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vendredi 17 janvier 2014

Chantal Thomas, Les Adieux à la Reine

Les Adieux à la Reine sont  ceux de la favorite, Gabrielle de Polignac,  que la Reine  Marie Antoinette aide à s'enfuir hors de France, grâce à un stratagème, en se servant de sa lectrice  du moment, cette Agathe-Sidonie Laborde qui est aussi la narratrice.    
J'ai beaucoup aimé cette lecture que je viens de terminer. Un bon roman historique sur les premières journées de la Révolution française, vues et racontées par la lectrice royale, en 1810, alors qu'elle s'est réfugiée à Vienne, dans le quartier des émigrés, une fois terminée l'épopée napoléonienne. 
Elle raconte les trois premières journées de la Révolution française,  à sa façon, comme elle les a vécues, en lectrice très proche de la Reine  qu'elle aime et admire mais aussi  en tant qu'observatrice très humble, aux côtés  de tous ceux qui,  à Versailles, étaient logés dans  les Communs du château, 
Le point de vue est original: si près des Grands, les observant sans cesse,  et si modeste cependant, par sa fonction, elle est presque invisible et pourtant au premier plan. Elle aime et défend la Reine, beaucoup moins la famille de Polignac.
Le contraste est saisissant entre les excès, les parures et les beautés de Versailles, en cet été 1789 et les trois jours décrits ici dans le détail, sans aucun ennui: les 14, 15, 16 juillet, avant la grande débandade de tous les habitants logés au Château, ces nobles qui abandonnent, sans scrupules, en un instant, le roi, la reine et leurs enfants qu'ils savent condamnés d'avance et qu'ils ne songent pas un instant à défendre. Ils s'en vont, affolés, désorientés, démunis, comme dans une volière, laissant seule derrière eux la famille royale.
Voici un passage  parmi tous ceux que j'ai particulièrement aimés
Marie Antoinette est furieuse quand elle apprend que son époux n'a pas suivi son conseil de partir immédiatement à l'étranger, eux aussi. C'est l'heure de la lecture mais rien ne lui plaît jusqu'au moment où la lectrice choisit un recueil de récits de Madame de La Fayette. 
Une page de La princesse de Montpensier s'offrit d'elle-même:
"Un jour qu'il revenait à Loches par un chemin peu connu de sa suite, le duc de Guise, qui se vantait de le savoir, se mit à la tête de la troupe pour lui servir de guide; mais, après avoir marché quelque temps, il s'égara et se trouva sur le bord d'une petite rivière qu'il ne reconnut pas lui-même. Toute la troupe fit la guerre au duc de Guise de les avoir si mal conduits, et, étant arrêtés en ce lieu, aussi disposés à la joie qu'ont accoutumé de l'être de jeunes princes, ils aperçurent un petit bateau qui était arrêté au milieu de la rivière, et, comme elle n'était pas large, ils distinguèrent aisément dans ce bateau trois ou quatre femmes, et une entre autres qui leur sembla fort belle, habillée magnifiquement, et qui regardait avec attention deux hommes qui pêchaient auprès d'elle. Cette nouvelle aventure donna une nouvelle joie à ces deux jeunes princes et à tous ceux de leur suite: elle leur parut une chose de roman."
Je lisais. Tout s'était tu autour de moi. La Reine écoutait. Je n'avais pas besoin  de voir l'expression de son visage pour en être sûre. Cet espace, qui, à mon arrivée, était occupé par le chaos, devenait limpide, ordonné. Il était l'intérieur même de son esprit Je lisais. Il y avait une  douceur et une fierté secrète dans ma voix.  Elle avait réussi cette merveille: libérer la Reine de l'étau de fureur et de regrets. La Reine s'abandonnait à la suite des mots comme à des notes de musique. Elle renaissait et j'étais l'instrument de sa renaissance ...Mais lorsqu'on annonça Gabrielle de Polignac, la Reine aussitôt m'échappa.  

Il me reste maintenant à lire son dernier livre de 2013, "L'échange des Princesses" et à voir le film de Benoît Jacquot, Prix Louis Delluc du meilleur film de 2012   
George aussi a lu ce roman et l'a aimé. Qui d'autre? 
Les Adieux à la Reine, roman, (Seuil, Prix Femina 2002, 245 pages)

vendredi 7 décembre 2012

Les Adieux de Dan Franck


Mon premier livre de l'auteur.
Un portrait peint par Modigliani sur la couverture.

Le narrateur dont il est question tout au long du roman est peintre avant tout - solitaire- obsessionnel - paranoïaque -  bientôt amoureux fou - d'une Juliette au Jardin du Luxembourg - alors heureux - puis malheureux - vraiment fou furieux, et peintre désespéré - déchaîné - jusqu'à se métamorphoser.  Un vrai changement d'identité.  Il y a de quoi être affolé! 

Voici la présentation de l'éditeur:
Mathias est peintre, mais c'est aussi un grand enfant que tout obsède et effraie. Réfugié dans la peinture qui le protège des agressions du monde, il ne quitte ses pinceaux que pour se rendre chez son marchand de tableaux ou au jardin du Luxembourg. Jusqu'au jour où apparaît Juliette, qui fait naître en lui une passion, un amour fou.Mais pour Mathias, il n'est pas facile de passer à un âge adulte qui trop souvent abolit les rêves. Et les jeux de l'enfance et de l'amour basculent peu à peu dans un drame silencieux, où seule la peinture, à nouveau, lui procurera une part d'absolu.
J'ai plutôt bien aimé car le style, classique et efficace,  est à toute épreuve! Dommage que le héros soit si tordu mais c'est tout le sujet du récit aussi suis-je de mauvaise foi en notant ce qui est loin d'être un détail et qui m'a empêché de me réjouir totalement de ma lecture. J'ai admiré mais pas vraiment  adhéré à l'histoire racontée. Je m'en sentais trop éloignée. Ce Mathias est un artiste  trop tourmenté  et un pauvre petit être d'une trentaine d'années, nettement trop fragile et mal adapté. On voudrait à la fois le bercer et le secouer!  Un malaise se crée!  

Début:
Je suis né du pied gauche. Chaque matin, je m'en souviens. Aujourd'hui, mais c'était comme hier, les éboueurs m'ont naturellement éveillé à l'aube. J'ai battu des paupières pendant quelques instants puis je me suis levé. Les arbres étaient fragiles, le ciel rose craie. Je n'avais pas envie de peindre. une lumière blanche et mate ternissait les dessins tracés dans la nuit: un œil de face, un œil de profil, un œil en coupe. 
Le titre:  
J'ai branché l'électrophone et mis la Vingt-sixième  sonate (de Beethoven): les Adieux. J'ai ramassé le jean, le jean des premiers jours, je l'ai trempé dans le fond de tous mes pots et j'ai frappé les fesses, les chevilles et les cuisses. Le sang s'est étalé en gouttelettes noires sur les plafonds et les murs. Morte Juliette. Mort Mathias. Mort Piotr. Sur le butane de la cuisine, j'ai brûlé trois toiles, recueilli la suie, étalé la suie de part et d'autre du nu, dans la chambre. Elle dormait là, à gauche du lit, sur le mur. 

Dan Franck, né le 17 octobre 1952 à Paris, est un écrivain français. Il fait des études en sociologie à l'Université de la Sorbonne, et fait quelques petits boulots avant de commencer ce qui lui tient à cœur, le métier d'écrivain. Il reçoit le prix du premier roman en 1980 pour Les Calendes grecques. Dan Franck écrit aussi en collaboration avec d'autres auteurs tels que Jean Vautrin, avec lequel il a conçu la série de romans Les Aventures de Boro, reporter photographe, ou Enki Bilal.
Ecrivain, il est aussi scénariste pour le cinéma et la télévision. Il a également écrit en tant que nègre littéraire 62 livres signés par d'autres personnes.(Wikipedia)
Les Adieux, Dan Franck