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samedi 3 mai 2014

Lola Lafon, La petite communiste qui ne souriait jamais

Plus j’aime un roman, plus j’ai du mal à en parler - surtout si j’ai lu auparavant les billets enthousiastes des autres lecteurs. C’est le cas pour celui-ci et je ne saurais pas mieux dire que ce qui a déjà été écrit si ce n’est manifester à mon tour mon admiration pour ce récit sur une athlète qui m’a éblouie,  en direct, ce fameux jour de juillet 1976, aux JO de Montréal quand ses exploits aux barres parallèles, à la poutre,  au sol, furent tels que l’ordinateur officiel se détraqua au point d’afficher la note de 1/10 au lieu des 10/10 mérités.

Depuis, aucune autre gymnaste, si brillante soit-elle, n’a réussi à remplacer le souvenir de Comaneci à ces JO-là.  Un bijou. La perfection absolue. Un miracle difficile à reproduire. Une émotion en direct à la télévision,  jamais plus ressentie à un tel degré pour moi.
Magnifique aussi , ce roman acrobate de Lola Lafon, plus proche de la légende d’Icare que de la mythologie des "dieux du stade". c’est ce que j’appelle un roman inspiré.
Je m’attendais à un roman autobiographique sur une sportive célèbre, devenue mythique mais on en est proche et très loin à la fois. C’est bien plus que cela. Le roman retrace non seulement les sommets mais aussi les difficultés de la Comaneci athlète avec  ses changements morphologiques encombrants, ses efforts pour garder son corps d’enfant, ses échecs, ses souffrances, les manigances politiques dont elle était l’enjeu, la fracture entre l’Est et l’Ouest, terriblement présente et si vite oubliée depuis, l’importance de Béla Karolyi, , son manager, qu’elle défend toujours bec et ongles, la cruauté finalement de cette vie sous les feux des télévisions du monde entier, l’exigence absolue qu’on attend d’une athlète un moment si parfaite. Toujours plus quand elle a déjà atteint le maximum. De la folie. Alors Nadia est aux Etats-Unis maintenant et Bela aussi.
La romancière interroge au T°son héroïne  sur ses premières impressions en découvrant  l’Amérique si haïe dans son pays:
«C’était impressionnant cette abondance pour vous? 
-Bien sûr! Vous savez, la première fois que ma mère est venue à l’Ouest, c’était dans une banlieue du New Jersey, eh bien, elle a pleuré dans les allées du petit supermarché. » 
Je cherche à comprendre. Pleurait-elle de joie devant l’émotion de ces nouveaux choix et Nadia me coupe la parole, presque brutale. Le dégoût de cet amoncellement absurde, me corrige-t-elle. La tristesse de se sentir envahie de désir devant tant de riens. 
«Chez nous, on n’avait rien à désirer. Et chez vous, on est constamment sommés de désirer.»(P. 93)
Je voudrais continuer à relever des citations. J’en ai noté tout un tas  mais il faut savoir se freiner alors j’arrête. Il faut juste lire ce livre.






Aifelle annonce une soirée musicale suivie d'une rencontre avec Lola Lafon: Ici

Billet de Brize
La petite communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon,
Actes Sud, 2014, 318 p.