mardi 12 mars 2013

Raymond Carver et la pêche à la truite par temps de neige









Sur la Deschutes

Ce ciel, par exemple :
Gris, bouché,
Mais il ne neige plus
C’est déjà ça. J’ai
Si froid que je ne peux pas plier
les doigts.
Ce matin en descendant à la rivière
Nous avons surpris un blaireau
Dévorant un lapin.
Un museau barbouillé de sang, et au-dessus deux yeux perçants :
   Ne pas confondre la valeur guerrière
   Avec la grâce

Plus tard, huit colverts passent au ciel
Sans un regard pour nous. Dans la rivière,
Frank Sandmeyer lance, lance
En quête de truites. Cela fait
Des années qu’il pêche dans cette rivière
Mais selon lui
Février est le meilleur mois.

De mes doigts nus j’essaye de débrouiller
un écheveau de nylon.
Loin d’ici –
Un autre homme élève mes enfants, et
Couche avec ma femme, couche avec ma femme.

 Les feux , Raymond Carver (éditions de l’Olivier, p. 163)
Traduit de l’américain par François Lasquin.


lundi 11 mars 2013

Raymond Carver, Les feux

Dans ce volume, Carver a rassemblé des textes très variés, souvent autobiographiques: les souvenirs  qu'ila gardés de son père, des remarques sur son travail d’écriture,  des nouvelles et des poèmes où il évoque sa difficulté à vivre, en grande partie, comme son père, à cause de l’alcool. Il est mort en 1988, à cinquante ans.
Voici le premier poème de ce volume

Boire en voiture

C’est le mois d’août et en six mois
je n’ai pas lu un livre
sauf un machin intitulé La Retraite de Moscou
par Caulaincourt.
N’empêche. Je suis heureux
De rouler en voiture avec mon frère
En buvant de l’Old Crow à même la bouteille.
Nous n’allons nulle part,
Nous roulons, simplement.
Si je fermais les yeux un seul instant
Je serais perdu, pourtant
je me coucherais volontiers  sur le bord de cette route
pour y dormir jusqu’à la fin des temps.
Mon frère me donne un coup de coude.
D’une minute à l’autre,  il va arriver quelque chose.

Les feux, Raymond Carveressais, poèmes, nouvelles, (éditions de l'Olivier, 1991272 pages)  Traduit de l'américain par François Lasquin

dimanche 10 mars 2013

Meilleures ennemies, de Gary Winick, avec Anne Hathaway et Kate Hudson

Un film idéal pour un dimanche pourri où il vaut mieux ne pas trop réfléchir  et retrouver son âme d'ado prête à rire et à pleurer pour un rien, enfin pour un mariage réussi ou raté, c'est selon. Une histoire pour fille uniquement, à voir toute seule surtout,  sinon l'esprit critique se pointe trop vite. 
Dès le début, je devinais déjà ce qui m'attendait et comment ça allait finir mais peu importe, c'est exactement ce dont j'avais besoin et j'avais d'ailleurs acheté le DVD il y a longtemps justement pour le voir dans un tel moment de déprime. 
J'ai ri et j'ai eu les larmes aux yeux pour l'apothéose finale. C'était parfait. Je me suis sentie beaucoup mieux ensuite! Comme quoi, il ne me faut pas grand chose pour retrouver la pêche! Tant mieux!
 C'est nunuche à souhait cependant! Attention! Le résumé ne sera pas long. 
Deux amies d'enfance qui s'adorent encore à 26 ans,  décident de se marier le même mois, mais pas le même jour, dans le même splendide hôtel Plaza, à New York. Elles contactent pour réussir les deux cérémonies la même célèbre agence. Chacune a pris l'autre comme demoiselle d'honneur. Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes sauf qu'une employée se trompe et programme les deux mariages le même jour! Trop tard pour faire marche arrière!  L'une des amies doit accepter de reculer la date du sien; C'est là que tout tourne mal. Chacune s'entêtant, elles se fâchent et font tout ensuite pour faire rater les préparatifs de l'autre. C'est là le plus drôle:  elles se font des coups tordus  et on rit forcément. 
La fin est sentimentale à souhait.
Entre temps les actrices s'en sortent bien, la robe de mariée de l'une est superbe. L'autre s'affirme et prend de l'assurance ce dont elle avait besoin.  Un retournement de situation  est le bien venu,  un coup de théâtre en somme. Les toilettes sont belles, les gâteaux aussi. 
Bref c'est un film dégoulinant de crème et de bons sentiments mais je n'ai même pas eu honte de l'apprécier autant. Du gris je suis passée au rose. Que demander de plus? Mission accomplie pour cette distraction! Après-midi maussade sauvée! 
Meilleures ennemies, de  Gary Winick, avec Anne Hathaway et Kate Hudson (EU, 2009)

Meilleures ennemies, Anne Hathaway, Kate Hudson


Meilleures ennemies, Anne Hathaway, Kate Hudson

samedi 9 mars 2013

Paysage de Yvon Le Men, Le Printemps des poètes,

Logo PDP
Le site du Printemps des poètes m'a permis de lire plusieurs poèmes d'auteurs que je ne connaissais pas. Au hasard. Parmi la vingtaine que j'ai pu lire, voici mon préféré. 


Paysage

Il existe
dans les livres d'estampes japonaises du XIXe siècle
des images que l'on trouve
dans les paysages bretons de toujours

est-ce d'avoir regardé les estampes
toujours, comme une première fois
qui a protégé mes yeux d'avoir regardé le paysage
toujours, comme une dernière fois ?

comme si demain,
je ne verrai ni les estampes
ni les rives du Léguer qui va et revient
au seuil de ma maison
et sur les murs de laquelle repose une estampe d'Hiroshige

Je l'ai trouvée
au cœur d'un hiver où la nuit était noire
jusqu'à l'aube d'un matin qui fut un premier jour

le premier jour du camélia
et de mes yeux enfin réveillés par sa blancheur

sur l'estampe
comme sur les hauteurs de l'estuaire
sont dressés, bleus tirant sur le noir
à l'est
noirs tirant sur le vert
à l'ouest
des pins maritimes

et
à la frontière de ce paysage où le soleil se couche
à la lumière de cette image où le soleil se lève
ils incarnent
d'un bout à l'autre du monde
le même poème écrit à l'encre de la même image.

(Inédit) été 2003

Yvon Le Men
Né en 1953, Yvon Le Men est breton et poète. Depuis son premier livre Vie (1974), écrire et dire sont les seuls métiers d'Yvon le Men. Il est l'auteur d'une oeuvre poétique importante (Le jardin des tempêtes, 2000, Un carré d'Aube, 2004) à laquelle viennent s'ajouter trois récits : Le petit tailleur de short (1996), la Clé de la chapelle est au café d'en face (1997), On est sérieux quand on a dix-sept ans (1999) et un roman Elle était une fois (2003). 
A lannion où il vit, il organise des rencontres intitulées "Il fait un temps de poème". "Etonnant voyageur", il participe au festival du même nom et de Saint-Malo à Bamako, de Sarajevo à Saô Paulo, il se fait passeur des poètes et des écrivains. Par ailleurs depuis plusieurs années il travaille dans les écoles, avec les enfants pour lesquels il a écrit Ouvrez la porte aux loups (1994).

vendredi 8 mars 2013

L'herbe des nuits, Patrick Modiano


On le sait d’avance: un roman de Modiano, c’est un anti-thriller par excellence. C’est particulièrement vrai dans son dernier livre,  L’herbe des nuits. L’héroïne est probablement une criminelle. On s’en doute et le narrateur aussi. Elle le lui a  suggéré un soir: Qu’est-ce que tu dirais si j’avais tué quelqu’un?  quitte à lui  dire ensuite  que ce n’était qu’un rêve. Il a cependant  été convoqué à ce sujet, quai de Gesvres, aux renseignements généraux.   En réalité on s’en moque un peu de connaître la vérité. L’intérêt du récit n’est pas là. Comme toujours, bien plus qu’ une enquête, c’est une quête que Modiano poursuit dans son Paris perdu des années soixante, quête de soi, de ses souvenirs de jeunesse, des traces d'une  personne aimée et perdue. 
Le titre, L'herbe des nuits, c'est un vers de poète: 
Et, la chaux dans le sang, rassembler pour les tribus 
Etrangères l'herbe des nuits. Ossip Mandelstam)
C'est aussi ces déambulations lentes et infinies dans les rues de Paris, la nuit, de cafés glauques en chambres de passage, le long d'avenues désertes et froides près des murs de prison ou de jardins fermés. 
Cette fois, la jeune femme aimée mais fuyante, aux multiples identités, au passé trouble et aux fréquentations dangereuses, s'appelle Dannie. Elle est très jeune et Jean, le narrateur encore plus. Leur présent est celui de la Cité universitaire où ils se rencontrent car ils se veulent étudiants mais c'est surtout celui des habitués d'un bar  de Montparnasse où se retrouve une bande louche liée à la politique post coloniale d'alors.  Tous les noms sont écrits dans un petit carnet noir retrouvé cinquante ans après et qui lui sert de guide mémoire.

Comme toujours avec Modiano, le temps  s'est aboli en lisant ce livre  et  peu importe l'intrigue,  j'ai retrouvé le même plaisir de "flotter dans l'air de Paris",  sans  famille,  sans milieu social et sans passé bien défini et c'est encore une fois très agréable.   
Il m'aura fallu presque une vie entière pour revenir à mon point de départ. (p.58)
Pourtant je n'ai pas rêvé . ...Sur les pages du carnet se succèdent des noms, des numéros de téléphone, des dates de rendez-vous, et aussi des textes courts qui ont peut-être quelque chose à voir avec la littérature. Mais dans quelle catégorie les placer? journal intime? fragments de mémoire?
Bien sûr de nombreux signaux se sont brouillés, et vous avez beau tendre l'oreille, ils se perdent pour toujours. Mais quelques noms se détachent avec netteté dans le silence et sur la page blanche...Dannie, Paul Chastagnier, Aghamouri, Duwelz, Gérard Marciano, "Georges", l'Unic Hôtel, rue du Montparnasse. Si je me souviens bien, j'étais toujours sur le qui-vive dans ce quartier. (p.11/12)
L'herbe des nuits, Patrick Modiano (Gallimard, octobre 2012)  

Doodle 8 mars, Journée internationale de la femme,


Un Doodle, c'est un élément jeu, une animation ou une simple image très design. Celui-ci a pour but de fêter la journée internationale de la femme, un événement qui fait partie des 87 journées internationales
On peut lire le nom  Google, mais il faut chercher parmi les têtes.
Je me pose désormais la question: ces journées sont-elles vraiment utiles? J'aimerais le croire... mais j'ai du mal. 

jeudi 7 mars 2013

Un livre, Michaël Cohen, lecture par l'auteur

Ce livre vient de paraître aujourd'hui et c'est l'auteur lui-même qui en a fait la lecture, ce matin, à la télévision, 7/3/13.  (D8, Voyage au bout de la nuit). Il me semble que c'est la première fois que ça arrive dans cette émission.

 Je n'ai pas entendu le commencement et je crois que l'histoire en est à son milieu quand je tombe dessus. L'auteur/lecteur commence un nouveau chapitre et il fait cette remarque:  j’ai besoin de changer oui parce que si je peux me permettre une petite critique: mon histoire manque singulièrement d’humour. Ce qui ne me semblera pas totalement vrai, ensuite. En tout cas le ton,lui,  est parfaitement décontracté. 
J'ai eu le temps de retenir ces  citations:
Que reste-t-il de nos amours ? Rien des traces.
Il n’y a pas de hasard, il n’y a pas de destin, donc tout est possible.
On écrit pour déterrer des cadavres qu'on se dépêche ensuite d'oublier dans de plus jolis cercueils.
Mais pour mettre fin à un livre, il existe une autre solution, celle  choisie par le héros justement.Pas mal! Je ne sais pas si ce livre est bon mais il a été magnifiquement lu. 
Il me reste à chercher de plus amples informations. Les voici.

Dans Un livre, le narrateur Thomas découvre par hasard que son ancienne compagne, l’amour de sa vie, a écrit un livre sur leur histoire d’amour avec une vision totalement différente de celle qu’il avait.
Thomas Milho est un garçon à vif. Il boit trop de café, ne répond pas au téléphone, vient de se faire congédier par son patron. Silhouette dégingandée errant dans la ville, Thomas se met à parler tout haut et tout seul. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça ne va pas fort pour Thomas. En fait, tout s’est détraqué depuis qu’il a rompu avec Marianne Sares, une avocate spécialisée dans le droit d’auteur. Avide de découvrir ce qu'elle a bien pu confesser dans ce livre sur leurs amours, Thomas se rend dans une librairie pour l’acheter. Mais dès qu’il tient l’objet en main, Thomas pressent que cet exercice va être plus éprouvant que prévu. Il s’assied sur un banc, prend sa respiration… Au fil de sa lecture, qui s’avérera épique et mouvementée, Thomas apprendra à faire le deuil de son histoire passée et à envisager – qui sait ? – une nouvelle rencontre ( éditeur et +)

Un livre, Michaël Cohen, (Julliard, 170 pages,  parution: 7/3/13)

Qui est Michaël Cohen? 
En marge de sa carrière au cinéma, au théâtre et à la télévision, Michaël Cohen a publié son premier roman en 2007, Ça commence par la fin. Un ouvrage qu’il a  adapté lui-même au cinéma avec un long métrage dans lequel il jouait aux côtés de sa compagne de l’époque, l’actrice Emmanuelle Béart. . Dans Maison close, saison 2 (Canal +), il incarne le rôle principal. 

mercredi 6 mars 2013

Le Nao de Brown de Glyn Dillon, Prix spécial du jury, Angoulême, 2013, ma BD du mercredi

Mo et Yvan m’ont donné très envie de lire ce one-shot qui a obtenu le prix du jury à Angoulême, cette année.

Je n’ai donc pas hésité un seul instant à le rechercher et à me plonger dans la vie de Nao, une jeune métisse anglo-japonaise qui souffre de troubles obsessionnels compulsifs, de tocs autrement dit, de ceux qui consistent à se persuader qu’on est dangereux et à s’imaginer sans cesse les crimes que l’on pourrait commettre sur ses proches. Elle a ses rituels pour diminuer l’angoisse: noter ses pulsions de 1 à 10, se répéter comme une litanie Maman m’aime. Elle suit les cours d’un maître bouddhiste, écrit un conte sur un être mi-homme mi-arbre aussi mal en point qu’elle, mais tout ça en vain.  En réalité son esprit ne la laisse jamais en paix. Trop d’imagination disent certains médecins. Maladie difficile à guérir. On suit Nao sur plusieurs années: elle rencontre  des êtres souvent aussi tourmentés qu’elle ou bien n’est-ce pas  elle qui amplifie sans cesse et précède trop souvent  les intentions des autres, entraînant parfois de graves conséquences sans le vouloir vraiment?  Difficile de le savoir.
J’ai eu du mal à tout comprendre au début. J’ai souvent dû m’y reprendre à deux fois pour suivre certains épisodes. Heureusement j’étais prévenue et je savais que la suite était plus facile, une fois saisis les  problèmes de cette maladie. 
Heureusement aussi que le graphisme est très varié et remarquable mais comme je me sens toujours maladroite pour en parler, voici quelques exemples pris sur le net. 





Le Nao de Brown de Glyn Dillon ( Akileos, 2012, 208 pages)
Prix spécial du Jury en 2013





Logo BD noirLogo BD vertLogo BD rouge
Les participants aux mercredis BD:

Anne,  Blogaelle, Choco, Chrys, Cristie, Delphine, Didi, Dolly,

Estellecalim, Hilde, Hélène, Hérisson08, Iluze,  Irrégulière,


Lou, Lounima,   Lystig,  Mango,   Manu,  Margotte,  Marguerite

Marie, Marion, Maryline,  Mathilde, Mélo, MissAlfie, Miss Bouquinaix, 

Moka,  Mo,  Natiora,  Noukette,  OliV', Pascale,

Paulinelit, Sandrounette, Sara, Sofynet, Soukee,  Syl,

Theoma, Un amour de bd,  Valérie, Sophie/Vicim,  Vero,

Wens,  Yaneck,   Yoshi73,  Yvan,   Mr Zombi, 32 octobre,

mardi 5 mars 2013

Prix Goncourt du Premier Roman à Alexandre Pontel


Par sept voix sur dix, c'est Un homme effacé, le livre d'Alexandre Postel qui a emporté le prix Goncourt du Premier Roman 2013.
Il a déjà reçu le prix Landerneau de la Découverte, en février.
L'auteur (°1992)  est professeur de lettres à Paris.

Un homme effacé, Alexandre PostelDamien North est professeur de philosophie dans une université cossue. Veuf, il mène une vie triste et solitaire. Mais un jour, il est embarqué par la police qui l'accuse d'avoir téléchargé sur son ordinateur des images provenant d'un réseau pédophile... L'affaire fait grand bruit, d'autant que Damien est le petit-fils d'Axel North, figure politique historique. L'inculpé a beause savoir innocent, chacun se souvient d'un geste, d'une parole qui, interprétés à la lumière de la terrible accusation, deviennent autant de preuves à charge. Même une banale photo de sa nièce, unique enfant de son entourage, ouvre un gouffre d'horribles suppositions. Le terrible engrenage commence tout juste à se mettre en marche. Alexandre Postel décrit avec acuité la farce des conventions sociales, les masques affables sous lesquels se cachent le pouvoir, la jalousie ou le désir de nuire - et les dérives inquiétantes d'une société fascinée par les images. Quatrième de couverture

En 2012, c'est François Garde qui avait obtenu ce prix pour Ce qu'il advint du sauvage blanc.

Vacances indiennes, William Sutcliffe

Drôle, sarcastique, plein d’humour, ce récit d’un séjour en Inde avec, pour seul viatique, le Lonely Planet, la bible des routards britanniques, s’est révélé une lecture très divertissante.

Pour Dave, 19 ans, le départ de tous ses amis, en voyage initiatique autour du monde, s’avère désastreux car il se retrouve seul pour les vacances d’été, à la fin de ses études pré universitaires. C’est sans compter sur Liz, la fiancée de son meilleur ami, bien décidée, elle aussi,  à partir  trois mois en Inde. Comme elle ne lui est pas indifférente, il accepte de l’accompagner. C’est un mauvais plan.

Dès l’avion, les disputes commencent. Ils ne s’entendent pas du tout. C’est une petite peste prétentieuse et méprisante qui  tombe vite sous le charme d’un gourou local, version tantrique. Dave doit continuer seul le parcours prévu. Il souffre mille maux: solitude, chaleur, foule, saleté, gastro à répétition, et ce n’est que le début d’une liste sans fin. Impossible de rencontrer réellement les habitants, il ne tombe que sur des caricatures de routards ou de hippies  comme lui qui ne lui sont d’aucun secours. 
Il faut dire qu'il râle toujours, Dave. Esprit critique, curieusement naïf et méfiant à la fois, il a tous les défauts qu'on prête volontiers aux jeunes, insouciance, ignorance, imprudence, mais il en a aussi les qualités: confiance en soi, dynamisme, humour et finalement une bonne dose de chance.

Clichés sans doute mais curieusement c'est aussi la force de cette satire de la société de consommation occidentale qui lance ainsi sur les routes, à la dérive, des hordes de jeunes passant leur temps à se découvrir entre eux, à travers mille excès plutôt qu'à connaître vraiment le pays lui-même. 
Caricature? Peut-être mais c'est amusant et sans prétention. Un agréable moment de distraction. 

Exemple du style ( traduction, cependant)
Dave rencontre deux jeunes qui viennent d'arriver.
-Tout se passera bien, je leur ai dit tout en pensant qu'à un moment ou à un autre ils seraient horriblement malades, sans parler de la dépression, de la solitude, du désespoir, du mal du pays, et du fait qu'ils finiraient probablement par se haïr. Vous allez prendre votre pied, croyez-moi.

A voir ces deux bouilles de petits lapins timides prêts à s'enfoncer dans la folie indienne, ça m'a rappelé mon bonheur d'avoir mon voyage derrière moi et non devant. Je devais m'avouer que c'était plus marrant de l'avoir fait que de le faire.
William Sutcliffe est né en 1971 à Londres. Marié à Maggie O'Farrell ( L’étrange disparition d’Esme Lennox), il est l'auteur de six romans, traduits en dix-sept langues, dont  Une semaine avec ma mère.
Vacances indiennes, William Sutcliffe,  traduit de l'anglais par Philippe Rouard,
Titre original: Are you experienced?  1997
(10-18, Domaine étranger, 308 pages, 2005)

lundi 4 mars 2013

Karoo, Steve Tesich, en audiolib


Week end passé  avec Karoo,  cet Ulysse moderne,  le personnage magistral de Steve Tesich,  lui-même mort subitement, à 54 ans,  avant la publication de son roman, lu ici par  Thibault de Montalembert  de façon très agréable.

Saul Karoo,  l'anti-héros américain par excellence, arrivé à la cinquantaine, s'aperçoit qu'il n'a réussi que dans son métier - et encore-  mais que par ailleurs,  dans sa vie,  tout n'est qu' un ratage complet. Divorce, fils adoptif tenu à distance, alcoolisme sans ivresse possible, santé déclinante, solitude, accumulation de névroses. Une prise de conscience s'impose à lui après un dernier travail de réécriture réductrice  d'un auteur qu'il admire. Mais même en voulant bien faire, comme en réunissant son fils et sa vraie mère, par exemple, il ne commet que des erreurs et tombe de plus en plus bas. Jusqu'où mènera-t-il sa vie? Dans la dernière partie ce n'est plus lui le narrateur. 

Rien ne me conduisait à aimer un tel personnage qui semble tout d'abord n'avoir que  des  défauts mais je n'ai eu que de la compassion pour lui. Sa lucidité, son humour cynique envers lui-même, ses maladies, ses tares, ses tocs,  tout ce qu'il ne peut contrôler , tout ce qui lui échappe de plus en plus et dont il est très conscient,  tout cela me l'a finalement rendu presque attendrissant et en tout cas pleine d'admiration pour le style vraiment éblouissant de l'auteur. 
J'ai aimé la précision des détails, les références à la tragédie grecque et à ses héros mythiques, la description des États-Unis de ces dernières années, l'humour noir, les épisodes drôles et dérisoires, difficilement oubliables. L'auteur se permet tout, au plus près des réalités quotidiennes. C'est audacieux, désespéré, maîtrisé et surréaliste à la fois. On a parlé de chef d'œuvre -  avec raison.   

Karoo,  de Steve Tesich, lu par Thibault de Montalemberttraduit de l'anglais (États-Unis) par Anne Wicke, 608 pages, publication posthume du livre, parution: 16/01/2013

dimanche 3 mars 2013

La Fontaine, dans le bleu, entre Soulages, Miró et Klein.


J'aime le jeu, l'amour, les livres, la musique, 
La ville et la campagne, enfin tout; il n'est rien
Qui ne me soit souverain bien
Jusqu'au sombre plaisir d'un cœur mélancolique.


Le mensonge et les vers de tout temps sont amis.


Pierre Soulages, 1919 
Joan Miró, 1893, 1983
Yves Klein, 1922, 1968
Jean de La Fontaine, 1621, 1695

samedi 2 mars 2013

Le problème avec Jane, Catherine Cusset

Une lecture très  agréable pour commencer ce dernier mois d'hiver: le grand prix des lectrices de Elle 2000, "Le problème avec Jane",  paru en 1999.

C’est le second livre de Catherine Cusset que je découvre après «Confession d’une radine» qui m’avait plu également mais pas autant que celui-ci.
Le problème avec Jane selon ses amis, amoureux, amants  ou mari c’est que…  ceci ou cela!  Chacun a toujours une bonne raison de lui reprocher un défaut quelconque  avant de se détacher d’elle. Elle est belle pourtant,  intelligente et cultivée.  Spécialiste de Flaubert, elle enseigne la littérature française dans une grande université américaine  (l’auteur, elle, a enseigné à Yale),  mais elle se sent seule trop souvent. 
Le récit commence lorsqu'elle reçoit un paquet contenant des feuilles manuscrites avec pour titre: «Le problème avec Jane». Elle se rend compte très vite, avec effroi, que chaque chapitre raconte un aspect de sa propre vie, jusque dans ses moments les plus intimes. Elle s’en trouve bouleversée et verse dans une sorte de paranoïa qui consiste à soupçonner chacun de ses proches tour à tour. Qui peut la connaître aussi précisément jusqu'au moindre de ses actes et de ses pensées?  Quel est le but de celui qui écrit ainsi sa vie? Jusqu'où ira-t-il?  Sa vie est-elle menacée? Elle se sent épiée, jalousée, bref plus rien n'est pareil pour elle désormais.
Jusque là, j'ai cru à une sorte de récit policier et pourquoi pas même à un thriller mais pas du tout... Je me suis bien trompée. Est-ce tant mieux ou tant pis? 
La fin n'est-elle pas un peu fade?  Jane n'est-elle pas un peu incompréhensible et agaçante parfois? Dans bien des circonstances, je n'aurais sûrement pas réagi comme elle: je l'ai trouvée souvent très inconsciente, frivole, capricieuse,  parfois trop froide et souvent trop confiante. Si quelqu'un connaît aussi bien sa vie, c'est qu'elle parle un peu à tout le monde, à tort et à travers. Elle se livre trop facilement  aux premiers venus.
Ceci mis à part, c'était une lecture très agréable.
Inutile  de mettre des liens: il me semble que presque tous les blogs que je connais ont déjà écrit des billets sur ce livre! 
Le problème avec Jane de Catherine Cusset.

vendredi 1 mars 2013

Mes belles et pires lectures de février 2013


Trois coups de cœur,  ce mois-ci, un roman, un recueil de poèmes et une BD.
Huit belles lectures dont six romans et deux BD. 
 Deux déceptions :   un roman et une BD. 
Un mois plutôt satisfaisant par conséquent.

Eva dort, Francesca Melandri, une fresque historique et romancée sur le Tyrol du sud italien depuis 1919, dont je suis sortie émerveillée.

Pablo, 2, Apollinaire, Quand Picasso avait vingt ans, Julie Birmant & Clément Oubrerie, Suite de la saga Picasso. J'ai énormément aimé cet album.

Les Anges tranquilles de Sophie Masson, un beau recueil de poèmes.


Parallon, T1, Dee Shulman. Deux mondes. Deux millénaires, Un amour unique mais une déception pour moi, lectrice!

Les Plumes, 1, Anne Baraou, François Ayrolesune de mes plus grandes déceptions.
                                                                                
Là-bas, les truites, John Gierach, la nature libre et sauvage: un moment de bonheur

Philippe Le Guillou, L’intimité de la rivièreMon enfance fut hantée par le mystère de l'eau. Un récit biographique magnifiquement écrit.

Les pays, Marie-Hélène Lafon, livre réussi, digne d'être recommandé.

Le voile noir, Anny Duperey, livre bouleversant de sincérité sur la douleur de toute une vie.

Night School, T2, Héritage, C.J. Daugherty, une  atmosphère et de danger permanent dans un pensionnat très particulier.

La femme qui décida de passer une année au lit, Sue TownsendDrôle de décision d'une mère de famille qui en a assez de sa vie de ménagère:  roman divertissant.


Le boucher de Hanovre de Kreitz et Meter, une BD sur un tueur en série, Histoire vraie d'un boucher monstrueux. 

Automne, Jon McNaught, Un sentiment étrange d’étonnement admiratif et amusé






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