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mercredi 2 mai 2012

Will Eisner, Le Building, ma BD du mercredi

Une matinée à New York, quatre fantômes apparaissent là où un  vieil immeuble de 80 ans vient d’être remplacé par un autre, flambant neuf.
L’album est le récit de la vie de ces quatre esprits ayant vécu dans l’immeuble disparu.

Monroe Mensh, célibataire mène une existence de routine. Il ne se mêle jamais des affaires des autres, jusqu’au jour où un enfant est tué d’une balle perdue devant lui, à la sortie de l’immeuble. Dès lors Mensh n’a plus qu’une idée fixe, celle de sauver les enfants. Il démissionne, mendie pour une association de bienfaisance jusqu’à offrir son sang pour l’un d’eux mais en vain. Il échoue toujours dans sa tâche
«Le petit cortège qui transportait les restes de Mensh passa lentement devant le nouvel immeuble. C’est à peine si on le remarqua au milieu de la circulation dense du carrefour.» 
Gilda Green, la beauté du campus, aime Benny le poète mais préfére épouser le dentiste de l’endroit, plus riche. Les années passent et Gilda et Benny se retrouvent tous les mercredis  pour déjeuner devant l’immeuble jusqu’au jour où elle n'apparaîtt plus devant la nouvelle construction. Benny se précipite chez le mari qui lui apprend la nouvelle…(impossible d'en dire plus!)

Antonio Tonatti: le petit violoniste choyé par ses parents  ne joue plus que devant la porte de l’immeuble après un accident du travail. Il rend heureux les habitants jusqu’à la construction du nouvel édifice.

P.J. Hammond, le propriétaire, a fait de son immeuble  son obsession  et par là-même son malheur.
«et maintenant le nouvel immeuble commence sa vie…accumulant son propre savoir…jusqu’au jour où il sera détruit à son tour et remplacé par un autre.» 
La fin tient du  fantastique.
C'est une délicieuse succession d’histoires de vies quotidiennes et banales d’un temps passé mais qui se poursuivent sans cesse au même endroit , devant le nouvel immeuble. La foule défile  toujours indifférente et pourtant il s’en passe des choses  au carrefour du building!
J’ai beaucoup aimé ce roman graphique en quatre vies. 

En vivant des années dans une grande ville, l’homme développe petit à petit un sens du miracle: il s’y passe  tellement de choses inexpliquées, qui semblent magiques.
A l’époque où je grandissais dans la turbulence de la vie citadine, il me suffisait d’une vigilance de surface pour m’accommoder du fatras de changements qui déferlait. Il n’y avait guère de temps pour réfléchir au rapide remplacement des gens et des immeubles. J’ai fini par trouver ça tout naturel. 
Plus tard, vieillissant et accumulant des souvenirs, j’ai fini par ressentir plus vivement les disparitions des personnes et des points de repère. Ce qui me troublait le plus, c’est l’insensible déplacement des immeubles. Comme si, en quelque sorte,  ils avaient une âme.Je sais maintenant que ces structures, mêlées de rire et tachées de larmes, sont bien plus que des édifices sans vie. Il n’est pas possible qu’ayant partagé des vies, elles n’aient de quelque façon absorbé les radiations de l’interaction humaine.
Et je me demande ce qu’il reste, quand un immeuble a été rasé.»
Will Eisner, Floride, 1987. 


Autres avis: Violette, Jérôme,
Will Eisner, Le Building (Éditeur : Rackham, 1999, 80 pages)
Traduction : Sidonie Van den Dries)


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Je participe aussi au Top BD de Yaneck (18,5/20) ainsi qu'au Roaarrr Challenge de Mo'

mercredi 25 avril 2012

Une affaire de famille de Will Eisner, ma BD du mercredi

La couverture est le résumé même de l’histoire.
Au premier plan, le père, l’aïeul, le vieux, l’encombrant. Il est seul, dans l’ombre, sur son fauteuil roulant, longs cheveux et moustaches blanches, l’œil vif, il écoute ce qui se passe dans la pièce voisine illuminée où sa famille est réunie en cercle pour une discussion très animée.

Lui c’est le chef de famille à l’ancienne, fils d’émigrants, sans instruction,  qui s’est enrichi en vendant de la ferraille. Il  fête ses 90 ans et Greta, une de ses filles chez qui il vit depuis la mort récente de sa femme,  a réuni ses quatre frères et sœurs pour prendre une décision le concernant. Il est paralysé mais a gardé toute sa tête. Elle est heureuse de l’avoir auprès d’elle mais demande leur aide financière ou alors il faudra le mettre dans une maison de retraite.
C’est une affaire de famille, très cruelle.
 J’ai admiré la construction de la mise en scène, si classiquement efficace.Un portrait de famille tout d’abord! Trois filles, deux garçons  et  le petit fils dont personne ne s’occupe jamais et qui sort d'une grave dépression. Chacun d’eux est présenté  à tour de rôle au moment où il reçoit l’invitation de Greta, la gentille sœur qui fait tout pour remplacer la mère.
Chaque présentation commence par une pleine page de la maison où il vit. On a ainsi d’emblée une idée bien précise de qui est la personne malgré les apparences facilement trompeuses  de leur habillement ou de leurs affirmations. En trois pages ensuite on les voit annoncer à leur entourage leur décision d’aller voir leur père. C’est ainsi qu’on devine très vite les points faibles de chacun.


Ils ne s’aiment pas, se jalousent, se reprochent leurs défauts mutuels et n’aspirent qu'à s’enrichir au décès de leur père. Celui-ci  écoute et se remémore les points clés de ses relations avec chacun d’entre eux. On comprend dès lors facilement le dénouement de cette réunion de famille.
C’est fort, violent, cruel dans les rapports familiaux et superbe dans la réalisation.  

Cette lecture a été un enchantement. Sont réunis dans cet album tous les éléments que j’aime  retrouver dans une BD: une histoire simple où chacun peut se reconnaître, un pan de vie en somme,  des personnages bien campés et immédiatement reconnaissables dès leur apparition, des situations  et des descriptions précises et réalistes (même quand il s’agit de fantastique ou de SF,  ce qui n’est pas le cas ici) , une chute claire et décisive, enfin un déroulement classique de l’histoire, sans trop de retours en arrière et surtout des dessins simples mais où l’on reconnaît à première vue la patte du dessinateur, des dessins suffisamment explicites pour ne nécessiter que les dialogues, sans autres vignettes explicatives. On a tout ça  ici. 
Une affaire de famille de Will Eisner
(Éditions USA, 1998, Traduction Janine Bharucha, 68 pages)

Les participants:
Plusieurs blogs en pause pour cause de vacances . Wens par exemple annonce aujourd'hui sa mise en "pilotage automatique". Noukette, de l'île lointaine où il doit faire bon au soleil nous envoie un petit mot d'encouragement et assure qu'elle lira notre prose! Merci Noukette! 
«Pas de BD du mercredi aujourd'hui chez Mango, une fois n'est pas coutume...! Mais j'ai des excuses hein, peut-être un p'tit billet photos très vite pour que vous compreniez mieux ! ;-) Ce qui ne m'empêchera pas d'aller vous lire mes p'tits loulous du mercredi! ;-)»
Alex, Amandine,  Arsenul,   Benjamin, choco,  Chrys,  Delphine, Didi, Dolly,  Emmyne, 
Estellecalim, Hilde, Hélène,   Hérisson08,  l' Irrégulière,  Jacques Viel,  Jérôme, Kikine,  
La-ronde-des-post-it,  Lirepourleplaisir,  Lou, Lounima,  Lystig,  Mango,   Manu,
Margotte, Marguerite,  Marie,  Marion,  Mathilde, Mélo,      Miss Alfie,   Moka,  Mo',  Natiora, Noukette,  OliV', Pascale,   Sandrounette,  Sara,  Sofynet,  Soukee,  Theoma, Valérie, Sophie/vicim,   Syl,  Vero, Wens,  Yaneck,  Yoshi73,  Yvan,   Mr Zombi,  32 octobre,
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