C'est l’histoire d’un pianiste, brillant élève du conservatoire de la rue de Rome à Paris, ( avant que celui-ci ne soit déplacé à la Villette) qui a tout quitté par désespoir amoureux pour une violoncelliste immensément douée mais très spéciale.
Il vit désormais en clochard dans la station de métro toute proche. Il essaie avant tout d'éviter les foyers, de se maintenir propre et de se montrer bien élevé lorsqu'il est obligé de faire la manche. Son seul plaisir est d'écrire son journal dans des petits carnets qu'il cache ensuite soigneusement pour qu'ils ne soient pas volés. Son destin est lié à celui d'une très jeune femme qu'il remarque dans cette station de métro et qui devient son élève car elle se révèle une violoncelliste hors pair. Il se met à la guetter tous les jours. Lui rappelle-t-elle son passé? Il lui semble la voir partout.
Peu à peu il se met à changer. La fin est alors ... (non , mieux vaut ne pas le dire!)
J'ai beaucoup aimé. Lu d'une traite en un après-midi de dimanche ensoleillé mais l'ambiance de ce roman est nocturne et ténébreuse et m'a beaucoup impressionnée d'autant plus que le style sans reproches de ce journal intime rend crédible l'opposition constante entre la réalité sordide dans laquelle s'est enfermé le personnage et le rappel constant de ses dons et de ses souvenirs musicaux. C'est sa force, son mystère, sa folie ... mais qui est-il vraiment et quel est son nom? Entre la gloire des podiums, l'ensorcellement amoureux, le vacarme du métro et la musique silencieuse de sa mémoire, est-il encore quelqu'un ou n'est-il déjà plus personne? Beaubourg, 16 h 53 - J'ai vu mes doigts engourdis se mouvoir contre mon gré, accompagner puis se substituer aux mains de Martha Argerich. Ils se souviennent et frappent la table, emportés par le rythme. Sonate en ré mineur de Scarlatti, mouvement allegro final. J'ai ôté le casque pour achever le morceau tout seul avec ma musique, l'interprétation que je suis le seul à entendre. La jeune femme assise en face de moi vient de lever la tête. Nos regards se croisent. Elle doit me prendre pour un fou. Un mec qui joue du piano sur une table blanche, les ongles noirs de crasse, elle ne doit pas en rencontrer tous les jours. (p.94)
Rome, 16 h 31 - Creux de la journée. peu de passage. J'aimerais bien qu'on me touche. Pas forcément beaucoup. Juste qu'on me prenne la main. (p.131)
"Vincent Pieri est professeur de lettres en Île-de-France. En 2004, il part aux Philippines comme volontaire humanitaire pour Enfants du Mékong."
Prix Edmée de la Rochefoucauld 2013
Prix Edmée de la Rochefoucauld 2013










