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lundi 15 septembre 2014

David Foenkinos, Charlotte


Avant même de commencer à évoquer la vie de son héroïne, l’auteur sent le besoin de donner quelques précisions :
Ce roman s’inspire de la vie de Charlotte Salomon.Une peintre allemande assassinée à vingt-six ans, alors qu’elle était enceinte.Ma principale source est son œuvre autobiographique: Vie? ou Théâtre? 
 Charlotte a appris à lire son prénom sur une tombe. Sa vie a été une succession de drames.
 Tout d’abord, ce sont les suicides des femmes de sa famille, et tout d'abord celui de  l’autre Charlotte, sa  jeune tante, qui se jette d’un pont,  à dix-huit ans, un soir froid de novembre.
Charlotte comprend tôt que les morts font partie de sa vie.
Sa mère, Franziska, épouse d' un chirurgien allemand pendant la première guerre, appelle sa fille du nom de sa sœur qu’elle n’oubliera jamais . Elles vont souvent se recueillir sur sa tombe mais la mère cache la vérité à sa fille  en ne parlant que d’un accident.
Tel est le premier arrangement avec la réalité.Le début du théâtre.
Franziska chante magnifiquement . Elle affectionne tout particulièrement les chants chrétiens mais s’enfonce à son tour dans la dépression et après une première tentative de  suicide dont la sauve son mari,  elle rejoint ses parents laissant seule sa fille à laquelle elle ne parlera plus jamais. Charlotte n’existe plus.  Peu après sa mère se défenestre  par la fenêtre de sa chambre.  On dit à sa fille qu’elle est morte de maladie. Charlotte l’imagine comme un ange qui la protège et elle se met à dessiner. Elle reste chez ses grands parents, élevée par des nounous et devient sauvage. Son père se remarie avec Paula, une cantatrice célèbre. La famille s’installe à Berlin. Paula reçoit beaucoup. Dans son salon passent Einstein,  Mendelsohn,  Schweitzer.
On joue du piano, on boit, on chante, on danse, on invente.
La vie n’a jamais paru aussi intense.
Charlotte a seize ans  et mène une scolarité brillante mais , en janvier 1933, la haine accède au pouvoir. La nuit de Cristal de 1938 approche. Les grands parents s’exilent dans une maison du sud de la France . Charlotte reste à Berlin avec son père qui lui fait donner des cours de dessin
Elle aime Van Gogh, Chagall, Nolde, Munch, Kokoschka, Beckmann. Plus rien ne compte que la peinture. Elle entre à l’Académie des Beaux-Arts . Elle gagne le premier Prix mais ne pourra pas le recevoir à cause de ses origines juives. C’est alors qu’un événement majeur se produit dans sa vie. Elle devient amoureuse d’un homme, Albert, un miraculé de la première guerre. Ils communient dans l’amour de la musique . Il l’encourage à chanter. Il écrit et elle illustre son livre de ses dessins.
Cependant l’Histoire les rattrape et ils doivent se séparer, Charlotte doit fuir  pour rejoindre ses parents  en France .
La tragédie s’accentue et là-bas Charlotte se marie à un émigré autrichien  et c'est enceinte qu’elle meurt à Auschwitz en 1943. 
Entre temps, elle a peint sans arrêt. Les dernières paroles d’Albert ont été bénéfiques:
Puisses-tu ne jamais oublier que je crois en toi.
A cette phrase  répond celle de Charlotte lorsqu’elle confiera  ses dessins à un docteur ami et à l’Américaine qui l’a accueillie chez elle: 
C’est toute ma vie. Ça vaut de l’or. 
Je l’avoue, j’ai été extrêmement séduite par ce roman  malgré ou peut-être à cause de sa présentation en vers libres  C’était la meilleure façon d’évoquer une histoire aussi dramatique.  Comme l’auteur, étant donné le tragique de cette vie, j’ai ressenti le besoin d’une respiration plus ample grâce à ces retours à la ligne  qui donnent encore plus de souffle et de force à la composition. 
Je n'ai pas beaucoup aimé "La délicatesse" mais ce roman-ci m'a éblouie. L'auteur intervient souvent pour indiquer les démarches qu'il a dû faire pour se documenter. Il n'hésite pas à évoquer les  sentiments qu'il a éprouvés dans cette quête de la vérité.  Est-ce un pur roman comme indiqué ou une vraie biographie ou seulement  un journal biographique  ou tout cela à la fois? Une réussite quoi qu'il en soit! 
Pendant des années,  j'ai pris des notes.
J'ai parcouru son œuvre sans cesse.
J'ai cité ou évoqué Charlotte dans plusieurs de mes romans.
J'ai tenté d'écrire ce livre tant de fois. 
Mais comment?
Devais-je être présent? 
Devais-je romancer son histoire? 
Quelle forme mon obsession devait-elle prendre?
Je commençais, j'essayais,puis j'abandonnais.
Je n'arrivais pas à écrire deux phrases de suite.
Je me sentais à l'arrêt à chaque point.
Impossible d'avancer.
C'était une obsession physique, une oppression.
J'éprouvais la nécessité d'aller à la ligne pour respirer
Alors j'ai compris qu'il fallait l'écrire ainsi. 
Avec ce livre, qui j'espère recevra un Prix, c'est aussi une grande artiste que j'ai découverte . J'en ai aimé les tableaux qu' on peut voir  au Musée juif d'Amsterdam. 

Charlotte , David Foenkinos, roman (Gallimard, 224 pages,août 2014)










Challenge rentrée littéraire chez Hérisson (5/6)

vendredi 20 décembre 2013

Deux défis en un, le peintre et les top 10

Je rassemble ici le défi d'Aifelle sur le peintre à découvrir et le Top 10 de mes lectures.
Le peintre est danois : Peder Severin Kroyer (1851/1909)
Influencé par les impressionnistes, c’était aussi un grand voyageur. Ses œuvres les plus célèbres sont celles évoquant les soirées d’été sur la plage de Skagen, où vivait  le peintre avec son épouse, 1884, 1899.



le Top 10 de mes lectures selon la règle :  Listez 10 livres qui vous ont marqué d'une façon ou d'une autre dans votre statut. Ne prenez pas plus de quelques minutes pour le faire, ne réfléchissez pas trop - ce ne doit pas forcément être des "bons livres" ou des grandes œuvres, juste des livres qui vous ont touché.

1  Au revoir là-haut, Pierre Lemaitre
2 Il faut beaucoup aimer les hommes, Marie Darrieussecq
3  Les Apparences, Gillian Flynn
4  L’étrange disparition d’Esme  Lennox, Maggie O’Farrell
5  Abbés, Pierre Mignon
6  Nos étoiles contraires, John Green
7  Profanes, Jeanne Benameur
8  Mon petit coin de monastère,  Bei Bei
9  Un refrain sur les murs, Muriel Magellan
10  Best Love Rosie, Nuala O’Faolain

vendredi 7 décembre 2012

Les Adieux de Dan Franck


Mon premier livre de l'auteur.
Un portrait peint par Modigliani sur la couverture.

Le narrateur dont il est question tout au long du roman est peintre avant tout - solitaire- obsessionnel - paranoïaque -  bientôt amoureux fou - d'une Juliette au Jardin du Luxembourg - alors heureux - puis malheureux - vraiment fou furieux, et peintre désespéré - déchaîné - jusqu'à se métamorphoser.  Un vrai changement d'identité.  Il y a de quoi être affolé! 

Voici la présentation de l'éditeur:
Mathias est peintre, mais c'est aussi un grand enfant que tout obsède et effraie. Réfugié dans la peinture qui le protège des agressions du monde, il ne quitte ses pinceaux que pour se rendre chez son marchand de tableaux ou au jardin du Luxembourg. Jusqu'au jour où apparaît Juliette, qui fait naître en lui une passion, un amour fou.Mais pour Mathias, il n'est pas facile de passer à un âge adulte qui trop souvent abolit les rêves. Et les jeux de l'enfance et de l'amour basculent peu à peu dans un drame silencieux, où seule la peinture, à nouveau, lui procurera une part d'absolu.
J'ai plutôt bien aimé car le style, classique et efficace,  est à toute épreuve! Dommage que le héros soit si tordu mais c'est tout le sujet du récit aussi suis-je de mauvaise foi en notant ce qui est loin d'être un détail et qui m'a empêché de me réjouir totalement de ma lecture. J'ai admiré mais pas vraiment  adhéré à l'histoire racontée. Je m'en sentais trop éloignée. Ce Mathias est un artiste  trop tourmenté  et un pauvre petit être d'une trentaine d'années, nettement trop fragile et mal adapté. On voudrait à la fois le bercer et le secouer!  Un malaise se crée!  

Début:
Je suis né du pied gauche. Chaque matin, je m'en souviens. Aujourd'hui, mais c'était comme hier, les éboueurs m'ont naturellement éveillé à l'aube. J'ai battu des paupières pendant quelques instants puis je me suis levé. Les arbres étaient fragiles, le ciel rose craie. Je n'avais pas envie de peindre. une lumière blanche et mate ternissait les dessins tracés dans la nuit: un œil de face, un œil de profil, un œil en coupe. 
Le titre:  
J'ai branché l'électrophone et mis la Vingt-sixième  sonate (de Beethoven): les Adieux. J'ai ramassé le jean, le jean des premiers jours, je l'ai trempé dans le fond de tous mes pots et j'ai frappé les fesses, les chevilles et les cuisses. Le sang s'est étalé en gouttelettes noires sur les plafonds et les murs. Morte Juliette. Mort Mathias. Mort Piotr. Sur le butane de la cuisine, j'ai brûlé trois toiles, recueilli la suie, étalé la suie de part et d'autre du nu, dans la chambre. Elle dormait là, à gauche du lit, sur le mur. 

Dan Franck, né le 17 octobre 1952 à Paris, est un écrivain français. Il fait des études en sociologie à l'Université de la Sorbonne, et fait quelques petits boulots avant de commencer ce qui lui tient à cœur, le métier d'écrivain. Il reçoit le prix du premier roman en 1980 pour Les Calendes grecques. Dan Franck écrit aussi en collaboration avec d'autres auteurs tels que Jean Vautrin, avec lequel il a conçu la série de romans Les Aventures de Boro, reporter photographe, ou Enki Bilal.
Ecrivain, il est aussi scénariste pour le cinéma et la télévision. Il a également écrit en tant que nègre littéraire 62 livres signés par d'autres personnes.(Wikipedia)
Les Adieux, Dan Franck 

mardi 26 avril 2011

Doodle Audubon

Pour le 226ème anniversaire de John James Audubon, un nouveau doodle a été créé. Qui était-ce?  Jean-Jacques Audubon (1785/1851) est un ornithologue, naturaliste et peintre américain d'origine française, naturalisé  en 1802, aussi célèbre aux États-Unis que De Gaulle ou La Fayette mais qui reste encore plutôt méconnu en France. 
Le 7 décembre 2010 un exemplaire de "Birds of America" a été vendu 8,6 millions d"euros.
Né à Saint-Domingue, fils illégitime d'une immigrée française et d'un père breton et protestant, capitaine au long cours,,il est élevé à Nantes et à Couëron  par sa belle-mère, Anne Moynet Audubon. En 1803, pour échapper aux guerres napoléoniennes,  il se rend aux États-Unis avec un faux passeport. Ayant cpntracté la fièvre jaune pendant son voyage,il est débarqué et  guéri par des femmes quakers qui lui apprennent leur anglais particulier. Il devient alors contremaître dans une ferme de Philadelphie où il apprend l'histoire naturelle et commence à dessiner et à peindre les oiseaux, devenant ainsi le premier ornithologue du Nouveau Monde. 

mardi 27 avril 2010

Passagère du silence de Fabienne Verdier


C’est un des livres les plus anciens de ma Pal, que je me suis  décidée enfin à lire  en sachant par avance que j’allais beaucoup l’aimer !
C’est d’ailleurs ce qui s’est passé : j’aurais voulu arrêter les gestes quotidiens de ma vie pour me consacrer totalement à cette lecture !
Alors, pourquoi avoir tant attendu ? 
A question de bon sens,  réponse farfelue ou pleine de sagesse, c’est selon : pour embellir ma Pal, bien sûr !  
Si je n’accumule que des livres quelconques, leur nombre me décourage mais si je sais que parmi eux il y a de véritables joyaux, les voir me stimule et me pousse à lire …tout le reste !
Comprenne qui pourra !
J’aime ce livre parce qu’il allie trois de mes passions les plus fortes actuellement : l’écriture, la peinture, la Chine et son immense culture, que je connais si peu encore! Le tout symbolisé par cet art dont Fabienne Verdier est devenue maître: la calligraphie




Passagère du silence, elle l’a été dix années pendant lesquelles elle s’est consacrée aux secrets de l’art chinois le plus antique, alors combattu et oublié sous Mao.


Son séjour n’avait rien de touristique dans ces années quatre-vingt encore communistes. Seul l’apprentissage de son art lui importait, ce qu’elle a très bien réussi puisqu’ après des études brillantes aux Beaux-Arts de Toulouse, elle a tout réappris des meilleurs maîtres de cette ville du Sichuan , Chongqing , où elle a vécu loin de Pékin et de l’ambassade française. Ces maîtres, pourquoi ne pas les citer, Cheng Jun de l'Ecole des Beaux-Arts auquel on avait coupé la main et qui lui apprend l'art de graver les sceaux, ,  Li, le maroufleur, son cher Huang Huan, qui met six mois avant de l'accepter pour élève et tant d'autres...


Son livre est le récit de ces années-là et c’est un livre plein de richesses qui se lit à toute allure, comme un roman d’amour et d’aventures mais que je relirai lentement maintenant  pour ses moments de silence méditatif sur tous les grands sujets de la vie!  C’est une mine de belles citations.


Je vous renvoie à tous les billets qui en ont parlé et à celui d’Aifelle présentant le dernier ouvrage de Fabienne Verdier : «Entre ciel et terre»
A mes amies, Gene et Jeannette, qui, les premières,  m’ont parlé de ce livre et me l’ont offert, lors d’une inoubliable  escapade bretonne, il y a déjà… mais non, c’était hier!

Passagère du silence de Fabienne Verdier
Dix ans d’initiation en Chine
(Albin Michel, 2003, 293 pages)