Les Adieux à la Reine sont ceux de la favorite, Gabrielle de Polignac, que la Reine Marie Antoinette aide à s'enfuir hors de France, grâce à un stratagème, en se servant de sa lectrice du moment, cette Agathe-Sidonie Laborde qui est aussi la narratrice.
J'ai beaucoup aimé cette lecture que je viens de terminer. Un bon roman historique sur les premières journées de la Révolution française, vues et racontées par la lectrice royale, en 1810, alors qu'elle s'est réfugiée à Vienne, dans le quartier des émigrés, une fois terminée l'épopée napoléonienne.
Elle raconte les trois premières journées de la Révolution française, à sa façon, comme elle les a vécues, en lectrice très proche de la Reine qu'elle aime et admire mais aussi en tant qu'observatrice très humble, aux côtés de tous ceux qui, à Versailles, étaient logés dans les Communs du château,
Le point de vue est original: si près des Grands, les observant sans cesse, et si modeste cependant, par sa fonction, elle est presque invisible et pourtant au premier plan. Elle aime et défend la Reine, beaucoup moins la famille de Polignac.
Le contraste est saisissant entre les excès, les parures et les beautés de Versailles, en cet été 1789 et les trois jours décrits ici dans le détail, sans aucun ennui: les 14, 15, 16 juillet, avant la grande débandade de tous les habitants logés au Château, ces nobles qui abandonnent, sans scrupules, en un instant, le roi, la reine et leurs enfants qu'ils savent condamnés d'avance et qu'ils ne songent pas un instant à défendre. Ils s'en vont, affolés, désorientés, démunis, comme dans une volière, laissant seule derrière eux la famille royale.
Voici un passage parmi tous ceux que j'ai particulièrement aimés
Marie Antoinette est furieuse quand elle apprend que son époux n'a pas suivi son conseil de partir immédiatement à l'étranger, eux aussi. C'est l'heure de la lecture mais rien ne lui plaît jusqu'au moment où la lectrice choisit un recueil de récits de Madame de La Fayette.
Une page de La princesse de Montpensier s'offrit d'elle-même:
"Un jour qu'il revenait à Loches par un chemin peu connu de sa suite, le duc de Guise, qui se vantait de le savoir, se mit à la tête de la troupe pour lui servir de guide; mais, après avoir marché quelque temps, il s'égara et se trouva sur le bord d'une petite rivière qu'il ne reconnut pas lui-même. Toute la troupe fit la guerre au duc de Guise de les avoir si mal conduits, et, étant arrêtés en ce lieu, aussi disposés à la joie qu'ont accoutumé de l'être de jeunes princes, ils aperçurent un petit bateau qui était arrêté au milieu de la rivière, et, comme elle n'était pas large, ils distinguèrent aisément dans ce bateau trois ou quatre femmes, et une entre autres qui leur sembla fort belle, habillée magnifiquement, et qui regardait avec attention deux hommes qui pêchaient auprès d'elle. Cette nouvelle aventure donna une nouvelle joie à ces deux jeunes princes et à tous ceux de leur suite: elle leur parut une chose de roman."
Je lisais. Tout s'était tu autour de moi. La Reine écoutait. Je n'avais pas besoin de voir l'expression de son visage pour en être sûre. Cet espace, qui, à mon arrivée, était occupé par le chaos, devenait limpide, ordonné. Il était l'intérieur même de son esprit Je lisais. Il y avait une douceur et une fierté secrète dans ma voix. Elle avait réussi cette merveille: libérer la Reine de l'étau de fureur et de regrets. La Reine s'abandonnait à la suite des mots comme à des notes de musique. Elle renaissait et j'étais l'instrument de sa renaissance ...Mais lorsqu'on annonça Gabrielle de Polignac, la Reine aussitôt m'échappa.
Il me reste maintenant à lire son dernier livre de 2013, "L'échange des Princesses" et à voir le film de Benoît Jacquot, Prix Louis Delluc du meilleur film de 2012
George aussi a lu ce roman et l'a aimé. Qui d'autre?
Les Adieux à la Reine, roman, (Seuil, Prix Femina 2002, 245 pages)


