,  généreux, rassurant et solide, véritable sauveur in extremis, ce père-là est le seul à ne pas avoir de nom. A lui seul il compense toutes les faiblesses de la mère  et les fragilités de l’enfant solitaire! Un père des plus solides, le père rêvé quoi, si parfaitement parfait qu'il semble  imaginaire!
J’ai aimé ce roman essentiellement pour l’écriture de Justine Lévy, très particulière, très vite reconnaissable si on a lu son livre précédent : "Rien de grave " sur son mariage brisé par l’infidélité désormais célèbre de son  philosophe de mari . Elle adopte un mélange très maîtrisé de style parlé,  d’introspection, de vérité crue, de violence contenue.
« Déballage malsain et répugnant » ai-je lu  quelque part! C’est vraiment  exagéré et injuste !
  Ce récit est une sorte d' analyse de soi salutaire et libératrice, violente et  pudique à la fois que j'ai lue avec plaisir.
 Antigone également apprécié ce roman
Mauvaise fille de Justine Levy
(Stock, 2009, 198 p)

mercredi 14 avril 2010

Un tableau chez moi,

Un tableau chez moi:
 Le choix du roi:
Nicolas de Staël, 
Mon préféré!
Bien sûr ce n'est qu'une reproduction 
Qui murmure
Sur mon mur
Chrys me l'a demandé.
Voilà ! C'est fait!
J'ai participé!
Je passe le relais 
Un tableau à montrer
Suffisamment aimé
Pour être affiché
Chez soi, sur un  mur
C'est à publier
Avant le 20 avril
Si vous acceptez
Pour vous amuser!
Ainsi se termine ma participation à la proposition de Chrys: montrer un des tableaux que vous avez  accroché au mur. Les autres tableaux des blogs participants seront exposés chez elle après la date indiquée.Ce n'est pas un concours, juste une sorte d'exposition collective! 

Etrange match: Ceux qui t'aiment de Etienne Davodeau

Au championnat d’Europe de football, en plein stade,  les journalistes sont heureux : dans quelques secondes les Français gagneront contre les Italiens.
Dernier tir raté des Italiens!
Renaud,  le gardien de but français,  fair play , ne joue pas la montre et s’apprête à renvoyer le ballon!
Mais soudain : «qu’est-ce qu’il fait ?»
Silence mortel…
Tranquillement, posément, il se retourne et envoie le ballon dans son filet
Il vient de jouer contre son camp!
Victoire des Italiens qui exultent!
Consternation des Français!
Incompréhension totale!
L'histoire commence alors deux semaines auparavant qui expliquera cette décision insensée du gardien!
Dire que j’ai beaucoup aimé serait exagéré ! Les dessins et les couleurs, presque toujours dans les marron jaune-vert pâle n’ont pas réussi à me séduire. L’histoire se déroulant dans les milieux sportifs m’a laissée indifférente! 

Un monde si tranquille, T3
Ceux qui t’aiment de Etienne Davodeau
(BD, Delcourt, 2002, 48 p) 

mardi 13 avril 2010

Le temps suspendu de Valeria Parrella

J’aurais préféré aimer ce livre, pour deux bonnes raisons : Aifelle dont je partage généralement les goûts a trouvé belle cette histoire de mère en attente de son bébé prématuré, cette  petite fille minuscule qui finit de naître à l’hôpital loin d’elle  et enfin parce que ça se passe à Naples,  ville pleine de vie où déambule  la narratrice par nécessité de combler son temps douloureusement suspendu comme l’indique le titre du livre.
J’aurais pu aimer ce récit s’il ne s’était agi que de la relation mère-enfant. Ce sont là  les passages que j’ai aimés, à l’hôpital, au milieu des autres parents dans le même cas, avec le personnel médical qui prend tant d’importance dans leur vie à tous, à ce moment-là!
 Mais tout le reste m’éloignait de ce couple douloureux et me tenait trop à distance, à l’écart de mes propres sentiments, Je me suis sentie indifférente presque tout du long. Trop de retours en arrière sur sa vie de petite fille de parents ouvriers et communistes, trop d’importance accordée à son travail d’enseignante pour adultes immigrés devant suivre des cours du soir. Toutes ces digressions m’ont tenue trop souvent éloignée de l’émotion que je sentais naître dès qu’il était question de ses visites à sa petite fille.
 Peut-être ces interruptions du récit central étaient-elles voulues par l’auteur pour éviter de tomber dans le mélodrame ! J’ai senti cela comme un erreur !
L’épilogue ne parle pas de sa fille enfin sortie de l’hôpital mais curieusement d’un examen que passe un de ses élèves et où elle est surveillante ! Je n’en ai pas compris l’importance  si ce n’est que la vie a repris comme avant peut-être…!
L’annonce traumatisante :
« - Le bébé va naître vivant, mais il pourrait mourir tout de suite, survivre avec de graves handicaps ou n’avoir aucun problème, vous le savez ?
- Oui, je sais.
- Vous le savez, madame ?
- - Je devais accoucher dans trois mois.
- - Le bébé sera aussitôt envoyé en soins intensifs néonatals. »
Cathulu et Aifelle ont aimé, Amanda non,LN aussi l'a lu  récemment.
Merci à Chez les filles.com
Le temps suspendu de Valeria Parrella
(Seuil, avril 2010, 154 p)
Traduit de l’italien par  Dominique Vittoz)

Le virus du Tag,

Taguée par Theoma, je publie la sixième photo prise par moi pour être  publiée sur mon blog.



Voilà:: le souvenir du moment où j'ai pris cette photo est bien plus agréable que le résultat qui évoque la chaleur d'une  journée très chaude de septembre dernier
Je tague à mon tour, en espérant que ce  sera nouveau pour eux,  les blogs de Chrys, Ötli Ferocias (1er contact, pour ses renseignements précieux en début de mois lors de la parution du top 20!), Leiloona (qui a dû le faire déjà je crois), Claudialucia , récemment et très heureusement connue et  Dominique ( à sauts et à gambades), Dominique, (The never ending blog)  Dominique ( Oh,happy days) si elles acceptent.

lundi 12 avril 2010

La blogosphère ne tournerait plus rond

Le livre commencé ce matin ne me plaisant pas trop, (ce qui est un peu normal après le bijou lu hier, confirmation faite dans de nombreux commentaires !) je l’ai refermé pour flâner sur mon GR
Là j’ai vite repéré quelques billets d’humeur qui permettent de se remettre encore une fois en question ! Cette fois, il s’agit d’un début de remise en cause des classements  des blogs comme celui du  Wikio. Les plus anciens parlent même d’instrumentalisation et de déshumanisation de la blogosphère,  désormais trop sponsorisée, vampirisée par trop de publicités, de concours, de jeux , de tags, de cadeaux distribués à tout va, de chaînes ou de challenges  qui se multiplient et se morcellent à n’en plus finir. Bref la blogosphère serait-elle en train de perdre son âme ?
Personnellement, je ne suis pas aussi pessimiste et je pense que chacun sait ce qu’il fait  et fait ce qu’il veut ou ce qu’il peut de son blog et tant mieux si c’est le plaisir de publier qui l’emporte et non l’appât du gain ou du bon placement à tout prix !
Quoi qu’il en soit,  ça me plaît toujours quand on se remet en cause ! Alors pour être au courant de ce qui se dit à ce sujet, allez voir chez
                    Frannso
                 Aude Nectar
              Croque Madame
          Partageons l’Addiction
                Chez Homer
Et peut-être d’autres blogs  encore que je n’ai pas  vus !

Quand souffle le vent du nord de Daniel Glattauer

A la suite d’un malentendu, leo Leike et Emmi Rothner vont s’échanger des mails pendant toute une année et vont finir par s’attacher l’un et l’autre à cette correspondance puis finiront par éprouver une forte attirance amoureuse sans jamais se voir malgré une rencontre peu concluante au début, dans un bar où ils  se sont manqués..Ils voudraient se voir mais  craignent en même temps cette rencontre sans cesse différée! C’est à peine s’ils accepteront d’entendre  leurs voix un soir  au T°. Elle est mariée et ne veut pas compromettre son mariage. Il sort à peine d’une longue liaison amoureuse . Pourtant ils s’attirent et ne peuvent plus se passer de cette correspondance virtuelle.
Comment tout cela finira-til ? 
J’ai adoré ce roman par mails de la première à la dernière page! J’ai beaucoup aimé ces deux personnages  si drôles,  si légers et si sérieux à la fois  sans réussir à prendre parti  pour l’un plus que pour l’autre !
Mais le plus beau, là où j’ai manqué de souffle  tant la tension était à son maximum, c’est , quand il veut la voir à tout prix et qu’elle finit par accepter, qu’ils organisent les moindres détails concernant les tout premiers moments de leur rencontre comme s'il s'agissait d'un rituel! Que va-t-il arriver? Vont-ils encore s’aimer après ce moment choc? Vont-ils tout abandonner de leur ancienne vie ? 
J’avoue que la fin si belle , si réussie, ne m’a cependant pas du tout satisfaite mais cela pouvait-il en être autrement?  Je dois bien reconnaître que non, que cette fin est aussi un coup de maître ! Bref un  roman très réussi qui m’a laissée sans voix pendant un long moment ! 
Mails encadrant le récit: le premier et l'avant-dernier. Le dernier est impossible à révéler!
Chapitre un : "15 janvier: objet: Résiliation. J'aimerais résilier mon abonnement. Puis-je m'y prendre ainsi? Cordialement, E. Rothner
Chapitre dix: "Le soir suivant. Objet: Vent du nord. (...) Leo, il s'est passé quelque chose. (...) Qu'allons-nous faire?)
Quand souffle le vent du nord de Daniel Glattauer
(Bernard Grasset,2010, 348 p)
Traduit de l’allemand par Anne-Sophie Anglaret
En ont dit tout le bien qu'elles en pensaient: Cuné, Cathulu, (la seule réticente pour l'instant),  Antigone, Emeraude, Clara, Tamara , Fashion, Celsmoon,  Leiloona, StephieJe remercie tout particulièrement Keisha, qui m'a envoyé ce livre voyageur qui maintenant va continuer sa course chez Maggie

dimanche 11 avril 2010

Le jeu d'écriture: la loi des séries

Parce que trop peu douée pour des exercices d’écriture aussi pointus que ceux proposés par Gwenaëlle sur son blog , je ne veux pas  laisser tomber trop vite aux oubliettes mes quatre pauvres petites phrases enfin composées,  les voici donc immortalisées à jamais sur ce blog éphémère!
Immortalité éphémère des blogs ? J’écris vraiment  n’importe quoi ! A moins que… Ah! C’est une figure de style ?  Du grand art ? De la rhétorique ? De la poudre aux yeux ?
Les oxymores célèbres :
« Cette obscure clarté  qui tombe des étoiles» , Corneille
« Une clarté blafarde et sombre », ((Madeleine de Scudéry, Le Cabinet.)
« dans un silencieux tintement de clochettes » (Alain Robbe-Grillet, Le miroir qui revient.
« Hâte-toi lentement » George Orwell
« saintement criminelle »,  Sophocle
Bon alors, je suis excusable, en très bonne compagnie même : je laisse passer !
Voici  ce que voulait Gwenaëlle : « Quatre séries de cinq mots. Vous pouvez choisir celle qui vous inspire, plusieurs si vous vous sentez dans une forme olympique. Avec ces cinq mots, vous devez écrire une phrase, une seule! Au fur et à mesure de vos envois, je juxtaposerai les phrases issues des mêmes séries… Si vous vous prêtez au jeu, ça risque d’être assez drôle…
Série 1 : désastre, iguane, juvénile, verge, yoghourt
Série 2 : erythème, moussaka, pervenche, TGV, albinos
Série 3 : avide, brunch, cavaleur, fest-noz, humide
Série 4 : blinis, cambouis, écaillé, glockenspiel, lutin
Celles ou ceux qui réussiront  à écrire un paragraphe de quatre phrases avec tous les mots participeront au tirage au sort pour gagner un livre : Robe de Marié, de Pierre Lemaître ou La folle allure de Christian Bobin.
Allez, c’est parti! A vos plumes! »
Et voici mon texte
     « Malgré son sourire juvénile, lorsque Kaelig entra, ce matin-là,  dans le terrarium pour  rendre visite à son iguane favori et qu’il le vit cramponné à la verge de la grande ancre marine posée contre le mur, il comprit tout de suite le désastre : le sol était  recouvert d’une boue blanchâtre et grumeleuse parfaitement dégoûtante- du yoghourt  partout, une nouvelle farce de son frangin, ennemi déclaré de tout iguanidé.
      Après avoir tout nettoyé, Kaelig constata qu’un énorme érythème recouvrait la peau de ses bras devenus plus rouges que la moussaka dégustée la veille, ce qui l’obligea à se protéger tout autant que cette étrange pervenche qui l’avait verbalisé à sa descente du TGV pour sa voiture soi-disant mal garée!
      Sous  ses  airs de gentil garçon,  Kaelig était avant tout un cavaleur,  avide de tous les plaisirs faciles qui se présentaient à sa portée et c’est ainsi qu’après un brunch rapide, il entreprit  son  jogging habituel,  malgré l'air humide de cet après-midi pluvieux, tout en pensant avec plaisir au fest-noz où il était bien décidé à se rendre le soir même!
      En effet, dès la nuit tombée, après avoir écaillé quelques huîtres et dégusté de délicieux blinis faits à la maison et accompagnés de crème fraîche et de cornichons, il s’habilla pour la fête, enleva un peu  de  cambouis resté sous ses chaussures  et son glockenspiel dans son enveloppe de cuir sous le bras, tel un lutin malicieux, il se précipita à l’adresse indiquée! »

C’est emballé ! Je n’ai plus qu' à espérer que le tirage au sort sera en ma faveur ! Le livre de Pierre Lemaître me fait trop envie !
Tableau de Raimo Hasseltrouvé chez Lali

On ne peut me connaître, Paul Eluard,

On ne peut me connaître
Mieux que tu me connais


Tes yeux dans lesquels nous dormons
Tous les deux
Ont fait à mes lumières d’homme
Un sort meilleur qu’aux nuits du monde


Tes yeux dans lesquels je voyage
Ont donné aux gestes des routes
Un sens détaché de la terre


Dans tes yeux ceux qui nous révèlent
Notre solitude infinie
Ne sont plus ce qu’ils croyaient être


On ne peut te connaître
Mieux que je te connais.

Les yeux fertiles
Paul Eluard (1895 - 1952)
                
L'Attente                                                                                         
Gustav Klimt (1862 - 1918

samedi 10 avril 2010

Le sérieux des nuages de Denis Baldwin-Beneich

Maxime, la cinquantaine,  le narrateur,  a vécu toute  sa jeunesse à Valmondois, une petite commune de la région parisienne mais depuis longtemps  il est installé aux Etats-Unis  lorsqu’il reçoit l’invitation de Diane, «une amie en pointillés», pour rendre hommage à leur  professeur  de philosophie  à l’occasion de la remise des Palmes académiques !
Dans l’avion qui le ramène en France, il est partagé entre la nostalgie pudique d’une époque somme toute heureuse  et le retour brutal à la réalité du temps  présent et des corps différents. Il craint surtout la rencontre avec Marthe, son grand amour, qu’il a abandonnée lâchement. Il craint aussi le retour de certains souvenirs violents comme ce suicide à seize ans de Bouton d’or, enceinte de l’un d’eux mais nul ne sait de qui et  tous se soupçonnent tour à tour.
Diane, la mondaine,  domine la situation et  fait le lien entre les différentes personnalités qui se retrouvent si longtemps après! Ils ont vécu tant de choses ensemble et bien des secrets vont se libérer au bar, à la fin du week end,  quand les bonnes manières se relâchent et qu’avant de se séparer à jamais ils redeviennent tous de vieux ados vachards qui se lancent des vannes, en se disant leurs quatre vérités sur leurs épouses et le reste. Après ce bavardage éméché, ils se séparent à l’aube,  conscients d’avoir remis en question  toute leur vie  en quelques heures.
Sur ce thème classique du retour au pays et des retrouvailles des amis anciens, j’ai été séduite par ce livre,  avant tout parce qu’il a su me surprendre et parce que j’en ai aimé l’écriture.
Quelques exemples :
De Marthe, l’amour abandonné : «Je rêvais d’une autre vie avec elle, d’une vie de correspondance. Nous parlerions de tout, de rien et d’amour aussi, dans nos lettres régulières, sans jamais plus nous revoir et mon amour se fanerait avec sa vie. . Ça se terminerait ainsi : une réponse n’arriverait pas, une lettre ne serait pas lue. Cette perspective faisait ma joie. Elle était en harmonie avec mes espoirs d’aujourd’hui. Mon cœur était d’accord».
" En les revoyant donc de près, tous ces camarades, j’avais pu me rendre compte à quel point le passé était différent de ce que je croyais me rappeler… Je le voyais assez, on ne mûrit pas. On durcit à certains endroits, on pourrit à d’autres. On ne mûrit pas."
"On passe peut-être la première partie de son existence à aspirer au bonheur, la seconde dans l’appréhension du malheur."
« Le malheur ne me rendait pas plus malheureux que le reste. »
« Après vingt ans, c’est fou le peu de choses qu’on a à se dire, soupira-t-elle.
-On a fait tant de bêtises…On n’ose plus récapituler. C’est ça ! »
Joli livre et agréable lecture !
Theoma, au contraire,  n’a pas aimé.
Le sérieux des nuages de Denis Baldwin-Beneich (Actes Sud, 264 p.)

vendredi 9 avril 2010

Un après-midi avec Kenna, grand photographe.

Connais-tu Kenna ? demandait Chrys dans son journal
Eh bien, non!  Il y a deux heures encore, je ne le connaissais pas et voilà que je ne peux plus m’en passer !
 J’ai passé toute mon après-midi à découvrir cet immense photographe qu’est Michaël Kenna, un anglais né en 1953, vivant aux Etats-Unis et dont la BNF vient d’organiser une exposition..
Regardez : ses photos sont superbes  et si vous voulez, comme moi, en voir toujours plus, allez  sur son site :  Michael KENNA et perdez vous dans ses photos comme je viens de le faire: le temps n'existe plus!











Séances de pose chez Renoir en 1914 par Tilla Durieux

C’est un vrai petit bonbon littéraire et artistique que je viens de déguster en moins d’une demi heure : un petit livre tout bleu,  cartonné,  avec des photos de Renoir et de Tilla Durieux, en noir et blanc.  
 Planant sur le tout par son absence,  le dernier portrait réalisé par Renoir avant sa mort : celui de cette brillante actrice de théâtre à Berlin, en juillet 1914.
 A 33 ans, elle avait une grande envie d’être immortalisée, dans une robe du couturier Poiret,   par ce  "peintre du bonheur" qu’était devenu Renoir alors même qu’il n’était plus que douleur dans son fauteuil roulant, avec ses mains déformées par l’arthrite.
Elle a raconté ses conversations avec le peintre,  en ce mois d’été d’avant la déclaration de la première guerre mondiale,  désormais imminente. 
Timide au début, n’osant pas parler, elle eut ensuite avec lui des conversations plus sérieuses pendant ces deux semaines où elle se rendit tous les matins et après-midi à l’atelier.
Il lui confia  connaître bien Munich, apprécier la choucroute et les saucisses, ne plus aimer Wagner mais plutôt Bach et  Mozart, ses musiciens préférés
Il la bouleversa aux larmes le jour où il lui dit :
" Le tragique, on le comprend toujours de travers. Tant que coulent les larmes, on n’a pas atteint le fond de la douleur, c’est seulement lorsque l’homme peut à nouveau sourire que la douleur, incommensurable, a vraiment pris possession de lui."
A la fin, quand il autorisa son modèle à voir son portrait, il lui demanda simplement :
"J’ai fait des progrès, n’est-ce pas?" 
Le tableau fut achevé en 15 jours.
15 jours après, la guerre était déclarée.
 Ils ne se revirent plus. Le tableau resta chez Renoir jusqu’à sa mort, en 1919 puis Tilla Durieux le vendit en 1935. Il se trouve maintenant depuis 1960, au Metropolitan Museum of Art, à New York.  
Merci à Aifelle de m’avoir fait connaître cette très jolie histoire. Nanne aussi en a parlé de façon très complète.
Séances de pose chez Renoir en 1914
Tilla Durieux (L’échoppe, 2009, 27 pages)
Traduit de l’allemand par Jeanne Heisbourg et Catherine Krahmer



jeudi 8 avril 2010

Ici et maintenant de Robert Cohen

Samuel Karnish, la quarantaine, éditeur à New York, sans religion,  fait la connaissance d’un couple de  jeunes hassidiques auquel il va s’attacher. L’homme Aaron Brenner est volubile et  paradoxal. Sa vie n’est pas en totale conformité avec ses principes ! Magda, sa femme, au contraire, est très silencieuse et semble  plus rigide quant à ses croyances.
Ils ont un lourd secret, déterminant pour l’histoire, qui explique leur rapprochement avec ce jeune adulte mal dans sa peau et dans sa vie,  mi-juif par son père et traumatisé d'avoir eu un frère jumeau mort-né.
Tout un été Samuel a repris sa vie en main et mené une vie monacale quand arrive l’appel téléphonique de Aaron lui demandant d’accompagner sa femme à une fête de  circoncision puis le deuxième coup de T° décisif, celui de l’ami qui lui apprend enfin les raisons des déplacements du couple dans un grand hôpital du Texas. Très belle scène où le héros voit  par la fenêtre dans l’appartement d’en face son double manger sur le pouce comme lui-même devant la télévision puis téléphoner à son tour au même moment, chacun solitaire dans une ville si peuplée !
J’ai beaucoup aimé ce roman, bien que le côté hésitant et influençable du héros m’ait un peu  déstabilisée au début. Cependant très vite j’ai fini par m’attacher à cet adulte fragile qui cherche à reprendre le contrôle de sa vie.C’est plein de vie, de situations cocasses, de belles réflexions. L’écriture en est brillante, enlevée, très séduisante et la fin du récit, drôle et légère, demeure pleine d’espoir.
Deux citations parmi tant d'autres que j'ai eu envie de relever:

« Notre relation était dépourvue de ce mystère qui adoucit les choses. Il semble que le mystère soit une autre des victimes du processus de survie. » 
« Ce genre d’ambiguïté textuelle  à rendre fou n’importe qui  était endémique dans le judaïsme. Des mots à l’intérieur d’autres mots à l’intérieur d’autres mots ».
Merci à Brize pour ce prêt.

Ici et maintenant de Robert Cohen
(Editions Joelle Losfeld, Littérature étrangère
Traduit de l’anglais (Etats-Unis)  par Lazare Bitoun, 2009, 417 p

mercredi 7 avril 2010

La charte du blogo-lecteur

Encore sous le coup de l'émotion due aux agressions verbales  à répétition reçues par Cynthia ce week end de Pâques, voici quelques remarques que je tiens à rassembler ici.

 Je suis libre et indépendante lorsque je décide de présenter un livre que je viens de lire et,  même dans un cadre de partenariat,   je me réserve le droit de juger librement et de donner mon avis sur ma lecture,  que je l'aie aimée ou pas!


Trouvé chez Faelys


le manifeste d'Antigone 

"Je revendique le droit de lire ou de ne pas lire un livre,

Le droit d'être sincère, ou gentiment hypocrite,

Le droit de ne pas aimer un livre, de le dire,

Le droit d'aimer un livre, et de ne pas le dire,

Le droit de faire traîner mes lectures,

Le droit de me faire plaisir et de ne pas me prendre pour une critique littéraire,

Le droit d'être infidèle, de moins aimer ce que j'ai porté aux nues plus tôt,

Le droit de poster des commentaires où bon me semble, partout où le droit de s'exprimer existe,

Le droit de croire que tout vaut mieux que le silence, d'ouvrir la porte aux avis contraires,

Le droit de ne pas faire le jeu du commerce, mais des mots, de la lecture, et de la littérature.

Le droit d'être une lectrice."   



Enfin trouvé chez Mazel cette image humoristique ( Keisha me fait justement remarquer que l'affiche illustre les idées de Pennac)


mardi 6 avril 2010

Le Maître de Peinture de Richaud, Makyo, Faure, BD

Eliza est une superbe jeune femme qui sert de modèle à Adam, son mari, peintre et professeur  de renom dans une Pologne occupée des années 1920.
 Adam est un artiste exigeant,  en proie au doute. Il sent qu’il lui manque l’essentiel pour réaliser de vrais chefs d’œuvre. Il est malheureux!
Frédéric Cyprian, lui, est un jeune homme étrange et beau qui aime mettre sa vie en jeu, dans des duels au pistolet ou en jouant à la roulette russe! Peintre lui aussi, il défie à mort les artistes célèbres qu’il juge  sans talent. Resté dans le coma à la suite d’un de ces duels, il a eu la vision d’une image de femme de toute beauté.
 Un jour, il peint cette femme et présente  son tableau  à Adam dont il veut devenir l’élève. Celui-ci reconnaît sa femme…
Comment vont-ils réagir ?
J’ai beaucoup aimé cet album mystérieux, romantique, basé sur les valeurs artistiques.
J’ai surtout beaucoup admiré les dessins que j’ai trouvés très beaux !
Le maître de peinture par Richaud, Makyo, Faure.
Tome 1/3 : Eliza (Glénat 2003,  48 p)

Rêve, rêve, rêve,

A quoi tu rêves ???  Me demande Libelul via Chrys dans son Journal 



Je rêve… Je rêve… forcément  à des choses inaccessibles…
Du moins pour l’instant!
Demain, je ne dis pas!
Demain tout est possible!
C’est même pour cela que c’est si beau un rêve.
Tout y devient envisageable

Alors, aujourd’hui, je sors !…


Et je vais là, à l’hôtel Belles Rives de Juan les Pins,






Avec lui






Concours : et toi… tu rêves de quoi,?
Gatsby le Magnifique

lundi 5 avril 2010

Mort en lisière de Margaret Atwood

Il s’agit d’un recueil de dix nouvelles  douces-amères, d’un ton bien particulier pour moi qui n’avais encore rien lu de cette romancière canadienne. Je ne suis pas une grande adepte des nouvelles mais celles-ci ont un charme certain qui fait qu’elles ne s’oublient pas facilement ! Bien sûr, sauter si vite d’une histoire à une autre, quitter définitivement des personnages auxquels on vient à peine de s’attacher me déplaît toujours autant, mais voilà, c’est la loi du genre, il n’y a rien à faire !
Le titre: "Mort en lisière" résume  bien l’ensemble de ces histoires ! Il n’est ici question que de vies  fêlées,  brisées, cassées  à un certain moment  et insidieusement sans qu’on s’en aperçoive nettement mais ensuite il est trop tard pour revenir en arrière. Le temps a passé, destructeur comme toujours! Chacun ici est resté à la lisière de sa propre vie, en dehors de ce qui aurait pu être essentiel mais qui est désormais raté, en rade, fichu, tout ce qu’on veut, mais jamais réussi ! Les rêves et  les espoirs de la jeunesse rieuse,  insouciante,  flamboyante s’épuisent  en une réalité décevante et parfois sordide.
Résumer ces petits morceaux de vie déçue ne rendrait pas justice au plaisir de ma lecture,  essentiellement dû aux  détails,  aux à-côtés des histoires,  aux impressions ressenties par les personnages secondaires.  Par exemple,  dans «Courrier du cœur»,  j’ai  beaucoup aimé l’évocation de  l’émoi des jeunes garçons lorsqu’ils regardent avec des jumelles le bain de mer des  jeunes serveuses de leur colonie de vacances! L’une d’elles aura un enfant d’un de ces garçons mais n’avouera jamais le nom du père, même dix ans plus tard à l’occasion d’une rencontre nostalgique!
Dans «Un cadeau empoisonné», une femme se venge  de son patron-amant, après leur séparation,  en envoyant à sa femme une boule de poils et de dents mêlés, qui est le kyste ovarien qu’on vient de lui enlever, comme s’il s’agissait d’un enfant mort-né!
De tous ces récits, mon préféré est celui qui donne le titre au livre : «Mort en lisière»
Il s’agit là encore de vie en colonie,  d’une communauté de  femmes, de deux amies,  Loïs et Lucie,  des adolescentes qui se retrouvent là chaque année. Un jour,  la colo part  plusieurs jours faire du canoë sur un lac et camper en pleine nature sauvage ! Les deux amies s’éloignent du groupe,  l’une s’isole  un moment, l’autre entend un cri ,  cherche partout son amie, sans jamais plus la retrouver!  S’est-elle suicidée, elle qui ne voulait pas rentrer chez elle ? Des recherches  sont entreprises, en vain.! La colo ferme à tout jamais et  jamais on ne retrouvera le corps de Lucie,  probablement  au fond du lac voisin.
 On retrouve Loïs  à la fin de sa vie,  veuve avec de grands enfants et une collection fameuse de beaux tableaux sur les murs de son appartement où elle vit seule désormais. Tout lui semble sans importance de sa vie passée sauf le souvenir de son amie disparue dont elle sent la présence dans ses tableaux :
«Chacun doit exister quelque part, et c’est ici que se trouve Lucy. Elle est dans l’appartement de Loïs, dans les brèches qui s’ouvrent au milieu du mur, non pas comme des fenêtres mais comme des portes, plutôt. Elle est ici. Parfaitement vivante »
 J’aime l’atmosphère de ces récits et j’ai maintenant très envie de lire un vrai roman de Margaret Atwood . Ce sera sans doute : «La Servante écarlate» 
Mort en lisière de Margaret Atwood (Pavillons Poche, Robert Laffont, 1991/2009, 371 p)

Traduit de l’anglais (Canada) par François Dupuisgrenet-Desroussilles)
Livre lu dans le cadre du Prix des Blogueurs où on trouvera d'autres liens vers des blogs qui en ont parlé aussi 
J'ai lu également: Cécile, Cathulu, Keisha,  

dimanche 4 avril 2010

Pourquoi n'allez-vous pas à Paris? René Guy Cadou,


-  Pourquoi n’allez-vous pas à Paris ?
- Mais l’odeur des lys ! Mais l’odeur des lys !


- Les rives de la Seine ont aussi leurs fleuristes
- Mais pas assez tristes oh !  pas assez tristes !


Je suis malade du vert des feuilles et de chevaux
De servantes bousculées dans les remises du château


- Mais les rues de Paris ont aussi leurs servantes
- Que le diable tente ! Que le diable tente !


Mais moi seul dans la grande nuit mouillée
L’odeur du lys et la campagne agenouillée


Cette amère montée du sol qui m’environne
Le désespoir et le bonheur de ne plaire à personne !


- Tu périras d’oubli et dévoré d’orgueil
- Oui mais l’odeur des lys !  la liberté des feuilles !


Pourquoi n’allez-vous pas à Paris ? 
de René Guy Cadou ( poète breton, 1920-1951)
(Hélène ou le règne végétal, éd. Seghers, 1952)
Les poèmes de René-Guy Cadou ont été chantés par Luc Bérimont qui fut avec lui à l'école de Rochefort.