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mardi 3 août 2010

Le dernier mort de Mitterrand par Raphaëlle Bacqué

Le 7 avril 1994, François de Grossouvre  (1918-1994)  est retrouvé mort dans son bureau, au Palais de l’Elysée
Ce n’est pas souvent que je lis un livre comme celui-ci sur un épisode de l’actualité politique des dernières années mais j’en avais entendu  tellement de bien … (qu’il était le plus objectif possible,  très bien documenté, écrit d’une belle plume, avec le sens de la progression dramatique nécessaire au  maintien de l’intérêt du lecteur etc.)   que lorsque je l’ai vu en librairie, je n’ai pu dominer ma curiosité . J’ai cédé et je ne regrette pas.
Ce livre, je l’ai lu comme un véritable roman !
Mais tout d’abord pourquoi ce titre énigmatique sinon parce que c’est la troisième mort d’un proche de Mitterrand en l’espace de peu de temps, celle,  mystérieuse,  de Pierre Bérégovoy, au bord d’un canal, celle  de Roger-Patrice Pelat, un an avant le décès de Mitterrand lui-même.
L’’auteur, une journaliste du « Monde » soutient la thèse du suicide et ne cherche pas à prouver plus qu’il ne faut.  Elle ne cherche pas à tout prix le scandale, le scoop ou l’exagération habituelle à ce genre de travail.  Elle a connu et interrogé l’homme lui-même d’abord puis ses amis, ses proches et  ses nombreux ennemis  et détracteurs.
Elle-même a rencontré Grossouvre dans son appartement du quai Branly mis à sa disposition par le Président lui-même  qui retrouvait le soir sa deuxième famille, Anne Pingeot et sa fille Mazarine,  dans l’appartement du dessous
Ce n’est pas une simple chronique sur une mort annoncée ou tout au moins prévue depuis quelque temps, celle de François de Grossouvre,  ami intime de longue date et conseiller privé du président de la République,  c’est un tableau de toute une époque que j’ai vécue dans le plus grand désarroi et une montagne de déceptions sur des attentes si joyeuses au début et des évidences si amères à la fin de ce qu’on a pu appeler le règne de Mitterrand. Je voulais comprendre ou tout au moins savoir ce qui s’était vraiment passé  après toutes ces révélations que j’ai eu tellement de mal à croire au début.
Il se trouve que François de Grossouvre s’est trouvé au centre de la  politique du secret si largement entretenue à cette période, des écoutes  téléphoniques, des grandioses  chasses présidentielles, des rapports avec les pays d’Afrique et du Moyen Orient, de l’entretien de la seconde famille,  bref de tout ce qui m’a irritée quand je l’ai appris !
Je n’ai lu pour l’instant que des avis positifs sur ce livre mais la meilleure chronique  à mon avis se trouve ici qui rappelle que « les Japonais ont un nom pour ces suicides accusateurs où l’on se tue dans un lieu qui désigne le vrai fautif : le seppuku. »


Le dernier mort de Mitterrand  paRaphaëlle Bacqué

(Grasset, juin 2010, 238 p)


samedi 24 juillet 2010

Je cuisine comme un chef sans y connaître rien de Jean Bruller dit Vercors

Ce livre est écrit par Vercors, l’auteur du Silence de la mer. De son vrai nom  Jean Bruller, ( 1902-1991, mère française, père hongrois), est un écrivain et illustrateur français, résistant durant la Seconde Guerre mondiale.
Cela fait un petit moment déjà que je me sers des conseils  de cet écrivain gastronome qui, non seulement donne d’excellents conseils de méthode pour réussir les plats les plus compliqués, mais qui parsème ses recettes de petits dessins comiques très agréables.
Ses recettes ne sont pas faciles du tout car ce sont des plats de la grande cuisine française classique d’autrefois, ni plus ni moins ! Ce qui est facile, c’est la méthode pour les exécuter. car  les prétendus secrets de la Grande Cuisine ne sont que des faux problèmes. L’art n’est alambiqué qu’en apparence. Dès lors qu’on sait s’organiser, la recette la plus complexe s’exécute sans effort, quasi automatiquement. Et c’est en quoi ce livre permet aux ignorants dans mon genre de réussir d’emblée une centaine de  plats succulents.
Je ne résiste pas au plaisir de relever les noms de certains d'entr'eux que je n’ai pas forcément réalisés mais qui sonnent bien à mes oreilles et qui me font rêver. 
Chateaubriand Jacques-Cœur,
Estouffade de Cacharel,
Filet Charlemagne,
Bœuf Byron,
Coquillages en suçarelle,
Coquilles Saint-Jacques à la Reine Mathilde,
Gigot au pistou Mireille,
Paupiettes d’agneau à la Léon-Paul Fargue
Ses trois prescriptions impératives :
1) Disposer dans l’ordre les aliments, produits et ingrédients dont on aura à ses servir au fur et à mesure de la cuisson
2) Garder toujours la recette sous les yeux
3) Surtout ne pas tenter de la retenir par cœur pour l’exécuter de mémoire




Et maintenant , faires comme moi ! Essayez la recette du billet suivant : Rougets à la Barbey d’Aurevilly.
Je cuisine comme un chef sans y connaître rien de Jean Bruller dit Vercors
Les 101 plus fines recettes de la gastronomie française mises à la portée des personnes les moins expérimentées
(Christian Bourgois éditeur,1991, 293 p)

samedi 8 mai 2010

Comme un roman de Daniel Pennac

« Comme un roman » n’est pas un roman Le bandeau noir qui accompagne encore mon exemplaire indique « La joie de lire »
C’est un essai en faveur du plaisir de lire mais c’est écrit  comme un roman  
C’est un essai qui se lit avec plaisir et facilité ! D’où son succès !
Son but : partager son amour de la lecture et le transmettre à ses propres enfants  puis à ceux des autres ! 
Son public : lecteurs, parents,  professeurs.
Sa conviction : Le plaisir de la lecture ne doit jamais s’imposer,  seulement se partager
Son  conseil : celui que je tiens pour essentiel quant à moi : Lire avec et  lire à voix haute !
1) Lire le soir  à ses enfants jusqu’à ce qu’ils apprennent à lire à l’école mais continuer après aussi. . Ne pas  stopper brutalement ce moment privilégié.
2) Lire des romans en classe et laisser les élèves finir le livre ensuite (méthode de Georges Perros, l’excellent pédagogue dont se souviennent encore avec admiration tous ses élèves)
Le début du livre est  devenu célèbre :
 « Le verbe lire ne supporte pas l’impératif. Aversion qu’il partage avec quelques autres : le verbe « aimer »…le verbe « rêver »…
On peut toujours essayer, bien sûr. Allez-y : »Aime-moi ! » « Rêve ! » « Lis ! » « Lis ! Mais lis donc, bon sang, je t’ordonne de lire! »
-Monte dans ta chambre et lis!
Résultat?
Néant »
Lire est un acte de résistance, un objet de plaisir et non une torture,
C’est un moment de pure liberté! Tant mieux si c’est interdit! On n’en éprouve que plus de plaisir comme quand les parents disent :
"Il fait beau ! Sors !  Ne reste pas toujours enfermé à lire! 
Grr !!! On n’a plus qu’une envie : leur désobéir et continuer à lire!" 
Enfin l’auteur termine son livre par la désormais  fameuse liste des 10  droits imprescriptibles du lecteur que je ne me lasse jamais de me rappeler:
1) le droit de ne pas lire
2) Le droit de sauter des pages
3) Le droit de ne pas finir un livre
4) Le droit de relire
5) Le droit de lire n’importe quoi
6) Le droit au « bovarysme » (maladie textuellement transmissible)
7) Le droit de lire n’impote où
8) Le droit de grappiller
9) Le droit de lire à haute voix
10) Le droit de nous taire
C’était pour moi une relecture suggérée par une lecture commune avec Cynthia
J’en fais un livre voyageur pour qui le désire (et que je connais par blogs interposés: envoyez un mail!)

Comme un roman de Daniel Pennac
(Gallimard, 1992, 175 p)

mercredi 2 décembre 2009

La table de Montaigne de Christian Coulon


Montaigne n’est pas réputé pour être un fin gastronome mais c’était un esprit curieux qui, dans ses voyages, aimait s’adapter aux cuisines étrangères.
Voici ce que j’ai retenu de ce petit livre bien agréable de Christian Coulon, ce professeur émérite à l’Institut d’études politiques de Bordeaux qui a écrit aussi: Festins gascons."

1. Ses mets favoris. L’Amérique vient d’être découverte mais l’Europe ne connaît pas encore les pommes de terre, ni les tomates, ni les courgettes, ni les piments. En revanche, au XVIe siècle,  c’est l’Italie qui donne le ton et exporte deux mets très à la mode : l’artichaut et le melon. En se gavant d’artichauts lors d’un mariage,  Catherine de Médicis eut une indigestion sévère et célèbre. Montaigne, lui,  raffolait des melons.  Bien que friand de cuisine populaire, il suit cependant les habitudes alimentaires de la cour des derniers Valois qu’il fréquente : il mange gras et surtout de la viande avec toutes sortes de sauces. Il aime aussi  beaucoup le poisson, le lard et l’ail mais se détourne des légumes, des salades et des fruits.                            
2. Sa médiocrité dans l’art culinaire . Nul en cuisine, de son propre aveu, il était incapable de faire cuire un œuf  et n’entendait rien aux principes de l’agriculture,  ne distinguant pas un chou d’une laitue. D’Italie, il revient très impressionné par cette « science de la gueule », qu’il y a trouvée, ce discours savant et solennel sur la cuisine qui est alors une spécificité purement italienne.
3. Un bel appétit. Il aime tous les plaisirs : « Je hais un esprit hargneux et triste qui glisse par-dessus les plaisirs de sa vie. »  Il est même intempérant et mange goulûment : « Je mords souvent ma langue, parfois mes doigts, de hâtiveté. » Seules la vieillesse et la maladie le contraindront à se modérer.  Et encore ! « J’aime mieux être moins longtemps vieux que d’être vieux avant que de l’être. Jusqu’aux moindres occasions de plaisir que je puis rencontrer, je les empoigne. »     
4. Un honnête buveur. Comme l’élite de son temps, il préférait le clairet au vin rouge  qu’il ne buvait qu’à table, dans des petits verres, et qu’il coupait d’eau selon l’habitude du temps.
5. Ses habitudes de vie quotidienne. I l ne prend pas de petit déjeuner, ne fait pas de sieste, ne va au lit que vers trois heures après le souper, évite les collations. Il mange avec les doigts,  sans nappe et sans serviette blanche.
6. Sa maladie due aux excès alimentaires. La gravelle ou les calculs rénaux.  Il en souffrit dès ses 47 ans, et son père en mourut aussi ! S’il s’en plaint souvent dans son « Journal de voyage », il resta jusqu’au bout un bon mangeur.
7. Cuisine et voyage. En Allemagne et en Italie où il a longtemps voyagé, Montaigne a beaucoup observé et beaucoup appris. Pour lui, la meilleure des cuisines est celle qui nous met en relation avec l’Autre.Ce qui implique qu’on « lime sa cervelle à celle des autres, que l’on se jette aux tables les plus épaisses d’étrangers. »     
C'est un livre que j'ai trouvé non seulement intéressant mais aussi très agréable à lire. L'érudition y est légère! 
La table de Montaigne de Christian Coulon  ( arléa,  février 2009, 186 p.)