Affichage des articles dont le libellé est Autriche. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Autriche. Afficher tous les articles

jeudi 22 juillet 2010

Journal intime de Alma Mahler

Ce journal intime est composé à partir de vingt-deux carnets écrits à Vienne  par Alma Mahler (1879-1964) entre 1898 et 1902,  l’année de son premier mariage avec  le compositeur, à 24 ans.
Elle y évoque essentiellement les mouvements artistiques de la capitale autrichienne où débute la Sécession avec les peintres célèbres de l’art nouveau, Klimt, Khnopff, Puvis de Chavannes, Engelhart, Olbrich, Hoffmann, Bernatzik Elle parle aussi de composition musicale, de l’histoire et de ses amours avec Gustav Klimt, Alexander von Zelinsky et Gustav Mahler.
 C’est tout simplement passionnant et j’ai envie de tout noter !
Ainsi à la date du mercredi 21 décembre 1898 
"Réception cet après-midi. On a exposé le problème suivant:
"Pourquoi une femme n'a-t-elle encore jamais rien accompli en musique? Et là j'ai eu une idée qui a sidéré Krasny. Les femmes, prenons en exemple Rosa Bonheur (peintre animalière), Kaffmann (paysages), Vigée-Lebrun (portraits), ont , si je ne m'abuse,  toutes plus ou moins copié la nature...Il leur manque la force créatrice.
Quand je me souviens tout ce que mon père savait...Il était (et ce n'est pas moi qui le dis) un (Klimt) des hommes les plus intelligents et les plus spirituels  de son temps - et le rendait dans ses toiles. Les femmes écrivains...toutes décrivent des choses ayant trait à leur vie...avec justesse et naturel, oui, mais voilà...Du génie! Oui, du génie!"

                                             Alma Mahler en 1898, 19 ans, début du Journal

"Quant à la musique. C'est l'art  le plus difficile à comprendre,le plus imprégné d'intellect, et...il vient entièrement du cœur. Là, pas question de copier la nature -  on n'en sortirait pas des lieder qui imitent les chants d'oiseaux et la roue du moulin. Et moi...petite bonne femme, avec un cœur si petit et une cervelle encore plus petite, moi, je veux y accomplir quelque chose! - Bah!..."
Je continue ma lecture,  sans cesse arrêtée par des recherches sur des  personnes dont il est question et que je ne connais pas bien. Ce va et vient me prend du temps mais me passionne. Je découvre des lieux , des moments d'histoire, des fragments de vie, une ville passionnante, cette Vienne entre deux siècles, celle d'avant les grands bouleversements et les grandes guerres du XXe..
Cette lecture ressemble à un voyage en compagnie d'une femme passionnante.

Journal intime de Alma Mahler
Suites (1898-1902)
Traduit de l’allemand (Autriche) par Alexis Tautou
(Editions Payot &  Rivages, 2010, 301p)                                                                                       

samedi 9 janvier 2010

Amok ou le fou de Malaisie de Stefan Zweig


  Ici,  dans ce court récit, il s’agit de la passion amoureuse  qui, devenue folie, sort l’homme de lui-même et lui fait commettre les actes les plus fous  Le narrateur de cette nouvelle raconte un épisode curieux qui se déroula  en 1912,  dans le port de Naples, alors qu’embarqué sur  un paquebot le ramenant de Calcutta en Europe, il  se produisit un étrange accident concernant un   voyageur qui venait de lui faire des confidences et se disait en proie  à cette forme mystérieuse de démence.  Alors qu’il se trouvait une nuit sur le pont du navire, pour prendre l’air, il sentit une présence muette sans cesse à ses côtés. De même le lendemain ! Finalement le mystérieux voyageur entreprit de raconter son histoire comme pour se libérer d’un trop lourd fardeau !
C’est un jeune médecin qui, pour fuir ses dettes,  s’est exilé en Inde où pendant sept ans il a vécu isolé. Unjour  cependant, une jeune européenne lui demande de l’avorter.
« Mais cette femme…comment dire ?  -  Elle excita à lui tenir tête tout ce qu’il y avait en moi de contenu, de caché et de mauvais….Je fus obsédé par l’idée de l’humilier. »
Dès lors il n’a de cesse qu’elle se donne à lui en échange de l’intervention qu’elle lui réclame !  Mais elle refuse et s’enfuit.
C’est là qu’il devient fou ! Il commence par regretter sa réaction, donne sa démission et se met à la  poursuivre  sans cesse. Une furieuse passion pour cette femme inconnue s’empare de lui. Il ne se contrôle plus !
Entre temps elle s’est faite avorter par une vieille indienne  et elle en est morte.

Attention ! Je raconte ici la fin de l’histoire !
Le jeune médecin,  ayant terminé son récit,  refuse toute aide de la part du narrateur qui,  le lendemain, apprend qu’alors qu’on descendait  le cercueil de la jeune femme, en présence de son mari,  «  un corps lourd tomba soudain du haut du navire dans la mer, entraînant dans sa chute cercueil, porteurs et mari. »  Plus tard le cadavre du jeune médecin fut repêché en même temps que les autres! 
Comme souvent chez Zweig,  il s’agit d’un récit dans le récit et  j’aime particulièrement cette façon d’écrire. C’est sobre et émouvant à la fois ! La folie du héros malheureux est maîtrisée par la lucidité attentive du narrateurr !  Zweig ne m’a encore jamais déçue !  Ceci dit , je n'ai lu que 8 de ses œuvres sur les 75 citées dans Wiii...
Ont aussi présenté cette nouvelle:  Karine:) Chiffonnette, et sans doute bien d'autres encore!
Bon site aussi sur Zweig (La confusion des sentiments) Ici
Amok ou le fou de Malaisie de Stefan Zweig (Poche,traduction de l’allemand  par  Alzir Hella et Olivier Bournac revue par Brigitte Vergne-Cain et Gérard Rudent)
Préface de Romain Rolland qui déplore qu’en France on n’ait pas conservé les cinq nouvelles appartenant à l’Amok allemand. L’éditeur français n’en a conservé que deux sous ce nom :  Amok et Lettre d’une inconnue