Pourquoi donc un jour, Paul, cet homme tranquille, heureux mari d'Irène et bon père de famille, bien installé dans la vie et estimé de tous, passant devant une vitrine inconnue, se prend-il d'affection pour une petite robe d'enfant, blanche avec trois roses rouges sur la poitrine? Il revient souvent l'admirer jusqu'à ce qu'il se décide à en acheter une, taille six ans alors que sa fille unique est adulte depuis longtemps?
Pourquoi donc la tient-il cachée chez lui jusqu'à ce que, évidemment, un jour, sa femme finisse par la découvrir, imaginant aussitôt le pire et bouleversant complètement leurs rapports basés jusque là sur une estime et une confiance mutuelles?
Dès lors l'irrationnel, les cauchemars, les soupçons, les non-dits et les éventuels secrets de famille l'emportent sur la logique et les rituels rassurants d'une vie quotidienne équilibrée et satisfaisante.
Dès lors aussi, une seule question hante le lecteur: qu'a-t-il bien pu se passer autrefois dans cette famille? Aura-t-on vraiment une réponse claire et nette ou seulement quelques suggestions à demi évoquées?
Quoi qu'il en soit, le plus admirable restera pour moi le style de l'auteur, lisse et classique, ainsi que son habileté à faire surgir un drame de trois fois rien a priori.
Soudain, soulevant l'enveloppe bleue pour accéder à sa vieille poupée, elle fut envahie par une angoisse qui la cloua sur place et fit trembler ses mains. Elle resta penchée, hésitant à poursuivre son exploration, bloquée par la peur d'une découverte: la robe blanche pliée dans la malle, pointant vers elle ses trois boutons de rose.(p.80)
La petite robe de Paul, Philippe Grimbert
(Poche, 2007, 158 p)