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vendredi 10 janvier 2014

L'atelier des miracles, Valérie Tong Cuong

Prof d’histoire-géo mariée à un politicien narcissique, Mariette est au bout du rouleau. Une provocation de trop et elle craque, envoyant valser un élève dans l’escalier. Mariette a franchi la ligne rouge.

Millie, jeune secrétaire intérimaire, vit dans une solitude monacale. Mais un soir, son immeuble brûle. Elle tourne le dos aux flammes se jette dans le vide.
 Déserteur de l’armée, Monsieur Mike a fait de la rue son foyer. Installé tranquillement sous un porche, il ne s’attendait pas à ce que, ce matin, le «farfadet» et sa bande le passent à tabac. 
Au moment où Mariette, Millie et Mike heurtent le mur de leur existence, un homme providentiel surgit et leur tend la main – Jean, qui accueille dans son Atelier les âmes cassées, et dont on dit qu’il fait des miracles. (éditeur)
L'atelier des miracles, Valérie Tong Cuong (JC Lattès, 06/2013, 264 pages)

J’ai une confession à faire: je n’aime plus écrire les billets qui suivent la lecture d’un roman, ce qui est pour le moins désagréable quand on tient un blog de lecture. En ce moment, ça me pèse et comme j’évite le plus possible  tout ce qui est trop lourd dans la vie quotidienne, je lis sans discontinuer et tant pis pour le blog  mais ce roman de Valérie Tong Cuong m’a réveillée.  Après avoir enchaîné cinq  récits à la suite sans envie de les commenter (bien que pas particulièrement déplaisants pourtant),  brusquement  l’envie de partager une belle lecture m’est revenue. 
J’ai rencontré une romancière  que je vais  suivre désormais tellement j’ai aimé  la manière dont elle a maîtrisé le récit de ces  vies éclatées,   dans cet atelier qui se voulait miraculeux et qui m’a fait penser à un moment que l’histoire virait au polar. J’ai aimé son optimisme malgré une réalité bien sombre mais l’espoir est toujours présent puisque  chacun des paumés qui semblent bien amochés au départ conserve son libre arbitre et  sa personnalité profonde. Aucune mièvrerie dans cette tentative de bienfaisance  apparente et d’aide aux démunis. Aucune amertume non plus. Juste la vérité, beaucoup de réalisme et de complexité en chacun des personnages qui ne sont ni tout noirs, ni tout roses,  seulement eux-mêmes, un  juste milieu entre le pire et le meilleur, comme dans la vie. Chaque expérience est déterminante  mais si dure soit-elle, rien n’est jamais totalement perdu.

J’ai surtout beaucoup aimé le style de Valérie Tong Cuong, ni trop lyrique,  ni trop cru, s’adaptant parfaitement aux différents  narrateurs que sont tour à tour les trois « abîmés de la vie » passant par l’atelier  se voulant reconstructeur comme on peut parfois se sentir redresseur de torts.  La fin m’a tout spécialement  ravie.  Les plus faibles ne sont pas toujours, loin de là,  ceux qu'on croyait! 
La plupart des gens étaient prêts à croire ce qu’on leur racontait du moment qu’on le présentait avec suffisamment de conviction. Chacun de nous  peut un jour être confronté à sa propre impuissance, glisser, chuter et même mourir par ignorance mais surtout par solitude.  Aide-toi et le ciel t’aidera, prône la morale de la fable. Mais la vérité, c’est que l’on se relève rarement seul.  La vérité c’est que, bien souvent le malheur exclut et que si certains ont la chance d’être aidés sans réserve, nombreux sont ceux qui, une fois à terre, sont incompris, rejetés ou tenus à distance, y compris par leurs proches. Ils pénètrent la spirale de l’isolement, du repli sur soi, de la désespérance.Cependant, je vous le confesse, j’ignorais qu’en allant ainsi au devant des autres, c’est moi que je rencontrerais. 
Clara l'a beaucoup aimé aussi et plein d'autres (voir chez Babelio)
 L'atelier des miracles, Valérie Tong Cuong (JC Lattès, 06/2013, 264 pages)

samedi 2 avril 2011

La vie à Sendai après le désastre. Témoignage et leçon de vie.


Voici une traduction rapide, reçue par une de mes amies,  d’un courriel envoyé par une survivante de Sendai, au Japon,  le jeudi 17 mars 2011 à 11h27.
La vie ces jours-ci à Sendai  est plutôt surréaliste... Mais j'ai la chance d'être entourée d'amis qui m'aident énormément. J'ai d'ailleurs pris refuge chez eux puisque ma bicoque délabrée est maintenant totalement digne de ce nom. 

Nous partageons tout: eau, aliments, ainsi qu'un chauffage d'appoint au fuel. 
La nuit, nous dormons tous dans une seule pièce,  nous dînons "aux chandelles", nous partageons nos histoires. C'est très beau, très chaleureux. Le jour, nous essayons de nettoyer la boue et les débris de nos maisons. 
Les gens font la queue pour s'approvisionner dès qu'un point d'eau est ouvert, ou ils restent dans leur voiture, a regarder les infos sur leur GPS.
Quand l'eau est rétablie chez un particulier, il met une pancarte devant chez lui pour que les autres puissent en profiter.
Ce qui est époustouflant, c'est qu'il n'y a ni bousculade, ni pillage ici, même si les gens laissent leur porte d'entrée grande ouverte, comme il est recommande de le faire lors d'un séisme.
Partout l'on entend: "Oh, c'est comme dans le bon vieux temps, quand tout le monde s'entraidait! "
Les tremblements de terre continuent: La nuit dernière, nous en avons eu tous les quarts d'heure. Le hurlement des sirènes était incessant, ainsi que le vrombissement des hélicoptères au dessus de nous.
Hier soir, l'eau a été rétablie pendant qq heures, et aujourd'hui pendant la moitie de la journée. Nous avons aussi eu droit a un peu de courant cet après-midi. Mais pas encore de gaz.  Les améliorations dépendent des quartiers. Certains ont de l'eau mais pas d'électricité, et d'autres le contraire.
Personne ne s'est lavé depuis des jours. Nous sommes crasseux mais c'est de peu d'importance. 
J'aime ce sentiment nouveau, cette disparition, desquamation du superflu, de tout ce qui n'est pas essentiel. Vivre pleinement  intuitivement, instinctivement, chaleureusement, et survivre, non pas en tant qu'individu mais en tant que communauté entière...
Des univers différents se côtoient étrangement: 
Ici, des demeures dévastées, mais là, une maison intacte avec ses futons et sa lessive au soleil!  
Ici, des gens font interminablement la queue pour de l'eau et des provisions, alors que d'autres promènent leur chien.
Puis aussi quelques touches de grande beauté: d'abord, la nuit silencieuse. Pas de bruit de voiture. Personne dans les rues. Mais un ciel étincelant d'étoiles.  D'habitude je n'en distingue qu'une ou deux...  Les montagnes autour de Sendai se détachent en ombre chinoise, magnifiques dans l'air frais de la nuit,
Les Japonais sont eux-mêmes magnifiques: chaque jour, je passe chez moi, comme en ce moment même ou je profite du rétablissement de l'électricité pour vous envoyer ce courriel, et chaque jour, je trouve de nouvelles provisions et de l'eau sur le seuil! Qui les a déposées? Je n'en ai pas la moindre idée!
Des hommes âgés en chapeau vert passent de maison en maison pour vérifier que chacun va bien. Tout le monde vous demande si vous avez besoin d'aide.
Nulle part je ne vois de signe de peur. De résignation, oui. Mais ni peur ni panique!
On nous annonce cependant des répliques sismiques, voire même d'autres séismes majeurs dans les prochains mois. En effet, le sol tremble, roule, gronde. 
J'ai la chance d'habiter un quartier de Sendai qui est en hauteur, un peu plus solide, et jusqu'à présent nous avons été relativement épargnés.
Hier soir, autre bienfait: le mari d'une amie m'apporte de la campagne des provisions et de l'eau.
Je viens de comprendre a travers cette expérience, qu'une étape cosmique est en train d'être franchie partout dans le monde. Et mon cœur s'ouvre de plus en plus.
Mon frère m'a demandé si je me sentais petite et insignifiante par rapport à ce qui vient d'arriver. Eh bien non! Au lieu de cela, je sens que je fais partie de quelque chose de bien plus grand que moi. Cette "renaissance" mondiale est dure, et pourtant magnifique!
 Photographie trouvée ICI