Il y a un peu plus de trente ans, un jour de juin au coucher de soleil – sur un versant de montagne dans le Marin County, Californie -, un homme s’est approché de moi, tenant dans ses mains un bout de corde à piano, avec l’intention de mettre fin à mes jours. J’avais quatorze ans et il avait déjà tué beaucoup d’autres filles. Depuis ce jour, je sais ce que signifie regarder un homme dans les yeux en se disant que son visage est la dernière chose que l’on verra jamais.
C’est à ma sœur que je dois d’être ici pour raconter ce qui s’est passé ce soir-là. Par deux fois ma sœur m’a sauvée, alors que moi, je n’ai pas pu la sauve.
Voici notre histoire. ( Prologue, p. 11)

Ce que j’ai surtout aimé, ce n’est pas le côté policier du
roman qui reste secondaire, mais les liens
très fusionnels entre les sœurs, suite
au divorce de leurs parents, distendus cependant quand l’aînée réussit à faire
partie de la bande du lycée, la popularité acquise par son père pour ses enquêtes
et ses passages à la télévision y étant pour beaucoup. C’est que son père est
beau, charmant, sexy et volage tandis que sa mère passe son temps à lire et à
se morfondre.
Ce n'est pas un coup de cœur mais c'est un roman très agréable pour les raisons qui me sont très claires maintenant concernant mes préférences pour des lectures distrayantes et faciles.
- Le côté "qui fait peur" est mis en sourdine bien qu'au cœur de l'intrigue: ( ici, les crimes en cascade par l'homme de la montagne) - Le suspense n'est que moyen, sauf lors d'un passage où j'ai soudain soupçonné le père lui-même.
- L'histoire familiale est plus évoquée que fouillée, voire autopsiée comme si souvent! C'est juste un père trop charmant et charmeur qui oublie de plus en plus souvent de rentrer chez lui, ce qui cause des ravages évidemment chez sa femme et ses filles.
- Le meilleur du roman pour moi, cependant, restera l'analyse de l'adolescence de ces deux jeunes filles à cette époque et à cet endroit-là. C'est finement évoqué, sans lourdeur, avec le ton juste et la légèreté qui conviennent dans un contexte suffisamment pesant et dramatique par ailleurs!De nous deux, c'était Patty qui jetait un regard sans concession sur notre père et parlait de lui durement quand elle pensait qu'il faisait souffrir notre mère. Sur certaines choses - par exemple le fait qu'il conduisait une Alfa mais n'avait jamais assez d'argent pour permettre à Patty de se faire arranger ses dents, elle ne disait rien. Mais elle lui reprochait de plus en plus son incapacité à aider financièrement notre mère et nous et, surtout, ses promesses réitérées de venir nous voir, qu'il ne tenait jamais. Tout en n'abandonnant pourtant pas l'espoir qu'il assisterait un jour, d'un bout à l'autre, à l'un de ses matches de basket.
- Il est tellement occupé par son job, disais-je.
- Tu l'excuses tout le temps.- Et toi, tu es méchante.Je l'aime, protesta-telle. Mais c'est un perdant.
Un bon choix de lecture. A conseiller!
Les billets de Kathel, Clara, Sylire, Lily, et bien d'autres ...
Joyce Maynard, L'homme de la montagne
(Philippe Rey, roman, août 2014, 320 pages)
After Her, 2013) Traduit de l'anglais (États-Unis) par Françoise Adelstain
Challenge littéraire 2014 chez Hérisson ( 8 ème participation)