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mercredi 5 juin 2013

Mes hommes de lettres, par Catherine Meurisse - ma BD du mercredi


Belle réussite que cet album ambitieux et drôle sur un sujet qui me tient particulièrement  à cœur et qui fait toujours mon bonheur: la littérature française !


Catherine Meurisse y retrace une bonne partie de l’histoire des auteurs célèbres – pas tous évidemment, ses préférés sans doute - ce dont elle s’excuse d’ailleurs à la fin.

Ce livre n’aurait pas pu se faire sans :Chrétien de Troyes, Rabelais, La Pléiade, Du Bellay, Montaigne, Corneille, La Fontaine, Molière, Racine, Diderot, Rousseau, Voltaire, Hugo, Sand, Balzac, Flaubert, Zola, Proust, Colette, Sartre, Beauvoir. 

 Pas facile à priori d’illustrer un si vaste panorama d’auteurs célèbres,  du Moyen âge au siècle dernier,  sans courir le risque  d’ennuyer le lecteur et pourtant c’est le contraire qui se produit: je me suis amusée tout au long de ma lecture,  tout en éprouvant une grande admiration  pour la prouesse surmontée. J’y ai retrouvé des connaissances de longue date devenus presque des amis à force et c’était comme une grande tablée où tout le monde se retrouvait pour rire et se moquer légèrement des uns et des autres, avec des détails prouvant combien on se connaissait bien


.  

Il ne faut pas se méprendre: s’il est loin d’être réservé aux initiés, cet album  s’adresse malgré tout à un public cultivé, au minimum à ceux qui révisent pour  le Bac littéraire car mieux on connaît, mieux on goûte les allusions et les détails des mises en scène et des  dessins. C’est pourquoi je l’ai savouré et pas simplement parcouru.



Je le recommande vivement aux amoureux de cette littérature et de la bonne BD car les dessins sont très légers, enjoués, efficaces, amusants, satiriques ou élégants quand il le faut, toujours justes. Du beau travail !

 

Une interview de l'auteur ICI
En ont déjà  parlé dans les BD du mercredi: Yoshi73, Pascale (lien à venir)


Mes hommes de lettres par  Catherine Meurisse,
Préface de Cavanna
(Éditions sarbacane, 2008. 140 p.)

Logo BD rougeLogo BD noir


 Anne, Alex, Blogaelle, Brize,  Choco,  Cristie,   Cuné, 


Delphine,  Didi,  Élodie, 


Estellecalim,  Hilde, 



Hélène,  Sophie Hérisson, Iluze,  Irrégulière,

Itzamna,



Lou, Lounima,   Lystig, Mango,


Manu,  Margotte,  Marguerite, 


Marie, Marion,  Marion Pluss,   Marilyne 


Mathilde, Mélo,


 Miss Alfie, Miss Bouquinaix,


Moka, Mo',   Natiora,  Noukette,   OliV,   Pascale,


Paulinelit, Sandrounette, Sara,  Sophie,  




Theoma, Un amour de BD,  Valérie,   Vero,


  Yaneck,    Yoshi73,  Yvan,   Mr Zombi, 32 octobre,

mardi 23 avril 2013

Le vase où meurt cette verveine, Frédérique Martin

Drame de la vieillesse, en France,  vers  2012. 
Joseph a 78 ans et aime sa Zika comme au premier jour.  Elle est cardiaque et doit être hospitalisée à Paris, loin de chez elle. Isabelle, sa fille célibataire, l'accueille  dans son petit appartement mais pas question pour elle de s'occuper en plus  de son père.  Celui-ci ira vivre avec  son fils et sa belle fille . 
Cet éloignement les fait souffrir et ils se disent tout leur chagrin dans des lettres très amoureuses. Ils ne pensent qu'à se retrouver mais rien  ne se déroulera comme prévu et la fin est triste et inattendue. 

J'aurais pu aimer ce livre car ce drame est désormais un fait de société très actuel et le thème me plaît. Malheureusement,  j'ai fini par terminer  en lecture rapide, signe que je suis restée totalement en dehors de cette histoire qui m'a finalement plus agacée qu'émue. Je sais que beaucoup l'ont aimée.  Moi, je n'ai pas réussi!
J'ai commencé par plaindre davantage les enfants que leurs parents, Isabelle surtout, si seule et si avide de l'amour que  sa mère peine à lui accorder pleinement. Quelle vie gâchée! Si joseph  a trouvé grâce à mes yeux, pour sa droiture et  sa loyauté,  je n'ai ressenti aucune sympathie en revanche  pour Zika si égoïste, si plaintive et surtout si durablement critique envers ses enfants  mais il ne faut rien révéler...

Cependant il m'arrive d'aimer un roman tout en n'aimant pas les personnages. Ici, ce qui m'a le plus déçue, c'est le style des lettres, trop léché et suranné! Dès lors, tout me semblait faux et excessif. C'est peut-être cet aspect-là qui m'a le plus gênée. 

Dommage! Le sujet est suffisamment  d'actualité et douloureux  pour provoquer de véritables drames personnels  et familiaux, c'est vrai mais  les problèmes que pose la dépendance des personnes âgées dans une société comme la nôtre, me semblent dépasser de loin ce  simple cadre intimiste. Il explosera forcément  un jour et ce sera  alors un bien grand déballage sur une situation tout- à-fait scandaleuse.  Il y aurait tant à dire! 

Ceci dit, ce roman épistolaire  sur une  longue relation conjugale  restée amoureuse malgré l'âge et la maladie a su plaire à beaucoup d'autres lecteurs et je ne suis que plus désolée de ne pas pouvoir écrire un billet plus positif. 
Ma très chère femme 
Les heures m'accablent si je n'y prends garde, ma bonne amie, alors même, je le mesure, qu'il en reste si peu dans ma besace. (...)C'est un bout de tombeau qui me tient lieu de lit. Si glacé que je ne peux m'y allonger sans précaution. A défaut d'une conduite, je vais m'acheter une bouillotte, même si les deux ne sont plus de saison. Quand tu reviendras, nous la bazarderons. Elle sera inutile, puisque je retrouverai ta chaleur, et avec elle le sommeil bienfaisant d'après notre désir. Réserve-moi toutes tes nuits, ma bien aimée.  
Ton Joseph (p. 65)
Billets de Stéphie qui a été très émue en le lisant, Sharon, c'est le contraire, ainsi que Georges, sans oublier de lire l'échange de commentaires avec l'auteur, très intéressant!

Le vase où meurt cette verveine, Frédérique Martin (Belfond, 2012, 222 p.)

dimanche 28 octobre 2012

Ni vu ni connu, Le Sylphe, Paul Valéry, dimanche poétique

Ni vu ni connu 
Je suis le parfum 
Vivant et défunt 
Dans le vent venu!


Ni vu ni connu,
Hasard ou génie?
A peine venu
La tâche est finie!


Ni lu ni compris?
Aux meilleurs esprits
Que d'erreurs promises!


Ni vu ni connu,
Le temps d'un sein nu
Entre deux chemises!

Paul Valéry (1871-1946)

dimanche 10 juin 2012

Notre vie, Paul Eluard, Portraits de Nush par Picasso


Notre vie tu l'as faite elle est ensevelie
Aurore d'une ville un beau matin de mai
Sur laquelle la terre a refermé son poing
Aurore en moi dix-sept années toujours plus claires
Et la mort entre en moi comme dans un moulin


Notre vie disais-tu si contente de vivre
Et de donner la vie à ce que nous aimions
Mais la mort a rompu l'équilibre du temps
La mort qui vient la mort qui va la mort vécue
La mort visible boit et mange à mes dépens


Morte visible Nusch invisible et plus dure
Que la faim et la soif à mon corps épuisé
Masque de neige sur la terre et sous la terre
Source des larmes dans la nuit masque d'aveugle
Mon passé se dissout je fais place au silence.


Notre vie de Paul Eluard, Le Temps déborde (1947)
Nush Eluard par Picasso, 1937, 1938, 1941

dimanche 27 mai 2012

Comme un fleuve, René Guy Cadou, dimanche poétique

Comme un fleuve s'est mis 
A aimer son voyage
Un jour tu t'es trouvée 
Dévêtue dans mes bras


Et je n'ai plus songé
Qu'à te couvrir de feuilles 
De mains nues et de feuilles 
Pour que tu n'aies point froid


Car t'aimais-je autrement 
Qu'à travers tes eaux vives 
Corps de femme un instant 
Suspendu à mes doigts


Et pouvais-je poser
Sur tant de pierres chaudes 
Un regard qui n'aurait
Eté que du désir ?


Vierge tu réponds mieux 
A l'obscure sentence 
Que mon coeur fait peser 
Doucement sur ton coeur


Et si j’ai le tourment
De ta métamorphose
C’est qu’il me faut aimer
Ton amour avant toi.

 René Guy Cadou ( poète breton, 1920-1951)
(Hélène ou le règne végétal, 1952)
Autre poème sur le blog: Pourquoi n'allez-vous pas à Paris?

dimanche 20 mai 2012

Il est d'étranges soirs..., Albert Samain


Il est d'étranges soirs où les fleurs ont une âme,
Où dans l'air énervé flotte du repentir,
Où sur la vague lente et lourde d'un soupir
Le coeur le plus secret aux lèvres vient mourir.
Il est d'étranges soirs, où les fleurs ont une âme,
Et, ces soirs-là, je vais tendre comme une femme.

Il est de clairs matins, de roses se coiffant,
Où l'âme a des gaietés d'eaux vives dans les roches,
Où le coeur est un ciel de Pâques plein de cloches,
Où la chair est sans tache et l'esprit sans reproches.
Il est de clairs matins, de roses se coiffant,
Ces matins-là, je vais joyeux comme un enfant.

Il est de mornes jours, où las de se connaître
Le coeur, vieux de mille ans, s'assied sur son butin,
Où le plus cher passé semble un décor déteint,
Où s'agite un minable et vague cabotin.
Il est de mornes jours las du poids de connaître,
Et, ces jours-là, je vais courbé comme un ancêtre.

Il est des nuits de doute, où l'angoisse vous tord,
Où l'âme, au bout de la spirale descendue,
Pâle et sur l'infini terrible suspendue,
Sent le vent de l'abîme, et recule éperdue !
Il est des nuits de doute, où l'angoisse vous tord,
Et, ces nuits-là, je suis dans l'ombre comme un mort.

(Au jardin de l'Infante) Albert Samain (1855 - 1900)
Tableau : Les Mouettes de Nicolas de Staël

dimanche 1 avril 2012

Nous deux de Paul Eluard

Nous deux nous tenant par la main
Nous nous croyons partout chez nous
Sous l'arbre doux sous le ciel noir
Sous tous les toits au coin du feu
Dans la rue vide en plein soleil
Dans les yeux vagues de la foule
Auprès des sages et des fous
Parmi les enfants et les grands
L'amour n'a rien de mystérieux
Nous sommes l'évidence même
Les amoureux se croient chez nous.
Nous Deux  de Paul Eluard(1951)
Dessin de Norman Rockwell, (1894-1978)

dimanche 4 mars 2012

Ballade des pendus de François Villon

Après la lecture de la BD:  Je,  François Villon de Luigi Critone d'après Jean Teulé(ICI),  j'ai senti le besoin de relire un des poèmes les plus forts du poète dont le père a été pendu à sa naissance et peut-être lui-même également.

Frères humains qui après nous vivez
N'ayez les coeurs contre nous endurciz,
Car, se pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous merciz.
Vous nous voyez cy attachez cinq, six
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est pieça dévorée et pourrie,
Et nous les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s'en rie :

Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre!

Transcription en français moderne 
Frères humains qui après nous vivez,
N'ayez pas vos cœurs durcis à notre égard,
Car si vous avez pitié de nous, pauvres,
Dieu aura plus tôt miséricorde de vous.
Vous nous voyez attachés ici, cinq, six:
Quant à notre chair, que nous avons trop nourrie,
Elle est depuis longtemps dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poussière.
De notre malheur, que personne ne se moque,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!
 Suite de la Ballade  Ici   (Brueghel le Vieux: La pie sur le gibet. (1568), Fresque de l'église Sant'Anastasia à Vérone. ) 

vendredi 27 janvier 2012

Trottoir de l'Elysé'-Palace de Paul-Jean Toulet,

Trottoir de l’Élysé’-Palace
    Dans la nuit en velours
Où nos cœurs nous semblaient si lourds
    Et notre chair si lasse ;

Dôme d’étoiles, noble toit,
    Sur nos âmes brisées,
Taxautos des Champs-Élysées,
    Soyez témoins; et toi,

Sous-sol dont les vapeurs vineuses
    Encensaient nos adieux —
Tandis que lui perlaient aux yeux
    Ses larmes vénéneuses.

Paul-Jean Toulet, Contrerimes
(Pau  1867,  Guéthary  1920,  poète français, célèbre par ses Contrerimes, une forme poétique qu'il avait créée. Il fut un des nègres littéraires de Willy, colocataire de Curnonsky, "Le prince des gastronomes",  Francis Carco et Tristan Derème, jeunes poètes s'inspire de lui pour créer leur groupe des "Poètes fantaissites". Frédéric Beigbeder place deux oeuvres de Paul-Jean Toulet (Mon amie Nane et Les Contrerimes) dans le "top-100" de ses livres préférés que constitue Premier bilan après l'Apocalypse.)
Tableau d'Edouard Cortès (1882-1969) Un conseil: cliquer sur la photo pour l'agrandir: ça rend tellement mieux! 

dimanche 13 novembre 2011

Les mélopées de Guillaume Apollinaire. Hommage aux soldats morts au combat

Mais écoutez-les donc les mélopées
Ces médailles si bien frappées
Ces cloches d'or sonnant des glas
Tous les muguets tous les lilas


Ce sont les morts qui se relèvent
Ce sont les soldats morts qui rêvent
Aux amours qui s'en sont allés
Immaculés
Et désolés

Guillaume Apollinaire
 (Poèmes à Lou)


Photographie de Michael Kenna

dimanche 6 novembre 2011

Histoire de couple

JE

Je . Elle.
Elle. Je
Nous - Nous 
NousNous.                                                            
Nous.
NousNous.
Nous - Nous
Elle. Je.
Je. Elle.

JE.   

J’ai appris ce poème au collège mais j’en ai oublié l’auteur. Malgré mes recherches, je n’ai pu le retrouver. Je garde espoir cependant au cas où quelqu'un le  reconnaîtrait.

dimanche 23 octobre 2011

Tendre dimanche de Francis Carco

Comme aux beaux jours de nos vingt ans
Par ce clair matin de printemps
J'ai voulu revoir tout là-bas
L'auberge au milieu des lilas
On entendait sous les branches
Les oiseaux chanter dimanche
Et ta chaste robe blanche
Paraissait guider mes pas


Tout avait l'air à sa place
Même ton nom dans la glace
Juste à la place où s'efface
Quoi qu'on fasse
Toute trace
Et je croyais presque entendre
Ta voix tendre murmurer
"Viens plus près"


J'étais ému comme autrefois
Dans cette auberge au fond des bois
J'avais des larmes dans les yeux
Et je trouvais ça merveilleux
Durant toute la journée
Après tant et tant d'années
Dans ta chambre abandonnée
Je nous suis revus tous deux


Mais rien n'était à sa place
Je suis resté, tête basse,
À me faire dans la glace
Face à face
La grimace
Enfin, j'ai poussé la porte
Que m'importe
N i ni
C'est fini !


Pourtant, quand descendit le soir
Je suis allé tout seul m'asseoir 
Sur le banc de bois vermoulu
Où tu ne revins jamais plus
Tu me paraissais plus belle
Plus charmante, plus cruelle
Qu'aucune de toutes celles
Pour qui mon cœur a battu


Et je rentrai, l'âme lasse,
Chercher ton nom dans la glace 
Juste à la place où s'efface 
Quoi qu'on fasse
Toute trace
Mais avec un pauvre rire 
J'ai cru lire :
Après tout,
On s'en fout !


"Chanson tendre" Paroles: Francis Carco. Musique: Jacques Larmanjat 1935
Chantée par Fréhel , 

dimanche 2 octobre 2011

Une grande dame de Paul Verlaine

    Belle " à damner les saints " , à troubler sous l'aumusse
    Un vieux juge ! Elle marche impérialement.
    Elle parle - et ses dents font un miroitement -
    Italien, avec un léger accent russe.

    Ses yeux froids où l'émail sertit le bleu de Prusse
    Ont l'éclat insolent et dur du diamant.
    Pour la splendeur du sein, pour le rayonnement
    De la peau, nulle reine ou courtisane, fût-ce

    Cléopâtre la lynce ou la chatte Ninon,
    N'égale sa beauté patricienne, non !
    Vois, ô bon Buridan : " C'est une grande dame ! "

    Il faut - pas de milieu ! - l'adorer à genoux,
    Plat, n'ayant d'astre aux cieux que ses lourds cheveux roux
    Ou bien lui cravacher la face, à cette femme !

Poèmes saturniens, Caprices, IV, de Paul Verlaine
Tableau de Angelo Bronzino: Lucrezia Panciatichi (1503/1563)

dimanche 14 août 2011

Le vase brisé de Sully Prudhomme

Le vase où meurt cette verveine
D'un coup d'éventail fut fêlé:
Le coup dut l'effleurer à peine:
Aucun bruit ne l'a révélé.

Mais la légère meurtrissure,
Mordant le cristal chaque jour,
D'une marche invisible et sûre
En a fait lentement le tour.

Son eau fraîche a fui goutte à goutte,
Le suc des fleurs s'est épuisé;
Personne encore ne s'en doute;
N'y touchez pas, il est brisé.

Souvent aussi la main qu'on aime;
Effleurant le cœur le meurtrit;
Puis le cœur se fend de lui-même,
La fleur de son amour périt.

Toujours intact aux yeux du monde,
Il sent croître et pleurer tout bas
Sa blessure fine et profonde;
Il est brisé, n'y touchez pas. 

Le vase brisé de Sully-Prudhomme (1839-1907)
Tableau de Edouard Manet (1832/1883)

dimanche 26 juin 2011

Aube de Paul Eluard



                                                               Le soleil qui court sur le monde
                                                               J’en suis certain comme de toi
                                                               Le soleil met la terre au monde


                                                               Un sourire au-dessus des nuits
                                                               Sur le visage dépouillé
                                                               D’une dormeuse rêvant d’aube


                                                               Le grand mystère du plaisir
                                                               Cet étrange tournoi de brumes
                                                               Qui nous enlève ciel et terre


                                                               Mais qui nous laisse l’un à l’autre
                                                               Faits l’un pour l’autre à tout jamais
                                                               Ô toi que j’arrache à l’oubli


                                                               Ô toi que j’ai voulu heureuse.


                                                               Aube de Paul Eluard

lundi 6 juin 2011

Prix du livre Inter : Olivia Rosenthal, Que font les rennes après Noël?

Ce matin j’ai écouté sur France Inter  une émission avec Olivia Rosenthal, la romancière à peine élue pour son livre: Que font les rennes après Noël? (Verticales). Amin Maalouf et les membres du jury étaient là également.
C’est un livre autobiographique sur la condition humaine et la condition animale, sur la confrontation entre l’adulte qu’elle est devenue et l’enfant qu’elle était lorsqu’elle croyait encore aux contes de fées. 
C'est l’histoire d’une enfant qui croit que le traîneau du père Noël apporte les cadeaux et qui sera forcée un jour de ne plus y croire. Il faut grandir, il faut s’affranchir. C’est très difficile. C’est même impossible. 
Son roman avait déjà reçu le Prix Alexandre Vialatte avant celui d’Inter.

Les autres romans en lice pour ce prix étaient:
Le testament d’Olympe, Chantal Thomas (Seuil).

Elle sera de nouveau à l’antenne en direct et en public, ce soir, à 18H15, dans l’émission de Philippe Collin. 

dimanche 5 juin 2011

Par une nuit nouvelle, On ne peut me connaître, Paul Eluard

Par une nuit nouvelle

Femme avec laquelle j'ai vécu
Femme avec laquelle je vis
Femme avec laquelle je vivrai
Toujours la même
Il te faut un manteau rouge
Des gants rouges un masque rouge
Et des bas noirs
Des raisons des preuves
De te voir toute nue
Nudité pure ô parure parée

Seins ô mon cœur

La Vie immédiate, 1932

On ne peut me connaître
Mieux que tu me connais

Tes yeux dans lesquels nous dormons
Tous les deux
Ont fait à mes lumières d'homme
Un sort meilleur qu'aux nuits du monde

Tes yeux dans lesquels je voyage
Ont donné aux gestes des routes
Un sens détaché de la terre

Dans tes yeux ceux qui nous révèlent
Notre solitude infinie
Ne sont plus ce qu' ils croyaient être

On ne peut te connaître
Mieux que je te connais.

Paul Eluard ( 1895-1952)
Les yeux fertiles (1936)
Portraits de  Gala et de Paul Eluard par Salvador Dali, (1929)

mercredi 1 juin 2011

Lucy, La femme verticale de Andrée Chedid

«L’enfant multiple» ou «Lucy» ?
A l’occasion de ce rendez-vous du Blogoclub de Sylire et Lisa du premier juin 2011, je cherchais à la bibliothèque le  premier titre, considéré comme le chef d’œuvre de la romancière lorsque j’ai aperçu le second à ses côtés sur l’étagère. J’en ai profité pour lire ces deux livres à la suite et curieusement c’est le second que j’ai préféré. Je l’ai trouvé plus original et plus poétique que le roman de cet adorable enfant qui sème le bonheur autour de lui, récit  qui ne m’a cependant pas déplu. 
  
Lucy, est un hymne  en trois parties concernant cette très lointaine cousine  pré humaine de 3 millions d’années, dont le fossile a été découvert en 1974 en Ethiopie. Apte à la marche, elle devait vivre enore en grande partie dans les arbres et se déplacer en s’appuyant sur ses membres antérieurs plus longs  que les autres. Avec ces connaissances nouvelles, Andrée Chedid  imagine une Lucy constamment tenaillée par le « désir d’horizon » et celui de s’élever pour devenir «la femme verticale» au prix d’énormes efforts et de bien des échecs.

 Andrée Chedid divise son texte en trois parties : l’appel, le crime et le désir. 
L’appel est celui de Lucy , cette pionnière qui veut se transformer .
«Enfouie dans l’épaisseur du temps, perdue au creux des millénaires, suspendue par moments aux branches d’un arbre, je vais, je viens, j’appelle. Je cherche à me faire entendre, à m’approcher.
Me faire entendre de qui ? M’approcher de quoi ?… Je cherche à rejoindre. A te rejoindre toi, là-bas, si loin, à des millions d’années. Toi, mon enfant d’un autre temps.»
Le crime est celui que projette d’accomplir la romancière elle-même pour effacer  deuils,  massacres, carnages, souffrances sans fin de l’avenir de Lucy.
«Je ne sais encore comment m’y prendre, et j’ignore de quelle façon je mènerai ce récit. Mais j’échafauderai, au fur et à mesure, la préparation du meurtre et le témoignage des mots.
J’exterminerai Lucy.
J’enrayerai la race humaine et son destin pervers.»
Le désir surgit au premier vrai regard entre Lucy et la femme qui sait non seulement se tenir  debout  mais aussi tenir une plume et écrire.
 «Je ressuscite ces minutes où le temps explose, où Lucy me hante, puis m’habite. Ces minutes où Lucy, menée par une brûlante envie de nous rejoindre –mieux que cela- de nous enfanter-, redresse son corps, et enfin debout accomplit son premier pas. Dorénavant je suis avec Lucy. L’une et l’autre, quoi qu’il advienne, nous sommes réunies . Je deviens elle. Elle devient moi.Par la grâce de Lucy, j’existerai, tu existeras, nous existerons. J’accéderai au monde et à son mystère. J’accepterai l’énigme. Je consentirai au combat. Vois combien la Vie nous désire et combien, par milliards, nous lui répondrons.» 
Voici un livre que j’ai goûté comme un long poème très aimé, l’épopée de l’évolution humaine.
  Lucy, La femme verticale de Andrée Chedid, (Flammarion, 1998, 95 pages)