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mardi 2 septembre 2014

Come prima, Alfred, la BD du mercredi



4ème de couverture


Début des années 60. Suite à la mort de leur père, deux frères, Fabio et Giovanni, sillonnent les routes au volant d’une Fiat 500. Leur voyage, émaillé de disputes et de silences, de souvenirs et de rencontres, les conduira jusqu’à leur Italie natale, quittée depuis des années. Par bribes, le portrait de leur père se recompose et les amène à mettre en lumière leurs relations tumultueuses…

Magnifique album! Histoire attachante! Dessins inspirés! Prix d’Angoulême bien mérité! J’ai beaucoup aimé!

Tant d’autres l’ont dit avant moi! Tant d’excellents billets ont été publiés,  détails à l’appui et émotions  partagées avec compétence que je me sens aussi superflue qu’une invitée de la dernière heure.

Come prima, je l’ai lu il y a  déjà quelque temps sans le commenter mais  je viens de le relire toujours avec le même plaisir. Je crois même y avoir trouvé de nouvelles raisons de l’aimer mais c’est sûrement grâce aux très bons avis lus précédemment.

J’ai particulièrement aimé :

-       l’alternance des pages, (dessins et couleurs)  selon qu’elles évoquent le présent ou le passé.

-       le road- movie des deux frères fâchés puis réconciliés, dans une Italie  des années 60 comme on la voit dans les films de cette époque (Antonioni, Rossellini, Visconti, Scola, Pasolini …)

-       La petite cinquecento,  (elles étaient si vaillantes !)

-       Les disputes familiales et les réconciliations. (La famille, la valeur la plus  sûre  en fin de compte)

-       L’urne funéraire du père, le culte de la mort, la violence des sentiments qui s’accroît plus on descend  vers le sud.

-       La couverture,  un bon résumé déjà  pour commencer

-       Presque tout en somme!

ainsi que les billets de Mo,   Melo,  Stephie,  Sandrine,   Maël,   Yvan,  Jérôme,  Noukette,  Cristie,  Anne,  SD49,    bmsaint-brieuc, 

Come Prima, Alfred , 2014, Fauve d'or, Meilleur album 2014, Angoulême, 
Delcourt, / Mirages
Collaboration aux couleurs: Maxime Derouen
Roaarrr  de Mo

  Yaneck  : 18,5 / 20


Participent ce mercredi: 


dimanche 16 mars 2014

N'aie pas peur si je t'enlace, Fulvio Ervas

"Ce roman retrace l'histoire vraie du long voyage aux Etats-Unis et en Amérique latine de Franco Antonello et de son fils Andrea durant l'été 2010.
Andrea vient d'avoir dix-huit ans, son autisme a été diagnostiqué quand il en avait trois.
Franco Antonello a raconté son aventure à Fulvio Ervas au cours d'un dialogue qui a duré plus d'un an."(p.7) 

Jusqu'à l'âge de deux ans et demi, tout allait bien et puis l'enfant rieur qui commençait à parler est devenu sombre, introverti. 
"Il jetait tout par les fenêtres, sacs, vêtements, chaussures, portefeuilles, photographies.  Il avait des gestes compulsifs, sans raison, il ne nous regardait plus dans les yeux. Une autre histoire." L'enfant est diagnostiqué autiste. 
Les parents ont alors tout essayé pour améliorer son état mais pour sa majorité, le père  fait le constat des défauts et des qualités de son fils: Malgré son mètre quatre-vingt-deux, c'est encore un enfant, "un ouragan imprévisible".  Il marche sur la pointe des pieds, range les objets dans un ordre méticuleux, et surtout aime enlacer les gens et leur toucher le ventre, dès leur première rencontre.  De là le titre du livre.. C'était aussi la devise imprimée sur tous les tee-shirts d'Andrea quand il allait à l'école. 
 Dès ses dix-huit ans, le père s'embarque avec lui pour 38000 kilomètres en Harley, en avion, en voiture à travers le continent américain, du nord au sud  et de l'est à l'ouest, à l'aventure. Le père crève de peur de perdre son fils en route mais il espère aussi que ce voyage lui fera du bien malgré l'avis des médecins. 
J'ai beaucoup aimé ce récit, si  plein d'amour paternel et filial aussi, sans oublier l'humour  qui rend la lecture plus légère. Père et fils sont très attachants et leur aventure, périlleuse et risquée,  sera très riche en  beaux souvenirs. 
Mais demain? Le constat reste amer.
Je comprends les terribles pensées qui submergent certains pères et les entraînent dans un tourbillon destructeur quand ils voient leur enfant osciller au bord de l'abîme. En ce qui me concerne je pourrais mourir aujourd'hui, ma vie est déjà bien remplie: travail, voyages, amour, amis, satisfactions,aventures et mésaventures. Je suis prêt mais je pense à lui: est-ce vivre que d'être enfermé dans l'autisme et entre les murs d'une institution, dans un désert affectif, pendant des dizaines d'années? D'instinct me vient l'idée terrible et peut-être égoïste de l'emmener avec moi quand ce sera le moment. Nous ferons une grande fête, un témoignage de regrets éternels. Au revoir tout le monde. 
N'aie pas peur si je t'enlace, Fulvio Ervas.  Traduit de l'italien par Marianne Faurobert (Liana Levi, 2013, 268 p.)
Billets de Clara et de Kathel  ainsi que celui de Fleur qui en a fait un coup de cœur


mercredi 13 novembre 2013

L'entrevue de Manuele Fior, ma BD du mercredi

En 2048, Raniero, un psychologue travaillant dans un hôpital d’Udine, en Italie, croit voir de mystérieux signes dans le ciel nocturne, juste  après être sorti indemne d’ un accident de voiture. Peu après, il rencontre Dora, une très jeune fille qui a vu les mêmes phénomènes que lui  au même moment. Elle prétend avoir des dons de télépathie grâce auxquels elle entre en contact avec des extra terrestres. On la soigne pour des hallucinations. 

C’est curieux mais je n’ai pas compris tout de suite qu’il s’agissait d’un roman graphique de science fiction. On reste sur terre . On ne voit pas d’extra-terrestres, simplement des présences triangulaires dans le ciel, comme d’étranges soucoupes volantes qui apparaissent et puis s’en vont on ne sait où. 

C’est doux, étrange, vaguement dérangeant mais ce qui intéresse surtout, c’est ce que peut devenir la relation entre le médecin et sa patiente. 


Je ne suis d’ailleurs pas sûre d’avoir tout compris surtout lorsque la dernière partie vire carrément dans le futur. Dora, devenue une très vieille dame de cent trente ans,  est fêtée  comme la fondatrice de la pensée télépathique moderne. C’est de  cette façon qu’elle transmet certaines images de sa vie, en particulier celles de la semaine des apparitions, ce fameux mois d’avril 2048 dont il a été question précédemment. 

Impressions : J'ai été immédiatement séduite par le graphisme: bel album de 176 pages en noir et blanc et diverses nuances de gris. Des pages très aérées avec de larges cases, parfois sur fond noir et à l'inverse, certaines scènes sont traitées comme de simples vignettes en traits noirs tout simples sur fond blanc, sans décor, sans rien que les personnages et le dialogue.
Très peu bavard  Tout pour me plaire. Peu de personnages toujours les mêmes en gros plans, le psychologue et la jeune fille.
Uniquement des dialogues. Pas de récit : les dessins montrent et les bulles  précisent. Je voudrais que ce soit toujours ainsi pour toutes les BD.

L’auteur italien Manuele Fior est aussi l'auteur de "5000 km par seconde" et de  "Mademoiselle Else".  
Je lui trouve bien du talent.

Coup de cœur pour Mo' aussi et Billets de Yvan,   Jérôme,  Cristie, ...
L’entrevue, Manuele Fior,
Traduit de l’italien par Laurent Lombard,
Futuropolis, juillet 2013, 176 pages
Une planche de la BD de Manuele Fior, "L'Entrevue".
topbd_2013 Chez Yaneck: 18,5/20

Logo BD noirLogo BD rouge
Anne,  AcrO,   Alex, Asphodèle,  Blogaelle, Brize,  


Carolinedécouvrelemonde,


Choco,  Chroniques littéraires, Cléanthe,    

 
Cristie,  Crokbulle,  Cuné,  Delphine,  


Didi,  Elodie,   Estellecalim,  Evalire,  Hilde,   Hélène,  


  Iluze,  L'Irrégulière, 

Hervé,

Jérôme,    Julie, 




Lirepourleplaisir, 


Lorouge, Lou, Lounima,   Lystig,  


 Manu,  Margotte,  Marguerite,   Marie, Mariejuliet, 


Marjorie,  Marion,  MarionPluss,   Marilyne,
  

Mathilde, Mélo, Miss Alfie,


Miss Bouquinaix,  Moka,  Mo',   Mr Zombi,   Natiora, 


Noukette,   OliV',  Pascale, Paulinelit,


  Sandrine,  Sandrounette,  Sara,   


Sophie/Vicim,  Sophie Hérisson,


 Soukee,  Stephie,  Syl, Theoma, 


Un amour de BD,  Valérie,  Vero,  


 Yoshi73, Yvan,

BD DU MERCREDI 13/11/13

  • Amorostasia, Cyril Bonin, par MargueriteAlollypop or A Bullet, Kazuki Sakuraha, Iqura Sugimoto, par élodie
  • Betty Blues, Dillies, Jouvray, par yaneck
  • Blacksad T5, Canales, Guarnido, par Un amour de BD
  • Exauce-nous, Bihel, Makyo, par Cristie
  • L'entrevue, Manuele Fior,par Mango
  • L'étranger, Jacques Fernandez, (Camus), par Stephie
  • Le Belette, Comès, par Mo'
  • Le chat qui courait sur les toits, Hausman, Rodrigue, par Maël, La-ronde-des-post-it
  • Les Ombres, Zabus, Hippolyte, par Yvan
  • Les enfants de la liberté, Alain Grand, Marc levy, par Sophie Hérisson
  • Les nombrils, T6, Un été trop mortel, Dubuc, Delaf, par Sara
  • Les petites gens, Campi, Zabus, par Cuné
  • Ma révérence, Lupano, Rodguen, par Jérôme
  • Ma révérence, Lupano, Rodguen, par Moka
  • Ma vie est tout à fait fascinante, Pénélope Bagieu, par Sophie/Vicim
  • Maori, Carol Ferey, par Hervé
  • Mélodie au crépuscule, Dillies, par Kikine

mercredi 8 mai 2013

Vito, T1, Eric Stalner, ma BD du mercredi

En Sicile, un soir de  1947,  Giuseppe, un projectionniste  ambulant de cinéma qui parcourt l’île en camionnette  avec son chien, vient de diffuser  King kong, quand il reçoit la visite d’un vieil homme. Celui-ci  lui remet la  bobine  d’un film de 1929, totalement inconnu,  qui raconte
l' histoire  étonnante d' un centaure et d'un faune à l'aspect parfaitement réel. Giuseppe dès lors le présente chaque soir, de village en village. 
Il attire vite ainsi l’attention de Vito, un jeune  homme très mystérieux, persuadé de  reconnaître son père   sur ce film. Il lui  demande d’ être embauché,  prétendant être  menacé par sa  propre famille qui veut le retenir près d'elle à tout prix. On sent d’obscurs secrets flotter autour de lui, lourds de dangers et de mystères. Giuseppe éprouve une grande sympathie pour lui, ce  qui le pousse à prendre son parti et à le protéger. 
Une violente course poursuite  avec des personnages étranges et dangereux s’engage alors  jusqu'au cœur de l’île,  dans le village de Mazzarino, haut perché sur une montagne. 
 Tout ne fait que commencer et  on devine que le côté fantastique  du récit va prendre de l’ampleur par la suite. 
J'ai particulièrement aimé le mélange de réalisme et de mythologie sur cette terre qui garde tellement de traces de son passé glorieux de Grande Grèce. Les paysages sont restitués de manière  magnifiquement réalistes. J'espère seulement que les personnages seront plus approfondis  de façon à me  permettre  de mieux m'y attacher. Quoi qu'il en soit c'est un début de série attachant et suffisamment étrange pour éveiller ma curiosité et me donner l'envie de connaître la suite. 
L'avis de choco.
Vito, T1, L'autre côté, Eric Stalner (Glénat, février 2013, 48 p.)



Delphine,  Didi,  Élodie, 


Estellecalim,  Hilde,  



Hélène,  Sophie Hérisson, Iluze,  Irrégulière,


Jérôme,  Kikine, La-ronde-des-post-it, Lirepourleplaisir, 


Lou, Lounima,   Lystig, Mango,


Manu,  Margotte,  Marguerite, 


Marie, Marion,  Marion Pluss,   Marilyne 


Mathilde, Mélo,


 Miss Alfie, Miss Bouquinaix,


Moka,  Mo',   Natiora,  Noukette,   OliV,   Pascale,


Paulinelit, Sandrounette, Sara,  Sophie,  


Soukee, Stephie,  Syl,


Theoma, Un amour de bd,  Valérie,   Vero,


  Yaneck,    Yoshi73,  Yvan,   Mr Zombi, 32 octobre,

mardi 7 mai 2013

Le temps matériel, Giorgio Vasta

Un premier roman italien dont l’histoire se déroule à Palerme durant la fatidique année 1978, celle des Brigades rouges et de l’assassinat d’Aldo Moro qui a fortement ébranlé tout le pays.
On suit les jeux  cruels de trois enfants de onze ans qui parlent et résonnent mieux que bien des adultes. Ils admirent  et veulent imiter les Brigatistes dont ils entendent tellement parler à la télévision. Ils s’inventent un nouveau langage, créent leur bande et  entrent dans une spirale d’actes de plus en plus violents. Sans véritable éducation et laissés à eux-mêmes, ils absorbent  comme des éponges ce que les médias  dévident à outrance : des discours et des cris de haine, des images de morts dans les rues,  des explosions dans les lieux publics, des crimes politiques. Ils font comme tous les enfants du monde: ils veulent imiter leurs héros: ceux dont on parle partout.

 Voici les premières impressions du jeune narrateur à son arrivée à Rome qu'il voit pour la première fois.
A travers les fenêtres du couloir, j'observe les premières traces de la ville affamée qui explose depuis des mois dans les journaux et à la télévision, la ville qui fourmille de corps, la beauté des corps brigatistes, la splendeur de mars qui éclaire d'une lumière furieuse l'homme et la femme du train, mes nouveaux parents, leurs pas rapides entre les planches, les tracts de revendication qu'ils déposent convulsivement et clandestinement, le bruissement permanent de la peau, le sexe mordillé sur les lits de camp, les pratiques animales, et cette Rome tragique sous le soleil. 
Certains ont crié au chef d’œuvre. J’y ai cru mais j'ai très vite compris que je n’aimerais pas ce récit  malgré le style particulièrement recherché et imagé. La séance de torture des chats vagabonds en ouverture du livre me l’a immédiatement laissé supposer et c’est bien ce qui est arrivé. J’ai fini par laisser tomber cette lecture à la page 112. Cette plongée vertigineuse dans une violence sans fin magnifiée par des enfants me laissait un trop grand malaise insuffisamment compensé par mon admiration pour l'écriture.   La vie est trop courte pour se l’empoisonner ainsi.  
Le temps matériel, Giorgio Vasta 
Traduit de l'italien par Vincent Raynaud
(Gallimard,  premier roman,  juin 2010, 364 p.)

Challenges d'Anne,  Premier roman, Voisins, voisines, pour l'Italie,
Challenge de Géraldine, Des livres et des îles, Sicile,
Défi PR1

mardi 30 avril 2013

De là, on voit la mer - Philippe Besson

Quatre mois seulement que ce livre est sorti et déjà j’ai l’impression que tout a  été dit le concernant, le meilleur et le pire -  plus de meilleur que de pire, cependant. Alors mon billet, c’est une goutte d’eau dans la mer - du rien - de l’inutile - du superflu.  Une corvée en somme!
Pas la meilleure façon de commencer!

Ce préalable,  pour m’encourager à ne pas laisser tomber. Je tiens ce blog  pour parler de mes lectures – toutes -  sans exception   mais  sans traumatisme non plus. Liberté et sincérité avant tout.
Dire que je n’ai pas aimé ce livre, c’est vrai mais difficile à admettre et à justifier. 
De Philippe Besson, j’ai lu avec plaisir trois ou quatre livres,  avec une préférence pour Son frère .
Cette fois  pourtant ce dernier livre m’a  lassée. Je l’ai parcouru jusqu’à la fin et heureusement! Gare aux dernières lignes!  Retournement de situation! A  ne  surtout pas rater.
Cependant, sauf au tout début,  de dégustation, de séduction, il n’en a pas été question.

L’histoire est celle d’une séparation pour un nouvel amour, plus jeune de vingt ans .
D’un côté, il y a Louise,  la quarantaine,  parisienne,  mariée et fidèle à François,  sans enfant par choix,  pour vivre au mieux son métier  de romancière à succès, qui s’exile pour écrire,  seule,  en Italie, dans une villa  sur la mer.
De l’autre, il y a Luca,  vingt ans,  officier  de l’Académie navale, le fils de  Graziella, sa gouvernante.
Ils vont s’aimer.
L’accident de François, le mari, va les séparer. C’était un suicide déguisé. Celui-ci a tout deviné. Louise reconnaît l’avoir trompé  et  choisit de le quitter.
Retour en Italie. Solitude.  Luca est parti. Plus de Luca?...

Histoire classique,  belle écriture, de beaux moments. Alors pourquoi mon indifférence?
Louise  aime sa liberté plus que tout et l’assume. C’est elle la forte, la solide. Les hommes qu’elle aime sont à ses pieds. Ils la suivent, s’adoucissent, se soumettent. Effet cougar?  Thème trop à la mode?  La liberté   avant tout et non plus seulement la recherche du bonheur?  Le plaisir avant les sentiments?  Tout  tout de suite. Tant pis pour les autres. A eux de se débrouiller avec leur  vie. Chacun pour soi.

Louise est dure, avec elle-même et avec les autres. Luca   est fougueux, François amoureux. La passion brûle autant que le soleil d'Italie. J'ai pensé à Sagan, à la maison de  Capri, dans le film de Godard: Le Mépris. La dédicace est à Fanny Ardant. La phrase en exergue est celle de Paul Guimard dans Les choses de la vie: "Tout s'est joué en deux secondes,  je voudrais savoir lesquelles." 

Du cinéma, donc!
Et puis un récit avec un tel début, j'aurais dû aimer.  
"Quand l'histoire commence, on est dans la violence de l'été, l'extravagante violence des étés italiens. Le soleil tape si fort qu'il rend insoutenable au regard le blanc des façades alentour. Il fait aussi la pierre brûlante: impossible d'aller pieds nus. La mer au loin est étale, striée de reflets, on dirait des diamants.  Et puis, il y a ce bleu, le bleu du ciel, partout, sans taches, électrique, tellement pur. Et pas un souffle d'air. "
Mais non, cette joie n'a pas eu lieu. L'explication? Peut-être tient-elle dans cette  affirmation de l'héroïne. (p.186)
 Elle dit: "Je n'aime pas qu'on ait besoin de moi. Je ne veux me sentir aucune responsabilité. Vis-à-vis de quiconque."
Je finis par croire qu'une certaine sympathie  envers les personnages m'est nécessaire pour m'intéresser à eux, sauf si l'auteur  creuse suffisamment derrière les apparences et les clichés pour me faire  croire en eux et m'y attacher. Ce n'est pas le cas ici. Je n'aime décidément pas Louise.   

De là,  on voit la mer - Philippe Besson
(Julliard, janvier 2013, 216 pages)

Les avis de Jack,   par exemple, tellement plus enthousiaste.
Challenge s: 

vendredi 12 avril 2013

La comtesse de Ricotta, Milena Agus

Parce que j’avais aimé Mal de Pierres  et  Quand le requin dort,  je pensais également aimer celui-ci sans problèmes mais non, ce n’est pas aussi simple et je n’ai pas retrouvé cette fois le même plaisir de lecture.  
Cette fois encore l’histoire se déroule en Sardaigne, dans un palais ancien, sur les hauteurs de Cagliari. Y vivent toujours les trois dernières descendantes de la famille  patricienne d’autrefois, trois sœurs, obligées de vendre les autres appartements pour survivre. Elles sont très différentes mais aucune n’est heureuse. Chacune étant en manque de ce qui pourrait enfin transformer sa vie. 
Noémie, l’aînée, une magistrate, sévère, coincée, revêche, attend l’amour idéal, tout en niant farouchement un tel besoin. Elle aimerait redonner à la demeure familiale son faste d'antan.  
Maddalena, elle, vit un amour très passionné et sensuel avec son époux  mais seul l’intéresse l’enfant qui tarde à venir.
 Quant à la dernière, la Comtesse de Ricotta, elle vit seule avec son enfant de cinq ans qui semble en retard dans son développement bien que  très doué pour le piano. Elle vit de remplacements dans les écoles qu’elle ne termine jamais tant elle a peu d’autorité. Très généreuse, elle paraît cependant fragile, molle et  maladroite.
Les trois sœurs  frôlent constamment la dépression et même le suicide tant leur vie est malchanceuse et leurs amours peu satisfaisantes. Elles s'aiment pourtant et cherchent à s'entraider sans véritablement y arriver.
Mon  problème  a été de ne pouvoir m'attacher à aucune d'entre elles. Je ne les ai pas vraiment comprises. Chacune, tour à tour, m'a semblé trop caricaturale ou trop excessive. Serait-ce l'effet d'un style que j'ai trouvé trop sec, du style résumé ou du genre de la "nouvelle",  me maintenant sans cesse à distance des personnages? .Peut-être! 
Toujours est-il que ce dernier livre de Milena Agus a été pour moi un rendez-vous raté. 

Les avis de Babelio,  Noukette,    qui renvoient vers d'autres billets,
 La comtesse de Ricotta, Milena Agus,  Traduit de l'italien par François Brun 
(Liana Levi, 2012, 119 p.)
Challenge d'Anne   pour l'Italie (Sardaigne)  celui de Géraldine sur les Îles
Voisins Voisines version Curlz

samedi 23 février 2013

Eva dort, Francesca Melandri





"Eva dort"  est un très beau livre d’une très grande tenue dont je sors émerveillée.
Premier roman d’une scénariste italienne, il nous retrace les moments forts d’une région méconnue où les Italiens, des  blonds aux yeux bleus,  sont germanophones: Sud-Tyrol ou Haut-Adige, la région de Bolzano et du Val Gardena, enrichie désormais par l’or blanc.onnue où les Italiens, des  blonds aux yeux bleus,  sont germanophones: 
C’est un roman à l’ancienne, parfaitement bien structuré, une fresque historique depuis 1919, date où cette région frontalière  des Alpes fut annexée par l’Italie après la chute de l’empire austro-hongrois jusqu’à nos jours, en passant par toutes les réclamations indépendantistes, les bombes les, attentats du siècle dernier jusqu’à la mort si odieuse d’Aldo Moro qui bouleversa toute l’Italie.

«Eva dort», est surtout le roman de Gerda et de sa fille Eva, les deux héroïnes de l’histoire. Des femmes seules mais courageuses et libres qui ont réussi à imposer leur choix de vie dans un milieu hostile dominé par tous les préjugés de cette époque troublée.

 «Eva dort» est la réponse type fournie par Gerda, la mère,  à tous les moments importants de leur vie. C’est ainsi qu’Eva n’a pas connu son père venu la voir un jour, en cachette de sa propre famille. Elle n’a jamais reçu non plus les nombreuses lettres envoyées par son père adoptif adoré, Vito, le sous-officier des carabiniers en poste dans cette région,  devenu l’amour de sa mère qu’il ne put épouser pour des raisons politiques. Elle se vengea en coupant tous les ponts avec lui.

Mais le roman est surtout celui du long voyage en train qu' Eva, désormais libre et indépendante, entreprend trente ans après,  du nord au sud, jusqu'en Calabre où se meurt Vito qui l'a appelée à son chevet, après trente ans de silence et malgré le désaccord de Gerda, emmurée dans sa rancœur. Pendant que défilent les paysages des régions traversées, elle revit les moments forts de son existence dont beaucoup coïncident avec ceux du pays lui-même.

La fin est très belle. Juste celle que j'espérais. 
Je sais pourquoi tu dors aussi peu, Eva, me dit-il. Tu ne veux pas rater les secrets  que l'archange Michel confie à Adam.- Hein?- Milton, Paradis perdu, livre onze.(...)L'archange révèle l'histoire future de l'homme à Adam. Et il donne un somnifère à Ève: elle ne doit pas entendre, c'est une femme.  Ainsi tandis qu'Adam apprend les secrets du temps à venir, Ève dort.
 Eva dort de Francesca Melandri, Danièle Valin (Gallimard, 2012, 393p.)

Défi PR1Challenge du Premier roman d'AnneVoisins Voisines version Curlz
Autre challenge d'Anne pour l'Italie
Challenge Il viaggio chez Marc et Marcel 

vendredi 11 janvier 2013

E.M. Forster, Monteriano


Le récit commence à la gare de Charing Cross,  avec le départ en grande pompe  pour l’Italie de la jeune veuve  Lilia, chaperonnée par Miss Abbott, une jeune fille de l’endroit tout aussi inexpérimentée. Toute la belle famille Herriton a tenu à l’accompagner: sa belle-mère, ainsi que Philippe et Harriet, le frère et la sœur de son mari défunt avec Irma sa propre fille. Elle est heureuse : elle se sentait trop étroitement surveillée jusque là et ce voyage soulage tout le monde car Lilia, insouciante et imprévisible, commet  bévues sur bévues, ce qui est très mal vu et considéré comme inquiétant.
Cependant ce sera pire en Italie lorsqu’elle décide de se marier  avec le beau Gino, scandalisant sa famille anglaise  puisque ce n’est qu’un fils de dentiste. On envoie alors Philippe, le beau-frère, en ambassade et en catastrophe, pour essayer d’éviter cette mésalliance mais il arrive trop tard.  
 Je m’attendais à ce que ce soit Lilia, une fois remariée en Italie,  qui devienne  le personnage principal mais il n’en est rien et les rebondissements sont suffisamment nombreux et surprenants pour que pas un seul instant l’intérêt de la lecture ne se relâche. C’est passionnant, tragique et drôle,  très enjoué aussi selon les moments.
Philippe et Miss Abbott rivalisent de présence et de prises de positions importantes et décisives, sans oublier Harriet, l’intransigeante et  fatidique belle sœur.
Si l'homme italien offre  beauté,  joie de vivre et amour, les décisions importantes sont prises par les femmes anglaises auxquelles seul l’amour paternel résistera pour le malheur de tous.

Quelques citations:
Aucun d'eux ne comprit que le conflit les dépassait, qu'il était national, que des générations d'ancêtres, bons, mauvais ou indifférents, interdisaient à l'homme latin de se montrer chevaleresque envers la femme nordique, comme à cette dernière de pardonner à l'homme latin.
 (Sa propre mère) effrayait Philippe, sans lui inspirer un respect profond. Car sa vie n'avait pas de sens et son fils le voyait. A quoi servaient sa diplomatie, ses mensonges, sa perpétuelle domination? Quelqu'un en était-il meilleur ou plus heureux? En était-elle même, personnellement, plus heureuse?  Harriet, avec sa bigoterie aigre et triste, Lilia, avec son avidité au plaisir, étaient encore d'une qualité plus divine que cette machine logique, active et parfaitement inutile. 
Le bain du bébé: Miss Abbott, comme toute femme, aimait laver n'importe quoi, a fortiori un objet humain.
 Monteriano [ou “Là où les anges craignent de marcher», ( …les sots se précipitent…, citation de Pope), son autre titre]  est le premier roman de E. M. Forster après sa découverte de l’Italie. Paru en 1905,  il est traduit en 1954 en français  par son ami Charles Mauron et c’est cette traduction que «Le bruit du temps» vient de publier en juin  2012. On y trouve déjà les thèmes principaux de «Avec vue sur l’Arno», l’affrontement entre deux modes de vie, celui, rigide et austère de l’Angleterre d’alors et celui plus souriant et spontané de la Toscane puisque le titre se réfère à San Giminiano, la ville aux treize Tours.
Tout l'art de Forster est déjà là et j'ai aimé ce premier roman presque à l'égal des autres: Avec vue sur l'Arno, Howards end,  Maurice, 
Autres billets: Dominique, Lilly, ...

Monteriano de E.M. Forster,
Traduction de l’anglais par Charles Mauron. Édition présentée et annotée par Catherine Lanone
(Le Bruit du Temps, 2012, 224 pages) Couverture: Wim Schuhmacher, San Gimignano

Titre de 1905 : Where Angels Fear to Tread