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samedi 27 septembre 2014

Haruki Murakami, L’incolore Tsukuru Yazaki et ses années de pèlerinage


Tsukuru Tazaki, le héros du pèlerinage dont il est question dans le titre,  se juge lui-même  d’une grande banalité   car,  contrairement  aux noms de famille de ses quatre  amis de lycée  qui renvoient tous à des noms de couleur, le sien fait exception. Ses amis, deux filles et deux garçons,  rebaptisés Rouge, Bleu, Blanche et Noire, vivaient comme lui  à Nagoya où ils sont restés tout  le temps de leurs études  mais, là encore, Tazaki  s’est différencié  en  choisissant l’université de  Tokyo, seul endroit où il pouvait suivre sa passion pour la construction de gares ferroviaires. Cependant il revenait chaque vacances les retrouver dans leur ville natale jusqu’au jour où ils lui demandèrent de ne plus jamais les voir. Il ne sut jamais pourquoi mais sa vie fut  à jamais bouleversée par cette  si abrupte  et mystérieuse rupture.

Depuis le mois de juillet de sa deuxième année d’université  jusqu’au mois de janvier de l’année suivante, Tsukaru Tazaki vécut en pensant presque exclusivement à la mort.Son vingtième anniversaire survint durant cette période mais cette date n’eut pour lui aucune signification particulière. Pendant tout ce temps, il estima que le plus naturel et le plus logique était qu’il mette un  terme à son existence. (Premières phrases)

Enfin, après seize années de vie très solitaire, étant tombé amoureux de Sara, une jeune femme un peu plus âgée, celle-ci le persuade de rechercher les raisons de son exclusion.  C'est ainsi qu'il entreprend un véritable pèlerinage et une longue enquête pour retrouver chaque membre du groupe, ce qui le conduit du Japon jusqu'en Finlande, avec sans cesse en arrière plan la musique de Liszt. Il ira de découverte en étonnement et son passé prendra une toute autre couleur  dès lors qu'une partie de la vérité lui sera dévoilée mais sait-on jamais tout sur soi?

              Même si l'on peut dissimuler ses souvenirs, on ne peut pas changer l'histoire.

J'ai trouvé ce livre passionnant.  J'aime beaucoup cet auteur dont j'ai  déjà lu trois romans  mais c'est celui-ci que je préfère. Il est plus épuré, plus simple,  plus lumineux. Il parle de ce que tout le monde peut ressentir dans les moments sombres de son existence: la solitude, la perte de l'amitié ou de l'amour, le manque de confiance en soi, le doute, l'isolement, la dépression, l'amour, le renouveau, le regain d'énergie, la quête des secrets du passé, les violences au quotidien mais aussi le viol, le crime, la foule, l'anonymat, bref, tous les grands sujets des grands romans. 
 Un excellent moment de lecture!

Haruki Murakami, L’incolore Tsukuru Yazaki et ses années de pèlerinage
Traduit du japonais par Hélène Morita
Roman, Belfond, 2014, 368 pages

Challenge de Hérisson: 6/6

samedi 27 octobre 2012

Une semaine de vacances de Christine Angot

De Christine Angot,  je ne connais que les ragots people qui traînent dans les journaux et auxquels il est difficile d'échapper! Je l'ai souvent vue dans les émissions littéraires pour présenter ses livres mais aussi, en tant que critique à la dent dure,  dans une émission de Guillaume Durand.
Je l'ai entendu lire un de ses livres: ça n'avait pas duré longtemps. Sa diction m'avait agacée. 
Je n'ai pas voulu lire ses livres l'ayant toujours trouvée trop froide, trop rigide, trop sûre de son talent, un rien méprisante et sarcastique. 
De sa vie je sais ce que tout le monde peut trouver ici et là, que c'est son livre sur l'inceste qui  l'a lancée, qu'elle n'hésite pas à écrire sur ses expériences de vie, du moins c'est ce qu'il semble  mais elle s'en défend: le roman n'est pas un témoignage mais une performance, une aventure.
Elle vient de recevoir le Prix Sade pour "Une semaine de vacances".  Son éditeur aurait préféré un prix plus prestigieux. 

J'ai pris ce livre  sur le présentoir des nouveautés et j'ai bien failli l'arrêter dès les premières pages tant la scène dans les toilettes est pénible dans sa crudité, la précision  des actes, l'énumération des  gestes, comme une séance de gymnastique,  n'était le dégoût que m'inspirait la situation. J'ai compris que je le finirais cependant, avant même la page 43 - celle où sont finalement (peut-être) révélés les liens entre les deux personnes - tellement le désir de bien faire de l'une a fini par m'alerter et par me faire penser à l'inceste déjà évoqué ailleurs. 
Dès lors ma lecture n'a plus été la même. Certes les scènes pornographiques continuent et je n'aime pas leurs successions mécaniques et obsessionnelles mais je reconnais que le sujet  est là,  dans la violence extrême imposée par le père, professeur d'université, à cette très jeune fille, dans la solitude et l'absence de sentiments  qu'il lui renvoie. A lui tous les droits, même celui de lui confesser ses pires péchés.  A elle, le silence et l'obéissance  puis le rejet et l'abandon. Là est l'horreur: elle n'est qu'un objet sexuel. Il reste l'homme qu'elle admire, à qui elle voudrait pouvoir parler vraiment.
A la fin, lassé de cette naïveté  sentimentale, il écourte la semaine de vacances et la dépose, solitaire,  sur un quai de gare.
"Elle a faim, elle n'a pas d'argent. Heureusement qu'à ses pieds elle a son sac de voyage, qui est la seule chose familière de toute la gare. Elle le regarde et elle lui parle." 
Fin du récit. 
Dur. Très dur. Style froid, clinique.  Juste les gestes, les faits qui s'enchaînent. Pas de commentaires ni de réflexions morales. Inutile. La dénonciation est totale. L'indignité de l'homme est absolue. C'est un criminel et il est en liberté! 
(Au secours!) 

Une semaine de vacances de Christine Angot, (Flammarion, septembre 2012, 137 pages)

Déclaration de Christine Angot ICI: "Ce qu’il se passe, c’est que le père se refuse à la fille comme père, il refuse de lui transmettre son héritage social, économique ou culturel; le plus simple, pour ne pas être son père, est d’être son amant.”
Rentrée littéraire de Hérisson 08