lundi 18 novembre 2013

Le bleu de la nuit, Joan Didion

"Ce livre est pour Quintana", la fille de l'auteur morte à 39 ans, quelque temps  après son mariage, suivi d' un long séjour à l'hôpital puis de  la mort subite de son père alors qu'il venait de lui rendre visite et un peu avant la sortie du livre à succès de sa mère  sur la mort de son mari justement: "L'Année de la pensée magique", un livre qui m'a bouleversée, plus que celui-ci que j'ai cependant beaucoup admiré également. 
Le thème est des plus douloureux mais ici on ne s’apitoie pas.  L’écriture sèche et précise  caractéristique de Didion  évite tout épanchement inutile tout en évoquant ce qui effraie le plus: la solitude, la maladie, le vieillissement, la mort.  Rien de tout cela n’est escamoté mais ce sont surtout les souvenirs des jours heureux qui envahissent les premiers moments et les premières pages, éblouissants  comme le bleu des vitraux de Chartres par beau temps ou le bleu de la nuit new yorkaise quand on a l’impression que les journées n’en finissent jamais. «Le bleu de la nuit, c’est le contraire de l’agonie de la clarté, mais c’est aussi son avertissement.»
Les souvenirs heureux affluent en commençant par le jour du mariage de Quintana sous le signe de la légèreté, de la joie et des stéphanotis dans les cheveux sous le voile blanc, ce qui conduit à la vision de la véranda familiale pleine de ces jolies fleurs et à New York où l'auteur est revenue vivre, seule. 
Elle revient sur les moments forts de l'adoption de sa fille, les retrouvailles récentes et ratées  de celle-ci avec sa famille d'origine, et son propre sentiment de culpabilité, sa peur d'avoir pu  rater son éducation.
Peu à peu cependant c'est la  réalité de la femme de 75 ans qui s'impose de plus en plus  avec ses chutes inexpliquées qui la conduisent à son tour aux Urgences, ses crises de paniques soudaines, ses intenses douleurs à la tête dues au stress que rien n'apaise,  sa "peur de ce qui reste à perdre".  
"Et pourtant il n'est pas un seul jour de sa vie où je ne la revois pas.
Qui prévenir en cas d'urgence?"  
C'est un très beau livre. 


Le bleu de la nuit, Joan Didion 
Blue Nights, 2011
Traduit de l'anglais par Pierre Demarty
(Grasset, 2013, 234 pages)

19 commentaires:

  1. Je n'ai pas lu "l'année de la pensée magique", je commencerai plutôt par lui.

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    1. Il est plus complexe,plus inattendu aussi. Celui-ci est plus classique en tant que récit de deuil. C'est très différent!

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  2. j'ai aimé la Nuit de la pensée magique mais je ne suis pas certaine de replonger pour celui là

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    1. Je suis admirative de la façon dont elle a su renouveler ce thème!

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  3. Pas joyeux-joyeux tout ça ! je sors de pas mal de lectures éprouvantes, j'aimerai bien un peu plus de légèreté...

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  4. j'ai lu un livre de cet auteur et je n'avais pas aimé..

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    1. Je ne sais pas: je n'ai lu que deux livres de cet auteur et sur le même thème tous les deux. Je ne peux pas vraiment juger

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  5. Je n'ai jamais lu l'auteure mais comme Aifelle je commencerai pas "l'année de la pensée magique", plutôt.

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    1. Il est plus difficile mais je l'ai préféré bien qu'ayant aussi beaucoup aimé celui-ci.

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  6. Je vais passer cette fois Mango. J'ai envie de choses un peu plus gaies !

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    1. Je comprends mais curieusement je ne me suis pas sentie triste en lisant ce livre.

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  7. Moi, je préfère les romans aux livres plus autobiographiques, donc je passe.

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    1. Il est très autobiographique à mon avis.

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  8. Pas facile de vivre un deuil ! Et ma PAL est tellement fournie mais je le note dans mon petit carnet car je ne connais pas du tout cette auteure.
    Belle soirée !

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    1. Même si ce qu'elle raconte n'a évidemment rien à voir avec ma propre histoire de deuils, je me suis sentie cependant très proche d'elle en la lisant!

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  9. Mango, je ne connaissais pas cet auteur et commencerai bien par "L'année de la pensée magique".
    Parce qu'un livre qui bouleverse contient des richesses capables de toucher le cœur.
    Et que les émotions font la vie.

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