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dimanche 6 avril 2014

Loving Frank par Nancy Horan, Lecture commune


Je termine ce livre  bouleversée après être passée par toute la gamme possible des réactions d’une lectrice lambda qui, tout en connaissant l’architecte Frank Lloyd Wright et ses belles réalisations, ignorait tout de sa vie privée. Autant dire que  je suis passée par bien des émotions  durant la lecture de ces 540 pages (Buchet/Chastel éd.). Tout d’abord, j’ai failli abandonner dès la première partie  tellement l’histoire de l’infidélité du couple Frank Lloyd Wright et Mamah  Borthwick Chesney, chacun marié de son côté avec 9 enfants à eux deux, me semblait convenue et  désormais banale mais l’intérêt est venu dès leur fuite en Europe et s’est accru avec la rencontre entre Mamah et la féministe suédoise  Ellen Key  dont elle voulait devenir la traductrice au point de ne pas suivre son  amant lors de son retour en Amérique. Quant à la troisième partie,  le divorce de Mamah  et les retrouvailles avec ses enfants, la construction de Taliesin, leur maison commune à elle et  Frank mais près de la famille de celui-ci et la fin surtout, je l’ai trouvée d’une grande intensité dramatique. J’ai avalé ce récit, le cœur battant,  d’autant plus que je savais l’histoire  vraie  puisque,  comme journaliste, la romancière avait fait de sérieuses recherches avant de se lancer dans son récit.
La grandeur de ce roman tient avant tout pour moi au fait que ce ne soit pas une simple histoire d’amour contrarié, violemment rejeté par la société et la presse de l’époque mais c’est surtout l’évocation plus ample de la difficulté d’être une femme libre en ces premières années du XXe siècle qui est au centre du récit.

J’ai longtemps été partagée  entre deux sentiments contradictoires: le rejet et l’agacement devant la légèreté des personnages quant à l’abandon de leurs enfants. Ceux de Mamah n’avaient alors que deux et sept ans si je me souviens bien. Pour moi, il n’y a rien à faire, excuser un tel comportement m’est difficile. D’un autre côté j’ai admiré la prise de position féministe qu’elle a adoptée par la suite et son courage  pour affronter tous les moments de détresse éprouvés au cours des nombreuses épreuves   vécues dans la solitude la plus complète. Le personnage de Frank Lloyd Wright ne sort d’ailleurs  pas grandi de cette histoire  me semble-t-il. Je l’ai ressenti comme trop  égoïste et léger  pour être attachant. Ceci dit, j’ai beaucoup aimé ce livre et je vais poursuivre avec quelques recherches sur  ces personnalités  remarquables mais fragiles aux destins si tragiques . 

C'est une lecture commune avec Enna  , Jules, Sylire et Sophie/Vicim  

Loving Frank par Nancy Horan
(Buchet-Chastel, Traduit de l'américain par Virginie Buhl 2007/2009, 540 p)


samedi 5 avril 2014

Quatre murs, roman, Kéthévane Davrichewy


 Ils se tiennent aux quatre coins de la pièce. Ce n’est pas intentionnel, ça s’est trouvé comme ça. Chacun fixant une ligne imaginaire, et pensant à quoi? Ils ne se regardent pas à ce moment précis, ils n’ont plus de lien. Somanges, la maison de leur enfance, se dématérialise sous leurs yeux. La pièce s’est vidée de leur chair, des blessures et des rires. Il reste le squelette de ce qui fut leur foyer. 
Ainsi s’ouvre ce beau récit sur une fratrie nouvelle  dont je viens de faire la connaissance. Une de plus! Il faut dire que c’est un sujet qui m’intéresse vivement, tout en me troublant toujours beaucoup. Les détails diffèrent à chaque fois, bien sûr, mais la réalité demeure la même: après une vie familiale fusionnelle et intense, arrive le moment de la séparation définitive,  insidieuse ou violente lors de la vente de la maison d’enfance. Le plus souvent comme ici, le père est mort, la mère ne peut plus rester dans la maison trop grande, les enfants se réunissent  une dernière fois pour le déménagement. Ils sont quatre qui s’agacent et se déchirent. Les aînés ont réussi,  les jumeaux  ont des difficultés. La mère veut  laisser à ces derniers une part d’héritage plus importante en raison de leur fragilité. L’étincelle est ainsi rallumée pour l’explosion des secrets, des rancunes, des regrets, des silences butés et des révélations. Saul, Hélène, Réna et Élias chacun racontera sa version. Ensuite, après deux ans de silence, la mère les réunit en Grèce dans la maison du fils aîné. Réussiront-ils à briser leur solitude ? Sauront-ils  reconstituer leur belle alliance d’autrefois? Pas si sûr et pourtant, il suffirait de si peu de choses…  se dit-on de l’extérieur! La fin reste ouverte.
 Belle sensibilité de l’auteur, style épuré, bien petit volume sans doute (180 pages) pour une telle saga mais récit choral modeste et pudique qui a réussi à m’attacher.
Trop nombreux pour que je les énumère, les billets lus jusqu’ici sont tous élogieux…

Quatre murs, roman, Kéthévane Davrichewy Davrichachvili
(Sabine Wiespieser éditeur, février 2014, 180 p.)

lundi 31 mars 2014

Plonger, Christophe Ono-Dit-Biot


"Ils l’ont retrouvée comme ça. Nue et morte. Sur la plage d’un pays arabe. Avec le sel qui faisait des cristaux sur sa peau. Une provocation. Une invocation. À écrire ce livre, pour toi, mon fils. » (1ères phrases)
Un homme enquête sur la femme qu’il a passionnément aimée. Elle est partie il y a plusieurs mois, pour une destination inconnue, le laissant seul avec leur petit garçon. Quand le roman s’ouvre, on l’appelle pour lui dire qu’on l’a retrouvée morte, sur une plage, près des vagues, vraisemblablement noyée, dans un pays lointain au paysage minéral qui pourrait être l’Arabie. Elle était artiste, elle s’appelait Paz. Elle était solaire, inquiète, incroyablement douée. Elle étouffait en Europe. Pour son fils, à qui il doit la vérité sur sa mère, il remonte le fil de leur amour - leur rencontre, les débuts puis l’ascension de Paz dans le monde de l’art, la naissance de l’enfant – et essaie d’élucider les raisons qui ont précipité sa fin.

Mon avis :
 Je viens de refermer ce  roman et je suis encore dans son monde. Lentement je reprends ma place  dans mon quotidien mais mon esprit est  ailleurs, avec César et Paz, leur fils Hugo et  l’autre fils adoptif, Nour, le requin, avec le mystérieux Marin qu’on finit enfin par connaître et Kim, la belle rousse, la dernière amie, là-bas,  au bout du monde,  entre ces murailles sous-marines où tout se dénoue.
J’en suis encore toute remuée, subjuguée, infiniment admirative. C’est un de ces grands romans dont je me souviendrai longtemps. Dès le début je l’ai aimé mais comme ça, surtout à cause du style qui m’a immédiatement accrochée. Quelle qu’elle soit, même immense, une histoire d’amour, finit toujours par se banaliser sauf que cette fois, ça va au-delà,  il s’agit d’autre chose qui m’a semblé nouveau, merveilleux et plein d’espoir. Ce n’est ni de  la science fiction, ni de la sorcellerie, c’est pourtant le sort de l’humanité qui est en question avec un peu plus de sagesse, d’humilité et de connaissances, de respect pour la nature et ses survivants.  Il y est question d’amour des animaux, de connaissances scientifiques, de respect pour les enseignements des anciennes croyances, d’art surtout, la photographie, la peinture, la poésie. Le roman se termine par l’évocation d’un poème de Philippe Larkin, «Water» qui n’est d’ailleurs pas cité. Tout est incitation à aller voir ailleurs, à se documenter. Rien n’est pesant. Pourtant j’ai eu constamment envie de noter un tas de passages mais prise par le feu de la narration, je me suis abstenue. Tant pis. Il faudra le relire! Un grand, grand bonheur de lecture. Je le mets dans mon panthéon, ce roman d’amour fou, cette initiation à une autre vie, cet apaisement possible après la tristesse et la perte, cette volonté  de continuer à vivre ou à  survivre.

Je prends une grande inspiration.
Je bascule.
Je plonge. (dernières phrases)
                                                                                           ***
Dernière nouvelles: l'actrice Mélanie Laurent (film : Respire) écrirait en ce moment l'adaptation cinématographique du roman d'Ono-dit-Biot, avec Julien Lambroschini.
                                                                     ***
Autres avis:
Leiloona: Un roman intelligemment construit où l’amour et l’art s’entremêlent, une histoire terriblement touchante qui ferre son lecteur dès les premiers chapitres. Un récit qui donne aussi terriblement envie de voyager encore et encore avec son ou sa Paz …
Noukette: " Plonger" est un roman étonnant qui fascine autant qu’il déstabilise.
Valérie: De la quinzaine de romans lus pour cette rentrée littéraire, celui-ci est mon préféré.
L'Irrégulière: Coup de cœur!  Dans une langue très belle, où affleure parfois la poésie mais émaillée aussi de traits d’humour parfois désabusés, l’auteur nous invite à plonger avec lui.

                                                                       ***
                                                             
Plonger, Christophe Ono-Dit-Biot, 

(Collection Blanche, Gallimard, Rentrée  2013, 444 p.)

Grand prix du roman de l'Académie française 2013,
Prix Renaudot des Lycéens

jeudi 22 août 2013

Deux étrangers, Émilie Frèche

«Mon père se comparait très souvent à François Mitterand. Il n’avait pas d’admiration particulière pour cet homme de gauche, mais une fascination absolue  pour le pouvoir et le président en était l’incarnation suprême.  Comme lui, il portait donc une écharpe rouge, collectionnait les maîtresses, avait un rond de serviette  Chez Lulu, lisait Le Prince de Machiavel et possédait un labrador prénommé Adriatique en tout point semblable à Baltique, la célèbre chienne du chef de l’État. Il n’y avait qu’avec cette bête  que mon père était vraiment gentil. Et d’humeur toujours égale.» (Premières lignes)

J’aime bien ce début qui nous présente le héros du roman, ce père  d’Élise,  la narratrice,  qui la hante encore après sept ans de silence total pendant lesquels ils sont devenus  étrangers l’un à l’autre. 
Elle est mariée à Simon qui, lui, n’aime que les chats. 
«Je crois qu’au fond, c’est aussi cela chez lui qui m’a séduite. S’il avait aimé un chien à la place de ce chat, les choses auraient été différentes; s’il avait aimé un chien, je suis certaine que nous n’aurions pas eu d’enfants ensemble.» mais ils ont eu deux fils, d’une dizaine d’années désormais,  lorsque sur un coup de fil soudain de son père qui lui demande de venir le rejoindre à Marrakech, elle laisse tomber sa famille, prend la vieille voiture de sa mère décédée et se lance dans un voyage chaotique  à travers la France, L’Espagne et le Maroc pendant lequel elle revit ses années passées avec ce père qu’elle déteste. 
C’était un tyran domestique, un père castrateur et violent, qui la rabaissait sans cesse et pourtant elle accourt vers lui à son premier appel. Elle écoute aussi les nouvelles du monde pendant ce voyage et elle revit l’histoire de sa famille, père ashkénaze et mère séfarade,  celle des grandes tragédies du XXe siècle par là-même. 
La grande question naturellement pendant toute la lecture est de savoir les raisons de ce ce genre d'ultimatum lancé par son père et s'ils réussiront à se rapprocher. 

J'aurais voulu pouvoir me dire  séduite par ce récit. Il a reçu un prix  malgré tout! Cependant à part quelques bons passages comme le début, je me suis trop souvent ennuyée pour la simple raison que je n'ai pas cru à cette histoire. Non qu'elle soit invraisemblable, loin de là,  mais les personnages manquent de chair. Tout est trop centré sur le ressenti de la jeune femme qui cherche avant tout  à combler le manque essentiel de son enfance: l'approbation, l'amour de ce père trop exigeant. Ses fils, si vite abandonnés, ne pèsent pas lourd dans cette histoire. 
C'est un livre ambitieux, qui parle aussi bien de généalogie, de transmission, d'hérédité, d'héritage, que d'amour, de trahison, de solitude. La vérité, c'est que je n'ai pas bien compris cette femme, ses choix, ses sentiments, ses priorités. Elle m'est demeurée une énigme.  Je ne l'ai pas assez aimée pour souffrir avec elle de ce qui lui arrive et dernière déception: la fin n'a pas été à la hauteur de ce que j'espérais, ce n'était qu'un flop, m'a -t-il semblé. un comble puisque je n'ai poursuivi ma lecture que par curiosité pour le dénouement! 

Deux étrangers, Émilie Frèche
(Actes Sud,  janvier  2013, roman, 274 p.)

Prix Orange du Livre 2013  (Les internautes et le jury du Prix Orange du Livre ont élu Emilie Frèche pour son roman. Le public pouvait voter du 15 mai au 4 juin et choisir parmi les six ouvrages sélectionnés par le jury, présidé par Erik Orsenna et composé d'Arthur Dreyfus, Colombe Schneck, Florian Zeller, Eric Reinhardt, Alain Schmidt, Anne-Sophie Thuard et de huit internautes, sélectionnés sur candidature.)

Emilie Frèche succède à 
  • Fabrice Humbert (L’Origine de la violence, Le Passage), 
  • Jacques Gélat (Le Traducteur amoureux, Corti),
  •  David Thomas (Un Silence de Clairière, Albin Michel) 
  •  Arthur Dreyfus (Belle Famille, Gallimard), respectivement distingués de 2009 à 2012.
 Elle a reçu une dotation de 15 000 euros.

mardi 30 avril 2013

De là, on voit la mer - Philippe Besson

Quatre mois seulement que ce livre est sorti et déjà j’ai l’impression que tout a  été dit le concernant, le meilleur et le pire -  plus de meilleur que de pire, cependant. Alors mon billet, c’est une goutte d’eau dans la mer - du rien - de l’inutile - du superflu.  Une corvée en somme!
Pas la meilleure façon de commencer!

Ce préalable,  pour m’encourager à ne pas laisser tomber. Je tiens ce blog  pour parler de mes lectures – toutes -  sans exception   mais  sans traumatisme non plus. Liberté et sincérité avant tout.
Dire que je n’ai pas aimé ce livre, c’est vrai mais difficile à admettre et à justifier. 
De Philippe Besson, j’ai lu avec plaisir trois ou quatre livres,  avec une préférence pour Son frère .
Cette fois  pourtant ce dernier livre m’a  lassée. Je l’ai parcouru jusqu’à la fin et heureusement! Gare aux dernières lignes!  Retournement de situation! A  ne  surtout pas rater.
Cependant, sauf au tout début,  de dégustation, de séduction, il n’en a pas été question.

L’histoire est celle d’une séparation pour un nouvel amour, plus jeune de vingt ans .
D’un côté, il y a Louise,  la quarantaine,  parisienne,  mariée et fidèle à François,  sans enfant par choix,  pour vivre au mieux son métier  de romancière à succès, qui s’exile pour écrire,  seule,  en Italie, dans une villa  sur la mer.
De l’autre, il y a Luca,  vingt ans,  officier  de l’Académie navale, le fils de  Graziella, sa gouvernante.
Ils vont s’aimer.
L’accident de François, le mari, va les séparer. C’était un suicide déguisé. Celui-ci a tout deviné. Louise reconnaît l’avoir trompé  et  choisit de le quitter.
Retour en Italie. Solitude.  Luca est parti. Plus de Luca?...

Histoire classique,  belle écriture, de beaux moments. Alors pourquoi mon indifférence?
Louise  aime sa liberté plus que tout et l’assume. C’est elle la forte, la solide. Les hommes qu’elle aime sont à ses pieds. Ils la suivent, s’adoucissent, se soumettent. Effet cougar?  Thème trop à la mode?  La liberté   avant tout et non plus seulement la recherche du bonheur?  Le plaisir avant les sentiments?  Tout  tout de suite. Tant pis pour les autres. A eux de se débrouiller avec leur  vie. Chacun pour soi.

Louise est dure, avec elle-même et avec les autres. Luca   est fougueux, François amoureux. La passion brûle autant que le soleil d'Italie. J'ai pensé à Sagan, à la maison de  Capri, dans le film de Godard: Le Mépris. La dédicace est à Fanny Ardant. La phrase en exergue est celle de Paul Guimard dans Les choses de la vie: "Tout s'est joué en deux secondes,  je voudrais savoir lesquelles." 

Du cinéma, donc!
Et puis un récit avec un tel début, j'aurais dû aimer.  
"Quand l'histoire commence, on est dans la violence de l'été, l'extravagante violence des étés italiens. Le soleil tape si fort qu'il rend insoutenable au regard le blanc des façades alentour. Il fait aussi la pierre brûlante: impossible d'aller pieds nus. La mer au loin est étale, striée de reflets, on dirait des diamants.  Et puis, il y a ce bleu, le bleu du ciel, partout, sans taches, électrique, tellement pur. Et pas un souffle d'air. "
Mais non, cette joie n'a pas eu lieu. L'explication? Peut-être tient-elle dans cette  affirmation de l'héroïne. (p.186)
 Elle dit: "Je n'aime pas qu'on ait besoin de moi. Je ne veux me sentir aucune responsabilité. Vis-à-vis de quiconque."
Je finis par croire qu'une certaine sympathie  envers les personnages m'est nécessaire pour m'intéresser à eux, sauf si l'auteur  creuse suffisamment derrière les apparences et les clichés pour me faire  croire en eux et m'y attacher. Ce n'est pas le cas ici. Je n'aime décidément pas Louise.   

De là,  on voit la mer - Philippe Besson
(Julliard, janvier 2013, 216 pages)

Les avis de Jack,   par exemple, tellement plus enthousiaste.
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