samedi 7 décembre 2013

La disparition de Jim Sullivan, Tanguy Viel

"Du jour où j'ai décidé d'écrire un roman américain, il fut très vite clair que beaucoup de choses se passeraient à Detroit, Michigan, au volant d'une vieille Dodge, sur les rives des grands lacs. Il fut clair aussi que le personnage principal s'appellerait Dwayne Koster, qu'il enseignerait à l'université, qu'il aurait cinquante ans, qu'il serait divorcé et que Susan, son ex-femme, aurait pour amant un type qu'il détestait"
(L'éditeur)

Au premier abord,  ça ressemble à un roman français qui voudrait ressembler à un roman américain, de ceux qui ont le plus de succès, avec tous les bons clichés à la clé: une université où un enseignant en littérature, la cinquantaine ambitieuse,  coucherait  avec une de ses étudiantes, serveuse dans un bar par nécessité. Divorcé, il détesterait cependant l’amant de son ex, allant même jusqu’à continuer à le poursuivre de sa haine et de tout  le cortège des addictions  d’un bon thriller: alcool, sexe, jeux et nuits blanches jusqu’à la course vers la grande nature sauvage et la fuite dans le désert  après Détroit , la ville de  la perdition et de tous les égarements, sans oublier la Dodge  blanche et la musique de Jim Sullivan, le musicien disparu en 1975 dans le désert  du Nouveau Mexique
«Il a embrasé sa femme et son fils en leur disant que bientôt ils pourraient les rejoindre là-bas, à Nashville, Tennessee, où il espérait qu’on écouterait enfin sa musique.

Et puis ensuite personne ne sait trop ce qui s’est passé. Le plus vraisemblable, c’est qu’il a remis le contact et roulé jusqu’au désert, puisque c’est à vingt cinq miles qu’on a retrouvé sa voiture. Ensuite on ne sait pas. … Et puis voilà, c’est l’Amérique, on ne sait pas ce qui s’est passé, on n’a jamais retrouvé son corps.»
Bon, ça, ce sont les ingrédients, mais la cuisine est bien française pourtant, car ce qui compte ici, c’est la manière de concocter le tout, l’ironie, l’humour, les commentaires sur la fabrication de ce qui pourrait devenir un roman à succès à l’américaine, c’est-à-dire international sinon universel. C’est là que réside l’originalité de ce récit: un roman sur  le roman ou comment réussir à être lu partout.
«Même dans le Montana, même avec des auteurs du Montana qui s’occupent de chasse et de pêche et de provisions de bois pour l’hiver, ils arrivent à faire des romans qu’on achète aussi bien à Paris qu’à New York. Cela c’est une chose qui m’échappe.»

Le narrateur a-t-il atteint son but et  réussi son coup?  Pas sûr. «Après tout, même si j’ai regardé vers l’Amérique tout le temps de mon travail, je suis quand même resté un écrivain français. Or, ce n’est pas dans nos habitudes à nous Français de mélanger les vraies personnes avec les personnages de fiction.»
Ceci dit, ce qui est peut-être un échec pour le héros ne l’est sûrement pas pour l’auteur lui-même qui a su retenir mon attention en  me faisant sourire tout en m’agaçant parfois mais en m’intéressant toujours.
De l’art de plaire à la française, en irritant toujours un peu. 

La disparition de Jim Sullivan, de Tanguy Viel, 
roman, mars 2013, 160 p. 
(Les éditions de Minuit)

17 commentaires:

  1. Je me demande si ça me plairait mais la curiosité me poussera peut-être à le lire !

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    1. Je me demande aussi si ça te plairait. On y fait référence aux romans américains d'un bout à l'autre!

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  2. Ce roman attise ma curiosité depuis sa sortie... on verra si je finis par franchir le pas !

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  3. Je l'ai dévoré, tu penses bien!!!

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    1. Oui, j'imagine! Chaque fois que je lis un roman sur les auteurs américains actuels, je pense à toi!

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  4. Ce coté un peu agaçant ne me plairait pas je crois.

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    1. Peut-être qui si, au contraire, mais je ne sais pas au fond;

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  5. Il est dans ma PAL. On m'en a dit beaucoup de bien et je suis très curieuse de le découvrir !

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    1. Je ne sais pas pourquoi mais je n'étais pas en état de bienveillance en commençant ce livre mais finalement il m'a bien plu!

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  6. Excellent roman franco-américano- français ; tout l'art de Tanguy Viel est dans son écriture, ses phrases super bien construites, dans lesquelles il manie humour, ironie, sérieux, ... Un écrivain que j'affectionne particulièrement

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    1. je compte bien continuer à le découvrir!

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  7. Je l'ai aussi aimé. L'idée de faire un roman sur le roman est très originale et intéressante.

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    1. C'est bien fait. L'auteur s'en sort bien!

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