samedi 8 octobre 2011

Aleph de Paulo Coelho

Est-ce une autobiographie ou une  aventure purement fictive?  Imagination ou réalité ? L’ambiguïté est savamment entretenue jusqu’à la fin.
Cependant, le narrateur semble bien proche de l’écrivain lui-même.
Le récit s’ouvre sur une injonction de J.,  le maître et le guide de l’auteur  dans la Tradition spirituelle que ce dernier  poursuit depuis des années mais qui le laisse à nouveau, à 56 ans,  plein de doutes et de questionnements.
 Ils se retrouvent alors  autour d’un chêne sacré, vieux de cinq cents ans,  lieu habituel de leurs rituels. Leurs bras se rejoignent, entourant le tronc,  mais  après avoir prononcé une prière soufie, tous deux constatent que, cette fois-ci, c’est un échec: l’amertume et le désenchantement sont toujours là. Le Maître dit alors :  
 «Tu n’es plus ici. Il est temps de partir pour revenir au présent»

C’est alors que commence le véritable récit, celui du troisième chemin sacré que doit entreprendre le narrateur après les deux précédents, celui de  Saint-Jacques-de-Compostelle en 1986 et celui de Rome en 1989.

Cette fois, peu importe la destination géographique, ce sera un voyage plus intérieur et expérimental, vers l’Aleph,  le point de rencontre entre l’espace et le temps.

«Le diamètre de l’Aleph devait être de deux à trois centimètres, mais l’espace cosmique était là, sans diminution de volume. Chaque chose… équivalait à une infinité de choses, parce que je la voyais clairement, de tous les points de l’univers.»
Jorge Luis Borges : L’Aleph. (Phrase mise  en exergue)
Ce sera un voyage, qu'il entreprendra seul,  d’un océan à l’autre, vers l’Asie, le Pacifique, en Transsibérien, à travers la Russie. Il laisse sa femme  derrière lui, en toute confiance.
 Il abandonne tout pour aller au devant  de ce point de l’espace qui doit le transporter dans le temps afin de revivre le moment le plus terrible  de ses réincarnations et obtenir le pardon des  personnes à qui il a fait tant de mal. Il découvre assez vite qu’il s’agit de l’Inquisition espagnole.
 Dans cette quête de son lointain passé,  il est aidé par Hilal, une jeune femme exaltée, qui lui impose sa présence, persuadée qu’ils sont faits l’un pour l’autre et qu’elle peut lui être utile. Finira-t-il par accepter et rechercher leur rapprochement physique dans ce point aleph du train si mystérieux et son désir pour elle sera-t-il sans cesse interrompu par fidélité et loyauté envers le lien sacré du mariage?
Un autre personnage l’aidera dans son aventure: Yao, son interprète.
L’histoire se termine en fanfare par une audience  officielle, à Moscou, entre Paulo Coelho et le président Vladimir Poutine en personne,le 1er juin 2006.
Dernière phrase du livre :
«Enfin,  je veux mettre en garde en ce qui concerne l’exercice de l’anneau de lumière. Comme je le mentionne plus haut,  tout retour au passé sans un minimum de connaissance du procédé peut entraîner des conséquences dramatiques »
 C’est un livre que j’ai eu beaucoup de mal à terminer. Il m’a mise très mal à l’aise à plusieurs moments, en particulier  pour tout ce qui concerne l’intrigue sentimentale. Elle est au cœur de l’histoire mais j’ai trouvé si antipathique cette jeune femme qui se jette sans pudeur au cou de l’auteur dès leur première rencontre, le poursuivant sans cesse de ses assiduités grossières et finissant par s’imposer à lui  tout en l’isolant de ses compagnons de voyage que l’histoire en devenait glauque. Quant à l’aspect mystique de la recherche de l’Aleph…que dire, sinon que les phrases se déversent à la chaîne, ciselées et définitives comme des citations d’anthologie. J’en ai relevé plusieurs. Prises une à une, je les ai appréciées  mais le livre lui-même m’a énormément déçue, c’est pourquoi j’ai tant tardé à rédiger cette notice. Je n’ai pas cru une seconde à cette histoire  et n’en ai pas aimé les personnages tant ce récit m’a semblé artificiel et froid, plein de clichés et d’idées dans l’air du temps, alors qu’il se veut exactement le contraire.

Quelques citations:
Le temps n'enseigne rien; il nous apporte seulement la sensation de fatigue, de vieillissement. ... Mais le moment présent est au-delà du temps: il est l'Éternité. Mais le concept est mal expliqué. Ce n'est pas ce que tu as fait dans ta vie passée qui va influer sur le présent. C'est ce que tu fais dans le présent qui rachètera le passé et logiquement modifiera l'avenir. 
Notre vie est un voyage constant, de la naissance à la mort. Le paysage change, les gens changent, les besoins se transforment, mais le train continue. La vie, c'est le train, ce n'est pas la gare. Et ce que tu as fait jusqu'à  maintenant ce n'est pas voyager, mais seulement changer de pays, ce qui est complètement différent.
Je suis dans l'Aleph, le point où tout est au même endroit en même temps. On ne peut pas expliquer l'Aleph, tu l'as constaté toi-même. Mais dans la Tradition magique, il se présente de deux manières. La première, c'est un point dans l'Univers qui contient tous les autres points, présents et passés, petits ou grands.  Généralement on le découvre par hasard, comme nous dans le train. Pour cela, la personne -ou les personnes- doit être à l'endroit physique où il se trouve. On appelle cela le petit Aleph.
Le grand Aleph arrive quand deux personnes ou plus qui ont une certaine sorte d'affinité très profonde se rencontrent par hasard dans le petit Aleph. Ces deux énergies différentes se complètent et provoquent une réaction en chaîne. Ces deux énergies se transforment en une même lumière. 

Paulo CoelhoAleph (Flammarion,  octobre 2011, 309 pages) Traduit du portugais (Brésil) par Françoise Marchand Sauvagnargues), 19€
Voir aussi les avis de Neph, A propos de livres
Merci à Karine et aux éditions Flammarion 

jeudi 6 octobre 2011

Prix Nobel de littérature 2011 au poète suédois Tomas Tranströmer

Là où on attendait le Syrien Adonis, 85 ans, en lutte contre le régime actuel de son pays  ou même Bob Dylan, autre grand favori des pronostiqueurs, c’est le suédois Tomas Tranströmer, 80 ans,  qui vient de  recevoir le prix Nobel de poésie cette année.
Né le 15 avril 1931 à Stockholm,il a été élevé par sa mère après le départ de son père. Diplômé de psychologie en 1956,il s’occupe de jeunes délinquants et de drogués avant d’enseigner à l’université de Stockholm.
Il publie ses premiers poèmes à 23 ans et reçoit de nombreuses récompenses littéraires avant d’être atteint de paralysie du côté droit. Il a publié une quinzaine de recueils de poésie dont le dernier en 2004, «La grande énigme», une série de Haïkus (éditeur français : le Castor Astral). Il aime les scènes de la vie simple, inspirées de la nature. Actuellement il vit avec son épouse et ses deux filles et son passe temps favori est de jouer du piano de la main gauche et d’écouter de la musique classique.

Petit tour sur quelques blogs

Parce que j'ai eu un petit moment de  solitude entre deux lectures, je me suis promenée au hasard, de ci de là, l'un entraînant l'autre, sur quelques blogs que je n'ai pas l'habitude de fréquenter aussi souvent que je le voudrais et comme toujours quand je peux m'offrir cette grande bouffée d'air, j'ai eu de très belles surprises et je me suis bien régalée.
Voici mes meilleures trouvailles.

1) Voyages pas très loin
Étonnant, drôle, surprenant, vif, intelligent,  le blog d'un candidat au Goncourt de cette année, professeur de biologie à Lyon: Alexis Jenni. Ne le manquez surtout pas: c'est un régal, à base de dessins rapidement griffonnés.

"C'est fou le nombre d'ennemis que je me suis fait en simplement riant. Il y a ceux qui croient que je me moque, mais le malentendu est vite dissipé s'ils ont un peu d'oreille : je n'ai pas le rire grinçant.

Mais il y a les autres, ceux aimés de passions tristes qui réduisent l'âme.

" ça vous fait rire ?

- ben...oui...

- Moi, ça ne me fait pas rire.

- Ah ?"
Le rire est un instrument de connaissance, crétin.
Ceux-là seront engloutis par le monde toujours mouvant, et je flotterai."
 Voir aussi le billet d'Alex sur le roman, les articles de Raphaëlle Leyris,  de Vincent landel dans Le magazine littéraire

2) Je viens d'apprendre en même temps deux informations en passant chez News Book, le site indispensable: 
tout d'abord qu'il existe un Prix  de la langue française, créé en 1986 par la ville de Brive (10 000 euros à gagner) qui récompense  "l'oeuvre d'une personnalité du monde littéraire, artistique ou scientifique qui contribue par le style de ses ouvrages ou son action à illustrer la qualité et la beauté de la langue française."
Ensuite que cette année l'heureux gagnant est Emmanuel Carrère, le fils d'Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuel de l'Académie Française. (Un  proverbe plein de sagesse ne dit-il pas que les chiens n'enfantent pas de chats?)  mais il faut reconnaître que cet écrivain est doué. J'ai beaucoup aimé (comme tant d'autres!) son roman de l'an dernier : "D'autres vies que la mienne " (Billet ICI)

J'ai naturellement eu la curiosité de savoir quels étaient les autres gagnants. J'indique en rouge ceux que je connais  pour les avoir lus au moins une fois. 
2010   Alain Veinstein  
2009   Jean-Paul Kauffmann  
2008   Annie Ernaux  
2007   Pierre Assouline  
2006   Christiane Singer  
2005   Jean-Pierre de Beaumarchais  
2004   Gilles Lapouge  
2003   Dominique de Villepin  
2002   Michel Chaillou  
2001   Philippe Beaussant  
2000   Bernard Pivot  
1999   Jacques Chessex  
1998   Marcel Schneider  
1997   François Weyergans  (Son dernier livre, Prix Goncourt 2005:  "Trois jours chez ma mère"  m'est toujours tombé des mains malgré de nombreuses tentatives)
1996   René de Obaldia  
1994   Hector Banciotti  
1993   Alain Rey  
1992   Alain Bosquet  
1991   Pascal Quignard  
1990   Yves Berger  
1989   Michel Jobert  
1988   André Lichnerowicz  
1987   Jacqueline de Romilly  
1986   Jean Tardieu  

Ce prix  sera remis à Emmanuel Carrère le 4 novembre prochain lors de la Foire du livre de Brive-la-Gaillarde 
Bonne nouvelle : son livre Limonov, éliminé du Goncourt,  reste cependant en lice pour le Renaudot  dont je rappelle les pré-nominés encore en course après la deuxième sélection: 
Emmanuel Carrère, Limonov (P.O.L)
Dalibor Frioux, Brut (Seuil)
Alexis Jenni, L'Art francais de la guerre (Gallimard) (encore "goncourable")
Marie Lebey, Oublier Modiano (Léo Scheer)
Simon Libérati, Jayne Mansfield 1967 (Grasset)
Eric Reinhardt, Le Système Victoria (Stock)
Shumona Sinha, Assommons les pauvres ! (L'Olivier)
Morgan Sportès, Tout, tout de suite (Fayard)  (encore "goncourable")
Catégorie Essais :
Michel Crépu, Le souvenir du monde : essai sur Chateaubriand (Grasset)
Claude Durand, Agent de Soljénitsyne (Fayard)
Gérard Guégan, Fontenoy ne reviendra plus (Stock)
Pierre Lepape, Une histoire des romans d'amour (Seuil)
Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie (Gallimard)

3) Bon, assez de Prix comme ça, un peu de rire aussi ou  de  sourire plutôt en passant chez Manu  et ses pensées, ( non, cette fois  pas Chaplum et son beau chat  Méphisto, Manu et  ses voyages à NYC!), non une autre Manu, chez qui il m'arrive de passer de temps en temps en silence vu que son blog est dans mon GR. J'aime bien son post du jour: "Vent contraire".  Je m'y reconnais assez  bien.

Bon l'envie de lire est revenue. Je vais finir Aleph de Paulo Coelho, sorti hier en librairie.

mercredi 5 octobre 2011

Cet instant-là de Douglas Kennedy.


«J’ai reçu les papiers du divorce ce matin. J’ai connu de meilleures façons de commencer la journée. Même si je m’y attendais, les tenir entre mes mains a été incontestablement un choc: leur arrivée annonçait le début de la fin.» 

Ainsi débute le nouveau roman de Douglas Kennedy qui vient de sortir.. 
Le narrateur, Thomas Nesbitt, un écrivain new-yorkais, la cinquantaine, hérite de son père et achète aussitôt  un cottage rustique, en pleine campagne, loin de tout et surtout de sa femme et de sa fille. C’est là qu’il reçoit un manuscrit venu d’Allemagne, dont l’expéditeur n’est autre que le fils de Petra,  son grand amour berlinois.

Flash Back : Tout lui revient de son arrivée à Berlin  et de son amour pour une jeune allemande de l’Est réfugiée à l’Ouest, en pleine guerre froide. Avec elle, il vit un amour fou. Elle lui raconte sa vie, douloureuse: son fils a été placé dans une famille de l’est et elle subit le chantage de la Stasi, la police communiste.

Bientôt l’histoire d’amour se transforme en récit d’espionnage et Thomas, l’Américain,  doit faire un choix qui engagera sa vie entière. Le manuscrit reçu 25 ans plus tard  lui apporte bien des explications quant à la conduite de la jeune femme. La vérité est bouleversante. 

«Mon éditrice a trouvé mon portrait du Berlin moderne «très Isherwoodien» avec ses couleurs tapageuses et ses zones d’ombres pesantes…mais elle a aussi noté  une «certaine distance émotionnelle», un « curieux détachement » dans mon évocation, se demandant à voix haute si je ne pouvais pas y ajouter un peu plus d’âme.
- C’est Berlin, ai-je expliqué, et Berlin est avant tout une ville d’apparences et de décadence de surface.» 

"Reconstitution historique, roman philosophique, roman d’espionnage mais surtout histoire d’amour tragique, dans la lignée de La Poursuite du bonheur, une œuvre ambitieuse située principalement dans le Berlin d’avant la chute du Mur, entre l’effervescence de l’Ouest et l’enfermement de l’Est soumis à la terreur."

J'ai aimé l'évocation de la ville divisée et de son mur aussi présent qu'un personnage maléfique et menaçant, aimé aussi l'intensité de l'amour que tend à étouffer le tragique des situations passées. La passion est là, belle et  intense, comme il se doit,  mais le manque de liberté aussi qui s'insinue et se faufile entre eux comme un serpent. La ville devient prison, danger, trahison. L'espoir vient de la fuite  vers l'Ouest si maudit jusque là mais y arriveront-ils?  Je me suis sentie parfois bien seule au milieu du roman quand des pages entières de dialogues me laissaient complètement indifférente mais dans l’ensemble c’est un récit auquel j’ai fini par m’attacher.
(Belfond, 493 pages,  traduit de l’américain par Bernard Cohen, oct. 2011. Titre original : The Moment)
Site de l’auteur sur Facebook .
Autre livre lu et aimé de Douglas Kennedy: Piège nuptial  (Billet ICI)

Paracuellos de Carlos Giménez, Fauve d'Angoulême 2010, ma BD du mercredi.


C’est un volume de poids, 1Kg5 !

C’est un chef d’œuvre aussi, choisi pour la couverture que je trouve très réussie et qui, en définitive, résume bien le thème des historiettes regroupées ici,  tour à tour drôles et  caricaturales pour la forme et très émouvantes dans leur propos.
C’est un regroupement de récits qui évoquent les souvenirs de l’auteur lorsqu’il vivait, de 6 à 14 ans,  dans un orphelinat espagnol très rigoureux géré par des religieux et des militaires dans l’Espagne franquiste de l’après guerre. L’auteur, très connu et célèbre dans son pays, témoigne ainsi de la maltraitance subie quotidiennement par les enfants dans les nombreuses  institutions de ce genre pendant cette période des années cinquante. 
Privés de tout et surtout de livres, Giménez et ses amis ne rêvaient que de BD  et de dessins. C’est ainsi qu’il est devenu  l’un des meilleurs dessinateurs espagnols.
Pour dénoncer le sadisme et la sottise des gardiens,  plus instructeurs qu’éducateurs, c’est le rire, l’humour, la caricature qui sont utilisés,  plus férocement dénonciateurs que la plainte et l’apitoiement. On rit du ridicule et de l’excès dans l’hypocrisie,  la méchanceté   et la médiocrité de ces marionnettes à la solde d’un régime intolérant.  

Gotlib écrit dans sa préface :
«De chaque événement qui l’a marqué, aussi infime soit-il, de chaque anecdote ou mésaventure, vécus en ces verts paradis, il a tiré des pages bourrées de gags désopilants à se taper la tête contre le mur et à mouiller son froc de rire.»

Gotlib insiste sur le côté comique mais il y a des pages entières où j’ai eu envie de pleurer comme lorsque l’un de ses frères aînés vient voir le benjamin si fragile, si seul, si malheureux au milieu de la grande cour déserte. Il lui apporte une tortilla, un stylo et des nouvelles de leur mère  toujours au sanatorium et lui annonce son  départ pour cinq ans comme apprenti dans l’aviation. A peine arrivé, il lui faut repartir car il  y a vingt kilomètres  du pensionnat à Madrid, à faire à vélo avec une jambe handicapée par la polio. L’enfant Carlos reste là, muet,  serrant  ses petits paquets. Il hurle le nom de son frère, plus seul que jamais. Il a six ans ! 
  
J’ai beaucoup, beaucoup, beaucoup aimé! 

Paracuellos de Carlo Giménez
Édition intégrale,  (Fluide glacial, 2009, 303 pages)
Prix du Patrimoine du festival d'Angoulême 2010 
Planches de chez BDthèque




Participent aux BD du mercredi: 
Arsenul,  Benjamin Choco, Chrys, Delphine,  Didi, Dolly,  Emmyne,  Estellecalim, HildeHérisson08, Irrégulière, Jérôme,   KikineLa ronde-des-post-it Lire pour le plaisir, Lou,  Lounima, Lystig, Mango,  Manu,  MargotteMarguerite,  MathildeMoka Mo', Noukette, Pascale,   Sandrounette, Sara, Soukee TheomaValérie,  Vero, Wens, Yaneck, Yoshi73  Yvan, Mr Zombi,   32 octobre, 
  Je participe aussi au challenge BD Pal sèches  de Mo', au Top BD de Yaneck. (Note: 18,5 /20)
Fauve d'Angoulême 2010. Prix du patrimoine. Roaarrr Challenge de Mo'

mardi 4 octobre 2011

Prix Goncourt 2011. Deuxième sélection

Dommage! Deux de mes favoris font partie des  quatre  éliminés  aujourd'hui de la liste des livres retenus par les Goncourt.
 Exit:  Carrère, Libérati,  Dantzig, Audeguy.

Voici les huit qui restent en lice:
Sorj Chalandon: Retour à Killybegs (Grasset)
David Foenkinos: Les Souvenirs. (Gallimard)
Alexis Jenni: L’art français de la guerre (Gallimard)
Carole Martinez: Du Domaine des murmures (Gallimard)
Véronique Ovaldé: Des vies d’oiseaux (L’Olivier)
Morgan Sportès: Tout, tout de suite (Fayard)
Lyonel Trouillot: La Belle amour humaine (Actes Sud)
Delphine de Vigan: Rien ne s’oppose à la nuit ( JC Lattès)

J’espère que ce sera Delphine de Vigan qui l’emportera. Son livre est si réussi!
Mon jugement cependant ne se base que sur une  seule lecture complète ainsi que des extraits de livres feuilletés en librairie. Ce n’est pas assez évidemment.
J’ai beaucoup apprécié les passages, ici et là, d' Alexis Jenni. Je l’ai trouvé très brillant avec l’assurance un peu sombre et passionnée de ses exigences et de ses certitudes. Par ailleurs j’ai déjà lu quelques livres de Foenkinos, Ovaldé, Trouillot et j’ai  "Le cœur cousu" de Martinez, prêt à être ouvert près de moi.
A suivre donc!

Chahdortt Djavann sur TF1 "Au Field de la nuit".

Pourquoi faut-il que les émissions les plus intéressantes pour moi soient si tardives? Je les manque le plus souvent mais cette fois je suis tombée par hasard sur un moment fort de «Au Field de la nuit», l'émission culturelle de Michel Field. Il s'agissait de  l’intervention de la romancière Chahdortt Djavann, iranienne d’origine qui a fui son pays pour venir en France où elle a dû apprendre la langue et a fini par écrire pour cette rentrée son neuvième livre directement en français: "Je ne suis pas celle que je suis", (éd. Flammarion).
 C’est de ce roman qu’elle parlait ce soir avec une telle conviction, dans un français parfait, avec beaucoup d’émotion aussi puisque c’est  sa vie qu’elle évoquait mais une émotion maîtrisée. Elle s’est montrée si convaincante et impressionnante qu’elle m’a donné envie de lire son livre, ce que n’a  pas réussi Mazarine Pingeot, éternelle invitée de la télé, qui n’avait pas grand-chose à dire. Simon Liberati était également sur le plateau. J’ai prévu de lire son évocation de «Jayne Mansfield», l’actrice emblématique des années soixante qui selon lui marque la transition entre le cinéma hollywoodien de la grande époque et le virage plus libertaire et moins stars et idoles de la dernière partie du XXe siècle.
  
Qui est Chahdortt Djavann? 
 C' est "l'une des nombreux enfants d'un seigneur d'Azerbaïdjan dit « Pacha Khan », mis en prison par le dernier Shah d'Iran, puis par l'Ayatollah Khomeini suite à la révolution islamique de1979.  Éprise de liberté, elle fuit le régime islamiste et gagne la France en 1993, après un bref passage par Istanbul. Ses débuts en France sont difficiles car il lui faut apprendre la langue et accepter des petits boulots tandis qu'elle étudie l'anthropologie. Elle écrit de nombreux articles dans les journaux : Libération, Le Monde, le Figaro, le Journal du Dimanche. Elle donne de nombreuses conférences en France, en Europe et aux États Unis." (source:Wikipedia)
Extrait de son livre: «Je ne suis pas celle que je suis »
«À quarante ans passés, ce livre est une tentative de vie, comme on fait une tentative de suicide. J'ai très souvent vécu à deux pas de la réalité, dans des fictions échafaudées instantanément. Dès la plus jeune enfance, mon imagination ne cessait de me dépasser, moi et le monde qui m'entourait.»
Inutile de préciser qu'elle m'a beaucoup impressionnée et que j'espère être autant séduite par son livre que par sa présence et sa forte personnalité  sur le plateau. 

lundi 3 octobre 2011

Lectures de septembre.

Mes lectures ce  mois-ci ont commencé en fanfare par un  chef d'œuvre  russe en lecture commune avec le Blogoclub de Sylire et Lisa
 Mikhaïl Boulgakov - Le Maître et Marguerite. Un récit débridé, baroque, pas toujours simple mais inoubliable.
Margaret Mitchell: Autant en emporte le vent.: une nouvelle belle aventure en lecture commune avec Manu,
Shopgirl, Mara,VirginieLilly, Constance, Myrddin, Vilvirt, Axl, Karine:), abeille, Christine, Ellcrys,
Jay McInerney: La belle vie. Une déception pour ce roman d'un auteur que l'on dit sulfureux et que j'ai trouvé bien plat! 
Joanne Harris: Classe à part, J'ai beaucoup aimé ce roman conçu de façon magistrale. 
Thomas Raphaël: La vie commence à 20H10. Sans prétention mais savoureux . 
Lee Child, L’espoir fait vivre, Grosse déception. Abandon. 
Marie Curie et ses filles, Lettres, Correspondance très intéressante
Denis Labayle: Rouge majeur: Le peintre Nicolas de Staël au cœur d'un roman. Un beau livre
Mo Yan - Le Maître a de plus en plus d’humour.  Un petit roman délicieux et drôle  qui se lit à toute allure.
Victor MalkaL’humour juif. Dieu soit loué! Le meilleur de l'humour juif. 
Virginie Despentes - Apocalypse bébé. J'ai bien aimé ce livre poivré, salé, pimenté à souhait. Un bon moment de lecture. 
Chevy Stevens: Séquestrée. Le thriller de la rentrée? Pour moi, probablement!  
Patrick Lapeyre: La vie est brève et le désir sans fin. Une déception sans fin. 


Les BD du mois:
 Face cachée Sylvain Runberg et Olivier Martin : J'en ai beaucoup aimé le graphisme et les planches silencieuses. Pas un mot de trop. Juste l'essentiel.
Au nom du fils de Clément Belin et Serge Perrotin: Vivement la suite!
Elmer,  de Gerry Alanguilan: Message de paix et de compréhension mutuelle. C'est très bien fait et agréable à lire
Blacksad, T2, Artic-Nation, Diaz Canales et Guarnido : Je suis désormais fan absolue de ce  grand  détective-chat impassible et efficace.
Je ne suis pas un homme,  de Usamaru Furuya: Diptyque au bout de l'horreur et de la folie

Conclusion: 13 romans dont 3 déceptions seulement et 5 BD toutes appréciées, ce n'est finalement pas si mal alors que le mois a été plutôt déstabilisant en raison d'un nouveau rythme dans mes occupations et de nouvelles responsabilités, agréables mais fatigantes, un gros chagrin familial, bref une rentrée plutôt difficile mais le soleil revient qui ragaillardit tout donc je ne me plains pas de mes lectures : comme d"habitude elles m'auront apporté des instants de vrai bonheur et d'oubli, une réelle présence.  

dimanche 2 octobre 2011

Une grande dame de Paul Verlaine

    Belle " à damner les saints " , à troubler sous l'aumusse
    Un vieux juge ! Elle marche impérialement.
    Elle parle - et ses dents font un miroitement -
    Italien, avec un léger accent russe.

    Ses yeux froids où l'émail sertit le bleu de Prusse
    Ont l'éclat insolent et dur du diamant.
    Pour la splendeur du sein, pour le rayonnement
    De la peau, nulle reine ou courtisane, fût-ce

    Cléopâtre la lynce ou la chatte Ninon,
    N'égale sa beauté patricienne, non !
    Vois, ô bon Buridan : " C'est une grande dame ! "

    Il faut - pas de milieu ! - l'adorer à genoux,
    Plat, n'ayant d'astre aux cieux que ses lourds cheveux roux
    Ou bien lui cravacher la face, à cette femme !

Poèmes saturniens, Caprices, IV, de Paul Verlaine
Tableau de Angelo Bronzino: Lucrezia Panciatichi (1503/1563)

samedi 1 octobre 2011

Mes livres du jour


Magnifique premier samedi d’octobre  ensoleillé et petit tour à la bibliothèque de Versailles, près de l’Orangerie et de la Pièce d’eau des Suisses. Plein de monde sur l’herbe: beaucoup  d’étudiants, des familles aussi avec leurs jeunes enfants et leurs chiens, des cyclistes, des trottineurs, trottinettistes? -  tiens, comment appelle-t-on ceux qui font de la trottinette? 

J’y ai trouvé cinq livres classés dans les Nouveautés :
François-Marie de Jean-Marc Roberts
La Chine en dix mots de Yu Hua
La crise de l’art contemporain d’ Yves Michaud
Sylvia Beach, une américaine à Paris de Noëlle Riley Fitch
Windows et Internet pour les nuls
Comme par hasard, dans ma boîte aux lettres m’attendait
L’Histoire de France pour les nuls, en BD, Les Gaulois, T1. de Jean-Joseph Julaud, Gabriele Parma, Laurent Queyssi 
Or, il y a quelques jours j’ai reçu un gros volume sur l’Histoire également :
4000 ans  de mystifications historiques de Gerald Messadié où plusieurs chapitres sont aussi consacrés aux Gaulois et à Clovis entre autres.
Il me semble intéressant de comparer ces deux livres: celui qui veut vulgariser l'Histoire de France pour les ados/adultes et celui qui cherche à démystifier voire même à démythifier les fausses vérités enseignées jusqu'ici. 
J'ai hâte de commencer à lire maintenant.
(Bibliothèque municipale de Versailles, © EPV / Etienne Chilot) (Orangerie et Pièce d'eau des Suisses