samedi 17 décembre 2011

Ma famille et autres animaux de Gérald Durell

"Ce livre est le récit d’un séjour de cinq années que j’ai fait  avec ma famille dans l’île de Corfou. Je le voyais,  à l’origine, comme un exposé légèrement nostalgique sur l’histoire naturelle de l’île, mais je commis la grave erreur  d’y introduire les membres de ma famille dès les premières pages. Une fois sur le papier, ils s’y installèrent et invitèrent divers amis  à partager avec eux les chapitres suivants. C’est avec la plus grande difficulté  et grâce à beaucoup d’astuce que j’ai réussi à leur arracher quelques  pages et à les consacrer aux animaux. 
Je me suis efforcé de faire des membres de ma famille un portrait fidèle et sans exagération. Ils apparaissent tels que je les ai vus. Pourtant, pour expliquer certains aspects curieux de leur comportement, il me faut dire qu’à l’époque où nous étions à Corfou, nous étions tous jeunes : Larry, l’aîné avait vingt-trois ans, Leslie dix-neuf et Margo dix-huit. J’étais le plus jeune : j’avais dix ans, âge impressionnable et tendre.»
Ainsi commence le plaidoyer pro domo que l’auteur a pris soin d’écrire comme prologue de son récit des cinq années vécues avec sa famille à Corfou dans les années trente, juste avant la guerre. L’auteur, à dix ans, avait déjà  cette  passion  pour les animaux qu’il conservera toute sa vie et qui le conduira à créer le zoo de Jersey entre autres. Ici, son chien ne le quitte pas et avec lui il part librement à la découverte de  toutes les autres bêtes de l’île sans exception, des scorpions aux pélicans, en passant par les serpents, les chauves-souris et les insectes.
Il raconte un moment merveilleux vécu par une famille un peu folle, libre, sans tabou, farfelue et sans complexe,  à laquelle tout semble possible, sur une île encore endormie, enchanteresse,  exclusivement rurale  et sauvage, choisie sur un coup de tête pour quitter un été anglais trop pluvieux.
Tout est délicieux dans ce récit, les sentiments, les habitants, les souvenirs et  l’humour  malicieux auquel il est impossible de résister.
Le seul bémol  tient à  l’amour du futur  naturaliste  pour les animaux  qu’il rencontre. Il est si intense qu’il prend un immense plaisir à  les décrire dans les moindres détails  et à expliquer  tout ce qu’il sait sur eux. Ceci dit, ce n'est pas pesant et il m'a suffi de sauter quelques pages descriptives  pour retrouver le cours même du récit avec ses personnages aux lubies si ...british.
Tout le reste demeurera pour moi un excellent moment de lecture. C'est un de ces livres tendres et drôles dont j’ai toujours plaisir à me souvenir.
Ma famille et autres animaux de Gérald Durell  (1925-1995) (Gallmeister 2007, 264 p)   My Family and other Animals, 1956  Traduit de l’anglais par Léo Lack
Larry, le frère aîné de l'auteur,  n'est autre que l'écrivain Lawrence Durrell. (1912-1990)
 Livre également présenté par Choco Cathulu,  Hélène, Val, Keisha, 
Challenge  Nature Writing de Folfaerie 

vendredi 16 décembre 2011

Découvertes matinales sur quelques blogs

Les blogs passionnants  et très informés, il y en a plein. Chaque matin, j'y découvre des actualités qui m'intéressent  dont ne m'informent ni la radio ni la télé. Ainsi aujourd'hui! 

1) Un inédit de Charlotte Brontë a été acheté par la France pour 822.000 €  ( Musée des Lettres et Manuscrits) C'est un tout  petit livre de 19 pages écrit par la jeune romancière adolescente de 14 ans. 
Tous les détails ICI


2) Une nouvelle triste aussi: ICI.
Roland Dubillard, 88 ans, est DCD cette semaine. C'était un auteur de théâtre, un acteur dont je n'entendais  plus parler  depuis  longtemps mais je viens d'apprendre qu'il était  en fauteuil roulant depuis 1987, paralysé et quasi muet après  une attaque cérébrale.

Qui s'en souvient encore?
Il reste associé aux personnalités de premier plan de la vie culturelle française des années 70/80:
Bertrand Poirot-Delpech, critique littéraire et dramatique au Monde puis académicien, Romain Gary, (ils vivaient dans le même immeuble, rue du Bac), Ionesco, Obaldia, Beckett, Adamov,  Cioran, le mime Marceau, Jean-Michel Ribes, Laurent Terzieff, Resnais, Zulawski, Mocky, Jean Tardieu,
J'apprends d'ailleurs aussi la tragédie de sa vie: le suicide sous le métro de sa femme, Nicole Ladmiral-Seyrig, mère de sa petite fille de deux ans alors, belle sœur de l'actrice Delphine Seyrig. Elle joua elle-même un rôle clé dans le film de Robert Bresson : "Le journal d'un curé de campagne."


3) "T'aimes le beurre?" J'aimais bien ce jeu stupide mais drôle qui consistait à mettre un bouton d'or sous le menton d'un camarade en lui posant cette question.  Et de rire en voyant le reflet systématiquement jaune sur la peau de l'autre  Et voilà que de très sérieux chercheurs de Cambridge viennent d'expliquer ce phénomène. On peut le  découvrir ICI.

Voilà, terminé mon tour des blogs  (hors GR et liste personnelle). Retour aux lectures familières.

jeudi 15 décembre 2011

L'histoire de New York de Sarah M. Henry

Organisé de manière thématique et chronologique, ce livre nous raconte la fondation de la Nouvelle-Amsterdam et le rôle joué par New York dans plusieurs des épisodes fondamentaux de l'histoire des États-Unis. À travers les chapitres sur l'industrialisation de la ville, son rôle de terre d'accueil pour de nombreux immigrants et sa croissance autour des cinq boroughs,  New York prend vie.
Le livre souligne aussi l'implication de la ville dans les domaines de la littérature, de la musique, de la mode et de l'art.

C'est un de ces  beaux livres, très nombreux, qui sortent à l'occasion des fêtes de Noël pour nous donner des idées de cadeaux. 
C'est réussi  car le livre est beau et agréable à regarder mais qui le lira vraiment? 
Il m'arrive de m'en offrir un de temps en temps  mais je me contente de le feuilleter. Je suis heureuse de le savoir  près de moi mais je ne  lis que  quelques pages par-ci par-là. 
Seules les illustrations m'intéressent,  le reste me donnant bonne conscience.

Ce sont des livres-objets, surtout celui-ci dont la couverture semble rembourrée en raison de pages pochettes contenant 20 fac-similés détachables: une invitation à l'inauguration du pont de Brooklyn, la une du journal le jour des funérailles de Lincoln, des papiers d'immigrants, le programme d'un match de base-ball, les instructions de sécurité lors de la Seconde Guerre mondiale, un catalogue de mode...
Ce que j'ai trouvé de plus émouvant, c'est le premier ticket de métro,  brun,  sombre et minuscule,  perdu parmi les autres papiers plus volumineux.  (Pas exactement celui de la photo mais plus petit et plus sombre encore)

Admirative tout d'abord, j'ai fini par reposer cet ouvrage tant il m'a semblé encombrant. 
L'histoire de New York de Sarah M. Henry,traduit par Hélène Ladjadj, (Grund, 2011, en collaboration avec le Museum of the City of New York )
La Nouvelle-Amsterdam en 1664

mercredi 14 décembre 2011

Là où vont nos pères de Shaun Tan, ma BD du mercredi


Mélange de réalisme et de fantastique, cet album m’a semblé magique: une  perle, une véritable œuvre d’art.

Dès la première page  figurent les images leit-motiv de tout le récit mais on ne le comprend évidemment pas tout de suite: une cocotte en papier   fabriquée par le père pour l’enfant qui prendra son essor très vite, une horloge, un dessin d’enfant, une marmite, un chapeau, symbole de la respectabilité recherchée, les mains, la photo, la valise, Tout est prêt pour le départ.

Avec cet album grand format, sans paroles, aux planches couleurs sépia alternant le format damier et la pleine  voire même la double page pour un seul dessin,  j’ai l’impression d’avoir franchi un pas de plus dans ma connaissance de la BD. 

Pourquoi? Parce que c’est le premier album muet que je rencontre et qui me plaît infiniment,  me convainquant toujours plus que dans une bonne BD les mots sont superflus et ne font  le plus souvent qu’alourdir le récit.  Un bon dessinateur doit pouvoir s’en passer. Place réservée au langage purement visuel comme ici.

Ceci dit, j’ai conscience que sous le coup de mon enthousiasme, je tombe dans l’excès du néophyte. L’art est aussi dans la modération.

Avant tout je dois indiquer les articles qui m’ont aidée à mieux comprendre ce chef d’œuvre qui m’a  semblé difficile au premier abord, surprenant, étonnant,  émouvant, dans un second temps et finalement passionnant lorsque j’ai pris conscience de tous les arrière-plans,  les influences variées, les directions et les possibilités  d’interprétations infinies qui s’y trouvaient . 
Merci à Yvan, le premier à en avoir parlé à sa sortie, me semble-t-il.
Merci aussi à MO’ et KBD,  à Brize, Mr Zombi, Theoma,  et pour qui voudrait lire davantage d'albums de Shaun Tan, c'est l'Ogresse qui vous donnera des idées.

Enfin j’ai appris plein de choses grâce à l’entretien accordé par l’auteur ICI 

Shaun Tan l’auteur-dessinateur de ce roman graphique sans paroles est né en 1974 et vit à Perth, en Australie. Diplômé des Beaux-Arts et en littérature anglaise. Il est illustrateur et auteur indépendant. Il partage son activité professionnelle entre la réalisation de livres illustrés et des collaborations avec des studios d’animation. Il s’est vu décerner le prix du meilleur dessinateur au World Fantasy Awards de Montréal en 2001.
D’origine irlandaise et anglaise par sa mère, il est australien par le pays où son père, de famille chinoise et malaise, a émigré. Sa compagne, elle,  est finlandaise. Quant à lui, il a vécu toute sa vie au même endroit et déclare que cet album est une sorte d’émigration de substitution où il a essayé d’imaginer ce que d’autres ont pu ressentir dans cette situation. 

Là où vont nos pères de Shaun Tan (Dargaud 2007) (The Arrival)
Roman graphique.  Ouvrage muet. 
Angoulême 2008, Prix du meilleur album


Félicitations toutes particulières à Mo' et Jérôme
invités à La vie des livres  de Radio Plus pour parler de BD 
Jérôme en parle dans son billet du jour ICI

Les participants: 

Arsenul,  Benjamin,  Choco, Chrys, Delphine,  Didi, Dolly,  Emmyne,  Estellecalim, Hilde,


Hélène, Hérisson08,  Irrégulière, Jérôme, Kikine,  La ronde-des-post-it,


 Lirepourleplaisir Lou, Lounima, Lystig, Mango,  Manu,  Margotte, Marguerite,


 Mathilde, (en pause), Moka, Mo', Noukette, Oliv', Pascale,   Sandrounette, Sara, Soukee,  

Theoma, Valérie,  Vero, Wens, Yaneck, Yoshi73, Yvan,  Mr Zombi,   32 octobre,

Je participe aussi au Top BD de Yaneck. (Note: 19,5/20) ainsi qu'au Roaarrr Challenge de Mo'. 

mardi 13 décembre 2011

Mes choix de lectures pour le défi 12 d'Ys

 Les 12 d'Ys, 1 livre tous les 12 du mois = 12 livres dans l'année si on le fait régulièrement

Voici un challenge original auquel je viens d'adhérer, celui d'Ys avec son rendez-vous du 12 de chaque mois. Sur son blog, il y a désormais une page spéciale où sont répertoriées 12 catégories avec 12 auteurs chacune  parmi lesquels il faut choisir celui du mois correspondant. (Chez Ys, c'est nettement plus clair!)
Bien sûr elle ne demande pas de choisir par avance les livres mais je le fais pour être sûre de trouver ces titres le moment venu, même s'il est plus que possible que je ne serai pas toujours fidèle chaque mois.  A vrai dire ça m'a amusée de faire ces recherches. 

jeudi 12 janvier: Auteurs espagnols contemporains,  Rosa Montero: La folle du logis (Métailié), en lecture commune avec Hélène,
Dimanche 12 février:
AustralieGéraldine Brooks, Le livre d'Hanna
Lundi 12 mars:
 Nobel de littérature, Toni Morrison, Beloved (Poche)
Jeudi 12 avril: Pavés, Susan Fromberg Schaeffer, Folie d'une femme séduite, en lecture commune avec Ys et Aifelle (Pas de billet finalement pour abandon de lecture)
Samedi 12 maiClassiques français, Louis Guilloux, Le pain des rêves. (en lecture commune avec Fransoaz)
Mardi 12 juin: Auteurs latino-américains, Carlos Salem, Aller simple
Jeudi 12 juillet: Jeunes auteurs américains, Jonathan Safran Foer: Tout est illuminé;
Dimanche 12 août: Auteurs en Mc: Jay McInerney, Journal d'un oiseau de nuit.
Mercredi 12 septembre: Scandinaves, Mons Kallentoft, Hiver
Vendredi 12 octobre: Biographies, Oscar Wilde, Richard Ellmann.
Lundi 12 novembre: Auteurs francophones, Patrick Modiano
Mercredi 12 décembre: Romans graphiques/Intégrales, Alan Moore, From Hell

Toutes ces lectures peuvent d'ailleurs devenir des lectures communes, ce qui les rendrait plus agréables. Il suffit de me le préciser dans un commentaire. D'ailleurs je me laisse la liberté de changer quelques titres ou même quelques auteurs s'il le faut.

Plusieurs mois d’avril de Françoise Henry

Une femme discrète et sans histoire part régulièrement de chez elle pour s’en aller sur les routes  à la recherche de son mari mort à la guerre.
C’est officiel. On est venu lui annoncer sa mort mais son corps est resté en Allemagne,  au nord de Munich. Elle ne l’a jamais revu.
Alors elle devient Eurydice cherchant à ramener à la vie son Orphée.
Elle part au printemps, toujours et reconstitue son parcours et quand elle revient chez elle, on la regarde bizarrement.
 De Jacques, son mari, employé de la SNCF qui fabriquait des fausses cartes d’identité pour les juifs et dénoncé par un jeune mécanicien récemment embauché, on ne parle plus depuis longtemps dans la famille.
Elle, Féli, dans les hôtels où elle descend, prend toujours le même livre : un roman de George Sand ou une bibliographie de cette femme écrivain dont elle admire l’indépendance et la force d’autonomie puis le lendemain, elle reprend le train.
Dans la seconde partie du récit apparaissent trois autres femmes, la narratrice tout d’abord, la nièce de Féli et la grand-mère
Je sais que nous n’en aurons jamais fini
Ni Féli
Ni Jacqueline
Ni moi
3 femmes qui n’ont pas fait la guerre, elles
Mais qui comme bien des femmes font l’après-guerre
Sont là pour panser
et penser   (J’ai respecté et la disposition des phrases et la ponctuation.) 
C’est une histoire émouvante, présentée comme une histoire vraie et écrite de façon légèrement incantatoire, récit et poème à la fois. 
Mes réactions ? Déconcertée au début par le style et finalement séduite par un charme certain et une tendre  nostalgie émanant de ces  trois femmes simples et exemplaires.
Plusieurs mois d’avril de Françoise Henry, (Gallimard, sept. 2011, 132 p)

lundi 12 décembre 2011

Doodle Gustave Flaubert

Voici un nouveau Doodle pour le 190e anniversaire de Gustave Flaubert né le 12 décembre 1821, à Rouen.

DCD à Croisset le 8 mai 1880, à 59 ans, d'une hémorragie cérébrale foudroyante, il est enterré à Rouen, le 11 mai, en présence de nombreux écrivains qui le reconnaissent comme leur maître: Émile Zola, Alphonse Daudet, Edmond de Goncourt, Théodore de Banville, Guy de Maupassant.

Son père étant chirurgien-chef à l'hôpital de Rouen, il se sent délaissé  en faveur de son frère, brillant élève, futur chirurgien-chef, lui aussi, à l'hôtel-Dieu de la ville.

Renvoyé du lycée pour indiscipline, il passe son baccalauréat, seul,  en 1840, à 19 ans.

Auparavant, l'été de 1836, à 15 ans, il fait la rencontre de sa vie, à Trouville:  Élisa Schlésinger, son héroïne de L'Éducation sentimentale qu'il n'oubliera jamais jusqu'à sa mort. 


A Paris où il suit son droit, il fait la connaissance de James Pradier, le sculpteur, de Victor Hugo et de Maxime du Camp, l'écrivain qui deviendra son grand ami.

En 1844, après sa première crise d'épilepsie, il rentre à Croisset, abandonnant le Droit qu'il déteste.

Ses principales œuvres: Madame Bovary (1857), Salammbô (1862), L'Éducation sentimentale (1869),  Trois contes (1877).
Nous étions à l'Etude, quand le Proviseur entra, suivi d'un nouveau habillé en bourgeois et d'un garçon de classe qui portait un grand pupitre.
Il fait une clientèle d'enfer; l'autorité le ménage et l'opinion publique le protège. Il vient de recevoir la croix d'honneur. (Première et dernière phrases de Madame Bovary)
  Etre bête, égoïste et avoir une bonne santé, voilà les trois conditions voulues pour être heureux. Mais si la première vous manque, tout est perdu. Flaubert à Louise Collet.  Lettre du 13 août 1846.

Flaubert  en 1846, à 25 ans.  Tombe de Flaubert et de sa famille dans le cimetière de Rouen. 

dimanche 11 décembre 2011

Festival de poésie et d'art d'aujourd'hui en Bretagne, Landivisiau

Du 10 au 16 décembre 2011 la ville de Landivisiau organise la toute première édition de  Moi les mots, un festival de poésie et d'art d'aujourd'hui.
Un événement organisé en hommage à l'écrivain, poète et journaliste Xavier Grall, disparu en décembre 1981...

Si je suis  désormais loin de cet endroit du Léon où j'ai passé  mon enfance et ma jeunesse, je m'y sens toujours très attachée, surtout quand il s'offre  comme en ce moment une fête de la poésie appelée  à se renouveler chaque année.
 Je trouve excellente l'idée d' une approche de la poésie par les arts plastiques grâce à une exposition  qui fera découvrir le travail en résonance de trois binômes plasticiens /poètes : Isabelle Damotte et Yann Beauverger, Erwan Bargain et Eric Le Briz, Daniel Kay et Bertrand Menguy.
Tous les binômes exposeront des œuvres spécialement créées pour le lieu et le projet d’exposition mais aussi des travaux antérieurs ; ce qui permettra aux visiteurs de découvrir l’ensemble de leurs univers artistiques.
Toutes les infos pratiques se trouvent ICI

J'ai seulement un peu de mal  pour ma part à trouver des informations sur les artistes exposés.
Qui sont les poètes ? Qui sont les artistes plasticiens?
Pas facile de trouver leur actualité sur le net mais c'est un début et les améliorations et précisions vont suivre, c'est sûr. 
Patience et encouragements  donc pour un tel projet si prometteur et sympathique. 
Voici ce que j'ai pu trouver concernant leurs dernières œuvres publiées:
Erwan Bargain/ Eric le Briz,  
Isabelle Damotte/Yann Beauverger, (Isabelle Damotte, est un poète en résidence depuis le 7 novembre à Landivisiau)
Daniel Kaypoète français né en 1959 à Morlaix. Professeur agrégé de lettres modernes, il a animé en 1983 des émissions littéraires sur Radio Nord-Bretagne. En 1991, il organise une exposition sur le haïku à la bibliothèque de Lorient. Il a publié des poèmes dans les revues NRF, Théodore Balmoral, Hopala, Traces... Ardent défenseur du livre d'artiste, il collabore régulièrement depuis 2003 avec l'illustrateur Thierry Le Saec. Il est actuellement professeur au Lycée Auguste Pavie de Guingamp.(Wikipedia)
Son site, On le découvre ICI aussi. 
Bertrand Menguy, artiste plasticien à Morlaix, ICIICI, et...

"Solo" de Xavier Grall, mon dimanche poétique

Seigneur me voici c’est moi
je viens de petite Bretagne
mon havresac est lourd de rimes
de chagrins et de larmes
j’ai marché
Jusqu’à votre grand pays
ce fut ma foi un long voyage
trouvère
j’ai marché par les villes
et les bourgades
François Villon
dormait dans une auberge
à Montfaucon
dans les Ardennes des corbeaux
et des hêtres
Rimbaud interpellait les écluses
les canaux et les fleuves
Verlaine pleurait comme une veuve
dans un bistrot de Lorraine
Seigneur me voici c’est moi
de Bretagne suis
ma maison est à Botzulan
mes enfants mon épouse y résident
mon chien mes deux cyprès
y ont demeurance
m’accorderez vous leur recouvrance ?
Seigneur mettez vos doigts
dans mes poumons pourris
j’ai froid je suis exténué
O mon corps blanc tout ex-voté
j’ai marché
les grands chemins chantaient
dans les chapelles
les saints dansaient dans les prairies
parmi les chênes erraient les calvaires
O les pardons populaires
O ma patrie
j’ai marché
j’ai marché sur les terres bleues
et pèlerines
j’ai croisé les albatros
et les grives
mais je ne saurais dire
jusqu’aux cieux
l’exaltation des oiseaux
tant mes mots dérivent
et tant je suis malheureux

Seigneur me voici c’est moi
je viens à vous malade et nu
j’ai fermé tout livre
et tout poème
afin que ne surgisse
de mon esprit
que cela seulement
qui est ma pensée
Humble et sans apprêt
ainsi que la source primitive
avant l’abondance des pluies
et le luxe des fleurs

Seigneur me voici devant votre face
chanteur des manoirs et des haies
que vous apporterai-je
dans mes mains lasses
sinon les traces et les allées
l’âtre féal et le bruit des marées
les temps ont passé
comme l’onde sous le saule
et je ne sais plus l’âge
ni l’usage du corps
je ne sais plus que le dit
et la complainte
telle la poésie
mon âme serait-elle patiente
au bout des galantes années ?

Seigneur me voici c’est moi
de votre terre j’ai tout aimé
les mers et les saisons
et les hommes étranges
meilleurs que leurs idées
et comme la haine est difficile
les amants marchent dans la ville
souvenez-vous de la beauté humaine
dans les siècles et les cités
mais comme la peine est prochaine !

Je viens d’un pays musicien
liesses colères et remords
amènent les vents hurleurs
sur le clavier des ports

Seigneur ayez pitié !

Extrait de Solo,  trouvé sur le site de Stered,  l’un des plus beaux poèmes de la langue française. Xavier Grall l’écrit peu de temps avant sa mort, comme un testament et une adresse à Dieu, une prière en sachant qu’il va mourir, et qu’il veut une dernière fois saluer tout ce qu’il a aimé pendant cette vie. Poème magnifique et trop méconnu.


Xavier Grall: Solo et autres poèmes  (1981)  / Recueil de poésie dont « Solo » est le poème le plus long (environ cinquante pages).
Photographie: Ouest France
Xavier Grall, né le 22 juin 1930 à Landivisiau (Finistère) et mort le 11 décembre 1981 à Quimperlé (Finistère), est un poète, écrivain et journaliste breton. (Wikipedia)
Du 10 au 16 décembre 2011 la ville de Landivisiau organise la toute première édition de  Moi les mots, un festival de poésie et d'art d'aujourd'hui. Un événement organisé en hommage à l'écrivain, poète et journaliste Xavier Grall, disparu en décembre 1981...
Voir aussi Landidiblog,le blog de la bibliothèque  de Landivisiau. ICI

vendredi 9 décembre 2011

Le destin de Iouri Voronine de Henriette Jelinek, Prix de l'Académie française 2005

Moi, Iouri Voronine, un pauvre type qui a raté tout ce qu’il eût fallu réussir, je suis comme un milord dans une maison de milliardaire.
Iouri est un immigré russe de la première heure qui a fui la misère de sa ville de Novgorod pour s’installer avec sa femme et son fils à Chicago dans une  rue où  il pouvait encore parler le russe. Il ne s’est jamais enrichi et regrette sa terre natale. Contrairement à lui, Joe, son fils  aime cette vie américaine où il est devenu milliardaire. Son père une fois veuf, il le fait venir près de lui à Los Angeles, dans sa luxueuse villa de Beverly Hills.
Cependant Iouri s’y ennuie malgré ses promenades en limousine, avec chauffeur, dans les collines d’Hollywood. Il est malheureux. Entre son fils et lui, aucune communication n’est possible.
Il décide alors de finir ses jours dans un monastère orthodoxe où il retrouve des impressions de son enfance. Il y atteint le calme, l’apaisement et une forme de spiritualité qui fait son bonheur et touche tout son entourage y compris son fils.
Dans l’église où retentit un cantique populaire russe, je suis un homme nouveau, c’est comme si j’étais autre, avec un cœur qui bat différemment dans une lumière immense.
Mon Dieu que tout est bien !
Doit-on payer un tel moment qui n’a plus ni soupir ni crainte, où le corps d’un homme n’est plus que torrent de vie et joie de vivre. Doit-on vraiment payer ce moment divin?
J’ai lu ce livre avec plaisir au début puis j’ai assez vite décroché lorsque le bon Iouri, devenu moine, a mené une vie de saint.
Ce livre a reçu le Grand Prix de l’Académie française 2005
Henriette Jelinek avait alors 82 ans et c’était son 14e et dernier roman.
Le destin de Iouri Voronine de Henriette Jelinek, roman, (Éditions de Fallois, 2005, 223 pages)

jeudi 8 décembre 2011

Les clichés littéraires de Thierry Maugenest

Un cliché c'est une idée toute faite et sans originalité.
Les clichés littéraires ou les adjectifs à accoler aux substantifs pour en créer:
Chaumière, Drille, Regrets, Enjambées, Regard, Parfum, Inquiétude, Désir, Malentendu, Amoureux, Claquement, Effort, Guerrier,Vieillard, Port de tête. 
Capiteux, éternels, humble, altier, valeureux, joyeux suprême, vénérable, sec, sourde, perçant, affreux, ardent, fervent, grandes. 
Thierry Maugenest:  Les rillettes de Proust (p 76)

mercredi 7 décembre 2011

La vierge froide et autres racontars de Jorn Riel, Bonneval, Tanquerelle, ma BD du mercredi

Choisi à la va vite  à la fermeture de la bibliothèque, j’ai eu la main heureuse puisque cet album de racontars danois m’a beaucoup plu. Il faut dire que mon aimable bibliothécaire, (ce jeune plein d’enthousiasme et passionné de BD dont j’ai déjà beaucoup parlé), a la bonne habitude et prend le temps  de signaler ses préférences par des petits cœurs faits maison qui ne m’ont encore jamais déçue.
Il a aimé la BD que je présente aujourd’hui et ouf, moi aussi ! Dommage seulement qu’elle ne puisse entrer ni dans  le Top de Yanek ni dans le challenge Roaarrr de Mo’.

Il s’agit d’ histoires de trappeurs du  Groenland écrites par l’ethnologue  danois Jorn Riel après avoir passé lui-même  seize ans  sur la banquise,  dans les années cinquante. 
Ses  racontars ont eu un grand succès. Il en parle comme d’histoires vraies qui pourraient passer pour un mensonge. A moins que ce ne soit l'inverse"
Ces sept histoires se passent toutes dans les chalets des trappeurs,  ensevelis sous la glace et distants de centaines  de kilomètres les uns des autres. Ces hommes rudes et solitaires vivent à deux mais se connaissent tous  car le besoin de se retrouver et de se mettre à parler longuement avant de retomber dans le silence des nuits interminables leur arrive par à-coups, comme un besoin vital pour ne pas sombrer totalement.
 C’est alors qu’ils se racontent des histoires étranges auxquels chacun s’efforce de croire et même parfois leur vie en est bouleversée.

 Ma préférée est celle qui a donné son nom à l’album: La vierge froide ... ou les ravages d'Emma.  
Pourquoi ce titre? La première explication du terme, la plus officielle  vient des jeunes vierges qui préparaient des sandwiches au poisson ou à la viande froide pour les marins. Mais la vierge froide était également le nom d’un outil de masturbation en forme de rouleau, datant du 19ème siècle. Les gens qui l’ont utilisé ont été emprisonnés, parce que l’onanisme était sévèrement interdit à cette époque.  (Tanquerelle) 

Quand Mads Madsen, à son retour de congé dans le sud,  eut terminé de raconter ses souvenirs  de voyage à son compagnon William le Noir, il inventa pour l’ambiance de nouveaux événements et un soir, à sa propre surprise, il créa Emma, une femme splendide faite rien qu’avec des beignets aux pommes, deux yeux bleu ciel et une moue rouge.
Il en parla si bien que William le Noir en tomba amoureux et en racheta les droits. Il l’échangea contre ce qu’il avait de plus précieux: son fusil, ses cartouches, son traîneau d’affût.  Tous les deux passèrent alors un bel hiver, chacun content de ce marché jusqu’au jour où Mads Madsen dut partir relever les pièges. Quelques jours plus tard, William le noir vit arriver  Bjorken, un voisin  qui avait l’air bien malade, totalement désespéré. Il finit par avouer être amoureux de la femme de William, cette Emma dont venait de lui parler Mads Madsen. 
C’est ainsi qu’un nouveau troc eut lieu et qu’Emma, la vierge froide,  fut à nouveau échangée contre  le seul bien précieux de Bjorken: son tatouage de  dragon qu’il avait dans le dos.
Toutes les histoires sont ainsi : drôles, tendres, poétiques et réalistes à la fois.
De plus les dessins me plaisent, avec des portraits bien typés et facilement reconnaissables, classiques,  qui laissent la part belle au récit
Les auteurs: Gwen de Bonneval est un dessinateur, scénariste de bandes dessinées né à Nantes, °1973, qui vit et travaille à Paris.
Hervé Tanquerelle, °1972,  dessinateur nantais lui aussi, a fait un voyage au Groenland en août de cette année, en compagnie de Jorn Riel. Il le raconte sur son blog passionnant ICI
Ce qui est sûr, c'est que ce voyage va nourrir le troisième tome des racontars que nous devrions commencer en janvier, si tout se passe bien. Seul bémol à tout ça, c'est que Gwen de Bonneval ne sera pas du voyage alors même qu'il est l'instigateur du projet d'adaptation des racontars.
Un entretien très intéressant de Gwen et Tanquerelle ICI
La vierge froide et autres racontars de Jorn Riel, Gwen de Bonneval, Hervé Tanquerelle
(Sarbacane, 2009, 147 pages, 7 nouvelles, traduit du danois par Susanne Juul et Bernard Saint Bonnet)  Bonneval (scénario), Tanquerelle, (dessins) d’après l’œuvre de Jorn Riel.

Les participants: 

Arsenul,  Benjamin,  Choco, Chrys, Delphine,  Didi, Dolly,  Emmyne,  Estellecalim, Hilde,

HélèneHérisson08,  Irrégulière, Jérôme, Kikine La ronde-des-post-it, Lirepourleplaisir,  Lou,
Lounima, Lystig, Mango,  Manu,  Margotte, Marguerite, Mathilde, (en pause), Moka, Mo',
  
Noukette, Oliv', Pascale,   Sandrounette, Sara, Soukee,   Theoma, Valérie,  Vero, Wens, Yaneck, 
Yoshi73, Yvan,  Mr Zombi,   32 octobre,

Je participe aussi au Top BD de Yaneck. (Note: 18,5/20) ainsi qu'au Roaarrr Challenge de Mo'.