Plus j’aime un roman, plus j’ai du mal à en parler - surtout
si j’ai lu auparavant les billets enthousiastes des autres lecteurs. C’est le
cas pour celui-ci et je ne saurais pas mieux dire que ce qui a déjà été écrit
si ce n’est manifester à mon tour mon admiration pour ce récit sur une athlète
qui m’a éblouie, en direct, ce fameux jour de juillet 1976, aux JO de Montréal
quand ses exploits aux barres parallèles, à la poutre, au sol, furent tels que l’ordinateur
officiel se détraqua au point d’afficher la note de 1/10 au lieu des 10/10
mérités.
Depuis, aucune autre gymnaste, si brillante soit-elle, n’a
réussi à remplacer le souvenir de Comaneci à ces JO-là. Un bijou. La perfection absolue. Un miracle
difficile à reproduire. Une émotion en direct à la télévision, jamais plus ressentie à un tel degré pour
moi.
Magnifique aussi , ce roman acrobate de Lola Lafon, plus
proche de la légende d’Icare que de la mythologie des "dieux du stade". c’est
ce que j’appelle un roman inspiré.
Je m’attendais à un roman autobiographique sur une sportive
célèbre, devenue mythique mais on en est proche et très loin à la fois. C’est
bien plus que cela. Le roman retrace non seulement les sommets mais aussi les
difficultés de la Comaneci athlète avec
ses changements morphologiques encombrants, ses efforts pour garder son
corps d’enfant, ses échecs, ses souffrances, les manigances politiques dont
elle était l’enjeu, la fracture entre l’Est et l’Ouest, terriblement présente
et si vite oubliée depuis, l’importance de Béla Karolyi, , son manager, qu’elle
défend toujours bec et ongles, la cruauté finalement de cette vie sous les feux
des télévisions du monde entier, l’exigence absolue qu’on attend d’une athlète
un moment si parfaite. Toujours plus quand elle a déjà atteint le maximum. De
la folie. Alors Nadia est aux Etats-Unis maintenant et Bela aussi.
La romancière interroge au T°son héroïne sur ses premières impressions en
découvrant l’Amérique si haïe dans son
pays:
«C’était impressionnant cette abondance pour vous?
-Bien sûr! Vous savez, la première fois que ma mère est venue à l’Ouest, c’était dans une banlieue du New Jersey, eh bien, elle a pleuré dans les allées du petit supermarché. »
Je cherche à comprendre. Pleurait-elle de joie devant l’émotion de ces nouveaux choix et Nadia me coupe la parole, presque brutale. Le dégoût de cet amoncellement absurde, me corrige-t-elle. La tristesse de se sentir envahie de désir devant tant de riens.
«Chez nous, on n’avait rien à désirer. Et chez vous, on est constamment sommés de désirer.»(P. 93)
Je voudrais continuer à relever des citations. J’en ai
noté tout un tas mais il faut savoir
se freiner alors j’arrête. Il faut juste lire ce livre.
Autres billets: Brize, Delphine, Anne-Sophie, Cathymini, Cathulu, Marilyne, Theoma, Valérie, Clara, Cuné,
Aifelle annonce une soirée musicale suivie d'une rencontre avec Lola Lafon: Ici
Billet de Brize
La petite communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon,
Actes Sud, 2014, 318 p.






