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samedi 4 octobre 2014

Chevrotine, Éric Fottorino

Rapidement résumé, ce livre raconte le naufrage d’un couple  et d’une famille recomposée.   La faute à la femme si tout va mal car  si elle se montre enjôleuse et charmante  en public, dans le privé elle s’avère une très efficace manipulatrice n’ayant  de cesse d’avilir son mari et d’éloigner les enfants de celui-ci. Ça se termine très mal puisque l’homme finit par tuer cette femme, aussi odieuse que séduisante.
On le sait dès le début qu’il y aura crime, ne serait-ce que par le titre. 
«Chevrotine», c’est du gros plomb de chasse et il  suffira d’un seul coup de  fusil pour  que Alcide Chapireau,  se débarrasse  finalement de Laura, sa seconde femme qui faisait le vide autour de lui et qui venait de jeter les dernières affaires de ses enfants nés d’un premier mariage très heureux avec une jeune modiste,  aussi simple que lui, mareyeur à La Rochelle. Ses deux fils, écœurés par  la méchanceté de leur belle-mère, ne venaient plus le voir depuis longtemps. Il lui restait Automne, la  fille de son mariage avec  Laura.
C’est à elle qu’il tente d’écrire, vingt ans après les faits, alors que le corps de sa femme n’a jamais été retrouvé et que personne ne l’a soupçonné, lui, mais il est à la veille d’une opération  du cœur et il désire tout lui révéler sans savoir  par où commencer.

Il suffit d’une seule phrase finalement pour tenter une explication :
 Toutes les femmes attendent le grand amour. Ta mère cherchait son assassin. 
et quoi de mieux encore qu’une phrase  tirée du Horla de Maupassant pour exprimer ce qu’il ressentait avec cette femme  aussi séduisante que maléfique?
 Cette nuit, j’ai senti quelqu’un accroupi sur moi et qui, sa bouche sur la mienne, buvait ma vie entre mes lèvres. 
C’est avec  plaisir et rejet à la fois que j’ai lu ce roman. Le style en est sobre, efficace et agréable. Ce sont les personnages qui m’ont rebutée. Le père pour sa faiblesse, la femme pour sa perversité. Les deux m’ont agacée. Je me sentais trop proches des enfants, de leur révolte et de leur sentiment d’injustice et d’abandon pour excuser ces adultes  incontrôlables, entraînés par leur passion destructrice.
Il faut que je lise un autre livre de cet auteur, sans doute  L’homme qui m’aimait tout bas.
C'était la technique de Laura: insinuer. Elle n'en démordait pas et Chapireau la laissait s'énerver toute seule. 
 Avec Laura, les sorties de crise étaient toujours la crise. Elle avait ses moments oui et ses moments non. Ils étaient encore dans les moments non. Non aux caresses, aux baisers, à l'amour. Oui aux regards fugaces où filtrait chez elle, à travers la forêt de ses longs cils, un éclair insoupçonné de tendresse. Oui aux gestes s'ils se limitaient à une pression de sa main qui broyaient les doigts de Chapireau. Leur lit ressemblait toujours à l'hiver. 
Chevrotine, Éric Fottorino
(Gallimard, mai 2014, 180 pages)

lundi 10 février 2014

Fiançailles, Chloé Hooper


Venue d'Angleterre, Liese Campbell travaille dans une agence immobilière à Melbourne. Afin de rembourser ses dettes, elle a pris l'habitude de retrouver Alexander, un riche homme d'affaires, dans des appartements en location, pour s'adonner à des jeux érotiques rémunérés. Alexander ne sait rien du double jeu de Liese, qui commence quant à elle à éprouver un certain malaise par rapport au rôle qu'elle s'est façonné, qui l'oblige à mythifier son passé et à redoubler de prudence. Résolue à quitter l'Australie, elle accepte toutefois la proposition d'Alexander de passer un week-end dans sa grande propriété au milieu du bush. Mais rien ne se passera comme elle l'avait imaginé...
«Comme dans les meilleurs romans de Patricia Highsmith, on ne sait pas clairement si un crime a été commis. L'une des grandes qualités de ce roman tient justement au fait que sa relecture ne résout pas tout mais instille au contraire davantage de doute. Fiançailles nous rappelle l'immense pouvoir de la fiction.» The Gardian
«Un thriller psychologique complexe qui s'inscrit dans la lignée de Jane Eyre et Rebecca. [...] Puissamment érotique The Independant
(Quatrième de couverture)
Mon avis
Qui est qui? Qui ment? Difficile de le savoir en refermant le livre!
Liese, la narratrice, criblée de dettes, raconte au riche Alexander, ses aventures avec ses autres clients soi-disant rencontrés dans les belles maisons de Melbourne qu’elle fait visiter en tant qu’agent immobilier. Alexander, qui semble puritain et rigide, est  très attiré par ces récits et invite la jeune femme à passer un week end dans sa propriété victorienne du bush australien avant qu’elle ne retourne en Angleterre, son pays d’origine. Ceci, bien sûr, en lui promettant, comme toujours, une forte somme d’argent.
Jusqu’ici, la lectrice que je suis  suivait agréablement les jeux  érotiques que Liese semblait mener à sa guise mais tout a changé du tout au tout lorsque de la ville  l’action s’est transportée  dans l’immense domaine désertique de celui qui se montrait alors  plus fermier qu’homme d’affaire. A ce moment j’ai craint le pire,  le récit semblant virer au thriller avec Alexander pour psychopathe. Tout semblait le suggérer: la grande maison vide avec les portes toujours fermées à clé, les chiens menaçants, l’absence de voisins et de téléphone et surtout le comportement soudain très dominateur de l’homme qui se montrait possessif et jaloux du passé de Liese, tout en se déclarant amoureux, lui imposant une très belle bague   de fiançailles suivie de la cérémonie. Liese se sentait piégée et n’avait qu’une envie:  s’enfuir.
Mais  c’était sans compter sur les lettres d’inconnus dénonçant la cupidité de Liese et son passé de véritable prostituée quand elle-même prétendait le contraire, affirmant que tout avait été inventé par elle  pour attiser le désir de son partenaire.
J’ai toujours eu envie de la croire mais je n’en suis plus sûre désormais étant donné ce qui se passe à la fin! Qui a mené le jeu en définitive? Qui est sain d’esprit et sincère? Qui est fou dans cette histoire où deux vérités s’opposent?  J’ai ma petite idée maintenant …
En tout cas , ce livre m’aura finalement bien intéressée et c’est avec plaisir que je l’ai lu.

Les billets:  ceux de Cynthia, et de  Gwen sont mitigés,   Theoma,  elle, a aimé ainsi que Lillyinthevallée, et quelques autres.
Fiançailles, Chloé Hooper, (Bourgois, septembre 2013, 304 pages)
Titre original: The Engagement. Traduit de l'anglais (Australie) par Florence Cabaret

Chloé Hooper, est journaliste et habite à Melbourne. Elle a suivi des cours de creative writing à New-York. Ce roman est son troisième livre après "Grand homme" et "Un vrai crime pour livre d'enfant".