Rapidement résumé, ce livre raconte le naufrage d’un
couple et d’une famille
recomposée. La faute à la femme si
tout va mal car si elle se montre
enjôleuse et charmante en public, dans
le privé elle s’avère une très efficace manipulatrice n’ayant de cesse d’avilir son mari et d’éloigner les
enfants de celui-ci. Ça se termine très mal puisque l’homme finit par tuer
cette femme, aussi odieuse que séduisante.
On le sait dès le début qu’il y aura crime, ne serait-ce que
par le titre.
«Chevrotine», c’est du gros plomb de chasse et il suffira d’un seul coup de fusil pour
que Alcide Chapireau, se
débarrasse finalement de Laura, sa
seconde femme qui faisait le vide autour de lui et qui venait de jeter les
dernières affaires de ses enfants nés d’un premier mariage très heureux avec
une jeune modiste, aussi simple que
lui, mareyeur à La Rochelle. Ses deux fils, écœurés par la méchanceté de leur belle-mère, ne
venaient plus le voir depuis longtemps. Il lui restait Automne, la fille de son mariage avec Laura.
C’est à elle qu’il tente d’écrire, vingt ans après les
faits, alors que le corps de sa femme n’a jamais été retrouvé et que personne
ne l’a soupçonné, lui, mais il est à la veille d’une opération du cœur et il désire tout lui révéler sans
savoir par où commencer.
Il suffit d’une seule phrase finalement pour tenter une
explication :
Toutes les femmes attendent le grand amour. Ta mère cherchait son assassin.
et quoi de mieux encore qu’une phrase tirée du Horla de Maupassant pour exprimer
ce qu’il ressentait avec cette femme
aussi séduisante que maléfique?
Cette nuit, j’ai senti quelqu’un accroupi sur moi et qui, sa bouche sur la mienne, buvait ma vie entre mes lèvres.
C’est avec plaisir
et rejet à la fois que j’ai lu ce roman. Le style en est sobre, efficace et
agréable. Ce sont les personnages qui m’ont rebutée. Le père pour sa faiblesse,
la femme pour sa perversité. Les deux m’ont agacée. Je me sentais trop proches
des enfants, de leur révolte et de leur sentiment d’injustice et d’abandon pour
excuser ces adultes incontrôlables,
entraînés par leur passion destructrice.
Il faut que je lise un autre livre de cet auteur, sans doute L’homme qui m’aimait tout bas.
C'était la technique de Laura: insinuer. Elle n'en démordait pas et Chapireau la laissait s'énerver toute seule.
Avec Laura, les sorties de crise étaient toujours la crise. Elle avait ses moments oui et ses moments non. Ils étaient encore dans les moments non. Non aux caresses, aux baisers, à l'amour. Oui aux regards fugaces où filtrait chez elle, à travers la forêt de ses longs cils, un éclair insoupçonné de tendresse. Oui aux gestes s'ils se limitaient à une pression de sa main qui broyaient les doigts de Chapireau. Leur lit ressemblait toujours à l'hiver.
Chevrotine, Éric Fottorino
(Gallimard, mai 2014, 180 pages)

