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vendredi 25 octobre 2013

Le soleil à mes pieds, Delphine Bertholon

Voici un roman de la rentrée qui divise les blogs:  plusieurs l’encensent, d’autres se sont ennuyés ou se sont sentis agacés en le lisant.  Je fais partie de ce dernier groupe.
C’est le premier livre de D. Bertholon que je lis, je n’avais donc aucun a priori avant de commencer  et n’ayant pas encore pris connaissance des avis de mes blogueuses préférées, j’étais vierge de toute influence.  Il se présentait à la bibliothèque. Je connaissais le nom de l’auteur d’où mon choix.

Ce que j’ai aimé tout d’abord, c’est l’histoire elle-même:  cette opposition constante et sourde des deux sœurs de 24 et 22 ans qui ne peuvent se passer l’une de l’autre en raison de l’événement marquant qui leur est arrivé à 4 et 6 ans et qui les maintient dans un rapport névrotique où la Grande impose sa volonté malsaine et cruelle à la Petite comme pour la protéger et la sortir de son  anorexie, de son enfermement dans sa chambre de bonne qui ne donne que sur un mur aveugle, de sa solitude et de son obsession de la propreté. C’est la Petite qui raconte, elle  dont on ne connaît le  nom qu’à la fin du récit quand un nouvel événement   dramatique surviendra enfin comme une libération, comme le soleil à ses pieds que sont les souliers dorés  de la mère,  ceux  aussi achetés comme on s’offre une victoire, ceux de la couverture du livre…

Alors pourquoi ce manque d’enthousiasme?  Pour deux raisons essentiellement: Les personnages sont tellement opposés  du tout au tout et maintenus d’un bout à l’autre dans cet amour haine qui les enferme que je les ai sentis à la longue comme des sortes de marionnettes, des caricatures. L’écriture elle-même, au bout d’un moment, m’a fortement agacée par l’accumulation de  phrases courtes, de clichés enfantins, justifiés peut-être mais énervants à force de répétitions,  une écriture que j'ai ressentie comme artificielle pour une telle histoire et  à laquelle je n’ai pu adhérer complètement.   

 Les avis de   Sophie Hérisson,   Canelkiwi,  Stephie,    Noukette,  Clara,   Krol ,  Yv,    A bride abattue, 
 L'Insatiable,  Lire et relire, Mon petit chapitre,  et +

Le soleil à mes pieds, Delphine Bertholon, 
Roman, JCLattès,  août 2013, 184 pages

Rentrée 2013 Challenge 1%  Rentrée littéraire 2013

lundi 23 septembre 2013

L'étrange disparition d'Esme Lennox, Maggie O'Farrell

Une fois n’est pas coutume mais je tiens à remercier ma bibliothécaire qui a ressorti ce roman  de 2008  et l’a déposé près de la table des "Nouveautés".
En ce moment je ne désire lire que les livres de la Rentrée pour le fameux challenge de Hérisson, comme les autres années,  mais  il y avait si longtemps que je désirais lire le chef d’œuvre de cette  romancière que je n’ai pas hésité à le choisir et à me jeter dessus à peine arrivée chez moi. Je l’ai lu sans m’arrêter. Impossible de le lâcher!  J’y ai passé une partie de la nuit  sans regret! C’est un roman magnifique, vraiment très réussi. L’histoire est dramatique  mais sans pathos, la construction est désormais classique: trois personnages principaux, trois femmes de générations différentes, trois voix et trois points de vue  mais une seule vérité qui n’éclate qu’à la fin ou plutôt qui se devine car même dans la révélation, tout se fait  encore en silence.

Kitty, une jeune femme moderne doit un jour prendre en charge Esme Lennox, une totale inconnue, parce que l’hôpital psychiatrique, où celle-ci a vécu soixante ans depuis ses seize ans, doit fermer définitivement. Intriguée, elle découvre peu à peu qu’il s’agit de la sœur de sa grand-mère dont personne dans sa famille ne lui a jamais parlé et que surtout elle n’est pas folle. Là commence l’histoire avec de nombreux retours dans le passé. La troisième personne dont on entend également les souvenirs, c’est Iris,  la sœur aînée et la grand-mère, désormais atteinte d’Alzheimer. 

Bien sûr, cette histoire de jeune fille des années trente,  retirée du monde par sa famille pour s'être montrée trop libre  d'esprit et sans doute trop douée donc différente et pour cette raison enfermée à vie dans un asile terrifiant de solitude, cette situation m'a fait penser au sort de Camille Claudel et de tant d'autres mises au couvent pour simples convenances familiales. Les secrets sont lourds dans cette famille aisée, entre l'Inde et l'Écosse, les conventions sociales à respecter à tous prix, les trahisons amoureuses et les jalousies.

La fin est énigmatique, ce que je déteste généralement.  Cette fois cependant, je me suis fait une idée très claire du drame  au centre de cette terrible décision mais je ne peux pas en parler ici évidemment. J'aimerais pourtant savoir  si j'ai raison et si d'autres partagent mon avis. Tous les blogueurs,  dans les billets que j'ai pu lire,  ont eu à cœur de ne pas donner leur opinion à ce sujet et c'est une sage décision  qui sera la mienne aussi. 
En ont parlé: 

 Restling,  Liliba, Dasola,   Dominique,  Aifelle,  Cathulu,  et bien plus encore...
L'étrange disparition d'Esme Lennox, Maggie O'Farrell
(Belfond, 2008, 234 p.) Traduit de l'anglais(Irlande) par Michèle Valencia

lundi 12 novembre 2012

Confusion de Cat Clarke, La vie est un beau mensonge


Jour 3
"J'ai rencontré Ethan la nuit où j'avais prévu de me suicider. Pas super pratique quand on y pense."

Dès ce début, nous savons que la narratrice, Grâce, 17 ans, est enfermée dans une pièce toute blanche et que sa seule occupation est d'écrire sur l'unique table où des ramettes  de papier  et des stylos sont mis à sa disposition. Ethan, un beau jeune homme qui la retient prisonnière, lui rend régulièrement visite et semble intéressé par ce qu'elle écrit sur son passé. 
Elle se souvient de son amour pour  Nat, tourmenté, étrange et difficile. Elle déplore la dégradation de ses liens avec Sal, sa meilleure amie. Elle évoque la disparition de son père, l'indifférence de sa mère souvent absente, sa solitude au lycée où pourtant elle se révèle une excellente élève, ses nuits de beuverie en compagnie d'autres jeunes plus ou moins connus. 

Jusque là,  rien à redire, sauf que je ne trouvais pas ce début très original parce que des histoires d'enfermement racontées par les prisonnières elles-mêmes,  avec ou sans enfant,  j'en ai lu pas mal ces derniers temps, dont deux excellents: Room de Emma Donoghue et Séquestrée de Chevy Stevens mais quand  Grâce, la jeune enfermée,   découvrit sur ses bras de très nombreuses blessures,  plus ou moins bien cicatrisées, j'ai commencé à soupçonner le véritable endroit où elle se trouvait et qui pouvait être, en réalité, le très sage et très compréhensif Ethan qui ne cessait de réclamer les récits de ses rêves nocturnes. Dès lors le charme de ma lecture s'est envolé! 

Confusion! Le titre est à lui seul le résumé du roman.  
Confusion dans les souvenirs et l'esprit de l'héroïne.
Confusion dans le comportement de ses amis.
Confusion sur la véritable identité de chacun. 
Mais confusion aussi dans ma tête de lectrice  perdue  au milieu du roman, faute de pouvoir continuer à jouer le jeu. Une fois la fin devinée - trop tôt- je ne sentais plus aucun intérêt à poursuivre ma lecture terminée en diagonale avec d'autant moins de scrupules que je ne me suis  pas attachée à cette tigresse de Grâce qui ne craint aucun excès et tombe dans tous les pièges: une véritable boule de nerfs qui agit avant de réfléchir et se mutile ensuite! Non merci! Je passe! 

Confusion de Cat Clarke, Oct 2012, 420 pages, Collection R de Robert Laffont que je remercie.
Titre original:  Entangled, Traduit de l'anglais (Angleterre) par Alexandra Maillard