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mardi 10 juin 2014

Confiteor, Jaume Cabré, un pavé par mois

Si j'aime lire les pavés,  en faire un billet  et un résumé me semble toujours presque impossible. C'est le cas pour  Confiteor, terminé depuis quelques jours mais dont je relis certains passages  plutôt que de rédiger mes impressions.. Curieusement plus j'ai aimé, plus c'est difficile et cette confession d'un jeune Catalan surdoué à la fin de sa vie quand il sent la maladie lui ôter la mémoire est un des plus beaux romans lus depuis bien longtemps.  L’histoire du violon, la période révélée par le vieux juif m'a fait penser à un autre chef d'œuvre qui m'a terriblement marquée et bouleversée également: Le choix de Sophie  de William Styron. Rien de commun cependant  dans l'histoire des  héros de ces récits si ce n'est leur plongée dans le Mal absolu qui aura dominé la deuxième moitié du XXe siècle avec l'enfer des camps d'extermination et le rappel de l'Inquisition et des autres infamies dues aux excès des pouvoirs aussi bien  religieux que politiques.  Impossible désormais d'oublier ce jeune mais aussi ce très vieil Adrià Ardèvol, son ami Bernat, qui l'aime et l'envie à la fois, le violon Storioni, un des grands moments de sa vie. C'est à Sara, sa femme très aimée mais trahie et disparue avant lui qu'il raconte sa vie de façon décousue, au gré de sa mémoire  et de sa concentration, toutes deux vacillantes Je me suis parfois perdue dans les récits,  les changements de tons, d’âges mais sans jamais  ressentir l’envie de m’arrêter grâce au fil d’Ariane savamment tendu  entre un souvenir et un autre qui fait que j’ai parcouru avec infiniment de plaisir et de tristesse à la fois cette vie d’un homme si doué dans tous les domaines  et si malchanceux pourtant dès les premiers instants de sa naissance,  entre un père  et une mère mal aimants, chacun rêvant pour lui à des destinées contraires. Un beau grand livre qui restera parmi mes meilleurs moments de lecture. 

Et je me demande aussi pourquoi ils s’étaient mariés, mes parents. Je ne crois pas qu’ils se soient jamais aimés. A la maison, il n’y eut jamais d’amour. Et moi, j’ai été une pure conséquence circonstancielle de leurs vies. (p.41)

-        Eh? Où es-tu Adrià?      
 
  Adrià cligna des yeux et dit:
-  Ici, avec toi, en train de parler de Dieu.     
  --  Parfois tu t’en vas.  
-     Moi? 
-     A la maison ils disent que c’est parce que tu es savant. 
-    Une merde, c’est ça que je suis. J’aimerais bien avoir … 
-     Ne recommence pas. 
-      Ils t’aiment. 
-      Chez toi aussi, non? 
-     Non: ils  me calculent. Ils mesurent mon quotient intellectuel, ils parlent de m’envoyer en Suisse dans une école spéciale, ils parlent de me faire faire trois années en une seule. 
-   Purée, c’est super! 
– Il le regarda du coin de l’œil. 
- Non? 
-    Non. Ils discutent de moi, mais pour ce qui est de m’aimer, tintin. 
-        Bof, moi, les baisers … (p. 113) 
Confiteor, Jaume Cabré, traduit du catalan par Edmond Raillard, (Actes sud, 2013, 784 pages)
Cette lecture est ma première participation au challenge de Bianca: Un pavé par mois. 

vendredi 30 mai 2014

Trois lectures de vacances contrastées

On ne peut pas gagner à tous les coups! Ce cliché sert aussi pour les lectures de  romans, surtout  ceux destinés à un  public de femmes jeunes, voire d’adolescentes. Je viens d'en lire deux dont un seul a rempli sa mission de me faire passer le temps agréablement. J'ai abandonné le second. Quant au troisième je suis en plein dedans: je le dévore! 
 Plutôt pas mal :
Le roman de Victoria Dahl, est une romance  effrontée comme son héroïne mais  qui n’offre que peu de surprises dans le genre récit amoureux entre aristocrates de  l’Angleterre victorienne.
C’est toujours le même scénario -  que j’attends d'ailleurs -  il faut être honnête: celui  de deux jeunes que tout oppose mais dont la passion fulgurante (surgie entre eux au premier coup d’œil) surmonte tous les obstacles après bien des quiproquos, des attentes, des fuites et poursuites etc.
Les héros sont jeunes,  beaux, bien nés,  riches…  les traîtres  ont tout pour déplaire  sous leurs apparences trompeuses. Ça se lit très vite, même si on se trouve au milieu d’une famille plutôt bruyante, toutes musiques allumées, cris de bébés et autres variétés  possibles en cours…
J’avais besoin d’une lecture de ce genre, sans surprise  dans le déroulement de la  passion mais  égayée par les nombreux  passages érotiques des premiers chapitres. Par la suite, toutes les positions ayant servi, ces descriptions se font plus discrètes.
J’ai eu ce que j’attendais au départ : un moment de divertissement des plus faciles.
Quant au second livre, il me tombait sans cesse des mains. J’ai fini par l’abandonner. Je n’ai tout simplement pas pu accrocher à ces «Sorcières de North Hampton», deux sœurs privées de leurs pouvoirs, je ne sais déjà plus trop pourquoi mais qui petit à petit vont essayer de les récupérer sans se faire condamner pas les hautes autorités.  Je n’ai pas suivi grand chose de leur histoire  tant le récit traînait en longueur et me semblait vide, me laissant le temps pour trop de distractions. Pas pour moi donc
Maintenant me voilà plongée dans un roman autrement plus  dense et superbe …mais très gros : Confiteor de Jaume Cabré. J’ai déjà du mal à lâcher ma lecture  après 86 pages sur les 772 annoncées. Tant pis pour les gestes de la vie quotidienne: ils attendront la fin de ce long week end!  
"Ce n'est qu'hier soir, alors que je marchais dans les rues trempées de Vallarca, que j'ai compris que naître dans cette famille avait été une erreur impardonnable."