Affichage des articles dont le libellé est Batellerie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Batellerie. Afficher tous les articles

samedi 26 avril 2014

La remorque, Bruno Poissonnier

 Mon seul voyage sur un cours d’eau,  je l’ai fait sur le canal de Nantes à Brest , très impressionnée par le passage des  écluses qui le jalonnent mais ennuyée  malgré moi par le rythme trop lent  et le défilement  trop monotone des rives  pourtant joliment boisées.
Ceci pour dire que je n’étais pas préparée à la joie procurée par ce récit de Bruno Poissonnier, pris à la va-vite à la bibliothèque par manque de temps avant la minute de fermeture.  Un heureux coup du hasard.
L’histoire tient en peu de choses.  Une famille de mariniers  du Nord descend avec leur péniche chercher une cargaison de sel dans le sud.  Des désaccords apparaissent entre le père et le fils  aux idées plus modernes. Le passage de pouvoir aura-t-il lieu au terme de  l’épreuve subie en remontant le Rhône alors qu’un gros orage les oblige à se faire remorquer par un  bateau plus gros?
  Peu importe, ce que j’ai beaucoup aimé c’est surtout le reste:  l’ambiance de huis-clos dans laquelle vit  cette famille de quatre personnes, particulièrement les jours de tempête, l’amour qui les soude, la confiance, le calme,  la générosité de la mère,  la complicité, non sans rivalité  des deux hommes forts de la famille, enfin la tendresse protectrice de tous vers le plus faible d’entre eux, le fils défaillant et fragile de naissance,  lui-même cependant totalement impliqué dans la vie de la péniche.
L’auteur ayant  été batelier sait parfaitement bien évoquer  cette vie marinière très spéciale, dans un style réaliste et poétique à la fois. J’ai trouvé un charme fou  à ce récit  simple,  modeste, magnifique. 
Laurent agrippa son ciré et plongea sous l’averse. A grands coups de hachette, il attaqua sauvagement la branche qui retenait l’arbre entier à leur bord. Il revivait une scène de Vingt mille lieues sous les mers, celle où Ned se bat contre le calmar géant. Et quand, la branche coupée,  l’arbre plongea en gémissant dans le fleuve boueux, disparaissant et réapparaissant plusieurs fois dans le courant, il ne savait plus au juste s’il venait de sauver la Bièvre ou le Nautilus.
Billet de Yv 

 La Remorque, Bruno Poissonnier, (Métailié, 2010, 92 p.)