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mardi 8 avril 2014

Entre les deux, laquelle choisir? "Mauvais genre" de Chloé Cruchaudet ou "Les Ombres" de Zabus et Hippolyte, mes BD du mercredi

Pour la première fois, je présente deux BD à la fois,  n'ayant  pas su choisir et les ayant d'emblée associées pour leur  beauté et leur récit poignant. Je les ai retenues parmi une dizaine d'autres albums parus récemment mais de moindre qualité, m'a-t-il semblé. Ces deux-ci dont vraiment exceptionnelles.


L'histoire de  "Mauvais genre" est désormais bien connue tellement nombreux sont les blogs qui l'ont déjà présentée. Un couple s'aime mais l'homme est très vite envoyé combattre dans les tranchées en 14/18. Il y voit tant d'horreurs qu'il déserte et pour éviter le peloton d'exécution, il se déguise en femme avec l'aide de son Épouse mais il y prend goût et fréquente le Bois de Boulogne. Quand enfin une dizaine d'années plus tard, la loi contre les déserteurs s'assouplit, il peut retrouver son Identité masculine. Le couple  reprend ainsi une vie conforme mais rien ne va plus et la fin est  tragique. Un procès s'ensuit qui ouvre d'ailleurs le récit. 

"Les Ombres" aussi commencent par un  procès. Cette fois il s'agit d' un exilé , le n ° 214, qui doit quitter sa famille, très jeune, en raison  des violences et de la terreur qui règne dans son pays. Il erre longtemps ici et là, sans cesse menacé, pourchassé, terrorisé. Les ombres, bien ou malveillantes, qui l'entourent, l'encouragent ou l'épouvantent sont celles de tous ceux qui l'ont aimé ou martyrisé. Il finit par demander l'asile et revenir sur son  terrifiant passé pour obtenir les précieux  papiers nécessaires pour normaliser sa vie. Maïs rien n'est moins sûr et l'image  finale du tas d'ordures où s'empilent tous les dossiers de ce genre, n'augure rien de bon quant à l'issue du procès. 
"Nous n'étions que quatre exilés venus de leur plein gré. Quatre numéros venus s'ajouter à la longue liste des morts inutiles.  Qu'est notre mort à l'échelle du cosmos? Rien. Un misérable petit tas d'os. Ne t'en fais pas pour nous  maintenant, vis! Dès que  possible ".
Deux coups de cœur tellement les dessins m'ont plu. J'ai préféré ceux des "Ombres"  mais  "Mauvais genre" est plus facile à suivre.  "Les ombres" ont leur part de mystère qui ralentit quelque peu la lecture.    


Top BD Yaneck : Les Ombres 19/20 -  Mauvais genre: 19/20
  

Les ombres,  Zabus et Hippolyte,  (Phébus, 2013, one-shot, 184 P.)

 Mauvais / genre   Chloé Cruchaudet,  (Delcourt / Mirages, novembre 2013, 160 p.)
D'apres  La garçonne et l'assassin  de  Fabrice Virgili et Danièle Volman

Logo BD noirLogo BD rouge

Participent Peut-Être CE  mercredi 04/09/14:

Anne, Acro, Alex, Angéla Morelli, Asphodèle,

 Blogaelle, Brize,   

Carolinedécouvrelemonde,

Choco, littéraires Chroniques, Cléanthe,    

 
Cristie, Crokbulle,   Cune,     Cynthia,  

 Delphine,    Didi, 


Elodie,     Estellecalim, Evalire, Hilde ,     Hélène,      Hervé,  

  Iluze,    Irrégulière,     Itzamma, 


 JViel,   Jérôme,   Julie,   

Khadielit, Kikine,    La-ronde-des-post-it,  Laurie,

Lirepourleplaisir, 

Lorouge, Loo, Lou, Lounima, Lystig,   

Manu, Margotte, Marguerite,     Marie,   Mariejuliet, 

Marjorie, Marion, MarionPluss, Marilyne,
  
Mathilde, Mélo,   Mlle Alfie,

Mlle Bouquinaix, Moka,     Mo,    ​​M. Zombi,     Natiora,    Neph,  

Noukette,     Oliv ', Pascale,   Paulinelit,

 Sandrine,  Sandrine (Mes Promenades),   Sandrounette,    Sara,

Sophie (des Bavardages), Sophie Hérisson,   Soukee,   Stephie,    Syl,   Theoma,


Un amour de BD,

Valérie, Vero,   Yaneck,   Yoshi73,   Yvan, 



BD du mercredi 04/09/14

Les Derniers jours d'ONU immortel, Bonneval, Vehlmann, par Noukette

Charly 9, Richard Guérineau d'Après Jean Teulé, par Maël

Les aventures d'Ultra-Chômeur, Erich Origen, Gan Gola, par Yaneck

Fenêtres de la rue, Pascal Rabaté, par Yvan

Idem par Lystig

Un petit goût de noisette, Vanyda, par Stephie

Ethel & Ernest, Raymond Briggs, par Cune


Le train des Orphelins, T1, Jim, Charlot, Fourquemin, par Jérôme

Un petit Détour et Autres racontars, Jorn Riel, Gwen de Bonneval, Hervé Tanquerelle, par Hélène

In God we trust de Winshluss, par Sara

Pablo, T4, Julie Birmant, Clément Oubrerie, par Natiora

Les vieux fourneaux, (T1), Ceux qui restent, Wilfrid Lupano, Paul Cauuet, par Un amour de BD

Victor Hugo aux frontières de l'exil, Gil, Paturaud, par Sandrine (Mes Promenades)

Comanche T7, Le doigt du diable, Greg, Hermann, par Hervé

Bye, Bye, les complexes,Sabine Duhamel, Pacotine, par Élodie

Un thé pour Yumiko, Fumio Obata, par Choco

La propriété, Rutu Modan, par Cynthia

Le dernier voyage,Alexandre de Humboldt, Partie 2, Froissard, Le Roux,par Cristie

"Le Belge", Edgar Kosma, Pierre Lecrenier, par Anne  (Mois belge)

Alea Gesta Est, grossesse paternelle, Lapuss, par Mr Zombi

Mauvais genre Chloé Cruchaudet, par Val


samedi 11 janvier 2014

Inverno, Hélène Frappat

Dans le lit d’une chambre d’un immeuble d’on ne sait  où, deux agents appelés par le concierge découvrent deux corps allongés dans un lit: 
 Lorsque le cadavre de la femme sera transporté  sur une civière hors de la chambre,  l’homme, toujours prostré au bord du lit, n’aura pas un regard pour celle dont il a rendu le visage méconnaissable.

Ainsi commence ce court récit  de 140 pages (mais le format est si étroit  que j’ai eu l’impression de n’en lire que la moitié). 
Il me semblait  après ces lignes qu’il allait s’agir d’un roman policier ou presque. Pas du tout!  Comment dire? Ce sont des histoires de vie que chacun se ressasse, en voyage, entre deux destinations, deux parties de sa vie, un moment de rupture, de passage, de transition, un retour sur soi et sur  l’amie qu’on va revoir, des bribes de passé qui reviennent, mélancoliques. 

Il y est question de L et de son petit garçon, de retour de Rome où ils ont abandonné le "mari et père", trop inconstant. Désormais ils se sont  installés en banlieue parisienne, à Saint-Ouen et puis il y a Emmanuelle, l’amie d’enfance et de jeunesse, devenue sage-femme libérale, qui les a invités dans la maison de son enfance, en Bretagne,dans la presqu'île de Crozon. Elles ne se sont pas revues depuis vingt ans alors dans le train les souvenirs reviennent, forcément, de façon désordonnée, par à coups,  comme dans la vie. 
Enfin, Bérangère! C’est le personnage le plus haut en couleur, le plus attachant aussi, la mère d’Emmanuelle, élevée de façon rigide dans une famille de la grande bourgeoise, puis dans la Maison d’éducation de la Légion d’Honneur, mariée très jeune à Jean, le père d’Emmanuelle, à la suite d’une escapade de pensionnaire inconsciente.  Celui-ci la poursuivra sans cesse d’une jalousie maladive mais c’est une rebelle et elle se vengera à sa façon dans les voyages en  train entre Paris et la Bretagne avant de divorcer finalement et d’élever seule sa fille. Le père se remariera et Emmanuelle ira régulièrement le voir en prison. Ah, oui, le début! 
Ceci ressemble à un résumé mais ce n’en est pas un.  C’est juste un essai de reconstitution comme quand on regarde un dessin cubiste. Il faut bien essayer de comprendre – au moins un peu! Enfin moi, j’en ai eu besoin. Cette fois ça n’a pas été simple car loin d’être linéaire, il s’agit d’un récit éclaté. On va on vient, on avance, on recule. On voyage en somme, du passé au présent puis  de nouveau,  retour en arrière. On s’arrête sur un épisode puis on repart,  ailleurs,  avec un nouveau personnage, un autre lieu, un moment plus proche ou plus lointain, au gré des souvenirs. C’est comme une errance, poétique, mélancolique, nostalgique, une vie, deux vies, trois destins emmêlés que l’on ranime un peu avant de les aborder à nouveau et de les faire revivre.
Il n’y a rien à savoir sur vous-même. Il n’y a rien à savoir. Vous ne savez pas, vous êtes. Vous vous appropriez votre passé; vous vous appropriez ce que vous êtes … Vous vous installez dans l’impossible.
C’est un récit exigeant qui demande beaucoup d’attention. Le style m’a plu, l’effort à fournir un peu moins. 
Pourtant qui a goûté au poison ambigu et douceâtre de la nostalgie sait qu’elle ne nous lâche pas, déplaçant seulement la vague malaise, la jubilation secrète qui l’accompagnent, vers un autre objet, une autre vie, une autre ville. Quelques semaines après son retour définitif à Paris, un soir où la nuit était tombée trop vite, L. se surprit à regretter les crépuscules romains qui s’annoncent par des dégradés roses et jaunes  et l’envol d’étourneaux inquiétant, théâtral. 
Inverno, Hélène Frappat, («Un endroit où aller», Actes Sud, 2011,140 pages)