La neige qui s'amasse et tombe dans la neige,
Du ciel, à gros flocons, sur la terre descend,
Et, comme pour les pas d'un triomphal cortège,
Son glorieux tapis rayonne éblouissant.
D'autres regretteront, devant cette richesse,
Les pourpris que l'Aurore arrose de ses pleurs,
Le gazon aplani pour des pieds de duchesse,
Et le rose printemps des oiseaux et des fleurs;
Et de ne plus revoir, au soleil d'or qui baise
Les grands coquelicots, orgueil mouvant des blés,
Les gammes de Rubens et de Paul Véronèse
Tourbillonner en choeur devant leurs yeux troublés.
Mais moi, j'aime à songer devant cette harmonie,
Et toutes les blancheurs des rêves anciens
Mettent d'accord leurs voix pour une symphonie,
Et leur rythme plaintif me prend dans ses liens.
*pourpris: jardins clos
Théodore de Banville (1823/1891) Pierre Bonnard, jour d'hiver 1905, (musée Calve, Avignon) (Image trouvée chez Grillon)